Courbes elliptiques : encyclopédie mathématiques
Cet article est issu de l'encyclopédie libre Wikipedia.En mathématiques, une courbe elliptique est un cas particulier de courbe algébrique, munie entre autres propriétés d'une addition géométrique sur ses points.
Les courbes elliptiques ont de nombreuses applications dans des domaines très différents des mathématiques : elles interviennent ainsi en mécanique classique dans la description du mouvement des toupies, en théorie des nombres dans la preuve du dernier théorème de Fermat, en cryptologie dans le problème de la factorisation des entiers ou pour fabriquer des codes performants.
Contrairement à ce que son nom pourrait laisser croire, l'ellipse n'est pas une courbe elliptique. Le nom des courbes elliptiques vient historiquement de leur association avec les intégrales elliptiques, elles-mêmes appelées ainsi car elles servent en particulier à calculer la longueur d'arcs d'ellipses.
À l'aide d'un choix adapté de coordonnées, une courbe elliptique peut être représentée dans un plan par une équation cubique de la forme :
Les coefficients ,
,
,
et
sont des éléments du corps
sur lequel est définie la courbe, mais ils ne sont pas déterminés par la courbe de manière unique. Réciproquement, pour qu'une telle équation décrive effectivement une courbe elliptique, il faut que la courbe ainsi définie ne soit pas singulière, c’est-à -dire qu'elle n'ait ni point de rebroussement, ni point double.
Les points de la courbe sur un corps (contenant
) ont pour coordonnées les solutions
dans
de l'équation ; on y joint un point à l'infini (l'élément zéro de l'addition). On note cet ensemble de points
.
Formellement, une courbe elliptique est une courbe algébrique projective non-singulière de genre 1 sur un corps et dont un point à coordonnées dans
est spécifié[1].
Même si certaines constructions ou certaines propriétés comme l'addition des points sont communes à toutes, la description des courbes elliptiques, ainsi que leurs applications possibles, dépend beaucoup du corps de définition choisi.
Il est possible de décrire concrètement les courbes elliptiques sur les nombres réels, et de définir en particulier l'addition des points, avec les connaissances d'un étudiant au niveau lycée. Dans cette section, le cadre est celui du plan réel euclidien, les points considérés ont des coordonnées x, y réelles, les droites et les courbes sont définies par des équations à coefficients réels. Pour la commodité de la description, l'axe des ordonnées détermine une direction qualifiée de « verticale ».
L'équation d'une courbe elliptique définie sur le corps des nombres réels peut être mise sous la forme plus simple (dite équation de Weierstrass) :
où les coefficients ,
sont des nombres réels. Selon le choix de ces coefficients, les graphes correspondants ont essentiellement deux formes possibles. Voici par exemple les graphes réels associés à deux courbes elliptiques dans le plan affine:
Les points de la courbe sont tous ceux dont les coordonnées (réelles) vérifient l'équation, ainsi qu'un point à l'infini. Comprendre comment et pourquoi ce point doit être pris en compte nécessite de se placer dans le cadre de la géométrie projective, voir section 6 ci-dessous. Ce point à l'infini est essentiel car ce sera l'élément neutre (le 'zéro') pour l'addition des points de la courbe. Intuitivement, il suffit ici de l'imaginer comme le point à l'intersection de toutes les droites verticales.
Les courbes représentées ont une tangente bien définie en chaque point, n'ont ni point double, ni point de rebroussement. Algébriquement, ceci se traduit sur l'équation de la courbe par le fait qu'une certaine combinaison des coefficients
ne s'annule pas. La quantité s'appelle le discriminant de la courbe : un discriminant différent de zéro indique une courbe sans singularités (ou encore courbe non-singulière). Le facteur -16 peut paraître inutile à ce stade mais il intervient dans l'étude plus avancée des courbes elliptiques.
Le graphe d'une courbe elliptique peut dès lors prendre deux formes :
Remarque : La courbe d'équation a pour discriminant 0 : elle a un point de rebroussement à l'origine et ce n'est donc pas une courbe elliptique. Il en est de même pour la courbe d'équation
, elle aussi de discriminant 0, qui a cette fois un point double en
; on remarque que
a une racine multiple. Plus généralement, le polynôme cubique
a une racine multiple si et seulement si le discriminant
est nul; dans ce cas, la courbe correspondante n'est pas elliptique.
L'addition de deux points sur une courbe elliptique est rendue possible par la propriété suivante, qui est un cas particulier du Théorème de Bézout sur l'intersection de courbes algébriques sur les réels : une droite sécante passant par deux points de la courbe recoupe la courbe en un troisième point (distinct ou non). On peut s'en convaincre en regardant les figures ci-dessous ou, plus rigoureusement, en lisant la section suivante. Une fois cette propriété admise, on procède ainsi.
Pour définir l'addition de deux points distincts ,
sur la courbe elliptique
, on remarque d'abord que par ces deux points passe une droite bien définie. À cause de la propriété indiquée, cette droite recoupe donc la courbe
en un troisième point
. Intuitivement, ce point
de la courbe, bien défini à partir des deux points
et
, serait un bon candidat pour être leur somme. Mais ce choix ne donnerait pas les propriétés qu'on attend d'une bonne addition : par exemple, on ne pourrait pas bien définir le zéro (l'élément neutre additif). On complique donc un peu la construction en prenant comme 'somme' de
et
le symétrique de ce point
par rapport à l'axe des abscisses. Ceci revient à prendre le point de même abscisse
que
et d'ordonnée opposée à celle de
: à cause de la forme de l'équation de la courbe, ce point appartient bien à la courbe, comme souhaité. On note ce point tout naturellement
. On verra plus loin pourquoi cette notation est justifiée, c'est-à -dire pourquoi la construction faite a toutes les propriétés qu'on attend d'habitude d'une addition.
Il y a quelques cas délicats :
Voici des illustrations des différents cas possibles.
On voit sur les graphes que la définition donnée est compatible avec le choix du point à l'infini comme 'zéro', élément neutre pour l'addition. Soit ce point à l'infini. Pour trouver
, on doit, selon la méthode décrite, tracer la droite passant par le point
et le point
: c'est la verticale passant par
. Elle recoupe justement la courbe elliptique au point
, symétrique de
par rapport à la droite des abscisses ; le point
cherché, par définition de l'addition, est le symétrique de ce point
, donc c'est
lui-même : on a bien trouvé que
ce qui correspond bien à ce qu'on attend d'un 'zéro' pour l'addition. Dans la suite, ce point sera donc simplement noté 0 ou
(pour rappeler qu'il s'agit du zéro pour l'addition sur la courbe
), il ne faut pas le confondre avec le point origine
de coordonnées (0, 0) dans le plan.
Cette construction géométrique se traduit aussi par des équations : on peut calculer[2] les coordonnées du point
en fonction de celles de
et de
. Tous ces points sont sur la courbe elliptique
.
. Le point
(qu'on note naturellement
) a donc pour coordonnées :
On vient donc de définir, géométriquement et sur les coordonnées, une loi de composition sur les points de la courbe , notée + : autrement dit, on a défini pour tous les points
et
de la courbe, distincts ou non, le point
. Le point à l'infini apparaît ainsi comme élément neutre (on le note traditionnellement
). L'opposé d'un point
est alors le symétrique de
par rapport à la droite des abscisses ; on le note
.
Théorème — L'ensemble des points à coordonnées réelles de la courbe (en incluant le point à l'infini), muni de cette loi de composition, forme un groupe commutatif.
Démonstration :
Une autre démonstration de l'associativité repose sur un résultat de géométrie algébrique, le théorème fondamental de Max Noether[3]. Une conséquence en est le théorème des neuf points : si la courbe intersecte deux courbes cubiques
et
chaque fois en 9 points, et si 8 de ces points sont les mêmes pour
et
, alors le 9e point d'intersection est aussi le même. L'idée de la preuve de l'associativité est alors de fabriquer les deux cubiques
et
de manière à contrôler huit de leurs points d'intersection avec la courbe elliptique et à s'arranger pour que le 9e soit l'un des deux points
ou
que l'on veut comparer (ou leurs symétriques). On considère donc la droite
passant par les points
et
, la droite
passant par les points
et
, la droite
passant par les points
et
, d'une part, et d'autre part, la droite
passant par les points
et
, la droite
passant par les points
et
et la droite
passant par les points
et
. Le produit des équations des trois droites
,
,
définit une courbe cubique
, de même le produit des équations des trois droites
,
,
définit une courbe cubique
. Les intersections de ces deux cubiques avec la courbe elliptique
sont 9 points, dont 8 sont communs par construction (
,
,
,
,
,
,
,
). Le 9e point d'intersection de
avec
est le point
, celui de
avec
est le point
. D'après le théorème cité, ces points sont les mêmes, donc aussi leurs symétriques, d'où l'associativité.
Une troisième démonstration de l'associativité peut encore être donnée dans le cadre de la géométrie algébrique. Reposant cette fois sur le théorème de Riemann-Roch, elle déduit directement les propriétés de l'addition sur la courbe elliptique de celle du groupe de Picard de la courbe[4].
L'équation d'une courbe elliptique sur le corps des complexes peut aussi être mise sous la forme de Weierstrass. Il est d'usage d'adopter ici la normalisation
où et
sont des nombres complexes.
Un résultat déterminant est qu'une courbe elliptique définie sur admet un paramétrage par des fonctions méromorphes, les fonctions elliptiques de Weierstrass. Plus précisément, il existe un réseau
tel que
où
Lorsque le nombre complexe parcourt
, le point de coordonnées
et
parcourt la courbe elliptique.
Les coefficients de la courbe et
sont donnés par les valeurs de deux séries convergentes associées traditionnellement à un réseau
, les séries d'Eisenstein de poids 2 et 3:
La situation est donc analogue à celle du paramétrage des points d'un cercle par les fonctions et
. Dans le cas du cercle, d'équation
, les fonctions qui le paramètrent sont périodiques de période
. Dans le cas d'une courbe elliptique, les fonctions de Weierstrass ont pour périodes indépendantes les deux nombres générateurs du réseau
.
On a plus précisément :
Théorème — Soit une courbe elliptique définie sur
. Il existe un réseau
, défini à homothétie près, et un isomorphisme analytique complexe
tel que
et
Autrement dit, la courbe elliptique est isomorphe à un tore complexe (on doit se rappeler que la « droite » complexe, de dimension 1 comme courbe définie sur , est
lui-même, c'est-à -dire le « plan » complexe, ainsi appelé communément parce qu'il est dimension 2 sur le corps des réels). Autrement dit, il s'agit d'une surface de Riemann de genre 1, qu'on peut visualiser comme un pneu à un trou.
La forme différentielle est holomorphe et non nulle en tout point de la courbe ; elle correspond à la forme
sur le tore
.
Soit deux chemins et
formant une base de l'homologie de la courbe, par exemple les chemins bleu et rouge ci-contre, alors
sont deux périodes indépendantes, qui engendrent le réseau .
La loi de groupe est directement visible sur le tore : trois points
de la courbe sont alignés lorsque la somme de leurs arguments
appartient au réseau
. Poser
lorsque les points sont alignés permet de définir une loi de groupe abélien sur les points de la courbe. Cette addition est d'ailleurs compatible avec la méthode des tangentes et des sécantes expliquée plus haut pour les courbes définies sur le corps des réels. Les points d'ordre
(c'est-Ã -dire les points
tels que
) forment un sous-groupe d'ordre
, isomorphe Ã
.
Parmi les nombreuses applications des courbes elliptiques, on peut mentionner le théorème de clôture de Poncelet par rapport à deux coniques.
Soient deux coniques du plan complexe projectif non dégénérées et sans point d'intersection double, qu'on peut représenter par les deux matrices et
des formes quadratiques associées. Si en partant d'un point A sur l'une d'elles, on trace la tangente AA' à l'autre conique, menée de ce point, elle recoupe la première conique en un autre point B et on peut réitérer en construisant l'autre tangente BB' menée par B à la deuxième conique, etc.
Le théorème de clôture de Poncelet dit que si cette construction boucle, pour un point de départ A donné, après un nombre fini d'étapes (autrement dit si la construction ramène au point de départ, formant un polygone à un nombre déterminé de côtés), elle boucle, avec le même nombre de côtés, pour n'importe quel point de départ. Cette propriété de clôture de la construction ne dépend donc pas du point de départ, mais seulement de la disposition des deux coniques.
On peut utiliser les courbes elliptiques pour donner une preuve directe de ce résultat[7] : les points d'une conique sont paramétrables par un nombre x, la tangente est un élément de la conique duale représentable par un nombre y ; en choisissant bien le système de coordonnées, on montre que la relation entre x et y est , ce qui, en développant le déterminant, est l'équation d'une courbe elliptique[8].
On montre de plus qu'on passe de Ã
par l'addition (au sens de l'addition sur la courbe elliptique) d'un point
qui ne dépend pas de
, mais seulement de l'équation de la courbe elliptique, c'est-à -dire des coniques elles-mêmes. La construction boucle si et seulement si ce point
est un point de torsion sur la courbe elliptique. Cette interprétation permet d'ailleurs de déterminer des paires de coniques supportant des polygones de Poncelet à un nombre voulu de côtés.
Une courbe définie sur le corps des nombres rationnels est aussi définie sur le corps des réels, donc la construction d'une addition sur les points (à coordonnées réelles) par la méthode des tangentes et des sécantes s'applique ici.
Il est facile de voir que si deux points ont des coordonnées rationnelles, la droite qui les joint a une équation à coefficients rationnels et le 3e point d'intersection avec la courbe est encore à coordonnées rationnelles. Il en est de même pour le symétrique par rapport à l'axe des abscisses d'un point à coordonnées rationnelles.
Finalement, on montre que le groupe des points de la courbe à coordonnées rationnelles forme aussi un groupe abélien.
Le résultat le plus important est que tous les points à coordonnées rationnelles peuvent être construits par la méthode de la tangente et de la sécante à partir d'un nombre fini d'entre eux. Plus précisément[9]:
Théorème de Mordell-Weil — Le groupe est un groupe abélien de type fini.
Il est donc le produit direct d'un nombre fini de copies de et de groupes cycliques finis.
Théorème de Mazur — Le sous-groupe de torsion de est l'un des 15 groupes suivants :
, pour
ou
, ou
, avec
.
La conjecture de Birch et Swinnerton-Dyer est l'un des problèmes du millénaire pour la solution desquels la fondation Clay a promis un million de dollars. Dans le cas des courbes elliptiques, cette conjecture relie des objets analytiques et arithmétiques définis à partir de la courbe considérée.
Du côté analytique, un ingrédient important est la fonction d'une variable complexe, L de Hasse-Weil de la courbe sur
. Cette fonction est une variante de la fonction zêta de Riemann ou des fonctions L de Dirichlet. Elle est définie comme un produit eulérien de facteurs, définis pour chaque nombre premier
.
Si est une équation minimale de la courbe elliptique
sur
, Ã coefficients
entiers, l'équation obtenue en réduisant modulo
les coefficients
définit en général encore une courbe elliptique, sur le corps fini
(sauf pour un nombre fini de
, où la courbe réduite obtenue a un point singulier et n'est donc plus elliptique ; on dit que la courbe
a une « mauvaise réduction » en
dans ce cas).
La fonction zêta d'une courbe elliptique sur un corps fini est en quelque sorte une fonction génératrice rassemblant les informations sur le nombre de points de la courbe dans toutes les extensions (finies) du corps de base. Plus précisément[18],
La somme à l'intérieur de l'exponentielle ressemble au développement d'un logarithme et, de fait, la fonction Z ainsi définie est une fonction rationnelle :
La fonction de Hasse-Weil de la courbe elliptique sur est alors définie en rassemblant toutes ces informations locales (c'est-à -dire pour chaque nombre premier p). Elle est définie par
où si la courbe a bonne réduction en
et 0 sinon (dans ces derniers cas, en nombre fini, le terme
doit aussi être défini).
Ce produit converge seulement pour . Mais la conjecture de Hasse prédisait que la fonction
admet un prolongement analytique à tout le plan complexe et vérifie une équation fonctionnelle liant, pour tout
, sa valeur en
à sa valeur en
.
La conjecture de Hasse est maintenant (depuis 1999) démontrée comme conséquence de la preuve de la conjecture de Shimura-Taniyama-Weil : cette dernière affirme en effet que toute courbe elliptique définie sur est modulaire ; donc sa Fonction zêta de Hasse-Weil est égale à la fonction
associée à une forme modulaire, pour laquelle le prolongement analytique était déjà connu.
On peut donc parler des valeurs de la fonction de Hasse-Weil en tout point du plan complexe. La conjecture de Birch et Swinnerton-Dyer lie le comportement au centre de la bande critique (donc en
) à l'arithmétique de la courbe. Elle prévoit en particulier :
Sous sa forme la plus précise, la conjecture prédit aussi la valeur du terme dominant au voisinage de 1, en fonction de diverses quantités liées à la courbe elliptique.
De même que l'hypothèse de Riemann, la conjecture de Birch et Swinnerton-Dyer a de multiples conséquences. En voici deux :
Théorème — Soit un entier impair sans facteurs carrés. Supposons que la conjecture de Birch et Swinnerton-Dyer soit vraie. Alors, le nombre entier
est l'aire d'un triangle rectangle à côtés rationnels si et seulement si le nombre des triplets d'entiers
satisfaisant
est égal à deux fois le nombre des triplets satisfaisant
.
Cet énoncé, dû à Tunnell est lié au fait que est l'aire d'un triangle rectangle en nombres rationnels si et seulement si la courbe elliptique
a un point rationnel d'ordre infini (donc, sous la conjecture de Birch et Swinnerton-Dyer, sa fonction
s'annule en 1). L'intérêt de l'énoncé est que la condition indiquée se vérifie facilement[17].
Dans un tout autre ordre d'idées, certaines méthodes analytiques permettent d'estimer l'ordre d'annulation au centre de la borne critique de familles de fonctions . Si on admet la conjecture de Birch et Swinnerton-Dyer, ces estimations se transposent en informations sur le rang des familles de courbes elliptiques correspondantes. Par exemple[19] :
Théorème — En admettant l'hypothèse de Riemann généralisée et la conjecture de Birch et Swinnerton-Dyer, le rang moyen des courbes elliptiques d'équation est inférieur à 2.
La conjecture de Shimura-Taniyama-Weil, encore connue sous le nom de « conjecture modulaire », affirme que toute courbe elliptique sur est modulaire, c'est-à -dire que sa fonction de Hasse-Weil est la fonction
d'une forme modulaire de poids 2 et de niveau
, où
est le conducteur de la courbe elliptique
(un entier divisible par les mêmes nombres premiers que le discriminant de la courbe).
Autrement dit, si, pour , on écrit la fonction
sous la forme
alors l'expression , avec
, définit une forme modulaire (parabolique, nouvelle) de poids 2 et de niveau
. Pour les nombres premiers
ne divisant pas
, le coefficient
de la forme vaut
moins le nombre de solutions de l'équation minimale de la courbe réduite modulo
.
Par exemple[20], à la courbe elliptique , de discriminant (et de conducteur) 37, est associée la forme
, avec
. Pour les nombres premiers
distincts de 37, on peut vérifier la propriété sur les coefficients. Ainsi pour
, les solutions de l'équation modulo 3 sont (0, 0), (0, 1), (0, 2), (1, 0), (1, 1), (1, 2), et on a donc bien
.
La conjecture qui date du milieu des années 1950 a été finalement démontrée complètement en 1999, à partir des idées d'Andrew Wiles, qui l'avait déjà prouvée en 1994 pour une large famille de courbes elliptiques[21].
Il existe plusieurs formulations de cette conjecture ; prouver leur équivalence n'était pas facile et a fait l'objet de travaux importants dans la seconde moitié du 20e siècle. Ainsi, la modularité d'une courbe elliptique de conducteur
s'exprime aussi par le fait qu'il existe un morphisme non constant, défini sur
, de la courbe modulaire
dans
. En particulier, les points de la courbe peuvent être paramétrés par des fonctions modulaires.
Par exemple, un paramétrage modulaire de la courbe elliptique est donné par[20]
avec comme toujours Les fonctions
et
sont ici modulaires de poids 0 et de niveau 37 ; autrement dit, elles sont méromorphes, définies sur le demi-plan supérieur
et telles que
— et de même pour
— pour tous les entiers
, avec
et
.
Une autre formulation repose sur la comparaison de représentations galoisiennes attachées d'une part aux courbes elliptiques, d'autre part à des formes modulaires, c'est cette dernière formulation qui a été utilisée dans la preuve de la conjecture. La gestion précise du niveau des formes (et leur lien au conducteur de la courbe) est particulièrement délicate.
L'application la plus spectaculaire de la conjecture est la preuve du dernier théorème de Fermat :
La preuve de ce lien entre les deux énoncés, sur une idée de G. Frey de 1985, est difficile et technique, elle n'a été établie par Kenneth Ribet qu'en 1987[22].
On s'intéresse ici aux points de la courbe
tels que
soit entier[23]. Le théorème suivant est dû à Carl Siegel :
Théorème — L'ensemble des points de
tels que x soit entier est fini.
Ce théorème s'étend d'ailleurs aux points dont la coordonnée a un dénominateur divisible seulement par des nombres premiers appartenant à un ensemble fini, fixé à l'avance.
Il existe des formes effectives de ce théorème. Par exemple[24], si l'équation de Weierstrass de la courbe a des coefficients entiers plus petits qu'une constante , les coordonnées
d'un point de la courbe telles que
et
soient entiers vérifient
Exemple[25] : l'équation a huit solutions entières avec
:
Une grande partie des résultats précédents est encore valable lorsque le corps de définition de la courbe elliptique est un corps de nombres, autrement dit une extension de degré fini du corps des nombres rationnels. En particulier,
Théorème de Mordell-Weil — Le groupe des points d'une courbe elliptique
définie sur un corps de nombres
à coordonnées dans
est de type fini.
Un théorème dû à Loïc Merel montre que pour un entier donné, il n'existe qu'un nombre fini (à isomorphisme près) de groupes qui peuvent être la partie de torsion du groupe de Mordell-Weil
d'une courbe elliptique
définie sur un corps de nombres
de degré
. Plus précisément[26] :
Théorème — Soit un entier . Il existe un nombre
tel que pour toute courbe elliptique
définie sur un corps de nombres
de degré
, tout point de torsion de
a un ordre inférieur Ã
.
Le théorème est effectif, par exemple, pour ; Merel montre que si un point de torsion est d'ordre
,
étant un nombre premier, on doit avoir:
En ce qui concerne les points entiers, on a de même :
Théorème de Siegel — Soit une courbe elliptique définie sur un corps de nombres
,
et
les coordonnées de Weierstrass, alors l'ensemble des points de
dont la coordonnée
est dans l'anneau des entiers de
est fini.
Les propriétés de la fonction L de Hasse-Weil et la conjecture de Birch et Swinnerton-Dyer s'étendent également aux corps de nombres.
Soit un corps fini Ã
éléments et
une courbe elliptique définie sur ce corps. Un premier résultat important concerne le nombre de points de
. En comptant le point à l'infini, on a le résultat suivant, dû à Helmut Hasse :
Théorème — .
Autrement dit, l'ordre de grandeur du nombre de points de la courbe est à peu près le même que le nombre d'éléments dans le corps.
L'ensemble des points forme un groupe abélien fini ; c'est toujours un groupe cyclique ou produit de deux groupes cycliques.
Par exemple[27] la courbe d'équation définie sur
a 72 points à coordonnées dans ce corps, formant un groupe du type
.
L'étude de cette courbe sur des extensions de est facilitée par l'introduction de la fonction zêta de
sur
, définie comme cela a déjà été mentionné plus haut par la série génératrice :
où les corps sont les extensions de
de degré n (autrement dit des corps finis de cardinal
). On a alors
Ces résultats constituent les conjectures de Weil pour les courbes elliptiques. Par exemple[28], la fonction zêta de sur le corps
à 2 éléments est
; la courbe a
points sur le corps
si r est impair,
si r est pair.
Les courbes elliptiques définies sur des corps finis ont des applications en algorithmique, notamment en cryptographie et pour la factorisation d'entiers. Généralement, l'idée derrière la composition originale de ces algorithmes fut celle d'une généralisation des corps finis, plus précisément du groupe multiplicatif vers les courbes elliptiques, plus précisément leur groupe de points à coordonnées dans
. On a adapté des algorithmes qui faisaient usage de corps finis pour qu'ils fassent usage de courbes elliptiques à leur place. L'intérêt des courbes elliptiques est la richesse qu'elles offrent pour chaque nombre
.
L'addition permet naturellement de définir la multiplication d'un point de la courbe par un nombre entier (par exemple (-3). P est défini par -(P+P+P)). Mais il peut arriver que la courbe ait d'autres multiplications. Par exemple, sur la courbe d'équation affine , définie sur le corps des rationnels, on peut aussi définir une multiplication par
(le nombre complexe tel que
), en posant
, et plus généralement on peut définir la multiplication des points par n'importe quel entier de Gauss, c'est-à -dire n'importe quel nombre complexe de la forme
, avec
des entiers relatifs.
Pour des courbes elliptiques définies sur des corps de caractéristique 0 (par exemple le corps des rationnels), ce sont essentiellement les deux seuls cas possibles : soit il n'y a que la multiplication par des entiers relatifs, soit il y a multiplication complexe par un ordre dans un corps quadratique imaginaire.
Le cadre usuel pour définir et décrire les courbes elliptiques est celui de l'espace projectif sur un corps . En dimension 2, dans le plan projectif, les points sont donnés par trois coordonnées
,
,
, en excluant le triplet (0, 0, 0) et en identifiant les points de coordonnées (
,
,
) et (
,
,
), pour tout nombre
non nul dans le corps
. Lorsque
est différent de 0, disons, on peut représenter le point (
,
,
) par (
,
,
), et donc lui associer un point du plan affine usuel (
,
). Les points pour lesquels
est égal à 0 forment une droite 'à l'infini'.
Dans ce cadre, une courbe elliptique sur le corps est définie par une équation cubique homogène:
où les coefficients ,
,
,
,
appartiennent Ã
donné et sous la condition que la courbe ainsi définie ne soit pas singulière. Cette dernière condition s'exprime par le fait qu'un certain polynôme en les coefficients (analogue au
donné plus haut) ne s'annule pas.
Que se passe-t-il à l'infini, c'est-à -dire pour ? On trouve que
, donc
ne peut être nul et le seul point de la courbe à l'infini est le point (0, 1, 0) (rappelons que dans le plan projectif, (0, y, 0) et (0, 1, 0) définissent le même point). Pour
distinct de 0, on peut diviser toutes les coordonnées par
et l'équation devient celle dans le plan affine donnée au début de l'article.
Le point à l'infini (qui est un point d'inflexion) est mis en valeur sur la représentation ci-contre de la courbe dont l'équation affine est [29] .
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