Géométrie : encyclopédie mathématiques
Cet article est issu de l'encyclopédie libre Wikipedia.La gĂ©omĂ©trie est la partie des mathĂ©matiques qui formalise l'espace et Ă©tudie les figures dans cet espace ou dans un plan. On distingue la gĂ©omĂ©trie classique, qui vise l'espace familier Ă trois dimensions de PoincarĂ©, la gĂ©omĂ©trie analytique gĂ©nĂ©ralisable Ă des espaces de dimensions supĂ©rieures, ainsi que la gĂ©omĂ©trie diffĂ©rentielle qui apprĂ©hende une notion Ă©largie de l'espace.
Le terme « géométrie » est également associé à diverses disciplines en rapport avec la géométrie au sens traditionnel, mais qui divergent par leurs méthodes, et qui se sont constituées en disciplines autonomes. Il est donc difficile de définir ce qu'est la géométrie de maniÚre à englober toutes ces géométries.
Sommaire |
Le terme gĂ©omĂ©trie dĂ©rive du grec de γΔÏÎŒÎÏÏÎ·Ï (geĂŽmetrĂȘs) qui signifie « gĂ©omĂštre, arpenteur » et vient de Îłáż (gĂȘ) (« terre ») et ÎŒÎÏÏÎżÎœ (mĂ©tron) « mesure »). Ce serait donc « la science de la mesure du terrain ».
La gĂ©omĂ©trie admet de nombreuses acceptions selon les auteurs. Dans un sens strict, la gĂ©omĂ©trie est « l'Ă©tude des formes et des grandeurs de figures »[1]. Cette dĂ©finition est conforme Ă l'Ă©mergence de la gĂ©omĂ©trie en tant que science sous la civilisation grecque durant l'Ă©poque classique. Selon un rapport de Jean-Pierre Kahane[2], cette dĂ©finition coĂŻncide avec l'idĂ©e que se font les gens de la gĂ©omĂ©trie comme matiĂšre enseignĂ©e : c'est « le lieu oĂč on apprend Ă apprĂ©hender l'espace ».
Les questions posĂ©es durant le XIXe siĂšcle ont conduit Ă repenser la notion de formes et d'espace, en Ă©cartant la rigiditĂ© des distances euclidiennes. Il Ă©tĂ© envisagĂ© la possibilitĂ© de dĂ©former continument une surface sans prĂ©server la mĂ©trique induite, par exemple de dĂ©former une sphĂšre en un ellipsoĂŻde. Ătudier ces dĂ©formations a conduit Ă l'Ă©mergence de la topologie[rĂ©f. nĂ©cessaire] : ses objets d'Ă©tude sont des ensembles, les espaces topologiques, dont la notion de proximitĂ© et de continuitĂ© est dĂ©finie "ensemblistement" par la notion de voisinage. Selon certains mathĂ©maticiens, la topologie fait pleinement partie de la gĂ©omĂ©trie, voire en est une branche fondamentale. Cette classification peut ĂȘtre remise en cause par d'autres.
Selon le point de vue de Felix Klein (1849 - 1925), la géométrie analytique « synthétisait en fait deux caractÚres ultérieurement dissociés : son caractÚre fondamentalement métrique, et l'homogénéité »[3]. Le premier caractÚre se retrouve dans la géométrie métrique, qui étudie les propriétés géométriques des distances. Le second est au fondement du programme d'Erlangen, qui définit la géométrie comme l'étude des invariants d'actions de groupe.
Les travaux actuels, dans des domaines de recherche portant le nom de gĂ©omĂ©trie, tendent Ă remettre en cause la premiĂšre dĂ©finition donnĂ©e. Selon Jean-Jacques Szczeciniarcz[4], la gĂ©omĂ©trie ne se construit pas sur « la simple rĂ©fĂ©rence Ă l'espace, ni mĂȘme [sur] la figuration ou [sur] la visualisation » mais se comprend Ă travers son dĂ©veloppement : « la gĂ©omĂ©trie est absorbĂ©e mais en mĂȘme temps nous parait attribuer un sens aux concepts en donnant par ailleurs l'impression d'un retour au sens initial ». Jean-Jacques Sczeciniarcz relĂšve deux mouvements dans la recherche mathĂ©matique qui a conduit Ă un Ă©largissement ou Ă un morcellement de la gĂ©omĂ©trie :
Dans le prolongement, la gĂ©omĂ©trie peut ĂȘtre abordĂ©e non plus comme une discipline unifiĂ©e mais comme une vision des mathĂ©matiques ou une approche des objets. Selon GĂ©rhard Heinzmann[5], la gĂ©omĂ©trie se caractĂ©rise par « un usage de termes et de contenus gĂ©omĂ©triques, comme, par exemple, « points », « distance » ou « dimension » en tant que cadre langagier dans les domaines les plus divers », accompagnĂ© par un Ă©quilibre entre une approche empirique et une approche thĂ©orique.
| « La géométrie est une maison riche de choses intéressantes et à moitié oubliées qu'une génération entiÚre n'a pas le temps d'apprécier, plus riche que toute autre division des mathématiques »
â Eric Temple Bell[6] |
Pour Henri PoincarĂ©[7], lâespace gĂ©omĂ©trique possĂšde les propriĂ©tĂ©s suivantes:
- Il est continu
- Il est infini
- Il a trois dimensions
- Il est homogĂšne, câest-Ă -dire que tous ses points sont identiques entre eux
- Il est isotrope, câest-Ă -dire que toutes les droites qui passent par un mĂȘme point sont identiques entre elles.
La géométrie classique correspond à cette définition stricto sensu de l'espace. Construire une telle géométrie consiste à énoncer les rÚgles d'agencement des quatre objets fondamentaux le point, la droite, le plan et l'espace. Ce travail reste l'apanage de la géométrie pure qui est la seule à travailler ex nihilo.
La géométrie plane repose d'abord sur une axiomatique qui définit l'espace ; puis sur des méthodes d'intersections, de transformations et de constructions de figures (triangle, parallélogramme, cercle, sphÚre, etc.).
La géométrie projective est la plus minimaliste, ce qui en fait un tronc commun[8] pour les autres géométries. Elle est fondée sur des axiomes
Distinguer dans la géométrie projective des éléments impropres caractérise la géométrie arguésienne. Puis la géométrie affine nait de l'élimination de ces éléments impropres. Cette suppression de points crÚe la notion de parallélisme puisque désormais certaines paires de droites coplanaires cessent d'intersecter. Le point impropre supprimé est assimilable à la direction ces droites. De plus, deux points ne définissent plus qu'un segment (celui des deux qui ne contient pas le point impropre) et rend familiÚre la notion de sens ou orientation (c'est à dire, cela permet de distinguer de
[9]).
Le cinquiÚme axiome ou « postulat de parallÚles » de la géométrie d'Euclide fonde la géométrie euclidienne :
Par un point extérieur à une droite, il passe toujours une parallÚle à cette droite, et une seule.
Voir l'axiomatique de Hilbert ou les ĂlĂ©ments d'Euclide pour des Ă©noncĂ©s plus complet de la gĂ©omĂ©trie euclidienne.
La réfutation de ce postulat à conduit à l'élaboration de deux géométries non euclidiennes : la géométrie hyperbolique par Gauss, Lobatchevsky, Bolyai et la géométrie elliptique par Riemann.
La géométrie analytique est la plus familiÚre. Elle repose sur le principe de base que toute droite est assimilable à une représentation (une image) de l'ensemble des réels (ou plus largement, d'un corps. L'espace est alors décomposable en sous-espaces et un point est définissable par des coordonnées. Il s'ensuit que toute figure est déterminée par un systÚme d'équations et/ou d'inéquations. Par exemple, une courbe est la représentation d'une fonction. L'on voit ainsi que cette approche, issue de l'algÚbre linéaire et basée sur la notion d'espace vectoriel, est à un pont entre la géométrie et l'analyse.
Cette gĂ©omĂ©trique est conforme Ă la gĂ©omĂ©trie pure dans le sens oĂč l'espace vectoriel permet de construire des modĂšles de gĂ©omĂ©tries (en tant qu'objets mathĂ©matiques).
Dans la conception de Felix Klein (auteur de programme d'Erlangen), la géométrie est l'étude des espaces de points sur lesquels opÚrent des groupes de transformations (appelées aussi symétries) et des quantités et des propriétés qui sont invariantes pour ces groupes.
Parmi les transformations les plus connues, on retrouve les isométries, les similitudes, les rotations, les réflexions, les translations et les homothéties.
Il ne s'agit donc pas d'une discipline mais d'un important travail de synthÚse qui a permis une vision claire des particularités de chaque géométrie. Ce programme caractérise donc plus la géométrie qu'il ne la fonde. Il eu un rÎle médiateur dans le débat sur la nature des géométries non-euclidiennes et la controverse entre géométries analytique et synthétique.
La gĂ©omĂ©trie riemannienne peut ĂȘtre vue comme une extension de la gĂ©omĂ©trie euclidienne. Son Ă©tude porte sur les propriĂ©tĂ©s gĂ©omĂ©triques d'espaces (variĂ©tĂ©s) prĂ©sentant une notion de vecteurs tangents, et Ă©quipĂ©s d'une mĂ©trique (mĂ©trique riemannienne) permettant de mesurer ces vecteurs. Les premiers exemples rencontrĂ©s sont les surfaces de l'espace euclidien de dimension 3 dont les propriĂ©tĂ©s mĂ©triques ont Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©es par Gauss dans les annĂ©es 1820. Le produit euclidien induit une mĂ©trique sur la surface Ă©tudiĂ©e par restriction aux diffĂ©rents plans tangents. La dĂ©finition intrinsĂšque de mĂ©trique fut formalisĂ©e en dimension supĂ©rieure par Riemann. La notion de transport parallĂšle autorise la comparaison des espaces tangents en deux points distincts de la variĂ©tĂ© : elle vise Ă transporter de maniĂšre cohĂ©rente un vecteur le long d'une courbe tracĂ©e sur la variĂ©tĂ© riemannienne. La courbure d'une variĂ©tĂ© riemannienne mesure par dĂ©finition la dĂ©pendance Ă©ventuelle du transport parallĂšle d'un point Ă un autre par rapport Ă la courbe les reliant.
La mĂ©trique donne lieu Ă la dĂ©finition de la longueur des courbes, d'oĂč dĂ©rive la dĂ©finition de la distance riemannienne. Mais les propriĂ©tĂ©s mĂ©triques des triangles peuvent diffĂ©rer de la trigonomĂ©trie euclidienne. Cette diffĂ©rence est en partie Ă©tudiĂ©e Ă travers le thĂ©orĂšme de comparaison de Toponogov, qui permet de comparer du moins localement la variĂ©tĂ© riemannienne Ă©tudiĂ©e Ă des espaces modĂšles, selon des inĂ©galitĂ©s supposĂ©es connues sur la courbure sectionnelle. Parmi les espaces modĂšles :
La géométrie complexe porte sur les propriétés d'espaces pouvant localement s'identifier à . Ces objets (variété complexe) présentent une certaine rigidité, découlant de l'unicité d'un prolongement analytique d'une fonction à plusieurs variables.
La gĂ©omĂ©trie symplectique peut ĂȘtre introduite comme une gĂ©nĂ©ralisation en dimension supĂ©rieure de la notion d'aire rencontrĂ©e en dimension 2. Tout comme la gĂ©omĂ©trie complexe, ses objets Ă©tudiĂ©s, les variĂ©tĂ©s symplectiques, sont suffisamment rigides
Longtemps, géométrie et astronomie ont été liées. à un niveau élémentaire, le calcul des tailles de la lune, du Soleil et de leurs distances respectives à la Terre fait appel au théorÚme de ThalÚs[réf. nécessaire]. Dans les premiers modÚles du systÚme solaire, à chaque planÚte était associé un solide platonicien. Depuis les observations astronomiques de Kepler, confirmées par les travaux de Newton, il est prouvé que les planÚtes suivent une orbite elliptique dont le Soleil constitue un des foyers. De telles considérations de nature géométrique peuvent intervenir couramment en mécanique classique pour décrire qualitativement les trajectoires.
En ce sens, la géométrie intervient en ingénierie dans l'étude de la stabilité d'un systÚme mécanique. Mais elle intervient encore plus naturellement dans le dessin industriel. Le dessin industriel montre les coupes ou les projections d'un objet tridimensionnel, et est annoté des longueurs et angles. C'est la premiÚre étape de la mise en place d'un projet de conception industrielle. Récemment, le mariage de la géométrie avec l'informatique a permis l'arrivée de la conception assistée par ordinateur (CAO), des calculs par éléments finis et de l'infographie.
La trigonométrie euclidienne intervient en optique pour traiter par exemple de la diffraction de la lumiÚre. Elle est également à l'origine du développement de la navigation : navigation maritime aux étoiles (avec les sextants), cartographie, navigation aérienne (pilotage aux instruments à partir des signaux des balises).
Les nouvelles avancées en géométrie au XIXe siÚcle trouvent des échos en physique. Il est souvent dit que la géométrie riemannienne a été initialement motivée par les interrogations de Gauss sur la cartographie de la Terre. Elle rend compte en particulier de la géométrie des surfaces dans l'espace. Une de ses extensions, la géométrie lorentzienne, a fourni le formalisme idéal pour formuler les lois de la relativité générale. La géométrie différentielle trouve de nouvelles applications dans la physique post-newtonienne avec la théorie des cordes ou des membranes.
La géométrie non commutative, inventée par Alain Connes, tend à s'imposer pour présenter les bonnes structures mathématiques avec lesquelles travailler pour mettre en place de nouvelles théories physiques.
La gĂ©omĂ©trie occupe une place privilĂ©giĂ©e dans l'enseignement des mathĂ©matiques. De nombreuses Ă©tudes pĂ©dagogiques prouvent son intĂ©rĂȘt[rĂ©f. nĂ©cessaire] : elle permet aux Ă©lĂšves de dĂ©velopper une rĂ©flexion sur des problĂšmes, de visualiser des figures du plan et de l'espace, de rĂ©diger des dĂ©monstrations, de dĂ©duire des rĂ©sultats d'hypothĂšses Ă©noncĂ©es. Mais plus encore, « le raisonnement gĂ©omĂ©trique est beaucoup plus riche que la simple dĂ©duction formelle », car il s'appuie sur l'intuition nĂ©e de l'« observation des figures ».
Dans les annĂ©es 1960, l'enseignement des mathĂ©matiques en France insistait sur la mise en pratique des problĂšmes relevant de la gĂ©omĂ©trie dans la vie courante. En particulier, le thĂ©orĂšme de Pythagore Ă©tait illustrĂ© par la rĂšgle du 3,4,5 et son utilisation en charpenterie[rĂ©f. nĂ©cessaire]. Les involutions, les divisions harmoniques, et les birapports Ă©taient au programme du secondaire. Mais la rĂ©forme des mathĂ©matiques modernes, nĂ©e aux Ătats-Unis, et adaptĂ©e en Europe, a conduit Ă rĂ©duire considĂ©rablement les connaissances enseignĂ©es en gĂ©omĂ©trie pour introduire de l'algĂšbre linĂ©aire dans le second degrĂ©. Dans de nombreux pays, cette rĂ©forme fut fortement critiquĂ©e et dĂ©signĂ©e comme responsable d'Ă©checs scolaires[rĂ©f. nĂ©cessaire]. Un rapport de Jean-Pierre Kahane dĂ©nonce le manque d'« une vĂ©ritable rĂ©flexion didactique prĂ©alable » sur l'apport de la gĂ©omĂ©trie : en particulier, une « pratique de la gĂ©omĂ©trie vectorielle » prĂ©pare l'Ă©lĂšve Ă une meilleure assimilation des notions formelles d'espace vectoriel, de forme bilinĂ©aire[rĂ©f. nĂ©cessaire], ...
L'utilisation des figures dans l'enseignement d'autres matiÚres permet de mieux faire comprendre aux élÚves les raisonnements exposés[réf. nécessaire].
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