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Développement décimal


Développement décimal : encyclopédie mathématiques

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En mathématiques, le développement décimal est une façon d'écrire des nombres réels positifs à l'aide des puissances de 10 (négatives ou positives). Lorsque les nombres sont des entiers naturels, le développement décimal correspond à l'écriture en base 10. Lorsqu'ils sont décimaux, on obtient un développement décimal limité. Lorsqu'ils sont rationnels, on peut obtenir un développement décimal illimité périodique. Enfin, lorsqu'ils sont irrationnels, le développement décimal est illimité et non périodique.

Sommaire

[modifier] Cas des nombres entiers

Tout nombre entier possède une écriture décimale qui nous est naturelle car enseignée depuis notre enfance. Nous prenons conscience du fait qu'il ne s'agit que d'une écriture lorsque les circonstances nous mettent en contact avec d'autres systèmes de numération.

Exemple : 123 827 = 1Ă—105 + 2Ă—104 + 3Ă—103 + 8Ă—102 + 2Ă—101 + 7Ă—100

[modifier] Cas des nombres décimaux

Un nombre décimal est un nombre pouvant s'écrire sous la forme \frac{N}{10^n} où N et n sont des entiers relatifs.

Un nombre décimal positif possède alors un développement décimal limité comportant des puissances de 10 à exposant négatif mais le plus petit exposant ne peut être que - n.

Exemple : \frac{1267}{625} = \frac{1267 \times 16}{10000} = \frac{2.10^4 + 2.10^2 + 7.10^1 + 2.10^0}{10^4}

 \frac{1267}{625} = 2.10^0 + 2.10^{-2} + 7.10^{-3} + 2.10^{-4}

Et on vérifie très simplement à l'aide d'une calculatrice que \frac{1267}{625} = 2,0272

RĂ©ciproquement : tout nombre possĂ©dant un dĂ©veloppement dĂ©cimal limitĂ© est un nombre dĂ©cimal car il suffit de le multiplier par la puissance de 10 adĂ©quate pour retomber sur un entier.

[modifier] Cas des nombres rationnels

Article dĂ©taillĂ© : DĂ©veloppement dĂ©cimal pĂ©riodique.

Aborder l'écriture décimale de la plupart des nombres rationnels nous fait rentrer dans le monde de l'infini car l'écriture ne s'arrête jamais. On parle de développement décimal illimité.

Exemple : Division de 13 par 7

13          |7
 60         |1,85714285...
  40        |
   50       |
    10      |
     30     |
      20    |
       60   |
        40  |

Puisque l'on obtient de nouveau le reste 6 (avant dernière ligne), en abaissant le 0, on se trouvera à diviser encore 60 par 7 à réobtenir pour quotient 8, pour reste 4 etc. Le cycle 857142 s'appelle la période du développement décimal illimité périodique. On écrira  \frac{13}{7} = 1,\underline{857142}....

La pĂ©riode du dĂ©veloppement dĂ©cimal ne commence pas toujours juste après la virgule :  \frac{83}{70} = 1,1\underline{857142}....

On peut dĂ©montrer que tout nombre rationnel possède un dĂ©veloppement dĂ©cimal illimitĂ© pĂ©riodique. Pour le comprendre, il suffit de gĂ©nĂ©raliser le principe de la division prĂ©cĂ©dente. Supposons que l'on divise P par Q, dans la division de P par Q, on est amenĂ©, pour les dĂ©cimales après la virgule, Ă  « abaisser des zĂ©ros Â». Si le reste prĂ©cĂ©dent est r, on cherche alors Ă  diviser 10r par Q. Les restes de la division sont en nombre fini (0, 1, ..., Q - 1), donc on ne peut pas prolonger indĂ©finiment la division sans rencontrer deux restes identiques. Si on appelle r1 et r'1 les deux premiers restes identiques, on voit que la division de 10r1 par Q sera identique Ă  celle de 10r'1 par Q, et donnera le mĂŞme quotient q1 = q'1 et mĂŞme reste r2 = r'2 et ainsi de suite.

Un nombre décimal possède aussi un développement décimal illimité de période 0.

Réciproquement, tout développement décimal illimité périodique correspond à l'écriture d'un rationnel.

Exemple : 3,25723723723... = x
100x = 325,723723723...
100x - 325 = y = 0,723723723... On peut remarquer que, si y est rationnel, x le sera aussi.
y = 0,723723....
1000y = 723,723723723...
1000y = 723 + y
999y = 723
y = \frac{723}{999}. y est alors un rationnel et x aussi.

La mĂ©thode se gĂ©nĂ©ralise pour tout dĂ©veloppement dĂ©cimal illimitĂ© pĂ©riodique. On se dĂ©barrasse de la mantisse par une multiplication par la puissance de 10 adĂ©quate et par la soustraction d'un nombre entier. On obtient alors un nombre y s'Ă©crivant 0,pĂ©riodepĂ©riodepĂ©riode.... sur lequel on effectue le mĂŞme type d'opĂ©ration que plus haut : multiplication par la puissance de 10 adĂ©quate 10ny = pĂ©riode + y. La rĂ©solution de l'Ă©quation prĂ©cĂ©dente prouve que y est rationnel et donc que x est rationnel.

Cette méthode de décalage sera employée par la suite pour calculer de façon analogue la somme des termes d'une suite géométrique.

Cas particulier de 0,99999999... = y.

En utilisant la technique précédente, on obtient 10y = 9,99999... = 9 + y. La résolution de l'équation précédente mène donc à y = 1.

1 possède donc deux « dĂ©veloppements dĂ©cimaux illimitĂ©s Â» pĂ©riodiques : 1,000000... et 0,9999.... Selon la dĂ©finition d'un dĂ©veloppement dĂ©cimal illimitĂ© sur \mathbb{R}, seul sera retenu le premier dĂ©veloppement illimitĂ©, le second s'appelant un dĂ©veloppement impropre. Il en est plus gĂ©nĂ©ralement de mĂŞme pour tous les nombres dĂ©cimaux sauf 0 : on a ainsi, par exemple, 3/5 = 0,6000000... = 0,5999999..., et lĂ  encore, seul le premier dĂ©veloppement est retenu.

[modifier] Cas des nombres réels

Si x est un nombre rĂ©el, on construit les suites de nombres dĂ©cimaux suivantes :

u_n = \frac{E(10^n \times x)}{10^n} et v_n = \frac{E(10^n \times x) + 1}{10^n} où E(a) = partie entière de a

un s'appelle l'approximation décimale de x par défaut à 10-n et vn celle par excès.

On démontre facilement que un et un+1 ne diffèrent (éventuellement) que sur la n+1e décimale qui est de 0 pour un et de an+1 pour un+1.

un s'écrit alors

u_n = \sum_{k = 0}^{n}a_k10^{-k}

où a0 est un entier relatif et où tous les ak pour k = 1 à n sont des entiers compris dans {0, …, 9}.

On démontre aussi que (un) et (vn) sont des suites adjacentes encadrant x donc elles convergent vers x. On appelle alors développement décimal illimité la suite (an) et on remarquera que

x = \sum_{k = 0}^{+ \infty}a_k10^{-k}.

Réciproquement, si (an) est une suite d'entiers tels que tous les ak pour k = 1 à n sont des entiers compris dans {0, …, 9}, on démontre que la série U_n = \sum_{k = 0}^{n}a_k10^{-k} est convergente dans R vers un réel x = \sum_{k = 0}^{+ \infty}a_k10^{-k}. Il faut maintenant distinguer deux cas:

  • Si la suite (an) converge vers 9 (tous les termes Ă©gaux Ă  9 Ă  partir d'un certain rang k). Alors x est un dĂ©cimal d'ordre k - 1. La suite (un) dĂ©finie dans la première partie ne coĂŻncidera pas Ă  la suite (Un). La suite (an) ne sera pas appelĂ©e un DDI.
  • Si la suite ne converge pas vers 9, la suite (un) dĂ©finie dans la première partie coĂŻncidera Ă  la suite (Un) . La suite (an) sera appelĂ©e un DDI.

Cette construction d'un développement illimité permet de retrouver le développement (non impropre) d'un décimal 3,5670000…, ou d'un rationnel 3,25743743743… .

On démontre que cette définition construit une bijection entre les réels et les suites (an) d'entiers tels que tous les ak pour k = 1 à n sont des entiers compris dans {0, …, 9} ne convergeant pas vers 9.

[modifier] Régularité dans les développements décimaux illimités

Sauf pour les dĂ©cimaux et les rationnels dont le dĂ©veloppement illimitĂ© est pĂ©riodique, il n'est en gĂ©nĂ©ral pas possible de « prĂ©voir Â» les dĂ©cimales d'un rĂ©el. Seuls des calculs poussĂ©s permettent de dĂ©couvrir les premières dĂ©cimales (on connaĂ®t jusqu'Ă  prĂ©sent les 1 241 100 000 000 premières dĂ©cimales de Ď€.)

Des études portant sur la fréquence des entiers dans les développement décimaux de \sqrt{2} ou de π sont menées.

Lorsque la fréquence d'apparition de chaque chiffre est de 10% dans le développement décimal, et plus généralement que la fréquence d'apparition d'une suite de n chiffres donnée est (pour chaque suite) de 10-n, on dit que le réel est un nombre normal.

[modifier] Curiosités

  • Le rĂ©el dont le dĂ©veloppement dĂ©cimal est 0,1234567891011121314151617... possède un dĂ©veloppement dĂ©cimal prĂ©visible non pĂ©riodique. Ce rĂ©el est la constante de Champernowne, du nom du mathĂ©maticien anglais qui l'a inventĂ© en 1933. Ce nombre est Ă©videmment irrationnel, mais aussi transcendant (prouvĂ© par Kurt Mahler en 1961), et normal en base 10.
  • La constante de Copeland-ErdĹ‘s 0,2357111317192329313741... constituĂ©e de la succession des nombres premiers, est elle aussi normale en base 10..
  • Le rĂ©el dont le dĂ©veloppement dĂ©cimal est 0,110001000000000000000001..., c'est-Ă -dire la somme des puissances factorielles nĂ©gatives de 10 (10-1 + 10-2 + 10-6 + ...+ 10 -k! + ...) possède un dĂ©veloppement dĂ©cimal prĂ©visible non pĂ©riodique. Ce rĂ©el est la constante de Liouville, du nom du mathĂ©maticien français qui l'a inventĂ©. Ce nombre est irrationnel, mais aussi transcendant (prouvĂ© par Joseph Liouville).
  • Le dĂ©veloppement dĂ©cimal est impossible dans un système positionnel sans zĂ©ro, c'est-Ă -dire que le dĂ©veloppement dĂ©cimal dĂ©pend non seulement d'un système de numĂ©ration positionnel, mais Ă©galement de l'usage du zĂ©ro positionnel.
  • Si on tire au hasard, uniformĂ©ment, un nombre rĂ©el entre 0 et 1, les chiffres de son dĂ©veloppement dĂ©cimal forment une suite de variables alĂ©atoires indĂ©pendantes uniformes sur \scriptstyle\ [\![0,9]\!]. Ce fait est la clĂ© de la dĂ©monstration du thĂ©orème du nombre normal, dĂ» Ă  Émile Borel : Ă  l'occasion de cette dĂ©monstration, Émile Borel a dĂ©couvert le lemme de Borel-Cantelli, et a dĂ©montrĂ© la première version connue de la loi forte des grands nombres.

[modifier] Développement en base quelconque

Utiliser un développement décimal fait jouer un rôle particulier à la base 10. Tout ce qui précède s'applique à n'importe quel nombre entier b (comme base), supérieur à 1. Cette fois, les nombres admettant deux développements seront ceux de la forme \frac{a}{b^k}\,, les nombres rationnels restant caractérisés par la périodicité de leur développement.

En fait la base 10 présente surtout un intérêt pratique, c'est celle à laquelle nous sommes habitués. Les bases 2 et 3 notamment sont très intéressantes.

Plaçons nous en base 2. L'application de d:\{0,1\}^\N \rightarrow [0,1] qui associe à une suite (\epsilon_n)_{n\ge 1}, où \epsilon_nl_, vaut 0 ou 1, le nombre \sum_{n=1}^\infty\frac{\epsilon_n}{2^n} est surjective (car tout nombre réel admet un développement en base 2). Elle n'est pas bijective, puisque précisément les rationnels dyadiques, c’est-à-dire ceux de la forme \frac{a}{2^k}, admettent deux développements.

Plaçons nous maintenant en base 3. L'application qui Ă  la mĂŞme suite (\epsilon_n)_{n\ge 1} associe le nombre \sum_{n=1}^\infty\frac{2\epsilon_n}{3^n} est maintenant injective. Elle n'est pas surjective : son image est l'ensemble de Cantor. On peut tirer de cette reprĂ©sentation des choses curieuses, par exemple une application continue du segment [0,1]\, sur le carrĂ© [0,1]\times[0,1]\, (voir ensemble de Cantor).

[modifier] Voir aussi

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