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Pesanteur


Pesanteur : encyclopédie physique

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Tableau montrant la vitesse d'un objet accélérant à 1g avec le temps. Il ne tient pas compte de la résistance de l'air ou de la vitesse initiale.
Tableau montrant la vitesse d'un objet accélérant à 1g avec le temps. Il ne tient pas compte de la résistance de l'air ou de la vitesse initiale.

Le champ de pesanteur (ou plus couramment pesanteur) est un champ attractif auquel sont soumis tous les corps matĂ©riels au voisinage de la Terre : on observe ainsi qu'en un lieu donnĂ© tous les corps libres chutent en direction du sol suivant la mĂȘme direction, appelĂ©e verticale[1]. À la surface de la terre, le champ de pesanteur vaut approximativement 9,81 Newton par kilogramme. La force Ă  laquelle est soumise un corps en raison de la pesanteur est appelĂ©e poids de ce corps et est directement reliĂ© Ă  la pesanteur par sa masse. Si l'essentiel de la pesanteur est d'origine gravitationnelle c'est-Ă -dire due Ă  l'attraction mutuelle entre corps massifs, le fait que la pesanteur soit dĂ©finie dans le rĂ©fĂ©rentiel terrestre et que la planĂšte Terre soit en rotation autour de son axe introduit une correction sous la forme d'une force d'inertie centrifuge.

Cette dĂ©finition est en fait gĂ©nĂ©ralisable aux autres planĂštes : on parle alors de pesanteur martienne par exemple.

Sommaire

[modifier] Poids

Un objet de masse m dans un lieu oĂč l'accĂ©lĂ©ration de la pesanteur vaut g, apparaĂźt soumis Ă  une force verticale, appelĂ©e poids de l'objet : P = mg.

En 1903, on a dĂ©fini le kilogramme-force comme unitĂ© de mesure force. C'Ă©tait le poids d'une masse de 1 kilogramme en un lieu oĂč l'accĂ©lĂ©ration de la gravitĂ© valait gn = 9,80665 m s-2, l’accĂ©lĂ©ration de la gravitĂ© standard.

Le kilogramme-force est une unité obsolÚte, valant par définition 9,80665 Newton.

[modifier] Attraction gravifique

Selon Isaac Newton, qui formula la loi d'attraction universelle dans son ouvrage « Principes mathĂ©matiques de la Philosophie Naturelle Â» paru en 1687, deux points matĂ©riels P et Q, de masses respectives MP et MQ, s'attirent mutuellement avec une force dont l'intensitĂ© vaut F(P,Q) = \tfrac{GM_PM_Q}{d^2 (P,Q)}, oĂč d(P,Q) dĂ©signent la distance sĂ©parant les points P et Q, et G la constante de gravitation de Newton valant (6,67259 \pm 0,00085)\cdot 10^{-11}\rm~m^3kg^{-1}s^{-2}. Cette force est portĂ©e par la droite joignant les points P et Q.

En P elle est orientĂ©e vers Q : F(P,Q) = F(P,Q)\tfrac{PQ}{d (P,Q)}.

En Q, elle est orientĂ©e vers P : F(Q,P) = F(P,Q)\tfrac{QP}{d (P,Q)}.

Dans la suite, P désignera en général le point attiré (on dit aussi le point potentié) et Q le point attirant (ou point potentiant). Nous admettrons que P est une particule-test de masse unitaire (MP = 1). La force attirante s'exerçant en P est alors une force par unité de masse, ou force spécifique, appelée gravité ou force gravifique. Nous la dénoterons ici X(P,Q).

On a donc :

X(P,Q) = \frac{F(P,Q)}{M_P} = G\,M_Q\,P\,Q\,d^{-3}(P,Q).

Les dimensions de cette force gravifique, qui selon la premiĂšre loi de Newton communique une accĂ©lĂ©ration \mathbf g (appelĂ©e accĂ©lĂ©ration gravifique) Ă  la masse unitaire en P, sont donc celles d'une accĂ©lĂ©ration, c'est-Ă -dire LT − 2. La grandeur X s'exprime donc en m / s2.

Un corps tel que la Terre est composĂ© d'un nombre quasi-infini de points massiques, en sous-entendant par point massique un point discret tel un atome ou une molĂ©cule. La Terre dans son entiĂšretĂ© — ou toute partie de celle-ci — induit sur la particule-test en P une force d'attraction X rĂ©sultant de la sommation vectorielle des forces exercĂ©es individuellement par tous les points massiques.

[modifier] Origine de la pesanteur

La premiÚre description quantitative de la pesanteur a été donnée par la loi universelle de la gravitation de Newton. La pesanteur à la distance R du centre d'un astre sphérique isolé formé de couches homogÚnes, et de masse totale M est dirigée vers le centre de l'astre et vaut  g=G \frac{M}{R^2} D'aprÚs Newton, il existe une force instantanée à distance entre deux masses m et M, valant G \frac{m M}{R^2}.

G=6,67259\times 10^{-11}\cdot m^3\cdot kg^{-1}\cdot s^{-2} ou N\cdot m^2\cdot kg^{-2}.

La thĂ©orie de la relativitĂ© gĂ©nĂ©rale d'Einstein dĂ©crit comment l'espace-temps se courbe Ă  cause de la prĂ©sence d'une densitĂ© de masse. Cette thĂ©orie contient la mĂȘme constante universelle de gravitation G que la thĂ©orie de Newton et coĂŻncide avec elle tant que la pesanteur reste faible. La thĂ©orie de Newton est suffisante pour prĂ©voir le mouvement des satellites artificiels, mais la thĂ©orie d'Einstein est indispensable pour assurer la synchronisation des horloges des satellites GPS.

[modifier] Pesanteur terrestre

La Terre n'Ă©tant pas un astre sphĂ©rique isolĂ© formĂ© de couches homogĂšnes, la pesanteur varie en fonction du lieu. La valeur de g = 9,81 n'est qu'approximative, entre autres du fait que la Terre n'est pas parfaitement sphĂ©rique et son rayon varie donc en fonction de la latitude, et de l'existence de forces axifuges. Ici on considĂšre le rayon moyen de la Terre, qui vaut 6 371 km.

  1. La variation la plus Ă©vidente est la variation due Ă  l'altitude h. Pour une variation de h petite devant R, la variation relative de l'accĂ©lĂ©ration de la pesanteur vaut − 2Δh / R, soit -3×10-7 par mĂštre Ă  la surface de la terre.
  2. À cause de l'aplatissement de la Terre, la pesanteur varie notablement avec la latitude (0,5 % d'Ă©cart entre l'Ă©quateur et les pĂŽles). La non-sphĂ©ricitĂ© induit des perturbations des orbites des satellites, dont l'observation prĂ©cise Ă  quelques centimĂštres prĂšs par le systĂšme d'orbitographie DORIS fournit, par « calcul inverse Â», de prĂ©cieuses indications sur les Ă©carts par rapport Ă  la forme sphĂ©rique.
  3. Les écarts de densité du sous-sol entrainent des variations locales de la pesanteur.
  4. Correction de rotation terrestre. Cette correction est due Ă  la rotation quotidienne de la Terre, qui n'est donc pas un rĂ©fĂ©rentiel galilĂ©en. Ce dĂ©faut est pris en compte pour un solide au repos par l'ajout Ă  la pesanteur d'une accĂ©lĂ©ration d’entraĂźnement axifuge, dirigĂ©e perpendiculairement Ă  l'axe de rotation terrestre, d'expression \vec{a}_{ie} = \left (\frac{2 \pi}{T}\right )^2d \ \vec{u}_r avec T = 86164 s et d la distance entre l'objet et l'axe de rotation terrestre.
  5. Correction des forces de marĂ©e, notamment dues Ă  la Lune et au Soleil. Cette correction varie au cours de la journĂ©e. Elle est de l'ordre de 2×10-7 Ă  la latitude de 40⁰.

MĂȘme ainsi corrigĂ©e, l'accĂ©lĂ©ration de la pesanteur ne suffit pas pour dĂ©crire le mouvement de la chute des corps Ă  la surface de la terre.

  1. Le frottement de l'air doit ĂȘtre pris en compte. C'est lui qui fait qu'une petite boule tombe "moins vite" qu'une grosse.
  2. La poussĂ©e d'ArchimĂšde. Si un objet n'est pas pesĂ© sous vide, il faut ajouter Ă  son poids mesurĂ© le poids du volume d'air dĂ©placĂ©. Sans cette correction, un kilogramme de plume pĂšse un peu moins qu'un kilogramme de plomb (cela est dĂ» au fait que le volume de ce kg de plumes et plus important que le volume du mĂȘme kg de plomb et donc que la poussĂ©e d'ArchimĂšde est plus importante).
  3. Si l'objet n'est pas immobile par rapport au référentiel terrestre en rotation, il faut prendre en compte l'accélération de Coriolis.

[modifier] IntĂ©rĂȘt du champ de pesanteur

L'importance du champ de pesanteur de la Terre pour les gĂ©odĂ©siens se conçoit aisĂ©ment lorsqu'on se rend compte que sa direction en chaque point, qui correspond Ă  la verticale du lieu fournie par le fil Ă  plomb, sert de rĂ©fĂ©rence lors de la mise en station de tout instrument de mesure gĂ©odĂ©sique. De maniĂšre plus dĂ©taillĂ©e, on comprend l'intĂ©rĂȘt du champ de pesanteur pour les raisons suivantes :

  • Ses valeurs Ă  la surface et Ă  l'extĂ©rieur de la Terre servent de rĂ©fĂ©rence Ă  la plupart des quantitĂ©s mesurĂ©es en gĂ©odĂ©sie. En fait, le champ de pesanteur doit ĂȘtre connu afin de rĂ©duire les observables gĂ©odĂ©siques en systĂšmes dĂ©finis gĂ©omĂ©triquement.
  • La distribution des valeurs de la pesanteur Ă  la surface terrestre permet, en combinaison avec d'autres mesures gĂ©odĂ©siques, de dĂ©terminer la forme de cette surface.
  • La surface de rĂ©fĂ©rence la plus importante pour les mesures de hauteurs — qu'on appelle le gĂ©oĂŻde — est une surface de niveau du champ de pesanteur.
  • L'analyse du champ de pesanteur externe fournit des informations sur la structure et les propriĂ©tĂ©s de l'intĂ©rieur de la Terre. En rendant ces informations disponibles, la gĂ©odĂ©sie devient une science auxiliaire de la gĂ©ophysique. C'est ce qui s'est passĂ© de maniĂšre accĂ©lĂ©rĂ©e pendant les derniĂšres dĂ©cennies, avec l'avĂšnement de la gĂ©odĂ©sie spatiale.

[modifier] Composantes du champ de pesanteur

Un corps solidaire de la croĂ»te terrestre est soumis Ă  l'attraction gravifique de la Terre et des autres corps cosmiques, ainsi qu'Ă  la force axifuge[2] (ou centrifuge) causĂ©e par la rotation terrestre. La rĂ©sultante de ces forces est la pesanteur. Elle dĂ©pend de la localisation gĂ©ographique du corps, mais Ă©galement du temps. L'Ă©tude des variations spatiales et temporelles de la pesanteur est l'un des objectifs principaux de la gĂ©odĂ©sie physique. On peut remarquer d'ores et dĂ©jĂ  que l'Ă©tude globale du champ de pesanteur de la Terre est basĂ©e en grande partie sur l'utilisation de satellites artificiels tournant autour de la Terre. La rotation de ces satellites est dĂ©couplĂ©e de la rotation terrestre, et les satellites subissent par consĂ©quent la seule composante gravifique de la planĂšte. Cette derniĂšre dĂ©pend toutefois elle-mĂȘme implicitement de la composante axifuge, par le fait que la rotation affecte la distribution des masses en aplatissant plus ou moins les diverses strates de la Terre selon qu'elle est plus ou moins rapide.

La pesanteur est une force communiquant Ă  une unitĂ© de masse une accĂ©lĂ©ration \mathbf g, laquelle est variable dans l'espace et dans le temps. Dans le systĂšme international, l'unitĂ© d'accĂ©lĂ©ration est le mĂštre par seconde par seconde (m/sÂČ). L'intensitĂ© du vecteur pesanteur \mathbf g, c'est-Ă -dire g, au voisinage de la surface terrestre est voisine de 10 m/sÂČ, avec des variations maximales atteignant environ 0,2%. En gĂ©nĂ©ral, les variations Δg de g sont plus importantes pour le gĂ©odĂ©sien et le gĂ©ophysicien que les intensitĂ©s absolues — ne fĂ»t-ce qu'Ă  cause du fait qu'on sait faire des mesures diffĂ©rentielles avec plus de prĂ©cision que des mesures absolues. Par consĂ©quent, une unitĂ© pratique pour la gravimĂ©trie est le cm/sÂČ. On a donnĂ© Ă  cette derniĂšre le nom « gal Â» en l'honneur du grand physicien italien Galileo Galilei.

La variation maximale de g à la surface de la Terre atteint donc à peu prÚs 5 gal, et est attribuable à la variation de g avec la latitude. Des variations à plus courtes longueurs d'onde, connues comme anomalies gravimétriques du géoïde, sont typiquement de quelques dixiÚmes à quelques dizaines de milligals (mgal). Dans certains phénomÚnes géodynamiques dont l'observation est devenue possible depuis peu de temps grùce aux progrÚs de l'instrumentation géodésique, on s'intéresse à des variations de g en fonction du temps dont l'amplitude atteint seulement quelques microgals (”gal). En fait, des études théoriques (modes du noyau, variation séculaire de g) envisagent actuellement des variations de g se situant au niveau du nanogal (ngal).

En prospection gravimétrique et en génie civil, les anomalies significatives de g sont généralement comprises entre quelques microgals et quelques dixiÚmes de milligal. Pour fixer les idées, lorsqu'à la surface de la Terre nous nous élevons de trois mÚtres, la pesanteur varie d'environ 1 mgal. Retenons que:

  • 1 gal = 10–2 m/sÂČ â‰… 10–3 g ;
  • 1 mgal = 10–3 gal = 10–5 m/sÂČ â‰… 10–6 g ;
  • 1 ”gal = 10–6 gal = 10–8 m/sÂČ â‰… 10–9 g ;
  • 1 ngal = 10–9 gal = 10–11 m/sÂČ â‰… 10–12 g.

[modifier] Pesanteur lunaire

Sur la Lune, la pesanteur est environ six fois moindre que sur Terre. Cela explique les bonds extraordinaires des astronautes du programme spatial américain Apollo, de la mission historique d'Apollo 11 (21 juillet 1969) à celle d'Apollo 17, Apollo 13 exclue. La prévision de ce phénomÚne a été popularisée dans l'album de Tintin On a marché sur la Lune


[modifier] Bibliographie

  • W.A. Heiskanen et H. Moritz, Physical Geodesy, W.H. Freeman and Company, 1967, San Francisco and London. ix + 364 pp.
  • B. Hofmann-Wellenhorf et H. Moritz, Physical geodesy, Springer, 2005, ISBN 10-3-211-23584-1

[modifier] Notes et références

  1. ↑ Élie LĂ©vy, Dictionnaire de Physique, Presses universitaires de France, Paris, 1988, page 601.
  2. ↑ L'usage veut qu'on parle de la force centrifuge plutĂŽt que d'une force axifuge. Cela provient du fait qu'on a commencĂ© par envisager la rotation autour d'un point. Pour la Terre, il ne s'agit plus de la rotation autour d'un point, mais de la rotation autour d'un axe, qui crĂ©e un champ de force perpendiculaire Ă  l'axe de rotation. Il s'agit donc, Ă  proprement parler, d'un champ de force axifuge.

[modifier] Voir aussi

Pages sur ce thĂšme sur les projets Wikimedia :

  • astronautique
  • gravitation
  • impesanteur
  • mĂ©canique cĂ©leste
  • poids
  • propriĂ©tĂ©s du potentiel newtonien
  • force d'inertie
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