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Construction des anneaux de polynômes


Construction des anneaux de polynômes : encyclopédie mathématiques

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En algèbre, l'anneau des polynĂ´mes formels (Ă  une indĂ©terminĂ©e) est un ensemble contenant des nombres, comme les entiers, les rĂ©els ou les complexes, et un objet supplĂ©mentaire, souvent notĂ© X. Tous les Ă©lĂ©ments de l'anneau de polynĂ´mes s'additionnent et se multiplient : on trouve des polynĂ´mes comme 2X, X2 ou encore X2 - X - 1. De plus, une propriĂ©tĂ© importante est que les polynĂ´mes 1, X, X2, X3,... sont linĂ©airement indĂ©pendants, aucune combinaison linĂ©aire non triviale de ces polynĂ´mes n'est nulle. L'objet de cet article est de prĂ©senter une construction rigoureuse de cet ensemble et en particulier de l'objet X, appelĂ© indĂ©terminĂ©e.

Cette construction met en lumière les propriétés des éléments de cet ensemble, noté A[X], éléments qui sont appelés polynômes. On retrouve les propriétés qui caractérisent les nombres entiers, par exemple l'addition et la multiplication qui sont associatives et commutatives. Il existe un élément neutre pour l'addition et la multiplication des polynômes, mais si pour l'addition, tout polynôme possède un symétrique, tel n'est pas le cas pour la multiplication. L'élément X ne possède pas d'inverse, autrement dit 1/X n'est pas un polynôme.

L'ensemble des nombres, appelés coefficients, est noté A. Il peut être choisi comme l'un des ensembles de nombres cités ou encore comme n'importe quel anneau commutatif. L'ensemble des coefficients des polynômes peut être, par exemple, constitué de polynômes ou d'éléments d'un corps fini.

Il existe d'autres constructions plus générales d'anneaux de polynômes, comme celles traitées dans Polynôme en plusieurs indéterminées ou dans Anneau non commutatif de polynômes.

Sommaire

[modifier] Préambule

Le livre Arithmetica de Diophante est le premier à décrire l'ajout d'une lettre à un ensemble de nombres.

[modifier] Éléments d'histoire

L'idĂ©e d'associer une lettre Ă  un ensemble de nombres date du IIIe siècle. Diophante dĂ©finit la lettre S (la lettre grecque sigma) ainsi : « Le nombre qui possède une quantitĂ© indĂ©terminĂ©e d’unitĂ©s s’appelle l’arithme, et sa marque distinctive est S Â»[1]. Il ne travaille que sur les nombres entiers et les rationnels. Il dĂ©finit les règles d'addition et de multiplication : « L'inverse de l'arithme multipliĂ© par le bicarrĂ© de l'arithme donne le cube de l'arithme Â»[2], ce qui signifie que S4 est divisible par S et que le rĂ©sultat vaut S3. Cette idĂ©e est petit Ă  petit gĂ©nĂ©ralisĂ©e aux nombres irrationnels par la civilisation arabe, Ă  l'origine de notre choix[3] de la lettre X. Si la construction est rudimentaire, elle permet aux mathĂ©maticiens de la Renaissance de rĂ©soudre toutes les Ă©quations jusqu'au degrĂ© 4, mais nous sommes cependant encore loin d'une construction rigoureuse, au sens de cet article.

Au XVIIe siècle apparaĂ®t un premier formalisme, celui des fonctions[4]. La variable x remplace la lettre X et le polynĂ´me devient une fonction. Cet apport se traduit en rĂ©sultats concrets, il permet de montrer le thĂ©orème de d'Alembert-Gauss qui assure l'existence d'autant de racines que le degrĂ© du polynĂ´me, dans l'ensemble des nombres complexes.

Une question de Vandermonde, un mathĂ©maticien du XVIIIe siècle, finit par remettre Ă  l'honneur le concept de polynĂ´me formel, qui fait usage d'une lettre X qui s'additionne et se multiplie, mais qui n'est pas une fonction. Il cherche sans succès Ă  rĂ©soudre l'Ă©quation cyclotomique Ă  l'aide de radicaux[5], c'est-Ă -dire de nombres rationnels, de l'unitĂ© imaginaire i, des quatre opĂ©rations adjointes et des fonctions racine nièmes. C'est finalement Gauss qui y parvient[6] Ă  l'aube du XIXe siècle. Pour cela il considère les polynĂ´mes, non comme des fonctions, mais comme des Ă©quivalents de nombres entiers, avec une division euclidienne, l'Ă©quivalent des nombres premiers et une dĂ©composition unique en facteurs premiers. Il utilise pour cela des polynĂ´mes Ă  coefficients dans les congruences, issues de l'arithmĂ©tique modulaire. Si les coefficients du polynĂ´me sont choisis dans les congruences, les fonctions polynĂ´mes et les polynĂ´mes formels diffèrent. Et seul l'aspect formel permet de conclure dans ce cas particulier.

Ce n'est qu'au XXe siècle que le besoin de rigueur fait apparaĂ®tre la construction prĂ©sentĂ©e dans cet article.

[modifier] PolynĂ´me vu comme une suite

Polynôme représenté par un tableau par Al-Samaw'al

Il existe diffĂ©rentes mĂ©thodes pour reprĂ©senter un polynĂ´me[7], la plus classique est la suivante, illustrĂ©e sur deux polynĂ´mes exemples P et Q :

P=X^5 + X^3 + X^2 + 1,\quad Q=9X^2+5X+1

Cette Ă©criture peut ĂŞtre rapprochĂ©e de celle de l'Ă©criture dĂ©cimale positionnelle des nombres 101101 et 951, qui peuvent se voir comme[8] :

101101 = 10^5 + 10^3 + 10^2 + 1,\quad 951 = 9. 10^2 + 5.10^1 + 1
 +   X5   X4   X3   X2   X   1 
 P   1  0  1  1  0  1
 Q   9  5  1
 P+Q   1  0  1  10  5  2
 Ă—   X7   X6   X5   X4   X3   X2   X   1 
 P   1  0  1  1  0  1
 Q   9  5  1
 1  0  1  1  0  1
 5  0  5  5  0  5
 9  0  9  9  0  9
 PĂ—Q   9  5  10  14  6  10  5  1

Comme l'addition et la multiplication des polynĂ´mes suivent presque les mĂŞmes lois que celles des nombres, il peut ĂŞtre pratique, pour additionner et multiplier P et Q de faire usage d'un tableau. C'est ainsi qu'al-Samaw'al, un mathĂ©maticien arabe du XIIe siècle reprĂ©sentent les polynĂ´mes, comme illustrĂ© sur la figure de gauche[9]. Sous forme de tableaux, et en utilisant les mĂ©thodes classiques d'addition et de multiplication sur les nombres, on obtient :

Les lois de l'addition et de la multiplication sont presque les mĂŞmes, la seule diffĂ©rence rĂ©side dans les retenues, qui n'existent pas avec les polynĂ´mes. Cette manière de voir un polynĂ´me amène Ă  l'usage d'une Ă©criture condensĂ©e. Sous cette forme, un polynĂ´me peut ĂŞtre vu comme une suite. Pour des raisons de commoditĂ©, il est plus simple de noter la suite Ă  l'envers, c'est-Ă -dire en commençant par le coefficient de 1, puis celui de X etc. Avec ce système de notation :

P=(1,0,1,1,0,1,0,0,\cdots),\quad Q=(1,5,9,0,0 \cdots).

Ce système est à l'origine de la construction formelle des polynômes proposé ici.

[modifier] Construction

A désigne un anneau (unitaire) commutatif.

[modifier] PolynĂ´me

Avec la logique du prĂ©ambule, un polynĂ´me est dĂ©fini de la manière suivante :

PolynĂ´me Ă  une indĂ©terminĂ©e Ă  coefficients dans A â€” Un polynĂ´me est une suite Ă  valeurs dans A et nulle Ă  partir d'un certain rang[10].

Un polynĂ´me P est ainsi, dans le cas gĂ©nĂ©ral, une suite (p0, p1, p2,..., pk,...) d'Ă©lĂ©ments de A, que l'on note aussi (p k). Nulle Ă  partir d'un certain rang signifie qu'il existe un entier N tel que si n est plus grand que N, alors pn est Ă©gal Ă  0.

L'ensemble de tous les polynômes ainsi défini est alors noté A[X].

On dispose d'une première propriĂ©tĂ©, correspondant Ă  une tautologie de la dĂ©finition :

ÉgalitĂ© entre deux polynĂ´mes â€” Deux polynĂ´mes sont Ă©gaux si, et seulement si, les suites de leurs coefficients sont Ă©gales.

[modifier] PolynĂ´mes particuliers (monĂ´mes)

La suite nulle est appelée polynôme nul.

Un monôme est un polynôme dont tous les coefficients sont nuls, sauf, au plus, l'un d'entre eux. Un monôme non nul, correspondant à la suite nulle (0,0,...) sauf en un unique indice k, est appelé monôme de degré k. Cette seule valeur non nulle de la suite est appelée coefficient du monôme de degré k.

Le monôme (0,0,0,..., pk,0,0,...) de degré k est appelé monôme de degré k du polynôme (p0, p1, p2,..., pk,...). Le monôme non nul et de plus grand degré d'un polynôme est appelé monôme dominant et si le monôme dominant possède un coefficient égal à 1, le polynôme est dit unitaire.

[modifier] Addition et multiplications

A l'image des ensembles de nombres, l'intĂ©rĂŞt des polynĂ´mes rĂ©side dans l'existence d'une addition et d'une multiplication. Ces opĂ©rations correspondent Ă  la description du prĂ©ambule. De manière formelle, l'addition se dĂ©finit par :

Addition des polynĂ´mes[11] â€” La somme de deux polynĂ´mes est Ă©gale Ă  la suite dont la valeur indexĂ©e par k est la somme des deux coefficients des deux polynĂ´mes indexĂ©s par k.

\forall P,Q \in A[X] \quad P = (p_0, p_1, p_2,\cdots, p_k,\cdots),\; Q = (q_0, q_1, q_2,\cdots, q_k,\cdots)
P+Q=(p_0+q_0, \quad p_1+q_1,\quad p_2+q_2,\quad\cdots,\quad p_k+q_k,\cdots)

Pour vĂ©rifier que la somme est bien dĂ©finie, il faut s'assurer que la suite P + Q est bien nulle Ă  partir d'un certain rang, Si la suite dĂ©finissant P est nulle Ă  partir du rang m et si celle dĂ©finissant Q est nulle Ă  partir du rang n, on remarque bien que la suite dĂ©finissant P + Q est nulle Ă  partir du rang le maximum de m et de n.

Il existe deux multiplications, la première est dite externe et correspond à la multiplication d'un nombre élément de A et d'un polynôme. Elle ressemble en cela à la multiplication d'un vecteur par un scalaire.

Multiplication scalaire[12] â€” La multiplication scalaire d'un Ă©lĂ©ment a de A par un polynĂ´me est la suite dont valeur indexĂ©e par k est le produit de a par le coefficient du polynĂ´me indexĂ© par k.

\forall a \in A\quad aP = (ap_0,ap_1,\cdots,ap_k,\cdots)

De même que l'addition des polynômes correspond à l'addition des suites, la multiplication scalaire correspond à la multiplication scalaire des suites. Il est une fois encore aisé de vérifier que le résultat est encore une suite nulle, à partir d'un certain rang.

La deuxième multiplication correspond au produit de deux polynĂ´mes. Elle est calquĂ©e sur le produit dĂ©crit dans le prĂ©ambule :

Produit de polynĂ´mes[13] â€” Soient P Ă©gal Ă  (p k) et Q Ă©gal Ă  (q l) deux polynĂ´mes Ă  coefficients dans A, le produit P.Q est le polynĂ´me dĂ©fini par :

PQ=(p_0q_0,\quad p_1q_0+p_0q_1,\quad p_2q_0+p_1q_1+p_0q_2,\cdots)
P\cdot Q =\left(\sum_{m=0}^n p_mq_{n-m}\right)_{n\in\N}

Une observation attentive montre que cette définition correspond exactement au calcul du préambule. Le coefficient d'indice 0 de A.B est le produit des coefficients d'indice 0 de A et de B. Le coefficient d'indice 1 de A.B est la somme de deux termes, le produit du coefficient d'indice 0 de A et du coefficient d'indice 1 de B pour le premier; le produit du coefficient d'indice 1 de A et du coefficient d'indice 0 de B pour le second. Une fois encore les deux définition concordent. Il en est de même pour tous les coefficients.

VĂ©rifier que le produit est bien une suite nulle Ă  partir d'un certain rang n'est pas très difficile. Si la suite P est nulle Ă  partir du rang p, que la suite Q est nul Ă  partir du rang q et que r est un entier plus grand que p + q, le coefficient d'indice r dans la suite P.Q est une somme de produits dont un (au moins) des facteurs est toujours nul, ce qui montre que le polynĂ´me P.Q est une suite nulle Ă  partir de l'indice p + q.

[modifier] Indéterminée

On dispose de deux notations diffĂ©rentes pour les polynĂ´mes, soit Ă  l'aide du symbole X, soit par les suites. Une unique dĂ©finition permet de rendre ces deux notations cohĂ©rentes. Elle concerne l'objet symbolisĂ© par la lettre X :

IndĂ©terminĂ©e[14] â€” Le polynĂ´me Ă©gal Ă  la suite (0,1,0,0,...) nulle partout, sauf pour l'indice 1 oĂą elle vaut 1, est appelĂ© indĂ©terminĂ©e et gĂ©nĂ©ralement notĂ© X.

Avec cette dĂ©finition, si n est un entier strictement positif, la suite nulle partout, sauf pour l'indice n oĂą elle vaut 1, est Ă©gale Ă  Xn, d'après la règle de multiplication de l'anneau. Pour gĂ©nĂ©raliser cette propriĂ©tĂ©, on dĂ©finit le polynĂ´me X0 comme Ă©tant Ă©gal Ă  la suite nulle partout, sauf pour l'indice 0 oĂą elle vaut 1. Ce qui permet de disposer de la règle :

\forall n,m \in\N \quad X^n\cdot X^m = X^{n+m}

.

ConsidĂ©rons le polynĂ´me A du prĂ©ambule, il correspond Ă  la suite (1,0,1,1,0,1,0,...), on peut l'Ă©crire de la manière suivante :

(1,0,1,1,0,1,0,\cdots )= (1,0,\cdots) + (0,0,1,0,\cdots) + (0,0,0,1,0,\cdots) + (0,0,0,0,0,1,0,\cdots)
 = X^0 + X^2 + X^3 + X^5\,

Dans le cas gĂ©nĂ©ral, un polynĂ´me P, Ă©gal Ă  (p0, p1, p2,..., pn,0 ,...) s'Ă©crit de manière Ă©quivalente :

(1)\quad P = p_0X^0 + p_1X + p_2X^2 + \cdots + p_nX^n \,

Avec cette nouvelle définition, un monôme est un polynôme de la forme a.Xn, où a est un élément de A appelé coefficient du monôme et n un entier positif, appelé degré du monôme.

L'ensemble A[X] ressemble maintenant à celui couramment utilisé en mathématique et appelé anneau des polynômes. La lettre X symbolise maintenant un objet rigoureusement défini.

La définition de l'indéterminée diffère selon le contexte. On en trouve une plus générale dans l'article polynôme en plusieurs indéterminées. Si la définition de l'indéterminée pour les séries formelles est analogue à celle présentée ici, les analystes utilisent parfois une convention différente[15], l'indéterminée est la lettre X et selon les besoins, cette lettre désigne soit le polynôme formel décrit ici, soit la variable x qui transforme l'objet série formelle en une fonction analytique.

[modifier] PolynĂ´mes constants

La notation (1), n'est pas totalement usuelle. En gĂ©nĂ©ral, on ne trouve pas le facteur X 0 dans l'expression d'un polynĂ´me[16]. Pour comprendre pourquoi il peut-ĂŞtre omis, il est nĂ©cessaire d'Ă©tudier l'application φ de A dans A[X], qui Ă  « a Â» associe le polynĂ´me « a.X0 Â». Un peu de vocabulaire est utile :

Constante d'un polynĂ´me[17] â€” La valeur du coefficient d'indice 0 d'un polynĂ´me est appelĂ© constante du polynĂ´me et un polynĂ´me composĂ©e d'un seul monĂ´me de degrĂ© 0 est appelĂ© polynĂ´me constant.

L'application φ est ainsi une application de A dans l'ensemble des polynômes constants de A[X]. Elle possède de nombreuses propriétés, tout d'abord c'est une bijection, c'est-à-dire qu'à un élément de A est associé un unique polynôme constant par φ et à un polynôme constant il existe un unique élément de A d'image ce polynôme constant. Au sens ensembliste, A et les polynômes constants sont deux ensembles copie l'un de l'autre.

L'ensemble des polynĂ´mes constants muni de l'addition et de la multiplications des polynĂ´mes est un sous-anneau (unitaire) de l'anneau des polynĂ´mes. L'addition de A est transportĂ©e par l'application φ, c'est-Ă -dire :

\forall a,b \in A\quad \varphi(a+b) = (a+b)X^0 = aX^0 + bX^0 = \varphi(a) + \varphi(b)

Il en est de même pour la multiplication, ainsi les structures (A, +, .) et l'ensemble des polynômes constants muni des mêmes opérations, sont des copies l'une de l'autre. L'unité 1 de A est envoyée sur l'unité 1X^0. On parle d'isomorphisme d'anneaux.

L'élément neutre 0 pour l'addition de A est aussi l'élément neutre de A[X] pour l'addition des polynômes, il en est de même pour l'élément neutre 1 de la multiplication de A. Enfin, la multiplication externe de a par un polynôme P donne le même résultat que le produit de a.X0 par le polynôme P.

Ces diffĂ©rentes raisons autorise Ă  identifier A avec l'ensemble des polynĂ´mes constants. Cela revient Ă  considĂ©rer que A[X] contient l'ensemble de nombre A et l'ensemble de nombres A est vu comme constituĂ© des polynĂ´mes constants. Cette identification revient Ă  dire que le polynĂ´me X0 est Ă©gal Ă  1. On trouve maintenant exactement la notation habituelle :

P = p_0 + p_1X + p_2X^2 + \cdots + p_nX^n \,

L'ensemble des polynĂ´mes A[X] correspond bien Ă  celui dĂ©crit dans l'introduction, connu depuis Viète, le mathĂ©maticien du XVIe sièclee siècle qui utilise pour la première fois le terme de polynĂ´me[18]. Sa construction est maintenant exposĂ©e rigoureusement.

[modifier] Propriétés élémentaires

Une telle construction ne possède d'intérêt que si l'ensemble obtenu est riche en propriétés, ce qui est le cas. Ici ne sont présentées que les propriétés élémentaires de l'ensemble des polynômes, l'article polynôme formel synthétise les propriétés essentielles.

[modifier] Structure d'anneau

L'addition des polynĂ´mes possède les propriĂ©tĂ©s suivantes :

Addition â€” L'ensemble des polynĂ´mes Ă  coefficients dans A possède un Ă©lĂ©ment neutre 0 pour l'addition, tout Ă©lĂ©ment possède un opposĂ©, l'addition est associative et commutative. Ces propriĂ©tĂ©s confèrent Ă  l'ensemble des polynĂ´mes muni de l'addition une structure de groupe abĂ©lien.

Ces propriétés sont simples à établir. En fait, tout ensemble de suites à valeurs dans un groupe abélien possède une structure de groupe abélien.

La multiplication est un peu moins riche :

Multiplication â€” L'ensemble des polynĂ´mes Ă  coefficients dans A possède un Ă©lĂ©ment neutre 1 pour la multiplication, la multiplication est associative et commutative. Enfin, la multiplication est distributive sur l'addition.

La multiplication est un peu moins riche car tout Ă©lĂ©ment non nul ne possède pas nĂ©cessairement un inverse, ainsi le polynĂ´me X ne possède pas d'inverse. Ces diffĂ©rentes propriĂ©tĂ©s permettent d'Ă©tablir :

Anneau[19] â€” L'ensemble A[X] des polynĂ´mes en une indĂ©terminĂ©e et Ă  coefficients dans A possède une structure d'anneau commutatif unitaire. Cet anneau est intègre si A est intègre : si P et Q sont des polynĂ´mes, P.Q est le polynĂ´me nul si, et seulement si, P ou Q est nul.

[modifier] Degré et valuation

Un indicateur important du polynĂ´me est son degrĂ© :

DegrĂ© d'un polynĂ´me[20] â€” Le degrĂ© d'un polynĂ´me est le degrĂ© de son monĂ´me dominant si le polynĂ´me est non nul et moins l'infini sinon. Autrement dit, si le polynĂ´me P (p0, p1, p2,..., pk,...) n'est pas nul, le degrĂ© est Ă©gal Ă  l'entier n tel que pn soit le coefficient non nul d'indice le plus Ă©levĂ© :

\deg P = n\quad\text{ si }\quad P = p_0 + p_1X + \cdots + p_nX^n\quad\text{et}\quad p_n \neq 0,

Si le polynôme est nul, on pose \deg\, 0 = -\infty[21]. Parfois, on ne définit pas le degré du polynôme nul[22].

La dĂ©finition de la somme et du produit des polynĂ´mes montre que :

PropriĂ©tĂ©s du degrĂ© â€” Si l'anneau A est intègre, le degrĂ© du produit de deux polynĂ´mes de degrĂ©s respectifs n et m est Ă©gal Ă  la somme n + m. Le degrĂ© de la somme de deux polynĂ´mes de degrĂ©s respectifs n et m est infĂ©rieur ou Ă©gale au maximum de n et de m.

On remarque par exemple que le coefficients du monôme dominant du produit de deux polynômes non nuls est le produit des deux coefficients des monômes dominants des deux polynômes. Ce qui montre que si P et Q sont deux polynômes non nuls, P.Q est encore un polynôme non nul, autrement dit l'anneau A[X] est intègre. On remarque encore que le produit d'un polynôme non nul par X est toujours un polynôme de degré au moins 1, le polynôme X n'est donc pas inversible.

Valuation d'un polynĂ´me[23] â€” La valuation d'un polynĂ´me est le degrĂ© de son monĂ´me non nul de plus petit degrĂ©, si le polynĂ´me est non nul, et plus l'infini sinon. Autrement dit, si le polynĂ´me P (p0, p1, p2,..., pk,...) n'est pas nul, la valuation est Ă©gale Ă  l'entier m tel que pm soit le coefficient non nul d'indice le moins Ă©levĂ© :

\text{val } P = m\quad\text{ si }\quad P = p_mX^m + p_{m+1}X^{m+1} + \cdots + p_nX^n\quad\text{et}\quad p_m \neq 0.\;

Si le polynĂ´me est nul, on pose val P = +\infty.

On dispose de propriĂ©tĂ©s Ă©quivalentes pour les valuations :

PropriĂ©tĂ©s de la valuation â€” Si l'anneau A est intègre, la valuation du produit de deux polynĂ´mes de valuations respectives n et m est Ă©gal Ă  la somme n + m. La valuation de la somme de deux polynĂ´mes de valuation respectives n et m, est supĂ©rieure ou Ă©gale au minimum de n et de m.

Il existe en algèbre une définition de la valuation un peu différente et plus générale. La valuation spécifique définie dans ce paragraphe devient avec l'autre définition une valuation particulière.

Une des conséquences de ces deux applications, degré et valuation, est l'existence de deux divisions dans l'anneau des polynômes à coefficients dans un corps (c'est-à-dire si tous les éléments non nuls de A sont inversibles). L'une est dite "euclidienne" et l'autre "selon les puissances croissantes". Elles sont traitées dans l'article Division d'un polynôme.

[modifier] Notes et références

[modifier] Notes

  1. ↑ La première inconnue par l'IREM de Poitiers p. 27
  2. ↑ Paul ver Eecke, Diophante d'Alexandrie. Les Six Livres Arithmétiques et le Livre des Nombres Polygones, Liège, Desclée de Brouwer, 1926, p. 2
  3. ↑ C. Kahn et O. Schladenhaufen, Mathématique arabe au lycée, IREM de Strasbourg, 1985
  4. ↑ DahanPeiffer, p. 216
  5. ↑ A. T. Vandermonde, Mémoire sur la résolution des équations; Mémoires de l'Académie des Sciences de Paris, 1771
  6. ↑ C. F. Gauss, Recherches arithmétiques, 1801, trad. A.-C.-M. Poullet-Delisle, éd. Courcier, 1807, p. 429-489
  7. ↑ Lang, Algèbre en propose plusieurs.
  8. ↑ Ce rapprochement est proposé dans Opérations arithmétiques et algèbre des polynômes par M. Delord, membre du (GRIP) groupe de réflexion interdisciplinaire sur les programmes.
  9. ↑ DahanPeiffer, p. 91
  10. ↑ Cette dĂ©finition est par exemple celle de Lang, Algèbre, p. 97 dans l'Ă©dition anglaise.
  11. ↑ Cette dĂ©finition est celle de Sarlat 2001, p. 4.
  12. ↑ Cette dĂ©finition est celle de Sarlat 2001, p. 5.
  13. ↑ Cette dĂ©finition est celle de Sarlat 2001, p. 6.
  14. ↑ On trouve cette définition par exemple dans Bercovier, Polynômes
  15. ↑ Henri Cartan, Théorie élémentaire des fonctions analytiques d'une ou plusieurs variables complexes [détail des éditions] page 9 (nouveau tirage juin 1985)
  16. ↑ On trouve le formalisme habituel, par exemple, dans Bercovier, Polynômes.
  17. ↑ On trouve cette définition, par exemple dans Bercovier, Polynômes.
  18. ↑ (en) Florian Cajori, A History of Mathematics, AMS, 1991, 5e Ă©d. (ISBN 978-0-8218-2102-2), p. 139 
  19. ↑ Voir par exemple : R. FerrĂ©ol, PolynĂ´me, un cours de MPSI.
  20. ↑ Degré d'un polynôme et d'une fraction rationnelle sur bibmath.net
  21. ↑ N. Bourbaki, Éléments de mathématique, Algèbre, chap. IV
  22. ↑ C'est par exemple le choix de Bercovier, Polynômes.
  23. ↑ Sarlat 2001, p. 12

[modifier] Références

  • Ouvrages
    • A. Dahan-Dalmedico et J. Peiffer, Une Histoire des mathĂ©matiques – Routes et dĂ©dales [dĂ©tail des Ă©ditions] 
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