Tension superficielle : encyclopédie physique
Cet article est issu de l'encyclopédie libre Wikipedia.La tension superficielle, ou énergie d'interface, ou énergie de surface, est la tension qui existe à la surface de séparation de deux milieux. En fait, la tension superficielle, ou tension de surface, est celle qui existe entre un solide ou un liquide et un gaz. La tension entre deux solides, deux liquides, ou un liquide et un solide est plutôt appelée tension interfaciale.
Cet effet permet par exemple aux insectes de marcher sur l'eau, à la rosée de ne pas s'étaler sur les pétales de fleurs, et explique la capillarité. La tension superficielle explique aussi la formation des bulles de savon.
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Au sein d'un fluide (liquide ou gaz), les molécules exercent entre elles des forces d'attraction ou de répulsion : force de Van der Waals (attraction), force électrostatique (attraction ou répulsion). On parle de « forces intermoléculaires ».
Si l'on considère un corps pur liquide, composé d'un seul type de molécules, les molécules s'attirent (sinon, elles ne formeraient pas une phase). Au sein du liquide, chaque molécule est tirée dans toutes les directions par les molécules voisines de liquide : la résultante des forces est nulle.
Dans le vide, une molécule n'est, par contre attirée par rien. Donc, à la frontière liquide/vide, les molécules sont attirées côté liquide mais pas côté vide ; la résultante des forces s'exerçant sur les molécules de la surface est donc dirigée vers l'intérieur du liquide. Ceci tend la surface.
Mais on sait que soumis au vide, une partie du liquide s'évapore (voir l'article Pression de vapeur saturante). Si cette pression de gaz est faible, le liquide est soumis à une faible compression, et les molécules de la surface sont également soumises à une faible attraction de la part de leurs paires de la phase gazeuse ; mais la densité du gaz étant très inférieure à celle du liquide, cette attraction est négligeable.
Si maintenant il y a un autre gaz au-dessus (par exemple de l'air), le phénomène est similaire. Le liquide est soumis à la pression du gaz, et les molécules à la surface du liquide sont soumises à l'attraction ou à la répulsion de la part des molécules du gaz. Du fait de la faible densité du gaz par rapport au liquide, on néglige en général cette dernière contribution.
La forme de la surface résulte donc de l'équilibre entre la pression du gaz, l'attraction par l'intérieur du liquide, et le poids si l'on est en présence de pesanteur.
Le liquide peut être sous la forme d'une pellicule ; cette pellicule est alors soumise à la pression du gaz des deux côtés. Si les forces d'attraction au sein du liquide sont faibles, la pellicule ne tient pas. À l'inverse, si ces forces sont fortes, la pellicule tient bien et a un comportement élastique (bulle de savon).
Lorsque deux liquides A et B sont miscibles, ils forment une seule phase. Par contre, s'ils sont non miscibles, ils forment deux phases séparées.
S'ils sont non miscibles, c'est que les molécules se repoussent. Les molécules situées à l'interface sont donc soumises :
On voit donc que la résultante des forces est située vers l'intérieur de chacun des liquides dans tous les cas.
La forme de l'interface est donc déterminée par
C'est le cas de l'eau et de l'huile, de la vinaigrette :
On est souvent en présence d'une interface triple solide/liquide/gaz, par exemple
Les interactions liquide/gaz on été décrites ci-dessus.
De même, les molécules du liquide peuvent être attirées ou repoussées par les molécules du solide. La forme de l'interface au niveau du point triple va donc être déterminée par :
S'il y a attraction entre le liquide et le solide :
S'il y a répulsion entre le liquide et le solide :
Des composés permettent de diminuer la tension superficielle, ce sont des tensioactifs.
Il est capital dans l'industrie de connaître la tension superficielle d'un matériau. En effet, plus celle-ci est élevée plus le matériau sera apte à être imprimé ou collé par exemple. Au contraire plus le matériau a un niveau de tension de surface bas, plus il servira de filtre (hydrophobe voir oléophobe). La notion de tension superficielle est omniprésente notamment dans les industries plastiques, céramique ou métal.
On peut mesurer la tension de surface grâce à des encres test étalonnées. On trace un trait d'encre sur le matériau. Selon la réaction de l'encre on choisit l'encre d'un niveau supérieur ou inférieur et ainsi de suite jusqu'à ce que l'on trouve le niveau de tension superficielle du matériau.
Pour plus d'information sur cette méthode de mesure : Découvrez une vidéo d'explication des mesures.
On peut également mesurer la tension superficielle grâce à des tensiomètres en faisant des mesures d'angle de contact. La mesure est plus compliquée et l'investissement de l'équipement plus lourd mais les mesures sont également justes et fiables.
La tension superficielle se mesure en newtons par mètre (N·m-1). On la définit comme la force qu'il faut appliquer à l'unité de longueur le long d'une ligne perpendiculaire à la surface d'un liquide en équilibre pour provoquer l'extension de cette surface, ou comme le travail exercé par cette force par unité de surface. L'unité de tension superficielle (N·m-1) est équivalente à des joules par mètre carré (J·m-2), qui correspondent à une unité d'énergie de surface. On peut définir cette énergie d'interface comme étant le surplus d'énergie chimique par rapport au cas où ces molécules se trouveraient à l'intérieur du liquide et non à sa surface.
Le système tend à minimiser l'énergie de surface.
Dans le cas d'une goutte d'un liquide A au sein d'un liquide B, l'énergie est minimale lorsque la surface est minimale. Or la forme correspondant à la plus petite surface possible est une sphère. C'est pour cela que les gouttes d'eau ont une forme circulaire.
Si deux gouttes se rencontrent, elles vont fusionner et ainsi former une seule goutte (coalescence), toujours pour minimiser la tension superficielle. En effet, deux sphères de volume ont une surface plus grande qu'une seule sphère de volume V :
Dans ce cas-là , l'énergie globale de l'interface ne dépend que de l'aire de l'interface. Si l'on appelle σ la tension superficielle (densité d'énergie de surface), alors l'énergie nécessaire pour créer l'interface est :
Si l'énergie d'interface entre un solide et un liquide est forte, alors le liquide ne s'étale pas et reste sous forme de gouttelette. Les trois interfaces se rejoignent sur une ligne, appelée ligne de contact ou ligne triple, selon un angle de contact.
Dans les cas les plus simples, l'angle de contact satisfait à la Loi de Young-Dupré qui équilibre la tension superficielle des trois interfaces. Une sollicitation extérieure (par exemple le remplissage ou l'assèchement de la goutte) a alors tendance à déplacer la ligne de contact, tout en conservant la valeur de l'angle de contact.
On dit qu'il y a ancrage de la ligne de contact lorsque sous l'effet d'une telle sollicitation extérieure, c'est au contact l'angle de contact qui varie sans que la ligne de contact bouge de façon notable.
Un cas simple qui conduit à cette situation d'ancrage est celui où la ligne de contact se trouve sur une arête vive, par exemple au bord d'une plaque solide. Dans ce cas, l'orientation de la surface solide varie sur des distances courtes. Vu de loin, l'angle de contact varie entre deux valeurs extrêmes sans que la ligne de contact ne bouge. Vu de près, l'angle de contact est en réalité toujours égal à sa valeur habituelle : la ligne de contact se déplace en fait très légèrement pour que l'orientation locale de la surface solide s'adapte à la nouvelle orientation de l'interface gas/liquide.
Une autre situation d'ancrage est le cas d'une surface solide dont les propriétés de mouillage varient selon l'endroit, par exemple du fait d'impuretés. La ligne de contact peut alors être piégée sur la ligne de transition entre deux états de surface : l'angle de contact peut prendre toutes les valeurs possibles entre les valeurs attendues sur chaque surface de part et d'autre de la ligne de transition.
Un certain nombre d'expériences simples permettent de mettre en évidence la tension superficielle
Lorsque l'on met de l'eau dans un verre, elle remonte d'environ un millimètre le long de la paroi ; ceci est particulièrement visible dans le cas d'un tube à essai (environ 1 cm de diamètre). A l'inverse, il est possible de faire dépasser la surface de l'eau du bord du verre sans qu'elle ne s'écoule en dehors de celui-ci.
C'est la tension superficielle qui retient la goutte au support ; la masse de la goutte qui tombe d'un compte-goutte est donnée par la loi de Tate
On ne peut rééditer l'expérience sans changer l'eau contenue dans le critallisoir, car une seule goutte de liquide vaisselle abaisse tellement sa tension superficielle qu'une deuxième goutte ne peut à nouveau la diminuer suffisamment.
Dans un soda, les molécules du gaz carbonique dissout sont solvatées, les molécules d'eau forment un bouclier autour du CO2 ; si l'on secoue la bouteille, on vainc la tension superficielle du bouclier et les molécules de CO2 se regroupent pour former des bulles ; ou bien en utilisant une poudre, les petits grains abaissent la tension superficielle, on peut par exemple mettre des chewing-gums (Effet geyser du mélange Mentos-boisson gazeuse).
Les valeurs suivantes sont tirées du Polycopié de mécanique des fluides d'Henri Broch :
Source : Flow Science inc.
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