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Inégalité de Cauchy-Schwarz


Inégalité de Cauchy-Schwarz : encyclopédie mathématiques

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En mathématiques, l'inégalité de Cauchy-Schwarz, aussi appelée inégalité de Schwarz[1], ou encore inégalité de Cauchy-Bunyakovski-Schwarz[2], se rencontre dans de nombreux domaines tels que l'algèbre linéaire, l'analyse avec les séries et en intégration.

Cette inégalité s'applique dans le cas d'un espace vectoriel sur le corps des nombres réels ou complexes muni d'un produit scalaire. Dans le cas complexe, le produit scalaire désigne une forme hermitienne définie positive. Son contexte général est donc celui d'un espace préhilbertien.

Cette inégalité possède de nombreuses applications, comme le fait d'établir l'inégalité triangulaire montrant que la racine carrée de la forme quadratique associée au produit scalaire est une norme, ou encore que le produit scalaire est continu. Elle fournit des justifications ou des éclairages dans des théories où le contexte préhilbertien n'est pas central.

Elle doit son nom Ă  Hermann Amandus Schwarz[3] et Ă  Augustin Louis Cauchy[4].

Sommaire

[modifier] Énoncé

Le thĂ©orème s'Ă©nonce couramment de la façon suivante :

ThĂ©orème 1 â€” Soit (E,\langle \cdot,\cdot\rangle) un espace prĂ©hilbertien rĂ©el ou complexe. Alors, pour tous vecteurs x et y de E,

 |\langle x,y\rangle|\leqslant \|x\|\ \|y\|.

De plus, les deux membres sont égaux si et seulement si x et y sont linéairement dépendants.

[modifier] Démonstrations

Les démonstrations présentées ici sont valables aussi bien dans le cadre d'un espace préhilbertien complexe que réel, sauf bien sûr la dernière.

Lorsque y=0, l'énoncé est clairement vrai, par conséquent on supposera y non nul.

En outre, pour la première dĂ©monstration, qui est la plus connue, on suppose que le nombre \langle x,y\rangle est rĂ©el. On obtient la gĂ©nĂ©ralisation du cas Ă©tudiĂ© par multiplication du vecteur x (ou y) par un nombre complexe convenable de module Ă©gal Ă  1. Ceci Ă©tant \langle x,y\rangle devient rĂ©el sans changer de module ; \|\,x\,\| et \|\,y\,\| ne varient pas non plus[5].

[modifier] Inégalité

Posons, pour tout réel t,

P(t)=\|\,x+ty\,\|^2=\|\,x\,\|^2+2t\langle x,y\rangle+ t^2\|\,y\,\|^2.

Comme y est non nul et le produit scalaire dĂ©fini, \|\,y\,\|^2 est non nul Ă©galement. Par construction, cette expression polynomiale du second degrĂ© est positive ou nulle pour tout rĂ©el t. On en dĂ©duit que son discriminant est nĂ©gatif ou nul :

 4 \langle x,y\rangle^2 - 4 \|\,x\,\|^2\|\,y\,\|^2\le 0,

d'où l'inégalité annoncée.

Une variante plus directe est de poser

t_0=-\langle x,y\rangle/\|\,y\,\|^2

et d'utiliser que

0\le P(t_0)=\|\,x\,\|^2-\langle x,y\rangle^2/\|\,y\,\|^2.

(Ce t0 n'est autre que la valeur en laquelle P atteint son minimum, mais cette propriété n'est pas utilisée.)

[modifier] Cas d'égalité

Si (x,y) est liĂ© alors x=λy pour un certain scalaire λ et l'on en dĂ©duit immĂ©diatement :

|\langle x,y\rangle|=|\lambda|\ \|\,y\,\|^2=\|\,x\,\|\ \|\,y\,\|.

Réciproquement, si |<x,y>|=||x|| ||y|| alors le discriminant ci-dessus est nul donc P admet une racine réelle (double) t, et pour ce t on a

\|\,x+ty\,\|^2=P(t)=0,

donc x=-ty, si bien que (x,y) est lié.

Ou plus directement (avec le t0 de la variante ci-dessus) : l'hypothèse Ă©quivaut Ă  P(t0)=0 donc Ă  x=-t0y.

[modifier] Variante géométrique

Une variante[6] utilise l'identité du théorème de Pythagore.

Un calcul direct permet de voir que les vecteurs \langle x,y \rangle y/\|y\|^2 et x-\langle x,y\rangle y/\|y\|^2 sont orthogonaux. Alors, par le thĂ©orème de Pythagore on a :

\|x\|^2 = \left\|\langle x,y\rangle y/\|y\|^2\right\|^2 + \left\|x-\langle x,y\rangle y/\|y\|^2\right\|^2,

et donc

\|x\|^2 \geq |\langle x,y\rangle |^2/\|y\|^2

qui donne l'inégalité souhaitée.

Cette démonstration consiste en fait[6] à calculer la norme du projeté orthogonal du vecteur x sur la droite vectorielle engendrée par y. L'égalité correspond donc au cas où x et y sont linéairement dépendants.

[modifier] Le cas particulier Rn

Dans l'espace euclidien \mathbb{R}^n muni du produit scalaire usuel \langle x,y\rangle=\sum_{i=1}^nx_iy_i, oĂą x=(x_1,\dots,x_n)\in\mathbb{R}^n et y=(y_1,\dots,y_n)\in\mathbb{R}^n, une alternative aux dĂ©monstrations gĂ©nĂ©rales ci-dessus est de dĂ©duire l'inĂ©galitĂ© (et le cas d'Ă©galitĂ©) d'une identitĂ© très similaire Ă  celle de la variante gĂ©omĂ©trique, l'identitĂ© de Lagrange, qui s'Ă©crit :

\langle x,y\rangle^2+\sum_{1\le i<j\le n}(x_iy_j-x_jy_i)^2= \|x\|^2\ \|y\|^2.

[modifier] Conséquences et applications

[modifier] Conséquences

L'inégalité de Cauchy-Schwarz a des applications importantes. Elle permet notamment de montrer que l'application x\mapsto\sqrt{\langle x,x\rangle} est une norme car elle vérifie l'inégalité triangulaire. Une conséquence est que le produit scalaire est une fonction continue pour la topologie induite par cette norme.

Elle permet Ă©galement de dĂ©finir l'angle non orientĂ© entre deux vecteurs non nuls d'un espace prĂ©hilbertien rĂ©el, par la formule :

\cos\widehat{(x,y)}=\frac{\langle x,y\rangle}{\|x\| \|y\|}.

Dans le cas de l'espace euclidien \quad \mathbb R ^n muni du produit scalaire canonique, l'inĂ©galitĂ© de Cauchy-Schwarz s'Ă©crit :

\left|\sum_{i=1}^n x_{i}y_{i}\right|\leqslant\left (\sum_{i=1}^n x_{i}^{2}\right)^{1/2}\cdot \left (\sum_{i=1}^n y_{i}^{2}\right)^{1/2}

Dans le cas des fonctions à valeurs complexes de carré intégrable[7], elle s'écrit

\left|\int f \cdot \overline g\, \right| \leqslant \left( \int  |f|^2\,\right)^{1/2} \cdot \left( \int |g|^2\, \right)^{1/2}.

Cette inégalité est un cas particulier des inégalités de Hölder.

[modifier] Autres applications

  • L'inĂ©galitĂ© de Cauchy-Schwarz est aussi un outil fondamental de l'analyse dans les espaces de Hilbert. Grâce Ă  elle, on peut construire une injection d'un espace prĂ©hilbertien E dans son dual topologique : pour tout vecteur y, la forme linĂ©aire qui Ă  x associe <x,y> est continue, de norme Ă©gale Ă  celle de y. Ceci permet d'Ă©noncer le thĂ©orème de reprĂ©sentation de Riesz selon lequel si E est un espace de Hilbert alors cette injection est un isomorphisme.
    On la retrouve aussi dans le théorème de Lax-Milgram.
  • Cependant ses applications peuvent sortir du cadre strict de l'analyse dans les espaces de Hilbert. En effet elle se retrouve parmi les ingrĂ©dients utiles Ă  l'inĂ©galitĂ© de Paley-Zygmund en thĂ©orie des probabilitĂ©s et du traitement du signal.
    En théorie des probabilités toujours, dans l'espace des variables aléatoires admettant un moment d'ordre 2, l'inégalité de Cauchy-Schwarz fournit l'inégalité \mathbb{E}(X Y) \le \sqrt {\mathbb{E}(X^2) \mathbb{E}(Y^2)}, qui compare l'espérance du produit de deux variables aléatoires au produit des espérances de leurs carrés[8]. Elle permet d'établir que le coefficient de corrélation de deux variables aléatoires est un réel compris entre -1 et 1[9].
  • En optimisation, le cas d'Ă©galitĂ© dans l'inĂ©galitĂ© de Cauchy-Schwarz appliquĂ©e Ă  la dĂ©rivĂ©e directionnelle permet de justifier que le gradient donne la direction de plus grande pente.
  • En physique, l'inĂ©galitĂ© de Cauchy-Schwarz joue un rĂ´le important dans le principe d'incertitude d'Heisenberg et a pris place dans le dĂ©bat sur l'hypothèse des quanta de lumière. Elle serait utilisĂ©e en informatique quantique.

[modifier] Généralisation

L'inĂ©galitĂ© seule est vraie dans le contexte un peu plus gĂ©nĂ©ral d'un semi-produit scalaire (i.e. sans supposer que la forme quadratique associĂ©e est dĂ©finie), en notant encore || || la semi-norme associĂ©e :

ThĂ©orème 2[10] â€” Soit (E,\langle \cdot,\cdot\rangle) un espace vectoriel rĂ©el (resp. complexe) muni d'une forme bilinĂ©aire symĂ©trique positive (resp. d'une forme hermitienne positive). Alors, pour tous vecteurs x et y de E,

 |\langle x,y\rangle|\leqslant \|x\|\ \|y\|.

Pour démontrer ce théorème 2, il suffit[10] de reprendre la preuve de l'inégalité du théorème 1 ci-dessus, en traitant à part le cas ||y||=0 (qui peut arriver ici car la forme quadratique n'est pas forcément définie). Dans ce cas, la positivité de P(t) rend nul <x,y> et l'inégalité tient aussi.

Cette inégalité fournit le corollaire suivant.

Corollaire[10] â€” Pour qu'une forme bilinĂ©aire symĂ©trique positive (resp. une forme hermitienne positive) soit dĂ©finie, (il faut et) il suffit qu'elle soit non dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e.

Le corollaire se démontre de la façon suivante.

Pour prouver le sens non immédiat de l'équivalence, supposons que la forme \langle,\rangle est positive et non dégénérée, et montrons qu'elle est définie. Soit x un vecteur dont la semi-norme est nulle. Le théorème 2 montre que pour tout vecteur y on a \langle x,y\rangle=0, donc, par non dégénérescence, x = 0.

[modifier] Références

[modifier] Notes et références

  1. ↑ On trouve par exemple cette expression chez S. Lang Analyse RĂ©elle InterEditions, Paris 1977 (ISBN 2729600595) p 148
  2. ↑ Par exemple O. A. Ladyzhenskaya The boundary value problems of mathematical physics Springer-Verlag 1985 (ISBN 3-540-90989-3) p 2
  3. ↑ Hermann Amandus Schwarz Ueber ein Flachen kleinsten Flacheninhalts betreffendes Problem der Variationsrechnung Acta Societatis scientiarum Fennicae Vol XV p 318 1888 Lire
  4. ↑ Augustin Louis Cauchy Oeuvres 2 III p 373 1821
  5. ↑ A Kirillov, A. Gvichiani, Théorèmes et problèmes d'analyse fonctionnelle, éd. Mir, 1982, p.88.
  6. ↑ a et b Michel Reed, Barry Simon, Functional Analysis
  7. ↑ f et g sont vues comme éléments de l'espace de Lebesgue L2 ou \mathcal{L}^2, selon qu'on applique le théorème 1 énoncé en début d'article ou le théorème 2 du paragraphe Généralisation.
  8. ↑ Francine et Marc Diener, Chapitre 5 Expression et mesure de l'interdépendance p.27 Lire en ligne
  9. ↑ Laurent Albera, Résumé de cours en calcul des probabilités (JJ bellanger), Université de Rennes I, III Espérance mathématique, pp.6&7 Lire en ligne
  10. ↑ a, b et c Roger Godement, Cours d'algèbre, Hermann (1966) p. 476-477 (Selon cet auteur, l'inégalité de Cauchy-Schwarz n'est pas le théorème 1 (qu'il ne mentionne même pas) mais le théorème 2.)

[modifier] Liens externes


[modifier] Bibliographie

  • Serge Lang, Algèbre [dĂ©tail des Ă©ditions]


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