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Nombre d'Avogadro


Nombre d'Avogadro : encyclopédie physique

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Le nombre d'Avogadro (du physicien Amedeo Avogadro), ou constante d'Avogadro, est le nombre d'entitĂ©s dans une mole. Il correspond au nombre d'atomes de Carbone dans 12 grammes de l'isotope 12 du Carbone. De par sa dĂ©finition, la constante d'Avogadro possède une dimension, l'inverse d'une quantitĂ© de matière, et une unitĂ© d'expression dans le système international : la mole Ă  la puissance moins un[1].

Si N(X) dĂ©signe le nombre d'entitĂ©s X d'un Ă©chantillon donnĂ©, et si n(X) dĂ©signe la quantitĂ© de matière d'entitĂ©s X du mĂŞme Ă©chantillon, on obtient la relation[1] :

n(X) = {N(X) \over N_A}

Le nombre d'Avogadro correspond Ă©galement au facteur de conversion entre le gramme et l'unitĂ© de masse atomique (u) :

1\ g \ = \ N_A \ u

Sommaire

[modifier] Valeur numérique

Dans les unitĂ©s SI, le CODATA (en:CODATA) de 2006 recommande la valeur suivante :

N_A \simeq 6,022\ 141\ 79 \times 10^{23}\ {mol}^{-1}

Avec une incertitude standard de :

\plusmn\ 0,000\ 000\ 30\times 10^{23}\ {mol}^{-1}

Soit une incertitude relative de :

5,0 \times 10^{-8}

En 2003, une Ă©quipe de chercheurs de l'Office fĂ©dĂ©ral allemand de mĂ©trologie de Brunswick a dĂ©terminĂ© une nouvelle valeur de la constante[2] :

N_A \simeq 6,022\ 1353 \times 10^{23} \ {mol}^{-1}

[modifier] Exposé simplifié

La masse de l'atome est pratiquement Ă©gale Ă  la masse du noyau. Cela tient Ă  deux choses :

  • Les Ă©lectrons sont très lĂ©gers comparĂ©s aux nuclĂ©ons (nuclĂ©on = particule du noyau. 2 sortes de nuclĂ©ons : le proton et le neutron).
  • Les Ă©lectrons sont moins nombreux que les nuclĂ©ons (il y a autant d'Ă©lectrons que de protons).

En outre, le proton et le neutron ont quasiment la mĂŞme masse. Par consĂ©quent, on obtient une mesure assez prĂ©cise de la masse de l'atome en multipliant son nombre de nuclĂ©ons (encore appelĂ© nombre de masse) par la masse du nuclĂ©on. La masse du nuclĂ©on est extrĂŞmement petite, si petite qu'il en faut environ six cent mille milliards de milliards pour obtenir une mole de matière (Ă©gale a 12 g du carbone 12) ! Ce chiffre astronomique est le nombre d'Avogadro, notĂ© NA.

Ainsi, la masse de NA molécules mesure assez précisément A grammes où A est le nombre de nucléons de la molécule. Par exemple, la molécule d'eau (constituée de deux atomes d'hydrogène H et d'un atome d'oxygène O) comporte en moyenne 18 nucléons (en moyenne 1 nucléon pour H et 16 nucléons pour O, les valeurs moyennes étant arrondies à l'unité), donc 18 grammes d'eau contient six cent mille milliards de milliards de molécules. L'atome de fer comporte en moyenne 56 nucléons (valeur arrondie), donc 56 grammes de fer contient six cent mille milliards de milliards d'atomes.

[modifier] Autre utilisation

[modifier] Histoire du nombre d'Avogadro

[modifier] Une conséquence du positivisme

Cela est dĂ» aux circonstances particulières de la philosophie scientifique de l'Ă©poque : le positivisme interdisait les « hypothèses Â» non dĂ©montrĂ©es, ou non dĂ©montrables. Il valait mieux faire une thĂ©orie qui s'en passe.

Cela est dû aussi à l'incompréhension de la liaison covalente (réellement comprise par Heitler et London seulement en 1927, grâce à la mécanique quantique(1926)). La théorie ionique de Berzélius ne permettait pas l'existence du dihydrogène ou du dioxygène.

De ce fait, le langage hĂ©site : avant de comprendre qu'une molĂ©cule est composĂ©e d'atomes, et pourquoi H2 plutĂ´t que H4, et pourquoi NO2 plutĂ´t que N2O4, il faut du temps pour amasser suffisamment de donnĂ©es compatibles, et Ă©carter les « inclassables Â» (par exemple, les berthollides).

Au dĂ©but du XIXe siècle, Avogadro Ă©nonça sa loi (1811). Ampère l'encouragea en 1814, mais il se rĂ©tracta devant la levĂ©e de boucliers des positivistes. La rĂ©action des anti-atomistes (on disait les Équivalentistes) se durcit encore avec Dumas en 1836, puis Berthelot et Le Chatelier.

Le Congrès de Karlsruhe (1860) permit aux deux communautés d'enterrer la hache de guerre. Mais les jeunes chimistes en revinrent convertis à la théorie atomique par le rapport de Cannizzaro.

Il est alors acquis que dans un gaz dit parfait, le volume V0 occupé par N particules, sous la pression P0 et la température T0 est LE MÊME quel que soit le gaz!

Il restait à mesurer ce nombre, ce qui n'était plus qu'une question de métrologie.

[modifier] L'intervention de Maxwell

Le premier texte important de thĂ©orie cinĂ©tique est celui du XVIIIe siècle de Daniel Bernoulli qui calcula correctement la pression cinĂ©tique (1738, Hydrodynamica). Mais ce document passa inaperçu.

Lorsque Loschmidt trouva la première valeur en ordre de grandeur : 1024, cela donnait aux atomes une taille de 0,1 nm. Et il fallut toute l'autoritĂ© de Maxwell pour que ces rĂ©sultats fussent considĂ©rĂ©s comme crĂ©dibles. La thĂ©orie cinĂ©tique des gaz avait acquis « ses galons Â» (1870).

[modifier] La mesure proprement dite

Elle n'a aucun intĂ©rĂŞt en soi : le tableau de MendeleĂŻev dĂ©crivait les Ă©lĂ©ments et leur masse relative respective. Choisir tel ou tel Ă©lĂ©ment comme rĂ©fĂ©rence est une convention, qui d'ailleurs a changĂ© : il eĂ»t Ă©tĂ© naturel de choisir la masse d'une mole de protons Ă©gale Ă  1 gramme ; mais Ă  l'Ă©poque, on ne savait mĂŞme pas que l'atome Ă©tait sĂ©cable. Or les nombres conventionnels comme les unitĂ©s sont toujours faits non pour les thĂ©oriciens, mais pour les ingĂ©nieurs qui ont besoin de « certification Â». Il fallait donc une mesure dont la traçabilitĂ© soit reconnue : le choix s'est fixĂ© jusqu'Ă  2005, sur la dĂ©finition : 12 grammes de 12C contiennent NA atomes.

Ce nombre est connu avec une mauvaise prĂ©cision 1,7Ă—10-7 et vaut : NA = 6,0221415Ă—1023 mol-1.

Dès que l'on saura compter les atomes en grande quantité via des écluses à atomes individuels, cette valeur s'améliorera. Pour l'instant, c'est toujours le résidu d'impuretés dans le silicium qui est source de problème.

[modifier] Pour en savoir plus

Il y a au fond 2 problèmes distincts :

  • la comprĂ©hension en chimie du fait que les molĂ©cules sont constituĂ©es d'atomes Ă©lĂ©mentaires et Ă©changent ces atomes lors d'une rĂ©action chimique pour donner d'autres molĂ©cules (de propriĂ©tĂ©s diffĂ©rentes).
  • le fait que ces « particules Â» (molĂ©cules ou atomes), dans un Ă©tat gazeux dit parfait, occupent toutes le mĂŞme volume moyen : soit 22,414 L sous une pression de 1,01325Ă—10 Pa et une tempĂ©rature de 273,15 K, pour le nombre de particules Ă©gal au nombre d'Avogadro : cette mesure relève plutĂ´t de la physique.

Gassendi rĂ©nove la thĂ©orie atomique (1638) ; le premier thĂ©orème de thĂ©orie cinĂ©tique des gaz date de Daniel Bernoulli en 1738. Mais il sera oubliĂ© jusqu'Ă  Clausius, vers 1855. La raison en est qu'il faut que la chimie se dĂ©pĂŞtre de l'alchimie grâce Ă  la balance.

[modifier] Atomes et Chimie

Il fallut extraire les corps purs des mĂ©langes (piège des eutectiques et des azĂ©otropes, piège des cristaux isomorphes) : après Wenzel (1782), Richter (1795), la querelle Berthollet-Proust (1799-1806), il devint admis qu'un corps pur est composĂ© des mĂŞmes corps simples dans les mĂŞmes proportions discontinues et dĂ©finies : eau et eau oxygĂ©nĂ©e sont deux corps purs diffĂ©rents. John Dalton (1808) propose la classification en corps binaire (A+B->AB), ternaire (A+2B->AB2), indiquant clairement sa vision atomique des molĂ©cules, et donne les masses relatives des « Ă©quivalents Â». BerzĂ©lius proposera de nommer chaque Ă©lĂ©ment par un symbole. Gay-Lussac Ă©tablit pour les composĂ©s gazeux les lois des volumes en proportions dĂ©finies (1809).

La difficultĂ© Ă©tait celle-ci : en eudiomĂ©trie, la dĂ©composition de l'eau donne 2 volumes d'hydrogène et 1 volume d'oxygène. La recomposition de l'eau est que ces volumes ne redonnent que 2 volumes de vapeur d'eau :

Le pas immense que franchit Avogadro est d'admettre l'existence du dihydrogène et du dioxygène, qui devaient se dĂ©composer pour donner deux molĂ©cules d'eau H2O ; ce qui permettait de rĂ©soudre les conflits entre Dalton et Gay-Lussac. Mais ces « dĂ©composition Â» et recombinaison Ă©taient en tout Ă©tat de cause fort problĂ©matiques. Il est peu Ă©coutĂ© : la thĂ©orie de BerzĂ©lius ne permet pas de rendre compte de l'existence de la « molĂ©cule Â» H2.

NĂ©anmoins BerzĂ©lius perfectionne la notion de masse relative des Ă©lĂ©ments (la loi de Dulong et Petit joue alors un rĂ´le important (1819) ; la loi cristalline de Mitscherlich (1820) aussi).

Dumas, en 1826, est adepte convaincu du système atomique de Dalton, et permet par sa fameuse loi (d = M/29) de dĂ©terminer moult masses molaires). Mais convaincu par la philosophie positiviste, il rejette l'atomisme en 1836 : ses vapeurs de phosphore P4, et de soufre S6, puis graduellement S2 l'ont, Ă  l'Ă©vidence, contrariĂ©.

Gmelin, anti-atomiste convaincu, ne fait toujours pas la différence entre atome et molécule et donne la Table des Equivalents (1830).

Faraday publie ses équivalents électrochimiques ioniques dans les lois de l'électrolyse (1833).

Conclusion : faute de comprendre H2, P4 et S6, la thĂ©orie atomique achoppe, malgrĂ© Gaudin (1833), qui, sans succès, reprend Avogadro, et dĂ©finit le dihydrogène, le tĂ©traphosphore, etc. et distingue parfaitement entre MOLÉCULE, faite d'ATOMES Ă©lĂ©ments.

La CHIMIE ORGANIQUE (Wöhler, synthèse de l'urĂ©e (1828)) et son omniprĂ©sente covalence, fait oublier BerzĂ©lius ; et Gerhardt (1843), puis Laurent (1846) redĂ©couvrent ce qu'avait dit Gaudin. La thermochimie naissante des annĂ©es 45 confirme : il faut briser H2 et Cl2 pour donner 2 HCl.

Restaient les Ă©tranges variations « graduelles Â». Cannizzaro sauve la thĂ©orie atomique : il y a dissociation progressive. Sainte-Claire Deville confirme. On est en 1856.

Le congrès de Karlsruhe (1860) enterre la hache de guerre entre Ă©quivalentistes et atomistes ; mais clairement les atomistes seront avantagĂ©s dans leur comprĂ©hension de la chimie.

[modifier] Physiciens et la taille des atomes

La thĂ©orie du calorique de Black vient embourber la physique du XVIIIe. Mais en Angleterre, Joule (1848) redĂ©couvre piètrement Bernoulli. Kronig (1856) amĂ©liore ; Clausius (1857) vient enfin et trouve la vitesse quadratique moyenne.

u = \sqrt{\frac{3\times RT}{M}}, soit 485m/s \times \sqrt{T/273}\times \sqrt{\frac{29}{M}}.

Et il retrouve l'explication d'Avogadro, de Gaudin et autres : l'hydrogène est du dihydrogène ! Verdet le lui persiffla.

La vitesse moyenne Ă©tait très Ă©levĂ©e ; mais Clausius invente la notion gĂ©omĂ©trique capitale de libre parcours moyen

L\sim\frac{1}{nS} , avec S = section efficace.

La thĂ©orie cinĂ©tique des gaz est nĂ©e ; l'ordre de grandeur du coefficient de diffusion sera D = 1 / 3.u.L en m2·s-1, comme la viscositĂ© cinĂ©matique. Loschmidt en tirera (1865) la valeur de la taille des atomes et le nombre d'Avogadro Ă  la stupeur des physiciens, et W. Thomson-Lord Kelvin rassure la communautĂ© (size of atoms ; Nature 1(1870),551-553). Il essaiera vainement de leur donner une structure de nĹ“uds, mais non, ce sera en 1926, l'Ă©quation de Schrödinger, puis les Ă©quations de Hartree-Fock qui donneront la solution actuelle.

Maxwell, avec ses visions prĂ©monitoires de grand physicien, a dĂ©jĂ  compris : pour qu'un vĂ©ritable système d'unitĂ©s international naisse, il conviendra de l'Ă©tablir sur la base des atomes : Ă  peine mesurĂ©e, la constante d'Avogadro n'a plus d'intĂ©rĂŞt autre qu'anthropomorphique ; dans quelques dĂ©cennies, il est probable qu'elle ne sera plus enseignĂ©e qu'en chimie ; un physicien peut très bien s'en passer ; pas un ingĂ©nieur, censĂ© travailler pour l'Homme.

[modifier] Notes et références

  1. ↑ a  b  Unité de quantité de matière
  2. ↑ cf. Determination of the Avogadro constant via the silicon route, Metrologia 40

[modifier] Voir aussi

  • Jean Perrin, Les atomes, (1913) Éditions FĂ©lix Alcan, Paris, [dĂ©tail des Ă©ditions] prĂ©sente (entre autres) une description dĂ©taillĂ©e des diffĂ©rentes mĂ©thodes et expĂ©riences imaginĂ©es pour mesurer la constante d'Avogadro.
  • constante physique
  • thĂ©orie cinĂ©tique des gaz
  • Particle data group : http://pdg.lbl.gov/ - sites miroirs proches [1], [2] et [3]
  • Atomic Mass Data Center : http://www.nndc.bnl.gov/amdc/web/amdcw_fr.html
  • Jean-Paul Mathieu : histoire de la constante d'Avogadro, 1984, ISBN 2-7359-0016-9
  • Alfred Kastler : le concept d'atomes depuis 100 ans; J. Physique 34(1973)C.10, 33-43.


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