logo

Bernard Bolzano


Bernard Bolzano : encyclopédie mathématiques

wikipediaCet article est issu de l'encyclopédie libre Wikipedia.
Vous pouvez consulter l'article ici ainsi que son historique.
Les textes et les images sont disponibles sous les termes de la Licence de documentation libre GNU.
Bernard Bolzano
Philosophe occidental
Bernard Bolzano
Bernard Bolzano

Nationalité Flag of Bohemia.svg Bohême
Principaux intérêts Logique, métaphysique, épistémologie
Œuvres principales Théorie de la science
Influencé par Aristote, Leibniz
A influencé Franz Brentano, Karl Weierstrass, Husserl, Kazimierz Twardowski, Michael Dummett, Charles Sanders Peirce, Georg Cantor, Richard Dedekind

Bernard Placidus Johann Nepomuk Bolzano (5 octobre 1781 – 18 décembre 1848) est un mathématicien, logicien, philosophe, théologien bohémien de langue et de culture allemandes, fils d'un Italien émigré à Prague.

Sommaire

[modifier] Biographie

Les parents de Bolzano étaient de pieux catholiques. Son père, Bernard Pompeius Bolzano, est né dans le sud de l'italie et s'est installé a Prague où il a épousé Maria Cecilia Maurer, la fille d'un marchand praguois de langue allemande. Seuls deux de leurs douze enfants survécurent jusqu'à l'âge adulte.

Bernard Bolzano entre à l'université de Prague en 1796 et étudie les mathématiques, la philosophie et la physique. En 1800, il décide de devenir prêtre, contre l'avis de son père. Il le devient en 1804. Il enseigne alors les sciences de la religion à Prague et consacre le reste de son temps aux mathématiques. Ses travaux portèrent essentiellement sur les fonctions, la logique et la théorie des nombres. Il est considéré comme l'un des principaux contributeurs à la logique telle qu'elle est aujourd'hui établie.

Alors professeur, Bolzano encourage les valeurs de libertĂ© et l'Ă©galitĂ© et prĂ´ne le pacifisme. Il est accusĂ© d'hĂ©rĂ©sie et dĂ©mis de ses fonctions en 1819. Ses publications sont interdites sur tout le territoire autrichien. Il se rĂ©fugie alors auprès de ses amis Johann et Anna Hoffman. Sa santĂ© fragile (tuberculose) et ses occupations l'empĂŞchaient de passer tout le temps voulu Ă  ses travaux. Il peut maintenant s'y consacrer entièrement et Ă©crit en 1837 son ouvrage le plus important : Wissenschaftlehre - ThĂ©orie de la science. Il meurt le 18 dĂ©cembre 1848 des suites de sa maladie.

En mathématiques, il est connu pour le théorème de Bolzano, ainsi que pour le théorème de Bolzano-Weierstrass, développé conjointement avec Karl Weierstrass.

Dans sa philosophie, Bolzano critique l'idéalisme d'Hegel et de Kant en affirmant que les nombres, les idées, et les vérités existent indépendamment des personnes qui les pensent. Ainsi l'acte mental se distingue de la signification de l'acte.

Bolzano est souvent considéré comme un des fondateurs de la logique moderne. Dans sa Théorie de la science de 1837, il essaie de fournir des fondements logiques à toutes les sciences, construites à partir d'abstractions, d'objets abstraits, d'attributs, de constructions, de démonstrations, de liens... La plupart de ces tentatives retracent ses travaux précédents concernant la relation objective entre les conséquences logiques (les choses telles qu'elles se produisent) et notre perception purement subjective de ces conséquences (notre façon d'aborder les évènements). Il se rapproche ici de la philosophie des mathématiques, comme dans ses Beiträge de 1810. Pour Bolzano, nous n'avons aucune certitude quant aux vérités, ou supposées comme telles, de la nature ou des mathématiques, et c'est justement le rôle des sciences, pures comme appliquées, que de trouver une justification des vérités (ou des lois) fondamentales, qui se trouvent le plus souvent en contradiction avec nos intuitions.

[modifier] Théorie de la science

Dans son ouvrage Wissenschaftlehre de 1837, Bolzano tenta d'apporter des fondations logiques pour toutes les sciences, construisant sur des abstractions tels les objets abstraits, les attributs, les idées et propositions en elles-mêmes, les substances, les idées subjectives, les jugements etc. Ce travail était une extension de ses pensées plus anciennes sur la philosophie des mathématiques, par exemple dans ses Beiträge de 1810 dans lesquels il met l'accent sur la distinction entre, d'une part, la relation objective entre les conséquences logiques et, d'autre part, notre reconnaissance subjective de ces connexions. Pour Bolzano, ce n'était pas assez que nous ayons simplement confirmation des vérités naturelles ou mathématiques, mais plutôt, c'était le rôle propre des sciences (pures et appliquées) de rechercher la justification en termes de vérités fondamentales qui puissent ou non nous paraitre évidentes.

[modifier] Métaphysique

Dans Wissenschaftslehre, Bolzano se préoccupe principalement de trois champs de connaissance.

(1) Le domaine du langage qui consiste en des mots et des phrases. (2) Le domaine de la pensée qui consiste dans des idées subjectives et des jugements. (3) Le domaine de la logique qui consiste dans des idées objectives (ou idées en-soi) et des propositions en soi.

Bolzano consacre une grande partie de Wissenschaftslehre a l'explication de ces trois domaines et de leurs relations.

Deux distinctions jouent un rôle prééminent dans son système. Premièrement, la distinction entre parties et touts. Par exemple, les mots sont des parties de phrases, les idées subjectives sont des parties de jugements et les idées objectives sont des parties de propositions en-soi. Deuxièmement, tous les objets se divisent en ceux qui existent, ce qui veut dire qu'ils sont connectés causalement et localisés dans l'espace et/ou le temps, et ceux qui n'existent pas.

La revendication originale de Bolzano est que le royaume de la logique est peuplé par les objets de la dernière sorte.

[modifier] Proposition en soi

[modifier] Idées et objets

Il est important pour comprendre qu'une idĂ©e n'a pas besoin d'avoir un objet. Bolzano utilise "objet" pour dĂ©noter quelque chose qui est reprĂ©sentĂ© par une idĂ©e. Une idĂ©e qui a un objet reprĂ©sente cet objet. Mais une idĂ©e qui n'a pas d'objet ne reprĂ©sente rien. Attention a ne pas se laisser embrouiller par la terminologie : une idĂ©e sans objet est une idĂ©e sans une reprĂ©sentation.

Considérons pour mieux comprendre un exemple utilisé par Bolzano. L'idée d'un "cercle carré" n'a pas d'objet parce que l'objet que l'on veut se représenter est contradictoire. Un exemple différent est l'idée de "rien" qui n'a, par définition pas d'objet. Cependant, la proposition "l'idée d'un cercle carré est complexe" a pour sujet-idée l'idée d'un cercle carré. Ce sujet-idée a un objet, le cercle carré. Mais l'idée cercle carré n'a pas d'objet.

Outre les idées sans objet, il y a des idées qui n'ont qu'un seul objet. Par exemple, l'idée du premier homme sur la lune ne représente qu'un seul objet. Bolzano appelle ces idées "idées singulières". Manifestement, il y a aussi des idées qui ont plusieurs objets, par exemple "les citoyens d'Amsterdam" et aussi une infinité d'objets, par exemple l'idée de nombre premier. (Voir De la méthode mathématique §4)

[modifier] Sensation et idées simples

[modifier] Logique

D'après Bolzano, toutes les propositions sont composĂ©es de trois (simples ou complexes) Ă©lĂ©ments : un sujet, un prĂ©dicat, une copule.

Au lieu du traditionnel terme copulatif "est", Bolzano prefère "a". La raison en est que "a", contrairement a "est" peut connecter un terme concret, comme "Socrate", a un terme abstrait comme "chauve". "Socrate a une calvitie" est, d'après Bolzano prĂ©fĂ©rable a "Socrate est chauve" car la dernière forme est moins basique. "Chauve" est en-soi composĂ© des Ă©lĂ©ments "quelque chose", "qui", "a" et "calvitie". Bolzano rĂ©duit aussi les propositions existentiales Ă  cette forme : "Socrate existe" devient alors simplement "Socarte a l'existence" (Dasein).

Un grand role dans la thĂ©orie logique de Bolzano est jouĂ© par la notion de variations : plusieurs relations logiques sont dĂ©finies en termes de changement de valeur de vĂ©ritĂ© que les propositions encourent quand leurs parties non-logiques sont remplacĂ©es par d'autres. Les propositions logiquement analytiques, par exemple, sont celles dans lesquelles toutes les parties non-logiques peuvent ĂŞtre remplacĂ©es sans changement de valeur de vĂ©ritĂ©. Deux propositions sont compatibles (verträglich) en accord avec l'une de leurs parties composantes x s'il y a au moins un terme qui puisse ĂŞtre insĂ©rĂ© qui puisse rendre les deux vraies. Une proposition Q est dĂ©ductible (ableitbar) d'une proposition P, en accord avec certaines de leurs parties non-logiques, si n'importe quel remplacement de ces parties qui rendent P vraie rendent aussi Q vraie. Si une proposition est dĂ©ductible d'une autre en accord avec toutes ses parties non-logiques, on l'appelle "logiquement dĂ©ductible". Ă€ cĂ´tĂ© de la relation de dĂ©ductibilitĂ©, Bolzano a aussi une plus stricte relation de consĂ©quentalitĂ© (Abfolge). C'est une relation asymĂ©trique qui s'obtient entre vraies propositions quand une des propositions est non seulement dĂ©ductible de, mais aussi expliquĂ©e par l'autre.

[modifier] Vérité

Bolzano distingue cinq sens des mots "vrai" et "vĂ©ritĂ©" dans l'usage commun, sens que Bolzano ne considère pas comme problĂ©matiques. Il les classe du plus au moins appropriĂ© :

  1. Sens abstrait objectif : "vĂ©ritĂ©" au sens d'un attribut qui peut s'appliquer a une proposition, principalement a une proposition en soi, nommĂ©ment, l'attribut sur la base de quoi la proposition exprime quelque chose qui est en rĂ©alitĂ© tel qu'exprimĂ©.
  2. Sens concret objectif: (une) "vérité" au sens d'une proposition qui a l'attribut vérité dans le sens abstrait objectif. Antonyme: (une) fausseté
  3. Sens subjectif : (une) "vĂ©ritĂ©" au sens d'un jugement correct. Antonyme : (une) erreur.
  4. Sens collectif : "vĂ©ritĂ©" au sens d'un corps de propositions ou jugements multiples vrais (par exemple la vĂ©ritĂ© biblique).
  5. Sens impropre : "vĂ©ritĂ©" signifie dans ce sens qu'un certain objet est en rĂ©alitĂ© ce qu'une certaine dĂ©nomination Ă©nonce qu'il est (par exemple le vrai Dieu). Antonymes : faux, irrĂ©el, illusoire.

La première prĂ©occupation de Bolzano porte sur le sens concret objectif : les vĂ©ritĂ©s concrètes objectives ou les vĂ©ritĂ©s en soi. Toutes les vĂ©ritĂ©s en soi sont des sortes de propositions en soi. Elles n'existent pas, c'est-Ă -dire qu'elles ne sont pas localisĂ©es spatio-temporellement comme le sont les propositions pensĂ©es et prononcĂ©es. Pourtant, certaines propositions ont l'attribut d'ĂŞtre une vĂ©ritĂ© en soi. Etre une proposition pensĂ©e n'est pas une partie du concept d'une vĂ©ritĂ© en soi, nonobstant le fait que, avec l'omniscience de Dieu, toutes les vĂ©ritĂ©s en soi sont aussi des vĂ©ritĂ©s de pensĂ©e. Les concepts de "vĂ©ritĂ© en soi" et de "vĂ©ritĂ© de pensĂ©e" sont interchangeables dans le sens oĂą ils s'appliquent aux mĂŞmes objets, mais ils ne sont pas identiques.

Bolzano propose comme dĂ©finition correcte de la vĂ©ritĂ© objective abstraite la suivante : une proposition est vraie si elle exprime quelque chose qui s'applique a cet objet. La dĂ©finition correcte d'une vĂ©ritĂ© concrete objective doit alors ĂŞtre: une vĂ©ritĂ© est une proposition qui exprime quelque chose qui s'applique a son objet. Cette dĂ©finition s'applique aux vĂ©ritĂ©s en soi plutĂ´t qu'aux vĂ©ritĂ©s pensĂ©es ou connues, puisque aucun des concepts qui figurent dans cette dĂ©finition ne sont subordonnĂ©s a un concept de quelque chose de mental ou connu.

[modifier] Postérité

En prenant en compte le fait que le plus important travail de Bolzano " Wissenschaftslehre" n'a pas pu être publié de son vivant, l'effet de sa pensée philosophique sembla d'abord destinée à être mince. Son travail fut finalement redécouvert par Edmund Husserl et Kazimierz Twardowski, tous deux étudiants de Franz Brentano. À travers eux, Bolzano devint une influence significative sur la phénoménologie et la philosophie analytique. Son œuvre posthume "les paradoxes de l'infini" a été admirée par un grand nombre d'éminents logiciens qui vinrent après lui, comme Charles Sanders Peirce, Georg Cantor et Richard Dedekind. Beaucoup du travail mathématique de Bolzano est resté inconnu jusqu'à ce qu'Otto Stolz redécouvre ses articles perdus et les republie en 1881.

[modifier] Contemporains

[modifier] Philosophes

  • Franz Exner
  • Johann Friedrich Herbart

[modifier] Mathématiciens

  • Jean-Robert Argand (nĂ© en 1768)
  • Joseph Fourier (nĂ© en 1768)
  • Sophie Germain (nĂ©e en 1776)
  • Carl Gauss (nĂ© en 1777)
  • SimĂ©on Denis Poisson (nĂ© en 1781)
  • Jean-Victor Poncelet (nĂ© en 1788)
  • Augustin Fresnel (nĂ© en 1788)
  • Augustin-Louis Cauchy (nĂ© en 1789)
  • Michel Chasles (nĂ© en 1793)
  • Jean-Marie Duhamel (nĂ© en 1797)
  • Pierre-FrĂ©dĂ©ric Sarrus (nĂ© en 1798)

[modifier] Bibliographie

[modifier] Par Bolzano

  • 1810. Contributions Ă  une prĂ©sentation plus solide des mathĂ©matiques
  • 1813-1814. De la mathĂ©matique universelle ou arithmĂ©tique, trad. Jan Sebestik, Archives de philosophie, vol. 50 (1987), p. 403-411.
  • 1817. Preuve purement analytique du thĂ©orème qui dit qu'entre deux valeurs qui donnent des rĂ©sultats de signe opposĂ©, il y a au moins une solution rĂ©elle de l'Ă©quation
  • 1837. ThĂ©orie de la science, trad. partielle, Gallimard, 2011, 478 p.
  • 1849 (posthume). Qu'est-ce que la philosophie ?, trad. Denis Macabrey, Presses de l'UniversitĂ© Laval, 1975, 146 p.
  • 1851 (posthume). Les paradoxes de l'Infini, trad., Seuil, 1999, 191 p.
  • Bernard Bolzano, Ĺ’uvres choisies, Jan Sebestik et Carole MaignĂ© :
    • Volume 1 : B. Bolzano, De la mĂ©thode mathĂ©matique, Correspondance avec F. Exner, Vrin, 2008 (ISBN 9782711619085)
    • Volume 2 : B. Bolzano, Premiers Écrits, Vrin, 2010, 288 p.
    • Volume 3 (Ă  paraĂ®tre) : B. Bolzano, Textes esthĂ©tiques
    • Volume 4 (Ă  paraĂ®tre) : B. Bolzano, Écrits politiques

[modifier] Sur Bolzano

  • J. Sebestik, Logique et mathĂ©matiques chez B. Bolzano, Vrin, 1992
  • J. Laz, Bolzano critique de Kant, Vrin, 1993
  • J. Benoist, L’a priori conceptuel. Bolzano, Husserl, Schlick, Vrin, 1999
  • F. PříhonskĂ˝, Bolzano contre Kant, Le Nouvel Anti-Kant, traduction française, Vrin, 2006

On peut Ă©galement mentionner parmi les chercheurs qui travaillent actuellement sur la philosophie de Bolzano : Anita Konzelmann, Andrej Krause, Carole MaignĂ© et Armin Tatzel.


[modifier] Voir aussi

Sur les autres projets Wikimedia :

[modifier] Articles connexes

  • Alexius Meinong et sa thĂ©orie de l'objet
  • Ontologie (philosophie)

[modifier] Liens externes


wikipediaCet article est issu de l'encyclopédie libre Wikipedia.
Vous pouvez consulter l'article ici ainsi que son historique.
Les textes et les images sont disponibles sous les termes de la Licence de documentation libre GNU.


maths haut de pagehaut Retrouvez cette page sur ilemaths l'île des mathématiques
© Tom_Pascal & Océane 2012