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Paradoxe des jumeaux


Paradoxe des jumeaux : encyclopédie physique

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Le paradoxe des jumeaux est une expĂ©rience de pensĂ©e Ă©voquĂ©e par Albert Einstein puis publiĂ©e en dĂ©tail par Paul Langevin illustrant un aspect troublant de la relativitĂ© restreinte : la mesure d'une durĂ©e dĂ©pend du rĂ©fĂ©rentiel dans lequel elle est effectuĂ©e.

Dans cette expérience imaginaire des jumeaux, l'un des frères reste sur Terre tandis que l'autre fait un aller-retour en fusée à une vitesse proche de celle de la lumière. Selon la dilatation du temps prévue par la théorie la durée du périple mesurée par le frère sédentaire est plus longue que celle mesurée par le frère voyageur de sorte que lorsqu'ils se retrouvent, le voyageur se découvre plus jeune que son jumeau resté sur Terre.

Si l'expĂ©rience des jumeaux est en apparence paradoxale au sens qu'elle heurte indĂ©niablement l'intuition courante, elle ne l'est pas dans le sens qu'elle ne conduit Ă  aucune contradiction. Une telle contradiction surgit lorsqu'on applique sans prĂ©caution un principe de relativitĂ© du mouvement selon lequel ce serait indiffĂ©remment l'un ou l'autre des jumeaux qui serait animĂ© d'une grande vitesse et de ce fait reviendrait plus jeune. Or comme un jumeau ne peut ĂŞtre Ă  la fois plus jeune et plus vieux que son frère lors des retrouvailles il y aurait lĂ  une absurditĂ©. En rĂ©alitĂ©, la situation des jumeaux n'est pas symĂ©trique : le sĂ©dentaire coĂŻncide avec un seul repère galilĂ©en (celui de la Terre) pendant toute la durĂ©e du voyage, tandis que le voyageur effectue un demi-tour et coĂŻncide ainsi avec au moins deux repères galilĂ©ens successifs.

Enfin, le scĂ©nario des jumeaux de Langevin a Ă©tĂ© inventĂ© pour illustrer un rĂ©sultat de relativitĂ© restreinte et ne fait intervenir en rien[1] la relativitĂ© gĂ©nĂ©rale : la relativitĂ© restreinte est capable de traiter le problème d'une fusĂ©e accĂ©lĂ©rĂ©e, comme le montre plus loin le paragraphe consacrĂ© Ă  cette question.

Sommaire

[modifier] Histoire

Au sujet de la dilatation du temps prédite par la relativité restreinte, Albert Einstein indique en 1911

«  Si nous placions un organisme vivant dans une boĂ®te … on pourrait s'arranger pour que cet organisme, après un temps de vol aussi long que voulu, puisse retourner Ă  son endroit d'origine, Ă  peine altĂ©rĂ©, tandis que les organismes correspondants, qui sont restĂ©s dans leur position initiale auraient depuis longtemps cĂ©dĂ© la place Ă  de nouvelles gĂ©nĂ©rations. Car pour l'organisme en mouvement, la grande durĂ©e du voyage Ă©tait un court instant, Ă  condition que le mouvement ait Ă©tĂ© effectuĂ© quasiment Ă  la vitesse de la lumière.[2]  Â»

La mĂŞme annĂ©e, Paul Langevin dĂ©veloppe cette expĂ©rience de pensĂ©e sous une forme qui passe Ă  la postĂ©ritĂ© :[3] « le boulet de Jules-Verne Langevin Â» oĂą il relate de manière rĂ©aliste le dĂ©roulement de la vie de deux frères jumeaux dont l'un voyage Ă  une vitesse proche de la lumière et l'autre reste sur Terre. Cet exposĂ©, lors de la ConfĂ©rence au Congrès de philosophie de Bologne en 1911, permet de populariser la notion du temps en relativitĂ© et d'illustrer la rĂ©volution philosophique qu'elle apporte[4].

Le nom de « paradoxe Â» a Ă©tĂ© donnĂ© Ă  l'expĂ©rience de pensĂ©e par ceux qui y voyaient une incohĂ©rence de la thĂ©orie : ils arguaient en effet de la symĂ©trie du problème en invoquant la relativitĂ© du mouvement et concluaient que, quel que soit le jumeau choisi, celui-ci devait mesurer une durĂ©e plus courte que son frère et se retrouver plus jeune lors des retrouvailles, d'oĂą une contradiction. Ce raisonnement est toutefois erronĂ© car en vĂ©ritĂ© les deux jumeaux ne sont pas interchangeables, comme l'explique le prĂ©sent article.

[modifier] Le voyageur de Langevin

Imaginons deux frères jumeaux, appelons-les Pantoufle et Bougeotte. Pantoufle reste sur Terre tandis que son frère entame un voyage dans l'espace à très grande vitesse, proche de celle de la lumière (ce qui est par ailleurs impossible à réaliser concrètement). Lorsque Bougeotte revient sur Terre, il découvre son frère Pantoufle plus âgé que lui. Ce fait illustre le phénomène de dilatation du temps prévu par la relativité restreinte tenant en ce que pour les observateurs terrestres une horloge embarquée semble tourner plus lentement que les leurs. Pour Pantoufle, Bougeotte a donc moins vieilli que lui-même.

Comment expliquer ce qui se passe pendant le trajet ? ConsidĂ©rons un ensemble d'observateurs au repos par rapport Ă  la Terre (ou, si on prĂ©fère, se dĂ©plaçant Ă  la mĂŞme vitesse et restant de ce fait Ă  une distance invariable les uns des autres) et disposĂ©s le long de la trajectoire de la fusĂ©e de Bougeotte, jusqu'Ă  la planète lointaine que ce dernier va rejoindre. Nous les appellerons les « observateurs terrestres Â». Ces observateurs auront au prĂ©alable synchronisĂ© leurs horloges[5] et utilisent donc tous la mĂŞme heure. Le phĂ©nomène que prĂ©voit la relativitĂ© restreinte est que chaque observateur terrestre constate tour Ă  tour, lorsque la fusĂ©e passe en face de lui, que l'heure de la fusĂ©e retarde par rapport Ă  la sienne (qui reprĂ©sente l'heure terrestre de Pantoufle). Lorsque Bougeotte arrivera sur sa planète lointaine il sera en retard sur cette heure terrestre, comme il pourra le constater sur l'horloge donnant sur cette planète l'heure de Pantoufle.

Si Bougeotte fait maintenant demi-tour pour revenir sur Terre, il doublera son retard de l'aller et rejoindra finalement son frère Pantoufle en se retrouvant au final plus jeune que ce dernier.

Maintenant, puisqu'en relativitĂ© restreinte les vitesses sont rĂ©putĂ©es relatives, peut-on considĂ©rer que c'est la fusĂ©e qui est au repos et la Terre qui se dĂ©place ? Les effets de rĂ©ciprocitĂ© entre deux systèmes de rĂ©fĂ©rence inertiels, qui sont le propre de la thĂ©orie de la relativitĂ©, peuvent-ils inverser les conclusions relatives au vieillissement moindre du jumeau voyageur ? Comme aucun des jumeaux ne peut ĂŞtre Ă  la fois le plus âgĂ© et le moins âgĂ©, n'y aurait-il pas lĂ  un « paradoxe Â» au sens de contradiction logique ? Non, en rĂ©alitĂ© il n'y a pas de paradoxe car il n'y a pas rĂ©ciprocitĂ© entre Pantoufle et Bougeotte. Le premier conserve par rapport Ă  tout rĂ©fĂ©rentiel galilĂ©en un mouvement rectiligne et uniforme. En particulier Pantoufle est au repos dans le système constituĂ© par tous les observateurs terrestres. Au contraire le voyageur Bougeotte possède successivement (Ă©ventuellement en dehors des phases d'accĂ©lĂ©ration) deux mouvements simples (uniformes, Ă  vitesse constante) distincts puisque de sens contraires. Le raisonnement dĂ©taillĂ© est donnĂ© dans tout ce qui suit.

La question de savoir si le mouvement de Bougeotte est uniforme ou non, c'est-à-dire si la fusée est accélérée ou au contraire animée d'un mouvement uniforme, ne change rien au raisonnement. La relativité restreinte peut traiter les deux cas. Pour preuve nous donnerons plus loin les formules relativistes concernant une fusée soumise à une accélération constante.

[modifier] Notion de repère

Pour montrer l'impossibilitĂ© d'Ă©changer le rĂ©fĂ©rentiel de Pantoufle contre celui de Bougeotte, prĂ©cisons la notion de repère. On parle souvent du repère de Bougeotte et du repère de Pantoufle comme si un repère se limitait Ă  un seul lieu. Or ce point de vue est inexact. En relativitĂ© restreinte, un repère (ou rĂ©fĂ©rentiel, ou système de coordonnĂ©es) doit s'imaginer comme un ensemble de fusĂ©es voyageant en formation les unes Ă  la suite des autres loin de toute masse gravitante (donc dans un espace « plat Â»), Ă  la mĂŞme vitesse et sans que leurs moteurs exercent d'accĂ©lĂ©ration (ou freinage). Ces fusĂ©es contiennent une horloge (visible de l'extĂ©rieur), chacune Ă©tant synchronisĂ©e[5] avec les autres, et portent le signe de leur position dans le convoi spatial (un numĂ©ro d'ordre ou la distance Ă  une fusĂ©e origine).

Quand nous parlons de repère terrestre il faut penser à un ensemble d'observateurs possédant des montres marquant la même heure et situés le long du trajet que suivra la fusée de Bougeotte. Quand nous parlons du repère de la fusée, nous devons imaginer un ensemble de fusées accompagnant celle de Bougeotte. Un repère ce n'est pas une fusée, c'est un train de fusées[6].

Cette vision des choses permet de mieux faire apparaĂ®tre la dissymĂ©trie entre les jumeaux (et Ă©galement d'imaginer plus loin une expĂ©rience Ă©voquant la symĂ©trie de deux repères se croisant l'un l'autre). En effet, pour faire le suivi de la fusĂ©e de Bougeotte il est nĂ©cessaire de faire appel Ă  deux trains de fusĂ©es, un pour l'aller, un pour le retour. Si deux convois sont nĂ©cessaires c'est qu'il n'est pas question de faire faire un demi-tour aux fusĂ©es volant en formation car cela violerait la nature du repère galilĂ©en, pour lequel il est « interdit Â» d'allumer des moteurs. Pour suivre le mouvement de Pantoufle un seul train de fusĂ©es suffit.

[modifier] Temps propre

Alors que la physique de Newton était basée sur le suivi de points repérés dans un espace absolu en fonction d'un temps absolu, la relativité restreinte assure le suivi d’événements. Un événement est caractérisé par une position (où il se passe) et un temps (à quel moment il se passe). La valeur des coordonnées dépend du système (repère) dans lequel on effectue les mesures. Le propre de la théorie de la relativité restreinte est d'établir le lien entre les différents systèmes de coordonnées.

On parle à juste titre de réciprocité entre repères, les vitesses n'ayant rien d'absolu. Cependant il existe un très grand nombre de situations où l'on examine le mouvement d'une particule, ou d'une fusée. Dans ce cas, il est évident qu'un repère joue un rôle bien particulier, celui dans lequel la particule (la fusée) est au repos. De ce point de vue il faut être vigilant avant d'affirmer que tous les repères sont équivalents.

Plaçons nous dans la fusée de Bougeotte et lisons le temps τ qu'indique l'horloge interne. Par rapport à elle-même il est évident que la fusée est au repos. Elle est également au repos par rapport aux autres fusées qui l'accompagnent et qui constituent avec elle l'ensemble du système de référence. En revanche pour les observateurs terrestres répartis le long du trajet, le temps mesuré sera le temps terrestre, que nous noterons t, et la position sera notée x (c'est la coordonnée de l'observateur devant lequel passe la fusée à l'instant temps t).

ConsidĂ©rons alors deux Ă©vĂ©nements successifs, par exemple le passage de la fusĂ©e devant l'observateur terrestre x = 0 au temps t = 0 et le passage devant l'observateur x au temps t. Dans la fusĂ©e les temps correspondant Ă  ces Ă©vĂ©nements sont 0 et Ď„. Dans ces conditions, la relativitĂ© restreinte Ă©nonce le rĂ©sultat fondamental suivant :

La quantité

\ c^2\, \tau^2 = c^2\, t^2 - x^2\

ne dépend pas du repère dans lequel elle est évaluée.

Le temps τ est appelé le temps propre de la fusée.

Cette formule montre immédiatement qu'une durée propre est toujours plus petite que la même durée évaluée dans un autre repère. Ce résultat est capital et constitue la façon correcte d'énoncer l'effet de relativité restreinte sur la mesure des temps. Le temps mesuré dans la fusée pour des événements se produisant dans la fusée sera plus petit que celui mesuré sur Terre. Les horloges de la fusée semblent ralentir. Du point de vue des Terriens le temps de la fusée est comme dilaté.

[modifier] Dilatation des durées

Les temps mesurés sur Terre seront donc toujours plus longs que ceux mesurés dans la fusée. La formule précédente permet de calculer immédiatement le rapport entre temps propre de la fusée et temps dans le repère extérieur terrestre. La fusée se déplaçant à la vitesse v parcourt la distance x = v t pendant le temps t et par conséquent en écrivant

c^2 \tau^2 = c^2 t^2 - v^2 t^2 \,,

on aboutit immédiatement à la célèbre formule

\tau = t \, \sqrt{1 - (v^2/c^2)}

ou

t = \tau\, /\,\sqrt{1 - (v^2/c^2)}\equiv \gamma\tau \ \qquad \text{avec} \qquad\gamma = [1 - (v^2/c^2)]^{-1/2}\ .

Le « paradoxe des jumeaux Â» utilise cette augmentation des durĂ©es prĂ©vue par la relativitĂ© restreinte lorsqu'on passe du temps propre intĂ©rieur d'un mobile donnĂ© (fusĂ©e, particule) Ă  un temps extĂ©rieur (la Terre, le laboratoire).

Cette dilatation des durées s'est toujours vérifiée expérimentalement.

[modifier] Réciprocité

Il faut prendre des prĂ©cautions pour Ă©tablir une rĂ©ciprocitĂ© entre la mesure du temps dans la fusĂ©e et la mesure du temps sur Terre. En effet nous avons fait jouer un rĂ´le particulier au repère propre de l'objet suivi, en ce cas la fusĂ©e. Si donc nous voulons symĂ©triser l'expĂ©rience, il faut nous placer sur Terre et, de la mĂŞme façon que nous repĂ©rions la trajectoire de la fusĂ©e par rapport Ă  un ensemble d'observateurs terrestres, il faut repĂ©rer le mouvement de notre Terre par rapport Ă  un « train de fusĂ©es Â», chacune Ă©tant dotĂ©e de son horloge et de sa balise de position.

Pour visualiser une situation symĂ©trique on pourrait imaginer la situation suivante en considĂ©rant deux convois de fusĂ©es, chacun constituant un repère inertiel, se dĂ©plaçant parallèlement l'un Ă  l'autre. D'un cĂ´tĂ© les Terriens, de l'autre les Virginides. Tous les Terriens sont au repos les uns par rapport aux autres, leurs distances mutuelles sont invariables et leurs horloges sont synchronisĂ©es[5]. Il en est de mĂŞme pour les Virginides. Le phĂ©nomène de dilatation du temps (ou de ralentissement des horloges) consiste en ce que chaque Virginide dans sa propre fusĂ©e voyant dĂ©filer devant lui des Terriens constaterait que l'horloge de ces derniers vue Ă  travers le hublot avance au fur et Ă  mesure que le temps s'Ă©coule (ce Virginide dans sa fusĂ©e joue le rĂ´le du Bougeotte de l'histoire, vieillit moins vite que dans un repère extĂ©rieur et voit donc les « autres Â» vieillir plus vite). Mais un Terrien donnĂ© voyant dĂ©filer devant lui des Virginides constaterait de la mĂŞme façon que les horloges de ces derniers battent plus vite que la sienne. Au bout par exemple de 60 minutes de son temps, les horloges auraient avancĂ© de 75 minutes.

Pour chaque astronaute dans sa fusée se fiant à son temps propre, le temps s'écoule plus vite dans le repère défilant d'en face.

Quoiqu'un peu lourd le tableau ci-dessous a pour but de lever toute mĂ©sintelligence du phĂ©nomène de ralentissement des horloges. Il rassemble le relevĂ© des observations consignĂ©es par les diffĂ©rents partenaires de l'expĂ©rience ici imaginĂ©e. La première colonne indique l'Ă©vĂ©nement : la fusĂ©e V0 de Virginide passe devant telle ou telle fusĂ©e de Terrien. Les colonnes suivantes indiquent les coordonnĂ©es de cet Ă©vĂ©nement dans l'un et dans l'autre repère. Il est clair que pour V0 les horloges des Terriens tournent plus vite que la sienne alors que pour les Terriens l'horloge de la fusĂ©e V0 ralentit par rapport aux leurs. Le tableau serait en tous points symĂ©trique si maintenant une fusĂ©e (au singulier) de Terrien observait le passage des fusĂ©es (au pluriel) des Virginides .

Observation par les Terriens du passage de la fusée V0 des Virginides
ou
Observation du défilement des fusées des Terriens depuis la fusée V0
ÉvĂ©nement : node la fusĂ©e de Terrien devant laquelle passe la fusĂ©e V0 Heure mesurĂ©e par les Terriens
(en minutes)
Heure mesurée par la fusée V0
(en minutes)
Distance à la fusée de Terrien no0 (unité arbitraire)
0 0 0 0
1 10 8 60
2 20 16 120
3 30 24 180
5 50 40 300
10 100 80 600

Pour revenir Ă  une image qui se rapproche de celle des jumeaux, supposons que tous les Terriens aient le mĂŞme âge entre eux et que tous les Virginides aient aussi le mĂŞme âge entre eux. Supposons alors qu'un astronaute A voie dans l'autre convoi Ă  un moment donnĂ© (pris pour origine) une personne B du mĂŞme âge que lui. Dans les annĂ©es qui suivront, A verra les occupants des fusĂ©es d'en face vieillir plus vite que lui. Et on ne sera pas Ă©tonnĂ© d'apprendre, rĂ©ciprocitĂ© oblige, que l'astronaute B fera en ce qui le concerne la mĂŞme constatation : ceux qui dĂ©filent devant lui vieillissent plus vite que lui. Comme il se doit, les choses sont symĂ©triques. Mais dans cette expĂ©rience, A et B ne se voient pas vieillir l'un l'autre puisqu'ils ne se rencontrent plus par la suite. Il est donc impossible Ă  ces deux personnes de comparer leur destin.

C'est bien la particularité du paradoxe de Langevin de faire se retrouver les deux astronautes A et B, qui autrement ne se seraient vus qu'une fois. Et ces retrouvailles sont possibles grâce au fameux demi-tour de l'un des deux.

La première leçon à tirer de cette discussion est la suivante. Lorsqu'on dit bien trop vite qu'il y a dilatation du temps (ou ralentissement des horloges) dans un repère en mouvement (comme celui d'une fusée par rapport à la Terre), il faut préciser de quoi on parle… Il est beaucoup plus juste de parler de temps propre dans un repère donné, de se rappeler que la définition de ce temps propre suppose que l'on s'intéresse à des processus se produisant en un lieu donné et que, cela étant, la durée propre entre deux événements est toujours plus petite que la durée entre ces deux mêmes événements calculée dans d'autres repères.

La seconde leçon est que la vitesse entre deux repères est bien relative : il est impossible de distinguer entre un repère qui serait au repos absolu et un repère qui serait en mouvement absolu, le ralentissement des horloges ne s'appliquant qu'Ă  l'un des deux. Le ralentissement des horloges est en lui-mĂŞme parfaitement symĂ©trique. Si on prend deux repères en mouvement l'un par rapport Ă  l'autre, une horloge de l'un sera toujours vue comme ralentie lorsque son allure est mesurĂ©e par un ensemble d'observateurs appartenant Ă  l'autre. Incontestablement il apparaĂ®t « paradoxal Â» que, quel que soit le cĂ´tĂ© choisi, Terrien ou Virginide, chacun puisse dire que ce sont les-autres-en-face qui vieillissent plus vite.

[modifier] Utilisation d'un diagramme

En relativité restreinte on a l'habitude d'utiliser des diagrammes sur lesquels on reporte des événements, par exemple ceux rattachés à la trajectoire d'une particule. Alors qu'en géométrie classique euclidienne on considérait deux axes (x, y) indiquant seulement la position géométrique de la particule, dans un diagramme relativiste il est nécessaire de conserver un axe pour le temps t. L'autre axe restera spatial et mesurera la distance x de l'objet à un point origine (le mouvement étant supposé se faire le long de l'axe considéré). La figure montre un tel diagramme pour analyser les lignes d'univers (c'est ainsi qu'on appelle la trajectoire d'un mobile dans un repère espace-temps) des deux jumeaux.

Cas d'un voyage Ă  vitesse constante
Cas d'un voyage Ă  vitesse constante

L'axe vertical représente le temps t et l'axe horizontal, spatial, représente la distance x parcourue par Bougeotte. On se place dans le repère terrestre de Pantoufle.

On voit sur le schéma qu'il y a deux trajets différents reliant l'événement de départ O (le départ de la fusée) et le retour sur Terre B du voyageur de Langevin. L'un est rectiligne sur le diagramme, celui de Pantoufle. L'autre est constitué de la ligne brisée OAB (ou plus généralement de toute ligne courbe reliant O à B). Ce que nous cherchons à comparer sur le diagramme, c'est la durée propre le long du trajet courbe de Bougeotte et celle le long du trajet direct de Pantoufle.

Attention ! On pourrait croire que la durĂ©e du trajet direct est plus courte que celle du trajet indirect mais il n'en est rien ! En gĂ©omĂ©trie euclidienne la distance la plus courte entre deux points est bien la distance directe mais en gĂ©omĂ©trie relativiste c'est le contraire qui est vrai, comme nous l'avons indiquĂ© plus haut. En effet le long d'un trajet infinitĂ©simal (Δx, δt), le carrĂ© du temps propre Δτ est donnĂ© par la relation

\Delta \tau ^2 = \Delta t ^2 - (\Delta x^2/ c^2) \,

avec un signe « - Â» devant le carrĂ© de Δx. Ce signe « - Â» change tout car il entraĂ®ne que la durĂ©e propre est toujours plus petite que l'intervalle temporel Δt mesurĂ© dans n'importe quel repère. Par consĂ©quent, en relativitĂ© restreinte, sur un diagramme espace-temps la durĂ©e propre qui sĂ©pare les deux Ă©vĂ©nements O et B est toujours plus petite le long d'un trajet courbe que le long du trajet direct OB.

Ici le temps τ écoulé le long du trajet indirect OAB suivi par Bougeotte est plus petit que le temps t mesuré par Pantoufle (représenté par le segment de droite OB). Le temps propre infinitésimal étant donné par la formule ci-dessus, le temps propre total mesuré par Bougeotte sera

 \tau = \int_0^t \sqrt{1 - (v^2/c^2)}\  dt \ ,

où nous avons simplement remplacé Δx par vΔt.

Cas d'un voyage Ă  vitesse variable
Cas d'un voyage Ă  vitesse variable

Dans le cas général, avec une vitesse variable, il suffira de faire le calcul de l'intégrale le long du chemin spatio-temporel parcouru avec une vitesse v(t).

Dans le cas où le voyage en fusée se fait en deux segments de droite à vitesse v constante, on a immédiatement le résultat

 \tau = t \sqrt {1 - (v/c)^2 } \ .

Le temps dans la fusĂ©e est plus petit que le temps terrestre par le facteur \sqrt {1 - (v/c)^2 }. Pour une vitesse v Ă©gale aux 3/5 de la vitesse de la lumière (soit v=0,6 c, ce qui est Ă©videmment tout Ă  fait impossible Ă  rĂ©aliser) le facteur de rĂ©duction est de 4/5=0,8. En sens inverse le facteur de dilatation est de 5/4. Ainsi si Bougeotte voyageait 40 ans, il retrouverait son frère Pantoufle vieilli de 50 ans.

[modifier] L'analyse du paradoxe en terme d'effet Doppler transversal

Le paradoxe des jumeaux peut être analysé de façon élégante et instructive[7] en utilisant l'effet Doppler sous une forme différente de son aspect traditionnel, en faisant abstraction de la vitesse radiale et en ne conservant que l'effet de dilatation des durées.

L'effet Doppler relativiste est surtout connu pour son aspect longitudinal, correspondant au décalage vers le rouge ou vers le bleu selon que la source s'éloigne ou se rapproche de l'observateur. On trouve de nombreuses présentations[8] du paradoxe des jumeaux utilisant cette différence de fréquences entre les phases aller et retour. Plus rare est l'illustration par l'emploi de l'effet Doppler transversal. Rappelons que si l'effet Doppler longitudinal classique dépend de la composante radiale de la vitesse, l'effet transversal dépend de la vitesse totale et correspond toujours à une diminution de la longueur d'onde du signal reçu.

Comme prĂ©cĂ©demment Pantoufle reste sur Terre pendant que son frère jumeau Bougeotte fait un voyage vers une planète lointaine Ă  une vitesse proche de celle de la lumière puis revient sur Terre dans les mĂŞmes conditions. Dans notre expĂ©rience les jumeaux observent tous les deux un pulsar lointain dont l'Ă©clat varie pĂ©riodiquement. On suppose le pulsar très Ă©loignĂ© de la Terre et Ă©galement de la fusĂ©e, Ă  chaque instant de son parcours. Celle-ci se dĂ©place selon une direction perpendiculaire Ă  la direction Terre-pulsar, l'Ă©loignement permettant d'affirmer que la lumière du pulsar atteint la fusĂ©e perpendiculairement Ă  sa trajectoire (dans le repère de la Terre[9] ) et qu'un signal donnĂ© du pulsar atteint la Terre et la fusĂ©e au mĂŞme moment (mĂŞme : dans le rĂ©fĂ©rentiel terrestre).

L'intĂ©rĂŞt de cette prĂ©sentation rĂ©side en ce que le pulsar, supposĂ© immobile dans le rĂ©fĂ©rentiel de la Terre, joue le rĂ´le d'une horloge visible Ă  la fois de la Terre et de la fusĂ©e, reprĂ©sentant une sorte de phare cosmique battant Ă  un rythme imperturbable[10], de frĂ©quence propre fem (en cycles par seconde). Autre intĂ©rĂŞt : comme les jumeaux observent le mĂŞme objet et reçoivent ses Ă©clairs au mĂŞme moment (dans le rĂ©fĂ©rentiel terrestre), l'expĂ©rience rĂ©tablit une certaine symĂ©trie entre eux deux, Ă  ceci près que l'un est au repos et l'autre en mouvement. Comment Pantoufle et Bougeotte vont-ils percevoir ce pulsar au cours du voyage ?

Diagramme d'espace-temps du voyage, marquĂ© par les flashs du pulsar. Le pulsar, loin du plan (Ox,ct), marque tout le plan de ses flashs rĂ©guliers (lignes pointillĂ©es horizontales : Ă©clairage simultanĂ© de l'axe Ox). Les unitĂ©s de temps des repères Terre et fusĂ©e sont respectivement en jaune et marron. Les petits cercles sont les Ă©vĂ©nements rĂ©ception des flashs pour les deux observateurs.
Diagramme d'espace-temps du voyage, marquĂ© par les flashs du pulsar. Le pulsar, loin du plan (Ox,ct), marque tout le plan de ses flashs rĂ©guliers (lignes pointillĂ©es horizontales : Ă©clairage simultanĂ© de l'axe Ox). Les unitĂ©s de temps des repères Terre et fusĂ©e sont respectivement en jaune et marron. Les petits cercles sont les Ă©vĂ©nements rĂ©ception des flashs pour les deux observateurs.

Compte-tenu de la gĂ©omĂ©trie dĂ©crite ci-dessus et de la formule de l'effet Doppler relativiste dans la direction θ’ mesurĂ©e dans le repère Terre-pulsar :

f_{\mathrm{r\acute{e}ception}} = \frac{1 + (v/c)\cos\theta'}{\sqrt{1 - (v^2/c^2)}}\,f_{\mathrm{\acute{e}mission}} \,,

la fusĂ©e perçoit les flashs du pulsar avec une frĂ©quence dĂ©calĂ©e par l'effet Doppler transversal :

f_{\mathrm{fus\acute{e}e}}=\frac{1}{\sqrt{1-(v^2/c^2)}} f_{\text{em}} \equiv \gamma f_{\text{em}}\;.

La fréquence perçue est plus grande que la fréquence propre, autrement dit pour le passager de la fusée les éclairs du pulsar se succèdent plus rapidement (avec une période plus courte).

Le nĹ“ud de l'explication du paradoxe des jumeaux en terme d'effet Doppler transversal rĂ©side dans la remarque suivante : puisque les deux observateurs reçoivent les signaux du pulsar en mĂŞme temps (dans le repère Terre-pulsar) et qu'ils se retrouvent au mĂŞme point, ils auront vu les mĂŞmes Ă©clairs et en auront forcĂ©ment comptabilisĂ© le mĂŞme nombre. Comment cela se peut-il ? La rĂ©ponse est facile : Bougeotte aura comptabilisĂ© avec un pulsar au rythme plus rapide pendant un laps de temps plus court le mĂŞme nombre d'Ă©clairs que Pantoufle observant pendant un temps plus long un pulsar plus lent.

Par consĂ©quent le facteur Îł-1 â‰ˇ [1 - (v2/c2)]1/2 de rĂ©duction de la pĂ©riode dans le repère de la fusĂ©e est Ă©galement le facteur de rĂ©duction de la durĂ©e du voyage. Nous retrouvons ainsi par cette mĂ©thode Doppler le rĂ©sultat antĂ©rieur sur la diffĂ©rence dans la mesure de la durĂ©e du voyage dĂ©duit des formules de Lorentz.

Voici une application numĂ©rique (correspondant par ailleurs Ă  une expĂ©rience imaginaire, impossible Ă  rĂ©aliser « pour de vrai Â», reprenant les chiffres de la section prĂ©cĂ©dente). ConsidĂ©rons une fusĂ©e se dĂ©plaçant Ă  une vitesse Ă©gale Ă  (3/5)c Ă  laquelle correspond un facteur de contraction (1 - 9/25)1/2 = 4/5. Supposons que Pantoufle voie le pulsar Ă©mettre ses Ă©clairs au rythme de 1 par seconde (et en perçoive donc 60 par minute). Alors Bougeotte dans sa fusĂ©e verra se succĂ©der les Ă©clairs au rythme de 1 toutes les 4/5=0,8 seconde sur son horloge (et en comptera donc 60 en 48 secondes, ou 75 en 60 secondes). Au retour sur Terre, disons après 50 ans pour Pantoufle et par consĂ©quent 40 ans pour Bougeotte, le nombre d'Ă©clairs comptĂ© par Pantoufle, proportionnel Ă  (50/1) (an/seconde) est bien Ă©gal Ă  celui comptĂ© par Bougeotte, proportionnel pour sa part Ă  (40/0,8) (an/seconde) (on a bien 40/0,8=40Ă—5/4=50).

[modifier] Calcul du rajeunissement relativiste dans une fusée accélérée

Il est souvent dit que c'est l'accélération subie par Bougeotte qui cause la dissymétrie entre les deux jumeaux et que pour traiter ce problème il faudrait faire appel à la relativité générale, seule capable de gérer les accélérations. Or si l'accélération communiquée à la fusée est bien quelque part la cause de la dissymétrie, car pour faire demi-tour il faut allumer des moteurs, il faut toutefois se défaire de cette fausse idée selon laquelle la relativité restreinte ne pourrait pas prendre en compte les accélérations. Cette juste remise en question des idées reçues est présentée par Misner, Thorne et Wheeler[11], qui montrent qu’on peut analyser des mouvements accélérés en se servant uniquement de la relativité restreinte[12]. Nous allons montrer ici qu'on peut effectivement traiter le cas d'une fusée accélérée sans faire appel à la relativité générale.

Nous suivons ici la présentation de Taylor et Wheeler[13].

Tout d'abord comment la relativitĂ© restreinte traite-t-elle les repères accĂ©lĂ©rĂ©s ? RĂ©ponse : elle rapporte Ă  chaque instant le mouvement du mobile considĂ©rĂ© au repère inertiel qui Ă  cet instant prĂ©cis le cĂ´toie Ă  la mĂŞme vitesse. Autrement dit la relativitĂ© restreinte utilise Ă  chaque instant le repère inertiel avec lequel le mobile est en quelque sorte en coĂŻncidence. De cette façon la thĂ©orie continue Ă  se servir de repères galilĂ©ens et peut appliquer les formules de transformation correspondantes.

ConsidĂ©rons donc une fusĂ©e (imaginaire !) dont les passagers seraient soumis grâce Ă  de puissants moteurs Ă  une accĂ©lĂ©ration constante g Ă©gale Ă  celle de la gravitĂ© que nous subissons sur Terre. NumĂ©riquement g=10 (m/s)/s = 1000 (cm/s)/s. Nous voulons savoir en combien de temps cette fusĂ©e va parcourir telle distance, en sachant d'avance que le temps mesurĂ© par les passagers de la fusĂ©e sera plus court que le temps mesurĂ© par les terriens.

Remarquons que l'accĂ©lĂ©ration de la fusĂ©e n'est pas Ă©gale Ă  g dans le repère terrestre. L'accĂ©lĂ©ration g est mesurĂ©e dans la fusĂ©e par exemple grâce Ă  un pèse-personne embarquĂ©. Comme nous l'avons dit plus haut, la relativitĂ© restreinte Ă©nonce que la fusĂ©e est accĂ©lĂ©rĂ©e par rapport au repère (le train de fusĂ©es) qui Ă  l'instant considĂ©rĂ© possède la mĂŞme vitesse qu'elle. Ce repère joue le rĂ´le d'un repère inertiel instantanĂ©. Dans ce repère la vitesse de la fusĂ©e passe de la valeur 0 Ă  la valeur dv pendant le temps dĎ„. Et dire que l'accĂ©lĂ©ration vaut g signifie que :

dv = g d\tau \ .

En relativitĂ© restreinte on sait que les vitesses ne sont pas additives. Si d'une fusĂ©e se dĂ©plaçant Ă  la vitesse v par rapport Ă  la Terre est tirĂ© vers l'avant un boulet de canon Ă  la vitesse w (par rapport Ă  cette fusĂ©e), la vitesse du boulet par rapport Ă  la Terre n'est pas v + w. On montre que la quantitĂ© pertinente est en rĂ©alitĂ© un angle θ, qu'on peut appeler le paramètre angulaire de vitesse, dĂ©fini par la relation :

 \tanh \theta = v/c \ .

Autrement dit :

 \theta = \mathrm{atanh} \,(v/c) \ .

La propriĂ©tĂ© principale de ce paramètre angulaire de vitesse est qu'il est additif. Ainsi notre boulet tirĂ© ci-dessus de la fusĂ©e a par rapport Ă  la Terre un paramètre de vitesse θ Ă©gal Ă  la somme des paramètres de vitesse de la fusĂ©e par rapport Ă  la Terre, soit θfus, et du boulet par rapport Ă  la fusĂ©e, soit θ' :

\theta = \theta_{fus} + \theta'\,.

Revenons Ă  l'accĂ©lĂ©ration de la fusĂ©e. Dans le repère coĂŻncidant la vitesse de la fusĂ©e passe de 0 Ă  dv et Ă  cette vitesse Ă©lĂ©mentaire dv correspond le paramètre de vitesse Ă©lĂ©mentaire dθ donnĂ© par la formule Ă©crite ci-dessus :

 (dv)/c = \tanh(d\theta) = d\theta \ .

On a donc la relation :

 d\theta = (g/c) d\tau\ ,

qui s'intègre immĂ©diatement comme :

\theta = (g/c) \tau \,.

Cette formule donne le paramètre angulaire de vitesse θ de la fusée par rapport au repère terrestre en fonction du temps propre τ de l'astronaute dans sa fusée.

Quelle est maintenant la trajectoire de la fusĂ©e dans le repère terrestre ?
En tenant compte de la relation entre vitesse v et paramètre angulaire de vitesse θ et de la dĂ©finition classique de la vitesse v=dx/dt oĂą x est la distance parcourue par la fusĂ©e dans le repère terrestre et t le temps terrestre, on a :

dx/dt = c \tanh \theta \ \ \text{ou} \ \ dx = c \tanh \theta\,dt

En tenant compte de la dilatation du temps (dt est toujours plus grand que dĎ„) :

dt = \cosh \theta \,d\tau \,

on aboutit Ă  la formule suivante donnant la distance dx mesurĂ©e dans le repère terrestre parcourue pendant le laps de temps dĎ„ de l'astronaute :

dx = c \sinh\theta \,d\tau\ = c \sinh(g/c)\tau\,d\tau

Cette expression s'intègre facilement pour donner le rĂ©sultat :

x =  (c^2/g)[\cosh(g\tau/c) - 1]\ .

Cette formule résout le problème posé. Elle donne la distance x parcourue par la fusée dans le repère terrestre pendant la durée τ mesurée par les astronautes.

En ce qui concerne les durĂ©es, on a :

dt = \cosh (g\tau/c)\,d\tau

et par consĂ©quent :

t = (c/g) \sinh(g\tau/c)\,,

formule qui donne le rajeunissement relativiste en montrant bien que (gt/c) est plus grand que (gτ/c) et donc que la durée t est plus grande que la durée τ.

Application numérique

L'application numérique qui suit est une illustration seulement théorique car aucune technologie ne peut fournir le moyen de communiquer physiquement par accélération à un vaisseau spatial une vitesse proche de celle de la lumière, nécessaire pour rendre appréciable le ralentissement du temps.

Sachant qu'une annĂ©e fait environ 3Ă—107 secondes, que c Ă©gale 3Ă—1010 centimètres par seconde et que g vaut 103 centimètres-par-seconde par seconde, exprimons les temps en annĂ©es et les distances en annĂ©es-lumière. On trouve alors que le temps (c/g) vaut une annĂ©e, que la distance (c2/g) vaut une annĂ©e-lumière et que la distance en annĂ©es-lumière parcourue pendant le temps T mesurĂ© par les astronautes (et comptĂ© en annĂ©es) est donnĂ©e par la formule numĂ©rique :

x (en annĂ©es-lumière) = cosh(T ) - 1 .

La durĂ©e du trajet mesurĂ©e sur Terre est :

t = sinh(T ) .

Les durĂ©es et distances parcourues thĂ©oriques sont donnĂ©es dans le tableau suivant :

Trajet d'une fusée subissant une accélération constante g dans son propre référentiel
Durée T du trajet dans le repère de la fusée
(en années)
DurĂ©e t  pour les terriens
(en années)
Distance x  parcourue dans le repère terrestre
(en années-lumière)
1 1,2 0,54
2 3,6 2,8
5 74 73
10 11 000 11 000
12,21 100 000 100 000

En thĂ©orie, le voyageur utilisant une hypothĂ©tique fusĂ©e accĂ©lĂ©rĂ©e pourrait donc traverser la Galaxie entière (qui fait quelque cent mille annĂ©es-lumière de diamètre) en une douzaine d'annĂ©es. Sa vitesse maximum serait pratiquement Ă©gale Ă  celle de la lumière (Ă  10-11 près). L'impossibilitĂ© de communiquer une telle vitesse Ă  un engin spatial ne doit pas cacher la rĂ©alitĂ© du phĂ©nomène de la dilatation des durĂ©es : comme il est calculĂ© ailleurs, la bouffĂ©e de particules de très haute Ă©nergie, issue par exemple d'une explosion d'une supernova, met 100 000 ans pour l'observateur terrestre pour traverser la Galaxie entière Ă  une vitesse quasiment Ă©gale Ă  celle de la lumière, mais cette durĂ©e ne compte pour les particules que quelques dizaines de secondes de leur temps propre.

[modifier] Résumé et conclusion

On peut regretter que le paradoxe des jumeaux ait été exploité dans le sens de la mise en évidence d'une prétendue contradiction interne de la théorie de la relativité restreinte, une contradiction qui invaliderait la théorie d'Einstein. Nous avons vu ici que cet aspect négativiste est infondé. D'ailleurs d'autres prétendus paradoxes ont été inventés mais aucun ne résiste à une analyse juste des situations correspondantes[14].

Dans le paradoxe des jumeaux la contradiction supposée viendrait du fait que, tous les mouvements étant supposés relatifs, les deux jumeaux vivraient des histoires symétriques et par conséquent aucun ne pourrait se retrouver plus jeune que l'autre. Nous avons vu comment lever la situation paradoxale apparente du rajeunissement de Bougeotte par rapport à Pantoufle. En vérité les deux jumeaux ne jouent pas des rôles symétriques puisque Pantoufle sur Terre est le seul à être resté au repos par rapport à un seul référentiel galiléen tandis que Bougeotte a fait un demi-tour et s'est trouvé en coïncidence avec au moins deux repères galiléens différents. Les repères de Pantoufle et de Bougeotte ne sont pas interchangeables.

[modifier] Autres paradoxes en physique

  • Petites expĂ©riences de pensĂ©e d'Einstein,
  • Le paradoxe du train,
  • Le dĂ©mon de Maxwell,
  • Voir la liste de paradoxes.

[modifier] Notes et références

  1. ↑ voir dans l'ouvrage anglais de Taylor et Wheeler (Spacetime physics, Introduction to special relativity, second edition, Freeman and Company, 1992) l'encadrĂ© 4-1, page 132, intitulĂ© « Do we need general relativity? No! Â»
  2. ↑ (en) Albert Einstein, 1911, cité par (en) Robert Resnick et David Halliday, Basic Concepts in Relativity, Macmillan, New York, 1992
  3. ↑ (fr)Paul Langevin, Â« L’évolution de l’espace et du temps Â», dans Scientia, no 10, 1911, p. 31-54 [texte intĂ©gral]
  4. ↑ (fr) Michel Paty, Â« Paul Langevin (1871-1946), la relativitĂ© et les quanta Â», dans Bulletin de la SociĂ©tĂ© Française de Physique, no 119, mai 1999, p. 15-20 [texte intĂ©gral]
  5. ↑ a  b  c  Un "top" horaire est Ă©mis en un point O Ă  disons midi. Comme chaque observateur A connaĂ®t sa distance OA au point O il sait le temps OA/c que met le signal horaire pour venir de O et peut donc ajuster son heure Ă  midi + (OA/c) Ă  rĂ©ception du top.
  6. ↑ Si on prĂ©fère cette image-ci du repère terrestre, on peut encore penser Ă  un ensemble de « bouĂ©es de l'espace Â», stations rĂ©parties le long d'un axe Ă  intervalle rĂ©gulier (une bouĂ©e Ă©tant sĂ©parĂ©e de la suivante par une annĂ©e de lumière par exemple), possĂ©dant une horloge marquant le temps terrestre et abritant une personne chargĂ©e de consigner tous les Ă©vĂ©nements, notamment le passage de visiteurs, sur un carnet de bord.
  7. ↑ voir E.F. Taylor, J.A. Wheeler, A la découverte de l'espace-temps, Dunod, Paris, 1970, page 233 ou (en) E.F. Taylor, J.A. Wheeler, Spacetime Physics, Second edition, W.H. Freeman and Company, 1992, page 264
  8. ↑ voir par exemple le voyage dans le futur des autres.
  9. ↑ Il faut noter ici que le phénomène d'aberration implique que la fusée verra, elle, la lumière du pulsar lui arriver de l'avant dans la direction θ donnée par cosθ=v/c selon les formules complètes de l'effet Doppler relativiste.
  10. ↑ On ne prétend pas que le pulsar batte une cadence absolue puisqu'en l'occurrence il s'agit d'une pulsation de temps terrestre, mais on peut dire néanmoins que Bougeotte, s'il voit la fréquence varier, ne pourra pas soutenir que c'est le pulsar qui, intrinsèquement, aura changé sa fréquence de clignotement.
  11. ↑ (en) C. W. Misner, Kip Thorne & John Wheeler : Gravitation, Freeman & Co. (San Francisco-1973), page 163-167.
  12. ↑ Après tout, les équations de la relativité restreinte suffisent à décrire les particules tournoyant dans les accélérateurs.
  13. ↑ (en)E.F. Taylor, J.A. Wheeler, Spacetime Physics, W.H. Freeman and Company, 1966, page 97
  14. ↑ (en) voir les paradoxes analysés par E.F. Taylor et J.A. Wheeler dans leur livre Spacetime Physics, W.H. Freeman and Company, 1966

[modifier] Voir aussi

  • (en)Voir le chapitre 4 Trip to Canopus du livre de Taylor et Wheeler, Spacetime Physics, Introduction to special relativity, second edition, W.H. Freeman and Company, 1992, pp 121-136
  • RelativitĂ© restreinte
  • Intervalle d'espace-temps
  • ThĂ©orie de la RelativitĂ© Restreinte, V. Ougarov, Deuxième Edition, Editions Mir, Moscou, Traduction française Editions Mir, 1979.
  • The Twin Paradox par Michael Weiss

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