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Kurt Gödel

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Kurt Gödel : encyclopédie mathématique

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Kurt Gödel
Kurt Gödel

Kurt Gödel (28 avril 1906 - 14 janvier 1978) est un mathĂ©maticien et logicien.

Son résultat le plus connu, le théorème d'incomplétude de Gödel, affirme que n'importe quel système logique suffisamment puissant pour décrire l'arithmétique des entiers admet des propositions sur les nombres entiers ne pouvant être ni infirmées ni confirmées à partir des axiomes de la théorie. Gödel a également démontré la complétude du calcul des prédicats du premier ordre. Il a aussi démontré la cohérence relative de l'hypothèse du continu, montrant qu'elle ne peut pas être réfutée à partir des axiomes admis de la théorie des ensembles, en admettant que ces axiomes soient cohérents. Il est aussi à l'origine de la théorie des fonctions récursives.

Le plus souvent considéré comme Autrichien, il est né à Brno en Autriche-Hongrie, naturalisé Tchécoslovaque à 12 ans, puis Autrichien à 23 ans. Lorsque Hitler ordonne l'annexion de l'Autriche, Gödel devient Allemand (il a alors 32 ans). Il part aux États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale, et il obtient la double nationalité Austro-américaine à 42 ans.

Il a publié ses résultats les plus importants en 1931 à l'âge de 25 ans, alors qu'il travaillait encore pour l'Université de Vienne (Autriche).

Sommaire

[modifier] Biographie

[modifier] Enfance

Fils de Rudolf Gödel, dirigeant d'une petite entreprise textile, et de Marianne Gödel (nĂ©e Handschuh). Au sein de cette famille germanophone, le petit Kurt est surnommĂ© « Der Herr Warum Â» (M. Pourquoi). Il frĂ©quente l'Ă©cole primaire puis secondaire Ă  Brno, qu'il termine avec les honneurs en 1923. Bien que Kurt ait d'abord excellĂ© en langues, il devient peu de temps plus tard un fervent amateur d'histoire et de mathĂ©matiques. Cette passion pour les mathĂ©matiques prit une nouvelle ampleur en 1920 lorsque son frère aĂ®nĂ© Rudolf (nĂ© en 1902) partit pour Vienne suivre un cursus mĂ©dical. Adolescent, Kurt Ă©tudie dĂ©jĂ  les travaux de Gabelsberger, la thĂ©orie de Goethe sur Isaac Newton, et les Ă©crits de Kant.

C'est encore à l'Université de Vienne qu'il rencontre celle qui deviendra (tardivement) sa femme, Adele Nimbursky (née Porkert). Il publie ses premiers articles sur la logique et assiste à une conférence de David Hilbert à Bologne sur la complétude et la cohérence des systèmes mathématiques. En 1929, Gödel devient citoyen autrichien avant d'obtenir cette même année son doctorat, sous l'égide de Hans Hahn. Dans sa thèse, il établit la complétude du calcul des prédicats du premier ordre, résultat connu sous le nom de théorème de complétude de Gödel.

[modifier] Études viennoises

À l'âge de 18 ans, Kurt rejoint son frère Rudolf à l'Université de Vienne. Il a à ce moment déjà acquis un niveau universitaire en mathématiques et en philosophie. Bien qu'initialement inscrit pour étudier la physique théorique, il suit aussi un enseignement en mathématiques et en philosophie. C'est à cette époque qu'il adhère au réalisme mathématique. Il lit Metaphysische Anfangsgründe der Naturwissenschaft de Kant, et rejoint le Cercle de Vienne où officient Moritz Schlick, Hans Hahn, et Rudolf Carnap. Kurt étudie par la suite la théorie des nombres, mais se tourne vite vers la logique mathématique après un séminaire donné par Moritz Schlick sur l'introduction à la philosophie des mathématiques, de Bertrand Russell.

[modifier] Travaux Ă  Vienne

Gödel obtient son doctorat en philosophie en 1930. Il prouve en 1930 la complĂ©tude de la logique classique du premier ordre, c'est-Ă -dire que toute formule valide est dĂ©montrable, rĂ©sultat qui fut publiĂ© par l'AcadĂ©mie des Sciences de Vienne. En 1931, il publie son cĂ©lèbre thĂ©orème d'incomplĂ©tude dans Ăśber formal unentscheidbare Sätze der Principia Mathematica und verwandter Systeme. Il prouve dans cet article que pour tout système axiomatique assez puissant pour dĂ©crire les nombres naturels, on peut affirmer que :

1. Il ne peut être à la fois cohérent et complet (ce qui est le théorème connu sous le nom de Théorème d'incomplétude.)
2. Si le système est cohérent, alors la cohérence des axiomes ne peut pas être prouvée au sein même du système.

Ces thĂ©orèmes mirent fin Ă  des siècles de tentatives de proposer un jeu d'axiomes dĂ©finitif pour situer l'ensemble des mathĂ©matiques sur une base axiomatique ; Ă  la manière des Principia Mathematica et du formalisme de Hilbert. Ils impliquent aussi qu'il y a des questions mathĂ©matiques qui sont valides, mais qui ne sont pas dĂ©montrables.

Le principe du théorème d'incomplétude est simple. Gödel a essentiellement bâti une formule qui énonce qu'elle n'est pas démontrable dans un système formel donné. Si cette formule est démontrable, alors elle n'est pas démontrable, d'où la contradiction. Donc cette formule n'est pas démontrable, donc valide. Il existe donc une formule valide, non démontrable[1].

Pour prĂ©ciser ces faits, Gödel a eu besoin de rĂ©soudre de nombreux problèmes techniques, comme le codage des dĂ©monstrations et le concept mĂŞme de dĂ©montrabilitĂ© au sein des nombres entiers. Il a, aussi eu besoin d'un procĂ©dĂ© pour dĂ©crire une formule qui Ă©nonce sa propre non dĂ©montrabilitĂ© : le procĂ©dĂ© diagonal. Ces dĂ©tails sur la forme expliquent pourquoi sa publication de 1931 est aussi longue et ardue Ă  lire et pourquoi ses contemporains Ă  l'exception notable de John von Neumann et Alfred Tarski n'ont pas compris son rĂ©sultat.

Gödel obtint son diplôme à l'Université de Vienne en 1932, et y devint Privatdozenten (conférencier) en 1933.

Cependant, après l'assassinat le 22 juin 1936 de Moritz Schlick (dont le séminaire avait fait naître son intérêt pour la logique) par Hans Nelböck, un jeune étudiant aliéné, Gödel fut particulièrement affecté et traversa sa première dépression.

[modifier] Voyage aux États-Unis

Cette année 1933 fut aussi l'occasion pour Gödel de visiter les États-Unis, où il rencontra Albert Einstein avec qui il lia une solide amitié. Plus tard, il mit au point l'idée de la calculabilité, étudia les fonctions récursives, si bien qu'il donna une conférence sur les fonctions récursives générales et le concept de vérité. Ces travaux furent développés en utilisant la construction des nombres de Gödel.

En 1934, il donna une sĂ©rie de confĂ©rences Ă  l'Institute for Advanced Study de Princeton intitulĂ©e « De l'indĂ©cidabilitĂ© des postulats des systèmes mathĂ©matiques formels Â». Stephen Kleene et J. Barkley Rosser prirent en notes ces confĂ©rences, publiĂ©es dans les Ĺ“uvres complètes de Gödel.

Gödel retourna Ă  Princeton plus tard la mĂŞme annĂ©e. Les voyages et ses travaux l'avaient Ă©puisĂ©, si bien que l'essentiel de l'annĂ©e suivante dut ĂŞtre consacrĂ© au traitement d'une nouvelle dĂ©pression. Il revint Ă  l'enseignement en 1937, pĂ©riode durant laquelle il travailla sur la preuve de cohĂ©rence relative et celle d'indĂ©pendance de l'hypothèse du continu. Il Ă©choua sur l'indĂ©pendance (qui ne sera dĂ©montrĂ©e par Paul Cohen qu'en 1963), mais il rĂ©ussit Ă  Ă©tablir que cette hypothèse ne peut pas ĂŞtre rĂ©futĂ©e Ă  partir des axiomes de la thĂ©orie des ensembles. Il Ă©pousa Adele le 20 septembre 1939 Ă  l'UniversitĂ© de Notre-Dame.

[modifier] Travaux Ă  Princeton

Après l'Anschluss de 1938, l'Autriche tomba dans le giron de l'Allemagne nazie. Cette dernière ayant aboli le titre de Privatdozent, Gödel eut Ă  se soucier d'une incorporation dans l'armĂ©e allemande. En janvier 1940, sa femme et lui quittèrent l'Europe par le rail du TranssibĂ©rien, se rendant aux États-Unis. Après leur arrivĂ©e Ă  San Francisco le 4 mars 1940, Kurt et Adele s'installèrent Ă  Princeton, oĂą il rĂ©intĂ©gra l'institut des hautes Ă©tudes de Princeton. Ă€ l'institut, Gödel se tourna plus encore vers la philosophie et la physique. Il Ă©tudia les travaux de Gottfried Leibniz et, Ă  un moindre degrĂ©, ceux de Kant et Edmund Husserl.

Il poursuivit ses travaux de logicien, et publia en 1940 The Consistency of the Axiom of Choice and of the Generalized Continuum-Hypothesis with the Axioms of Set Theory. Il introduit dans ce travail la notion d'univers constructible, modèle de la théorie des ensembles dans lequel les seuls ensembles existants sont ceux qui peuvent être construits à partir d'ensembles plus élémentaires. Gödel prouva qu'aussi bien les axiomes de choix et l'hypothèse généralisée du continu sont vraies dans un univers constructible, et doivent donc être cohérentes. Il eut l'intuition des problèmes NP-complets.

Ă€ la fin des annĂ©es 1940, il dĂ©montra l'existence d'une solution paradoxale aux Ă©quations de la thĂ©orie de la relativitĂ© gĂ©nĂ©rale d'Einstein. Les « univers tournants Â» auraient rendu possible le voyage dans le temps, et poussèrent Einstein Ă  douter de sa propre thĂ©orie (voir univers de Gödel). Aujourd'hui, ce type de solution est considĂ©rĂ© comme une curiositĂ© mathĂ©matique sans grand intĂ©rĂŞt physique, mais dont le grand mĂ©rite est d'avoir stimulĂ© la recherche d'autres solutions exactes aux Ă©quations d'Einstein.

Devenu membre permanent de l'Institut des études avancées en 1946, il fut naturalisé citoyen américain en 1948. Il obtint un poste de professeur à l'Institut en 1953, refusa le titre de Professeur honoraire en 1975 et fut émérité en 1976.

En mars 1951, Gödel reçut (en mĂŞme temps que le physicien Julian Schwinger) le premier prix Einstein, puis fut nommĂ© docteur honoris causa dans plusieurs universitĂ©s (Yale, Harvard, etc), et reçut la « National Medal of Science Â», en 1974.

Agé de 70 ans, Gödel, qui était profondément croyant, fit circuler parmi ses amis une élaboration basée sur la preuve ontologique de l'existence de Dieu, inspirée de l'argument d'Anselme de Cantorbéry et de considérations de Leibniz. Cette élaboration est maintenant connue sous le nom de preuve ontologique de Gödel.

[modifier] Décès et distinctions

Gödel fut, tout au long de sa vie, un homme timide et en retrait. Approchant la mort, il se sentit de plus en plus concernĂ© par sa santĂ©, se convainquant de l'existence d'un complot visant Ă  l'empoisonner. Il cessa alors de s'alimenter, tombant progressivement dans la cachexie. Il mourut le 14 janvier 1978, Ă  Princeton, Ă©tat du New Jersey, États-Unis.

La société Kurt Gödel, fondée en 1987, fut baptisée en son honneur. C'est une organisation internationale pour la promotion de la recherche dans les champs de la logique, la philosophie, et l'histoire des mathématiques.

Un Prix Gödel qui récompense les meilleurs travaux en informatique théorique fut fondé en son honneur en 1992.

[modifier] Anecdote

Lorsque Gödel est arrivé aux États-Unis, celui-ci dut subir un examen pour sa naturalisation. Lors de sa préparation, Gödel examina la constitution américaine et trouva des incohérences logiques dans cette dernière qui permettaient, en toute légalité, de transformer le régime politique du pays en régime dictatorial. Il fit part de sa découverte à son ami Oskar Morgenstern qui lui conseilla de ne pas aborder le sujet lors de son entretien avec l'officier de l'immigration[2].

[modifier] Ĺ’uvre

[modifier] Notes

  1. ↑ Une dĂ©monstration moderne du thĂ©orème d'incomplĂ©tude consiste Ă  dĂ©montrer que l'ensemble des formules valides n'est pas rĂ©cursivement Ă©numĂ©rable. Comme l'ensemble des thĂ©orèmes est Ă  l'Ă©vidence rĂ©cursivement Ă©numĂ©rable et inclus dans celui des formules valides, ces deux ensembles sont disjoints ; d'oĂą le rĂ©sultat.
  2. ↑ in Palle Yourgrau Einstein/Gödel, quand deux génies refont le monde, Dunod (2005), p. 129 qui s'appuie sur Jonh Dawson Logical Dilemmas: The Life and Works of Kurt Gödel , Wellesley (Mass.),A. K. Peters, (1997).

[modifier] Voir aussi

[modifier] Bibliographie

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