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Théorème d'équipartition


Théorème d'équipartition : encyclopédie physique

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Agitation thermique d’un peptide avec une structure en hĂ©lice alpha. Les mouvements sont alĂ©atoires et complexes, l’énergie d’un atome peut fluctuer Ă©normĂ©ment. NĂ©anmoins, le thĂ©orĂšme d’équipartition permet de calculer l’énergie cinĂ©tique moyenne de chaque atome ainsi que l’énergie potentielle moyenne de nombreux modes de vibration. Les sphĂšres grises, rouges et bleues reprĂ©sentent des atomes de carbone, d’oxygĂšne et d’azote respectivement. Les sphĂšres blanches plus petites reprĂ©sentent des atomes d’hydrogĂšne.

En physique statistique classique, l’équipartition de l’énergie est un rĂ©sultat remarquable selon lequel l’énergie totale d’un systĂšme Ă  l’équilibre thermodynamique est rĂ©partie en parts Ă©gales en moyenne entre ses diffĂ©rentes composantes. Ce rĂ©sultat dĂ©coule trĂšs directement du postulat fondamental de la physique statistique ; on parle souvent de principe d’équipartition de l’énergie.

Plus prĂ©cisĂ©ment, le thĂ©orĂšme d’équipartition donne une Ă©quation qui permet de relier la tempĂ©rature d’un systĂšme macroscopique aux Ă©nergies moyennes des particules microscopiques qui le composent, permettant ainsi de faire des prĂ©dictions quantitatives. On le rĂ©sume souvent par la formule : 1/2 kBT par degrĂ© de libertĂ©, oĂč kB est la constante de Boltzmann et T la tempĂ©rature exprimĂ©e en kelvin. Le thĂ©orĂšme permet de calculer l’énergie totale d’un systĂšme Ă  une tempĂ©rature donnĂ©e, d’oĂč l’on peut calculer sa chaleur spĂ©cifique. Mais il donne aussi les valeurs moyennes de composantes de l’énergie, telles que l’énergie cinĂ©tique d’une particule ou l’énergie potentielle associĂ©e Ă  un mode de vibration particulier.

Le thĂ©orĂšme d’équipartition peut notamment ĂȘtre utilisĂ© pour retrouver la loi des gaz parfaits, la loi expĂ©rimentale de Dulong et Petit sur la chaleur spĂ©cifique des solides ou caractĂ©riser un mouvement brownien. De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, il peut ĂȘtre appliquĂ© Ă  n’importe quel systĂšme classique Ă  l’équilibre thermodynamique, quelle que soit sa complexitĂ©. En revanche, il est mis en dĂ©faut quand les effets quantiques deviennent significatifs, notamment pour des tempĂ©ratures suffisamment basses ou des densitĂ©s Ă©levĂ©es.

Historiquement, le problĂšme de l’équipartition de l’énergie est liĂ© Ă  d’importants dĂ©veloppements en physique et en mathĂ©matiques. Il a trouvĂ© son origine au milieu du XIXe siĂšcle dans la thĂ©orie cinĂ©tique des gaz, puis accompagnĂ© l’émergence de la physique statistique. Au dĂ©but du XXe siĂšcle, il Ă©tait encore au cƓur de problĂšmes fondamentaux, dont notamment la catastrophe ultraviolette, qui ont conduit au dĂ©veloppement de la mĂ©canique quantique. En mathĂ©matiques, l’examen des conditions de validitĂ© du principe d’équipartition a donnĂ© naissance Ă  la thĂ©orie ergodique, une branche dans laquelle de nombreux problĂšmes restent encore ouverts.

Sommaire

[modifier] Historique

[modifier] PremiĂšres formulations

L’équipartition de l’énergie cinĂ©tique fut initialement proposĂ©e en 1843[1] par John James Waterston qui travaillait Ă  une premiĂšre thĂ©orie cinĂ©tique des gaz. À cette Ă©poque, Waterston Ă©tait aux Indes oĂč il travaillait en tant qu’ingĂ©nieur pour le dĂ©veloppement du chemin de fer. Il proposa son mĂ©moire en 1845 Ă  la Royal Society qui refusa de le publier, mais le conserva dans ses archives. Un court rĂ©sumĂ© de ses idĂ©es fut publiĂ© en 1846, puis un autre en 1851 dans laquelle on trouve une premiĂšre version du principe d’équipartition de l’énergie. Le mĂ©moire d’origine fut redĂ©couvert et finalement publiĂ© bien plus tard en 1893, assorti d’une introduction de Lord Rayleigh qui critique vivement le refus initial en reconnaissant l’antĂ©rioritĂ© du travail de Waterston (mais aussi certaines erreurs)[2]. Telle que publiĂ©e en 1851, cette premiĂšre version du principe d’équipartition s’écrit :

« L’équilibre [
] entre deux gaz est atteint quand [
] la vis viva de chaque atome est Ă©gale. La tempĂ©rature dans les deux gaz est alors proportionnelle Ă  la masse d’un atome multipliĂ©e par le carrĂ© de la vitesse moyenne de l’atome[3]. Â»

Ces premiers travaux sont donc inconnus des principaux physiciens de l’époque qui dĂ©velopperont pendant les vingt ans qui suivirent la thĂ©orie cinĂ©tique des gaz et affineront les arguments, les formulations et les dĂ©monstrations du principe d’équipartition. Rudolf Clausius, Ludwig Boltzmann, James Clerk Maxwell sont de ceux-lĂ . Ce dernier Ă©crit notamment en 1878[4] :

« Ă€ une tempĂ©rature donnĂ©e, l’énergie cinĂ©tique totale d’un systĂšme matĂ©riel est Ă©gale au produit du nombre de degrĂ©s de libertĂ© de ce systĂšme par une constante qui est la mĂȘme pour toute substance Ă  cette tempĂ©rature, cette constante Ă©tant en fait la tempĂ©rature de l’échelle thermodynamique multipliĂ©e par une constante absolue[5]. Â»

Le thĂ©orĂšme d’équipartition est considĂ©rĂ© pendant le dernier tiers du XIXe siĂšcle comme un des rĂ©sultats principaux de la thĂ©orie cinĂ©tique des gaz. Sa gĂ©nĂ©ralitĂ© et sa simplicitĂ© en font un rĂ©sultat sĂ©duisant ; il est connu et utilisĂ© couramment par les expĂ©rimentateurs[6].

Un grand succĂšs du thĂ©orĂšme d’équipartition fut la prĂ©diction par Boltzmann de la loi expĂ©rimentale de Dulong et Petit sur la chaleur spĂ©cifique des solides, autre sujet d’étude au XIXe siĂšcle siĂšcle. En 1819 en effet, les physiciens français Pierre Louis Dulong et Alexis ThĂ©rĂšse Petit avaient dĂ©couvert que les chaleurs spĂ©cifiques molaires des solides Ă  tempĂ©rature ambiante Ă©taient quasiment toutes identiques, environ 6 cal/(mol·K)[7]. Cette loi jusqu’alors expĂ©rimentale trouva dans le thĂ©orĂšme d’équipartition un fondement thĂ©orique. De mĂȘme, les mesures des chaleurs spĂ©cifiques de gaz monoatomiques Ă©taient tout Ă  fait conformes Ă  la thĂ©orie. Le thĂ©orĂšme prĂ©dit que la chaleur spĂ©cifique d’un gaz simple monoatomique doit ĂȘtre d’environ 3 cal/(mol·K), ce qui fut en effet confirmĂ© par l’expĂ©rience[8].

[modifier] Paradoxes théoriques et expérimentaux

Cependant, le thĂ©orĂšme d’équipartition fut Ă©galement mis en dĂ©faut. DĂšs 1840, des mesures de chaleur spĂ©cifique de solides avaient mis en Ă©vidence des Ă©carts significatifs avec la loi de Dulong et Petit, notamment dans le cas du diamant[9],[10]. Au dĂ©but des annĂ©es 1870, des Ă©tudes en fonction de la tempĂ©rature par James Dewar[11] et Heinrich Friedrich Weber[12],[13] montrĂšrent que la loi de Dulong et Petit n’était en rĂ©alitĂ© valable que pour les hautes tempĂ©ratures.

Des mesures de chaleurs spĂ©cifiques de gaz diatomiques vinrent Ă©galement contredire le thĂ©orĂšme d’équipartition. Le thĂ©orĂšme prĂ©disait une valeur de 7 cal/(mol·K) quand les chaleurs spĂ©cifiques mesurĂ©es Ă©taient typiquement proches de 5 cal/(mol·K)[14] et tombaient mĂȘme jusqu’à 3 cal/(mol·K) aux trĂšs basses tempĂ©ratures[15].

Une troisiĂšme cas de dĂ©saccord fut la chaleur spĂ©cifique des mĂ©taux[16]. Selon le classique modĂšle de Drude dĂ©veloppĂ© au dĂ©but des annĂ©es 1900 et le thĂ©orĂšme d’équipartition, les Ă©lectrons dans les mĂ©taux devraient se comporter comme un gaz quasi parfait, et devraient contribuer pour 3/2 NekB Ă  la chaleur spĂ©cifique oĂč Ne est le nombre d’électrons. L’expĂ©rience montre toutefois que les Ă©lectrons contribuent peu Ă  la chaleur spĂ©cifique : les chaleurs spĂ©cifiques molaires de nombreux conducteurs et d’isolants sont quasiment Ă©gales[16].

Un dernier cas de dĂ©saccord, et pas des moindres, Ă©tait donnĂ© par le problĂšme de l’émission de rayonnement du corps noir. Le paradoxe vient du fait qu’il y a une infinitĂ© de modes indĂ©pendants du champ Ă©lectromagnĂ©tique dans une cavitĂ© fermĂ©e, chacun pouvant ĂȘtre traitĂ© comme un oscillateur harmonique. Si chaque mode avait une Ă©nergie kBT, la cavitĂ© contiendrait donc une Ă©nergie infinie[17],[18]. Ce paradoxe est restĂ© dans l’histoire sous le nom de catastrophe ultraviolette. En 1900, ce paradoxe est le second « nuage Â» Ă©voquĂ© par Lord Kelvin lors de sa confĂ©rence Nineteenth-Century Clouds over the Dynamical Theory of Heat and Light[19]. Il ne sera rĂ©solu que par les dĂ©veloppements de mĂ©canique quantique.

Au-delĂ  des cas d’échecs rapportĂ©s par l’expĂ©rience, le thĂ©orĂšme d’équipartition se heurte Ă©galement Ă  un problĂšme fondamental, soulignĂ© dĂšs 1875 par James Maxwell[20] : Ă  mesure que l’on dĂ©compose les molĂ©cules de gaz en constituants Ă©lĂ©mentaires, on peut trouver de nouveaux degrĂ©s de libertĂ©s qui devraient aux-aussi contribuer Ă  l’énergie totale. À la limite, celle-ci deviendrait infinie ! Ce paradoxe est insoluble par la physique classique. Et pourtant, la dĂ©monstration du thĂ©orĂšme ne prĂ©sente pas de faille apparente, et les succĂšs de la thĂ©orie cinĂ©tique des gaz sont par ailleurs indĂ©niables.

Face Ă  ces difficultĂ©s, plusieurs attitudes sont possibles. Certains, mais pas les plus nombreux, pensent que le thĂ©orĂšme est faux. C’est notamment le cas de Lord Kelvin[21]. Mais ils ne parviennent pas Ă  dĂ©montrer en quoi. D’autres, prenant actes des succĂšs du thĂ©orĂšme, prĂ©fĂšrent penser qu’il n’est pas applicable dans les cas qui posent problĂšmes, pour des raisons qui restent Ă  prĂ©ciser. Ludwig Boltzmann avança que les gaz pouvaient ne pas ĂȘtre Ă  l’équilibre thermodynamique Ă  cause de leurs interactions avec l’éther[22]. Maxwell pense que le problĂšme ne pourra pas ĂȘtre rĂ©solu sans une connaissance prĂ©cise et complĂšte de la structure interne des molĂ©cules. Mais ce problĂšme aussi se rĂ©vĂšle de plus en plus compliquĂ©. Certains, plus prudents encore, remettent en cause la pertinence de l’utilisation des lois de la mĂ©canique (chocs) aux molĂ©cules et, de lĂ , la nature mĂȘme de la matiĂšre. Lord Rayleigh quant Ă  lui, dans une confĂ©rence qu’il donne en 1900, avance fermement que le thĂ©orĂšme d’équipartition et l’hypothĂšse expĂ©rimentale de l’équilibre thermodynamique Ă©taient tous les deux corrects, mais pour les rĂ©concilier invoque le besoin d’un nouveau principe qui pourrait fournir une « Ă©chappatoire Ă  la simplicitĂ© destructrice Â» du thĂ©orĂšme d’équipartition[23].

[modifier] Naissance de la mécanique quantique

Albert Einstein au premier congrĂšs Solvay en 1911.

Cette Ă©chappatoire fut trouvĂ©e progressivement Ă  partir des annĂ©es 1900. Cette annĂ©e-lĂ , Max Planck prĂ©sente un travail sur le rayonnement du corps noir dans lequel il imagine des niveaux d’énergie discrets, ce qui lui permet d’échapper Ă  la catastrophe ultraviolette. C’est alors une hypothĂšse purement mathĂ©matique. Max Planck ne s’intĂ©resse que peu alors au problĂšme de l’équipartition de l’énergie ; il est rĂ©ticent de maniĂšre gĂ©nĂ©rale devant les mĂ©thodes de la physique statistique[24].

C’est notamment Ă  Albert Einstein que l’on doit le lien avec l’équipartition[25]. Il insiste en 1905 sur le fait que le thĂ©orĂšme d’équipartition associĂ© aux thĂ©ories classiques du rayonnement conduisent nĂ©cessairement Ă  la loi de Rayleigh-Jeans et Ă  la catastrophe ultraviolette[17]. Il introduit en 1907 un effet de quantification pour rĂ©soudre le problĂšme de la chaleur spĂ©cifique des solides : c’est le modĂšle d’Einstein qui sera par la suite amĂ©liorĂ© par Peter Debye[26]. Au premier congrĂšs Solvay en 1911, il remet en cause la validitĂ© du thĂ©orĂšme pour les systĂšmes dont l’énergie est quantifiĂ©e.

MĂ©canique quantique et Ă©quipartition semblent alors incompatibles. L’articulation entre les deux sera trouvĂ©e avec la thĂ©orie quantique du gaz parfait. Dans un article qu’il publie en 1924 en partant des idĂ©es de Satyendranath Bose, Einstein montre que l’équipartition est valable dans la limite des faibles densitĂ©s et des hautes tempĂ©ratures, calculant mĂȘme un critĂšre de validitĂ©. Le thĂ©orĂšme d’équipartition perd alors dĂ©finitivement son statut de formule gĂ©nĂ©rale pour devenir une approximation, valable seulement quand la physique classique elle-mĂȘme est une bonne approximation de la physique quantique[27].

[modifier] Vers la théorie ergodique

Avec le dĂ©veloppement de la physique statistique, les conditions de validitĂ© de l’équipartition de l’énergie sont clairement posĂ©es. Elle repose notamment sur l’hypothĂšse fondamentale selon laquelle la valeur moyenne d’une grandeur prise sur une durĂ©e suffisamment longue (celle que l’on mesure) est Ă©gale Ă  la valeur moyenne d’ensemble, calculĂ©e par la physique statistique. Cette hypothĂšse d’ergodicitĂ©, formulĂ©e explicitement par Boltzmann dĂšs 1871, est validĂ©e a posteriori par la justesse des prĂ©dictions qu’elle permet, mais reste une hypothĂšse.

Or, il existe trĂšs peu de systĂšmes pour lesquelles on a la certitude que cette hypothĂšse est effectivement rĂ©alisĂ©e. On a mĂȘme la certitude que cette hypothĂšse n’est pas rĂ©alisĂ©e dans un certain nombre de cas trĂšs simples : par exemple, un gaz rigoureusement parfait dans lequel les molĂ©cules ne s’entrechoqueraient pas n’est pas un systĂšme ergodique. Les conditions de validitĂ© de cette hypothĂšse restent Ă  explorer.

En 1953, l’expĂ©rience de Fermi-Pasta-Ulam rapporte un exemple d’échec de l’équipartition. Cette premiĂšre expĂ©rience numĂ©rique consiste Ă  Ă©tudier la rĂ©partition Ă  long terme de l’énergie d’un systĂšme dynamique unidimensionnel de 64 masses couplĂ©es entre elles par des ressorts harmoniques perturbĂ©s par une faible anharmonicitĂ©, sachant qu’un seul mode du systĂšme est initialement excitĂ©. L’issue de l’expĂ©rience surprend : l’énergie ne se rĂ©partit pas Ă©galement entre les diffĂ©rents modes, contrairement aux prĂ©dictions de l’équipartition.

Une premiĂšre rĂ©ponse Ă  ce paradoxe sera suggĂ©rĂ©e par Kolmogorov en 1954, puis dĂ©montrĂ©e indĂ©pendamment par Arnold et Mauser en 1963 : c’est le thĂ©orĂšme KAM qui montre que de faibles couplages non linĂ©aires ne suffisent pas Ă  rendre un systĂšme ergodique.

Ces travaux ont conduit au dĂ©veloppement d’une branche des mathĂ©matiques, la thĂ©orie ergodique, qui Ă©tudie les conditions d’ergodicitĂ© d’un systĂšme. De nombreux cas d’échec de l’équipartition ont Ă©tĂ© mis en Ă©vidence, souvent au moyen de simulations numĂ©riques (chaĂźnes anharmoniques, milieux granulaires
). Dans ce domaine, de nombreux problĂšmes restent ouverts.

[modifier] PremiĂšre approche

Dans une premiĂšre approche, on rĂ©sume souvent[28] le thĂ©orĂšme d’équipartition de la façon suivante :

Dans un systĂšme Ă  l’équilibre Ă  la tempĂ©rature T, chaque degrĂ© de libertĂ© contribue pour 1/2 kBT Ă  l’énergie totale, oĂč kB est la constante de Boltzmann.

Cet Ă©noncĂ© n’est qu’un rĂ©sultat particulier du thĂ©orĂšme. Il omet certaines hypothĂšses. Cependant, il permet dĂ©jĂ  de retrouver un certain nombre de rĂ©sultats et de traiter des cas particuliers importants qui sont dĂ©taillĂ©s ci-dessous. Bien entendu, on retrouve dans cette affirmation le fait que l’énergie est rĂ©partie Ă©galement entre tous les degrĂ©s de libertĂ©, d’oĂč le nom « Ă©quipartition Â».

Dans la suite, le symbole H, pour Hamiltonien, sera utilisĂ© comme symbole pour l’énergie en raison du rĂŽle central que joue le formalisme de Hamilton dans la formulation plus gĂ©nĂ©rale du thĂ©orĂšme d’équipartition qui suivra. D’autre part, on notera avec des crochets \langle X \rangle la valeur moyenne d’une quantitĂ© X. On en prĂ©cisera par la suite le sens mathĂ©matique prĂ©cis.

[modifier] Gaz parfait monoatomique : l’exemple des gaz nobles

Les gaz nobles sont des exemples types pour l’application du thĂ©orĂšme d’équipartition. Comme on le voit sur cette simulation, la vitesse, et donc l’énergie cinĂ©tique d’un atome donnĂ©, peut fluctuer considĂ©rablement. Le thĂ©orĂšme d’équipartition permet de calculer son Ă©nergie cinĂ©tique moyenne Ă  une tempĂ©rature donnĂ©e. Dans ce schĂ©ma, cinq particules ont Ă©tĂ© colorĂ©es en rouge afin de suivre plus facilement leur mouvement. La couleur n’a pas d’autre signification.

Un gaz noble est un gaz des plus simples qui soient : il est constituĂ© uniquement d’atomes dont l’énergie n’est donc composĂ©e que de l’énergie cinĂ©tique due Ă  leur mouvement de translation. Chaque atome dispose de trois degrĂ©s de libertĂ© associĂ©s aux trois composantes de la vitesse, c’est-Ă -dire aux trois directions de l’espace. Si on dĂ©compose la vitesse de l’atome suivant ces trois directions en les notant vx, vy et vz, en notant m la masse, alors l’énergie cinĂ©tique (newtonienne) s’écrit comme une somme de trois termes dont chacun correspond Ă  un degrĂ© de libertĂ© :


H^{\mathrm{cin}} = \tfrac{1}{2} m v_{x}^{2} + \tfrac{1}{2} m v_{y}^{2} + \tfrac{1}{2} m v_{z}^{2}.

À l’équilibre thermodynamique, chaque degrĂ© de libertĂ© contribue d’aprĂšs le thĂ©orĂšme d’équipartition pour 1/2 kBT Ă  l’énergie cinĂ©tique. L’énergie cinĂ©tique moyenne totale d’une particule est donc 3/2 kBT, et l’énergie totale d’un gaz parfait composĂ© de N particules est 3/2 NkBT.

Il s’en suit que la chaleur spĂ©cifique du gaz est 3/2 NkB et donc en particulier que la chaleur spĂ©cifique d’une mole d’un tel gaz est 3/2 NAkB oĂč NA est le nombre d’Avogadro, ou encore 3/2 R oĂč R est la constante des gaz parfaits. Puisque R vaut approximativement 2 cal/(mol.K), le thĂ©orĂšme prĂ©dit que la capacitĂ© thermique molaire d’un gaz parfait est environ 3 cal/(mol.K).

Connaissant l’énergie cinĂ©tique moyenne, on peut calculer la vitesse quadratique moyenne vqm des atomes du gaz :


v_{\mathrm{qm}} = \sqrt{\langle v^{2} \rangle} = \sqrt{\frac{3 k_{B} T}{m}} = \sqrt{\frac{3 R T}{M}},

oĂč M = mNA est la masse d’une mole de gaz. La vitesse quadratique moyenne est donc d’autant plus faible que les atomes sont lourds. Les atomes du xĂ©non auront une vitesse moyenne plus basse que les atomes plus lĂ©gers de l’hĂ©lium Ă  une mĂȘme tempĂ©rature. Ce rĂ©sultat est utile dans un grand nombre d’applications, telles que la loi d’effusion de Graham dont a Ă©tĂ© tirĂ©e notamment une mĂ©thode d’enrichissement de l’uranium[29].

[modifier] Gaz parfait diatomique et polyatomique

On considĂšre maintenant un gaz dont les molĂ©cules sont composĂ©es de deux atomes ou plus. On suppose que les diffĂ©rents atomes sont liĂ©s rigidement entre eux. Une telle molĂ©cule dispose comme dans le cas prĂ©cĂ©dent de trois degrĂ© de libertĂ©s associĂ©s Ă  son dĂ©placement dans le conteneur. Mais elle peut aussi tourner sur elle-mĂȘme et accumuler ainsi de l’énergie. Ces degrĂ©s de libertĂ©s supplĂ©mentaires contribuent aux aussi Ă  l’énergie totale et Ă  la chaleur spĂ©cifique.

Dans le cas le plus gĂ©nĂ©ral, si les moments d’inertie principaux de la molĂ©cule sont I1, I2 et I3, alors cette Ă©nergie cinĂ©tique de rotation est donnĂ©e par


H^{\mathrm{rot}} = \tfrac{1}{2}I_{1} \omega_{1}^{2} + \tfrac{1}{2}I_{2} \omega_{2}^{2} + \tfrac{1}{2}I_{3} \omega_{3}^{2},

oĂč ω1, ω2 et ω3 sont les composantes principales de la vitesse angulaire. Ce cas est formellement trĂšs similaire au cas prĂ©cĂ©dent ; l’énergie est proportionnelle au carrĂ© de la vitesse angulaire. Par un raisonnement identique, l’équipartition implique donc que l’énergie cinĂ©tique moyenne de rotation de chaque molĂ©cule est 3/2 kBT Ă  l’équilibre.

Il convient de distinguer deux cas, selon que la molĂ©cule est linĂ©aire (atomes parfaitement alignĂ©s) ou non. Dans le premier cas, la molĂ©cule ne peut pas accumuler de l’énergie par rotation autour de son axe : il n’y a que deux degrĂ©s de libertĂ© au lieu de trois. La contribution de l’énergie cinĂ©tique de rotation Ă  l’énergie totale sera deux fois 1/2 kBT seulement. Pour une molĂ©cule non linĂ©aire, l’énergie moyenne totale de rotation est en revanche 3/2 kBT.

Dans les gaz diatomiques tels que l’azote, l’oxygĂšne, les molĂ©cules sont composĂ©es de deux atomes identiques et sont forcĂ©ment linĂ©aires. Avec le modĂšle de molĂ©cule que l’on vient de dĂ©crire, la chaleur spĂ©cifique totale d’un tel gaz diatomique est donc 5/2 R.

[modifier] Vibration des molécules

Modes de vibration d’une molĂ©cule de CO2. Chaque mode contribue comme un oscillateur harmonique pour kBT Ă  l’énergie totale du gaz. Le 4e mode, identique au (c) Ă  une rotation prĂšs, n’est pas reprĂ©sentĂ© ici.

Si on considĂšre qu’une molĂ©cule de gaz est un ensemble de plusieurs atomes liĂ©s Ă©lastiquement et non plus rigidement, alors cette molĂ©cule peut vibrer et accumuler de l’énergie dans son mouvement de vibration. On peut alors modĂ©liser un mode de vibration de la molĂ©cule par un oscillateur harmonique. Dans le cas le plus simple Ă  une dimension, cet oscillateur a a deux types d’énergie :

  • de l’énergie cinĂ©tique, fonction de sa masse m et sa vitesse v
  • de l’énergie potentielle associĂ©e Ă  la force de rappel qui tend Ă  le ramener vers sa position d’équilibre. Cette Ă©nergie est fonction de la raideur du ressort a et de l’écart Ă  la position d’équilibre x.

L’énergie totale est alors obtenue en additionnant ces deux Ă©nergies :


H = H^{\mathrm{cin}} + H^{\mathrm{pot}} = \tfrac{1}{2}m v^2 + \tfrac{1}{2} a x^2.

Le thĂ©orĂšme d’équipartition s’applique de la mĂȘme maniĂšre aux deux composantes de l’énergie, chacune comptant pour un degrĂ© de libertĂ©. À l’équilibre, l’oscillateur aura donc une Ă©nergie moyenne


\langle H \rangle = 
\langle H^{\mathrm{cin}} \rangle + \langle H^{\mathrm{pot}} \rangle = 
\tfrac{1}{2} k_{B} T + \tfrac{1}{2} k_{B} T = k_{B} T.

Chaque oscillateur, donc chaque mode de vibration, a donc une Ă©nergie moyenne totale kBT et contribue pour kB Ă  la chaleur spĂ©cifique du systĂšme. Pour connaĂźtre la contribution des vibrations molĂ©culaires Ă  l’énergie totale, il suffit donc de connaĂźtre le nombre de ses modes propres de vibrations : une molĂ©cule composĂ©e de n atomes en possĂšde 3n − 5 si tous les atomes sont alignĂ©s comme dans le CO2 reprĂ©sentĂ© ci-contre, et 3n − 6 dans le cas contraire, par exemple pour la molĂ©cule d’eau.[30]

On verra dans la suite qu’il faut toutefois ĂȘtre prudent : tous les modes ne contribuent pas nĂ©cessairement Ă  l’énergie totale selon la tempĂ©rature ; la mĂ©canique quantique permettra d’expliquer pourquoi.

[modifier] Équipartition en thĂ©orie cinĂ©tique des gaz

Article dĂ©taillĂ© : ThĂ©orie cinĂ©tique des gaz.

Les prĂ©sentations modernes du thĂ©orĂšme d’équipartition dans le cadre de la physique statistique sont trĂšs gĂ©nĂ©rales mais abstraites. Elles ne reflĂštent que peu les raisonnements d’origine qui s’appliquaient au problĂšme beaucoup plus concret de la thĂ©orie cinĂ©tique des gaz. Les arguments et dĂ©monstrations d’alors, bien que moins gĂ©nĂ©raux, sont utilisĂ©s par de nombreux enseignants et auteurs pour leur intĂ©rĂȘt pĂ©dagogique. Ils permettent de mettre en valeur d’une façon diffĂ©rente les hypothĂšses fondamentales de l’équipartition.

Dans le cadre de la thĂ©orie cinĂ©tique des gaz, on considĂšre un systĂšme composĂ© d’un trĂšs grand nombre de sphĂšres dures dans un conteneur. Ces sphĂšres sont animĂ©es d’un mouvement de translation et entrent en collision les unes avec les autres. On peut supposer ici que les sphĂšres n’interagissent pas entre elles en-dehors des collisions. Tout l’enjeu de la thĂ©orie est de relier les caractĂ©ristiques microscopiques de ces mouvements (masse des particules, vitesses) aux grandeurs macroscopiques que l’on mesure (pression, tempĂ©rature).

[modifier] Des collisions Ă  l’équipartition

Illustration d’un choc Ă©lastique entre deux sphĂšres dures en deux dimensions. Les vitesses des deux sphĂšres aprĂšs le choc sont dĂ©terminĂ©es par la conservation de l’énergie totale et de la quantitĂ© de mouvement.

Lorsque deux particules entrent en collision, elles arrivent toutes deux avec des vitesses diffĂ©rentes, donc des Ă©nergies cinĂ©tiques diffĂ©rentes, et repartent aprĂšs le choc avec des directions et des vitesses dĂ©terminĂ©es par la conservation de la quantitĂ© de mouvement et de l’énergie totale. En gĂ©nĂ©ral, l’énergie d’une particule aprĂšs le choc est diffĂ©rente de son Ă©nergie avant le choc. La collision est donc un moyen d’échanger de l’énergie entre les particules. Dans le modĂšle le plus simple tel qu’il est proposĂ© ici, c’est mĂȘme le seul moyen. Pour dĂ©montrer l’équipartition de l’énergie dans le cadre de ce modĂšle, il faut donc montrer comment les collisions tendent Ă  rĂ©partir l’énergie Ă©quitablement en moyenne entre toutes les particules.

Dans tout ce qui suit, on va considĂ©rer des chocs Ă©lastiques entre deux sphĂšres dures de masses diffĂ©rentes m1 et m2. On considĂšre le choc par commoditĂ© dans le rĂ©fĂ©rentiel du centre de masse des deux particules, lui-mĂȘme animĂ© d’un mouvement de translation rectiligne uniforme par rapport au conteneur (tant qu’aucune particule ne rebondit sur une paroi), avec une vitesse qu’on notera vcm. On notera v1 et v2 les vitesses des particules.

À partir d’un cas particulier, James Maxwell avait avancĂ© que le choc ne pouvait que rĂ©duire la diffĂ©rence d’énergie entre les deux particules. À la suite d’un trĂšs grand nombre de chocs, l’énergie ne pouvait donc que tendre vers une Ă©galitĂ© en moyenne. Cet argument ne suffit pas Ă  montrer que les chocs conduisent Ă  l’équipartition ; il ne s’agit aprĂšs tout que d’un cas particulier. Toutefois, de maniĂšre plus prĂ©cise, il est possible de montrer que le choc ne peut que rĂ©duire la corrĂ©lation entre la diffĂ©rence des vitesses des deux particules et la vitesse de leur centre de masse[31]. À l’équilibre, on peut donc supposer que cette corrĂ©lation tend vers 0 :


\langle (v_2 - v_1)\cdot v_{\mathrm{cm}} \rangle_{\mathrm{eq}} = 0

En utilisant l’expression de la vitesse du centre de masse, on en conclut que


\frac{1}{m_1 + m_2}\,\langle m_2 v_2^2 - m_1 v_1^2 \rangle_{\mathrm{eq}} + \frac{m_2 - m_1}{m_1 + m_2}\, \langle v_1\cdot v_2 \rangle_{\mathrm{eq}} = 0

Le premier terme de cette somme est proportionnel Ă  la diffĂ©rence d’énergie cinĂ©tique moyenne entre les deux particules. Le second terme est la corrĂ©lation entre les vitesses initiales des particules. Si on suppose que ces deux vitesses sont indĂ©pendantes, autrement dit qu’il n’y a aucune relation a priori entre les vitesses de deux particules avant le choc, alors ce second terme s’annule. C’est ce qu’on appelle l’hypothĂšse du chaos molĂ©culaire. Dans ce cas, on retrouve donc l’égalitĂ© des Ă©nergies cinĂ©tiques moyennes Ă  l’équilibre :


\tfrac{1}{2} m_1 \langle v_1^2 \rangle_{\mathrm{eq}} = \tfrac{1}{2} m_2 \langle v_2^2 \rangle_{\mathrm{eq}}

Notons qu’il n’est pas possible de dĂ©duire l’équipartition Ă  partir des Ă©quations du choc Ă©lastique seulement : ces Ă©quations restent rĂ©versibles Ă  l’échelle macroscopique, alors que l’évolution vers l’équilibre thermodynamique est un processus irrĂ©versible.

[modifier] Distribution des vitesses Ă  l’équilibre thermodynamique

DensitĂ©s de probabilitĂ© des vitesses des atomes de quatre gaz nobles Ă  une tempĂ©rature de 25°C : l’hĂ©lium, le nĂ©on, l’argon et le xĂ©non. Les exposants prĂ©cisent leur nombre de masse.

Une fois que l’équilibre thermodynamique est atteint, les vitesses des particules suivent la distribution des vitesses de Maxwell-Boltzmann[32]. Cette distribution est tracĂ©e sur la figure ci-contre pour quatre gaz nobles. Elle est la seule solution stationnaire de l’équation de Boltzmann. En d’autres termes, les chocs entre particules ne font que modifier les vitesses de particules prises au hasard, mais ne modifient pas la rĂ©partition d’ensemble.

On peut vĂ©rifier que la distribution de Maxwell-Boltzmann permet de retrouver le thĂ©orĂšme d’équipartition pour le gaz parfait monoatomique. Partant de l’expression explicite de la densitĂ© de probabilitĂ©


f (v) = 4 \pi 
\left( \frac{m}{2 \pi k_\text{B} T}\right)^{3/2}\!\!v^2
\exp \Bigl(
\frac{-mv^2}{2k_\text{B} T}
\Bigr)

pour la vitesse d’une particule de masse m dans le systĂšme, on peut calculer l’énergie cinĂ©tique moyenne d’une particule par la formule intĂ©grale :


\langle H^{\mathrm{cin}} \rangle = 
\langle \tfrac{1}{2} m v^{2} \rangle = 
\int _{0}^{\infty} \tfrac{1}{2} m v^{2}\ f(v)\ dv = \tfrac{3}{2} k_\text{B} T.

On retrouve ici le fait que chaque particule a exactement la mĂȘme Ă©nergie cinĂ©tique moyenne, 3/2 kBT[33].

[modifier] ThĂ©orĂšme d’équipartition en physique statistique

La formulation du thĂ©orĂšme d’équipartition s’appuie sur le formalisme de la mĂ©canique hamiltonienne. L’état d’un systĂšme physique est caractĂ©risĂ© par ses coordonnĂ©es dans l’espace des phases, communĂ©ment sĂ©parĂ©es en coordonnĂ©es gĂ©nĂ©ralisĂ©es qk et impulsions gĂ©nĂ©ralisĂ©es pk, oĂč pk est le moment conjuguĂ© Ă  qk. Les (qk,pk) dĂ©crivent complĂštement l’état du systĂšme. Un degrĂ© de libertĂ© notĂ© xn dĂ©signera une de ces coordonnĂ©es, autrement dit un qk ou un pk.

Les crochets \left\langle \ldots \right\rangle dĂ©signent une moyenne d’ensemble sur l’espace des phases. Dans un systĂšme ergodique, elle est Ă©gale Ă  la moyenne prise sur une durĂ©e suffisamment longue, qui est celle que l’on mesure en pratique.

[modifier] ThĂ©orĂšme d’équipartition

[modifier] ÉnoncĂ©

Le thĂ©orĂšme d’équipartition affirme : Ă  l’équilibre thermodynamique, l’énergie moyenne d’un systĂšme dont le hamiltonien H s’écrit comme la somme de fonctions quadratiques de ses coordonnĂ©es est rĂ©partie Ă©galement entre toutes ses composantes et vaut 1/2 fkBT oĂč f est le nombre de termes de la somme. On peut l’écrire


\langle H \rangle
= \left\langle\sum_k a_k q_k^2 + \sum_k b_k p_k^2\right\rangle
= \tfrac{1}{2} f k_B T

Ce nombre f est souvent dĂ©signĂ© comme le nombre de « degrĂ©s de libertĂ© Â» du systĂšme, mais c’est un raccourci qui peut ĂȘtre trompeur. Ce nombre compte en rĂ©alitĂ© le nombre de termes quadratiques du hamiltonien ; il ne correspond pas Ă  la dĂ©finition habituelle d’un degrĂ© de libertĂ© en physique.

[modifier] Démonstration

Dans l’ensemble canonique, cette formule peut ĂȘtre dĂ©montrĂ©e par calcul direct de la valeur moyenne Ă  partir de la fonction de partition, classiquement notĂ©e Z. Le calcul ramĂšne Ă  des intĂ©grales de fonctions gaussiennes qu’on sait calculer explicitement. On utilise ensuite les relations habituelles de l’ensemble canonique. C’est cette dĂ©monstration qui Ă©tait prĂ©sentĂ©e avant que ne soit introduite la version gĂ©nĂ©ralisĂ©e du thĂ©orĂšme.

[modifier] ThéorÚme généralisé

[modifier] ÉnoncĂ©

On appelle thĂ©orĂšme d’équipartition gĂ©nĂ©ralisĂ© une formule dĂ©montrĂ©e pour la premiĂšre fois par Tolman en 1918[34] qui Ă©tend l’idĂ©e de l’équipartition pour des hamiltoniens de forme gĂ©nĂ©rale. MĂȘme si la prĂ©sentation qui en est faite diffĂšre lĂ©gĂšrement d’un auteur Ă  l’autre, c’est en gĂ©nĂ©ral cette formule qui est dĂ©montrĂ©e dans les ouvrages gĂ©nĂ©raux de physique statistique. Ce thĂ©orĂšme gĂ©nĂ©ralisĂ© affirme que pour un systĂšme Ă  l’équilibre thermodynamique Ă  la tempĂ©rature T, dĂ©crit par un hamiltonien H et des degrĂ©s de libertĂ© xn, on a, pour tous les indices n et m,

\!
\Bigl\langle x_{m} \frac{\partial H}{\partial x_{n}} \Bigr\rangle = \delta_{mn} k_{B} T.

ÎŽnm est le symbole de Kronecker qui vaut 1 si n = m et 0 dans les autres cas.

Dans ce cas gĂ©nĂ©ral, aucune hypothĂšse n’est faite sur la forme du hamiltonien. En contrepartie, l’énergie n’est pas nĂ©cessairement rĂ©partie de maniĂšre Ă©gale entre toutes ces composantes : il n’y a pas nĂ©cessairement « Ă©quipartition Â» de l’énergie au sens strict. On en verra un exemple dans le cas de la sĂ©dimentation de particules. C’est pourquoi plusieurs auteurs ne reprennent pas l’appellation « thĂ©orĂšme d’équipartition gĂ©nĂ©ralisĂ© Â» proposĂ©e initialement par Tolman.

Bien entendu, cette formule générale permet de retrouver le résultat particulier du paragraphe précédent.

[modifier] Démonstrations

Le rĂ©sultat gĂ©nĂ©ral peut se dĂ©montrer dans l’ensemble microcanonique quand l’énergie totale du systĂšme est constante, et aussi dans l’ensemble canonique, quand le systĂšme est couplĂ© Ă  une source de chaleur avec laquelle il peut Ă©changer de l’énergie. Dans un cas comme dans l’autre, la dĂ©monstration procĂšde par le calcul explicite de la moyenne sur l’espace des phases.

Dans tous les cas, on notera dΓ l’élĂ©ment de volume infinitĂ©simal de l’espace des phases

dΓ = ∏ dqidpi
i

.

Dans l’ensemble microcanonique, le systĂšme est isolĂ© du reste du monde, ou au moins trĂšs faiblement couplĂ©. De la sorte, son Ă©nergie totale est constante. On dit que l’énergie totale H est confinĂ©e entre E et ΔE. Pour une Ă©nergie E donnĂ©e et un Ă©cart ΔE, on note Γ(E,ΔE) le volume de la rĂ©gion de l’espace des phases dans laquelle l’énergie du systĂšme est comprise entre E et E + ΔE :


\Gamma (E, \Delta E) = \int_{H \in \left[E, E+\Delta E \right]} \mathrm d\Gamma
.

La probabilitĂ© d’occupation de tous les Ă©tats de cette rĂ©gion est la mĂȘme, par dĂ©finition de l’ensemble microcanonique. La valeur moyenne d’une grandeur X s’écrit alors


\langle X \rangle =\frac{1}{\Gamma} \, \int_{H \in \left[ E, E+\Delta E \right]} X \,\mathrm d\Gamma

On peut alors montrer que


\Bigl\langle x_m \frac{\partial H}{\partial x_n} \Bigr\rangle = \delta_{mn} k_B T
.

Dans l’ensemble canonique, on considĂšre le systĂšme en Ă©quilibre thermodynamique avec une source de chaleur de tempĂ©rature fixe T (en Kelvin). La probabilitĂ© d’occupation de chaque Ă©tat dans l’espace des phases est donnĂ©e par son facteur de Boltzmann multipliĂ© par un facteur de normalisation qui assure que la somme des probabilitĂ©s est bien Ă©gale Ă  un et dont la valeur n’importe pas ici ; on le notera \mathcal N. La valeur moyenne d’une quantitĂ© X est alors dĂ©finie par


\langle X \rangle = \mathcal{N} \int X e^{-\beta H(\vec x)} \mathrm d\Gamma.

Le calcul explicite (qui fait essentiellement appel à une intégration par partie) donne le résultat souhaité.

[modifier] ThĂ©orĂšme d’équipartition et thĂ©orĂšme du viriel

Article dĂ©taillĂ© : ThĂ©orĂšme du viriel.

Le thĂ©orĂšme d’équipartition est Ă©troitement liĂ© au thĂ©orĂšme du viriel qui s’applique lui aussi aux systĂšmes Ă  plusieurs particules. Ce dernier a d’ailleurs Ă©tĂ© proposĂ© par Rudolf Clausius[35] lors des dĂ©veloppements des fondements de la thermodynamique, alors qu’il cherchait Ă  relier les notions de tempĂ©rature et de chaleur aux mouvements des molĂ©cules de gaz.

Partant du thĂ©orĂšme d’équipartition gĂ©nĂ©ralisĂ©, en utilisant les relations de la mĂ©canique hamiltonienne, on peut Ă©crire :


k_B T = \Bigl\langle q_{k} \frac{\partial H}{\partial q_{k}} \Bigr\rangle = -\Bigl\langle q_{k} \frac{dp_{k}}{dt} \Bigr\rangle

D’aprĂšs le principe fondamental de la dynamique, la dĂ©rivĂ©e de pk par rapport au temps est Ă©gale Ă  la force gĂ©nĂ©ralisĂ©e Fk agissant sur la particule. On peut donc Ă©crire


k_B T = - \langle q_k F_k \rangle

Toujours d’aprĂšs le thĂ©orĂšme d’équipartition, on sait que la valeur moyenne de l’énergie cinĂ©tique pour un degrĂ© de libertĂ© vaut kBT / 2. En combinant ces deux relations, on obtient donc :


\frac{1}{2}m\langle v^2 \rangle = -\frac{1}{2}\langle q_k F_k \rangle

Cette relation est trĂšs semblable au thĂ©orĂšme du viriel tel qu’énoncĂ© Ă  l’origine par Clausius : pour un ensemble de particules de masse m animĂ©es d’un mouvement stable, repĂ©rĂ©es par leurs positions \vec r et leurs vitesses \vec v, sur lesquelles s’exerce des forces \vec F, on a


\sum \frac{1}{2} m \overline{v^2} = - \frac{1}{2}\sum\overline{\vec{r}\cdot\vec{F}}

La diffĂ©rence majeure rĂ©side dans le fait qu’il s’agit dans ce dernier cas d’une moyenne temporelle, reprĂ©sentĂ©e par le trait horizontal, et non plus d’une moyenne d’ensemble. De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, le thĂ©orĂšme de Birkhoff montre que l’égalitĂ© de ces deux moyennes est vĂ©rifiĂ©e pour les systĂšmes ergodiques.

[modifier] Applications classiques de l’équipartition

[modifier] Loi de Dulong et Petit

Article dĂ©taillĂ© : Loi de Dulong et Petit.
Dans un cristal, les atomes oscillent autour de leur position d’équilibre. La contribution de ces oscillations Ă  la chaleur spĂ©cifique conduit Ă  la loi de Dulong et Petit.

La loi de Dulong et Petit sur la chaleur spĂ©cifique des solides se dĂ©duit trĂšs simplement de ce qui prĂ©cĂšde[36]. On considĂšre un cristal composĂ© de N atomes. Chacun de ces atomes occupe une position d’équilibre autour de laquelle il peut osciller. Ce mouvement peut se faire dans les trois directions de l’espace, de maniĂšre indĂ©pendante. Le solide peut donc ĂȘtre considĂ©rĂ© en premiĂšre approche comme un systĂšme de 3N oscillateurs harmoniques indĂ©pendants.

On a vu prĂ©cĂ©demment qu’un oscillateur harmonique a une Ă©nergie moyenne kBT. L’énergie moyenne totale du solide est 3NkBT, sa chaleur spĂ©cifique est 3NkB. La chaleur spĂ©cifique molaire de ce matĂ©riau est donc 3NAkB oĂč NA est le nombre d’Avogadro, ce qui s’écrit encore 3R oĂč R est la constante des gaz parfaits. On retrouve bien la loi de Dulong et Petit selon laquelle la chaleur spĂ©cifique molaire des solides est indĂ©pendante de la nature du solide et Ă©gale Ă  3R, soit environ 6 cal/(mol·K).

[modifier] Dérivation de la loi des gaz parfaits

Le thĂ©orĂšme d’équipartition peut ĂȘtre utilisĂ© pour retrouver la loi des gaz parfaits Ă  partir de la mĂ©canique classique. Ce calcul consiste Ă  calculer le viriel du gaz de deux façons diffĂ©rentes.

On note \mathbf q = (q_x, q_y, q_z) et \mathbf p = (p_x, p_y, p_z) les vecteurs positions et quantitĂ© de mouvement d’une particule dans le gaz et \mathbf F la force totale s’exerçant sur cette particule, alors


\begin{align}
\langle \mathbf{q} \cdot \mathbf{F} \rangle &= \Bigl\langle q_{x} \frac{dp_{x}}{dt} \Bigr\rangle + 
\Bigl\langle q_{y} \frac{dp_{y}}{dt} \Bigr\rangle + 
\Bigl\langle q_{z} \frac{dp_{z}}{dt} \Bigr\rangle\\
&=-\Bigl\langle q_{x} \frac{\partial H}{\partial q_x} \Bigr\rangle -
\Bigl\langle q_{y} \frac{\partial H}{\partial q_y} \Bigr\rangle - 
\Bigl\langle q_{z} \frac{\partial H}{\partial q_z} \Bigr\rangle = -3k_{B} T,
\end{align}

oĂč la premiĂšre Ă©galitĂ© est donnĂ©e par la seconde loi de Newton, et la seconde ligne utilise les Ă©quations de Hamilton et le thĂ©orĂšme d’équipartition. La sommation sur l’ensemble des N particules du systĂšme donne


- \biggl\langle \sum_{k=1}^{N} \mathbf{q}_{k} \cdot \mathbf{F}_{k} \biggr\rangle = 3Nk_{B} T.

En vertu de la troisiĂšme loi de Newton et de l’hypothĂšse du gaz parfait, la force totale sur le systĂšme est la force appliquĂ©e par les parois du conteneur, et cette force est donnĂ©e par la pression P du gaz. En consĂ©quence :


-\biggl\langle\sum_{k=1}^{N} \mathbf{q}_{k} \cdot \mathbf{F}_{k}\biggr\rangle = P \oint_{\mathrm{surface}} \mathbf{q} \cdot \mathrm d\mathbf S,

oĂč \mathrm d\mathbf S est un Ă©lĂ©ment de surface infinitĂ©simal sur la paroi du conteneur. En utilisant le thĂ©orĂšme de Green-Ostrogradsky, on peut calculer


P \oint_{\mathrm{surface}} \mathbf{q} \cdot \mathbf{dS} = P \int_{\mathrm{volume}} \left( \boldsymbol\nabla \cdot \mathbf{q} \right) dV = 3PV,

oĂč dV est un Ă©lĂ©ment de volume infinitĂ©simal dans le conteneur et V est son volume total. En regroupant des Ă©galitĂ©s, on obtient


3Nk_{B} T = -\biggl\langle \sum_{k=1}^{N} \mathbf{q}_{k} \cdot \mathbf{F}_{k} \biggr\rangle = 3PV,

ce qui nous donne immĂ©diatement la loi des gaz parfaits pour N particules :


PV = Nk_{B} T = nRT,\,

oĂč n = N / Na est le nombre de moles de gaz et R = NAkB est la constante des gaz parfaits.

[modifier] Étude d’un mouvement brownien

Mouvement brownien typique d’une particule en deux dimensions. Le thĂ©orĂšme d’équipartition permet de retrouver en moyenne les caractĂ©ristiques de ce mouvement alĂ©atoire au cours du temps.

Le mouvement brownien dĂ©signe une description mathĂ©matique du mouvement alĂ©atoire d’une grosse particule immergĂ©e dans un fluide et qui n’est soumise Ă  aucune autre interaction que des chocs avec les petites molĂ©cules du fluide environnant. Les mĂ©canismes en Ɠuvre dans ce type de mouvement sont proches des idĂ©es de la thĂ©orie cinĂ©tique des gaz. Le thĂ©orĂšme d’équipartition fut utilisĂ© trĂšs tĂŽt, dĂšs 1879, pour caractĂ©riser un tel mouvement[37].

On peut partir de l’équation de Langevin selon laquelle le mouvement d’une particule de masse m et de vitesse v est rĂ©gi par la seconde loi de Newton qui s’écrit


\frac{d\mathbf{v}}{dt} = \frac{1}{m} \mathbf{F} = -\frac{\mathbf{v}}{\tau} + \frac{1}{m} \mathbf{F}^{\mathrm{a}},

oĂč \mathbf F^{\mathrm a} est une force alĂ©atoire reprĂ©sentant les collisions alĂ©atoires entre la particule et les molĂ©cules voisines, et oĂč la constante de temps τ reflĂšte la force de frottement fluide qui s’oppose au mouvement de la particule dans la solution. La trainĂ©e est souvent notĂ©e \mathbf F^{\mathrm{tr}} = - \gamma \mathbf v, la constante de temps est alors m / Îł.

En faisant le produit scalaire de cette équation avec le vecteur position \mathbf r, puis une moyenne, on obtient


\Bigl\langle \mathbf{r} \cdot \frac{d\mathbf{v}}{dt} \Bigr\rangle + 
\frac{1}{\tau} \langle \mathbf{r} \cdot \mathbf{v} \rangle = 0

pour le mouvement brownien (puisque la force aléatoire \mathbf F^{\mathrm a} et la position \mathbf r ne sont pas corrélées). En utilisant les identités remarquables


\frac{d}{dt} \left( \mathbf{r} \cdot \mathbf{r} \right) = 
\frac{d}{dt} \left( r^{2} \right) = 2 \left( \mathbf{r} \cdot \mathbf{v} \right)

et


\frac{d}{dt} \left( \mathbf{r} \cdot \mathbf{v} \right) = v^{2} + \mathbf{r} \cdot \frac{d\mathbf{v}}{dt},

l’équation de base du mouvement brownien peut ĂȘtre transformĂ©e en


\frac{d^{2}}{dt^{2}} \langle r^{2} \rangle + \frac{1}{\tau} \frac{d}{dt} \langle r^{2} \rangle = 
2 \langle v^{2} \rangle = \frac{6}{m} k_{B} T,

oĂč la derniĂšre Ă©galitĂ© provient du thĂ©orĂšme d’équipartition pour l’énergie cinĂ©tique de translation :


\langle H^{\mathrm{cin}} \rangle = \Bigl\langle \frac{p^{2}}{2m} \Bigr\rangle = \langle \tfrac{1}{2} m v^{2} \rangle = \tfrac{3}{2} k_{B} T.

L’équation diffĂ©rentielle ci-dessus pour \langle r^2\rangle a une solution exacte (pour des conditions initiales convenables) :


\langle r^{2} \rangle = \frac{6k_{B} T \tau^{2}}{m} \left( e^{-t/\tau} - 1 + \frac{t}{\tau} \right).

À une Ă©chelle de temps trĂšs courte, i.e. pour t \ll \tau, la particule se comporte comme une particule libre : en utilisant le dĂ©veloppement de Taylor de la fonction exponentielle, le carrĂ© de la distance croĂźt quadratiquement :


\langle r^{2} \rangle \approx \frac{3k_{B} T}{m} t^{2} = \langle v^{2} \rangle t^{2}.

En revanche, Ă  une Ă©chelle de temps plus longue, pour t \gg \tau, l’exponentielle et les termes constants deviennent nĂ©gligeables et le carrĂ© de la distance ne croĂźt que linĂ©airement :


\langle r^{2} \rangle \approx \frac{6k_{B} T\tau}{m} t = 6\gamma k_{B} T t.

Ceci dĂ©crit la diffusion de la particule dans le temps. Une Ă©quation analogue pour la diffusion de la rotation d’une molĂ©cule rigide peut ĂȘtre calculĂ©e de la mĂȘme maniĂšre.

[modifier] Étude de la sĂ©dimentation de particules

Le thĂ©orĂšme d’équipartition gĂ©nĂ©ralisĂ© a Ă©tĂ© appliquĂ© Ă  l’étude de la sĂ©dimentation de particules en suspension sous l’influence de la gravitĂ©[38]. On considĂšre pour cela des particules pesantes (par exemple de grosses protĂ©ines) dans l’eau. Les chocs entre ces particules produisent un mĂ©canisme de diffusion qui tend Ă  homogĂ©nĂ©iser la concentration des protĂ©ines dans tout le rĂ©cipient. Par ailleurs, la gravitĂ© tend Ă  faire tomber toutes les protĂ©ines vers le bas du rĂ©cipient. Une fois que l’équilibre entre ces deux mĂ©canismes antagonistes a Ă©tĂ© atteint, il est possible de dĂ©terminer grĂące au thĂ©orĂšme d’équipartition l’énergie potentielle moyenne d’une particule et donc sa position moyenne. Pour une bouteille infiniment haute, l’énergie potentielle de gravitation d’une particule de masse mb est donnĂ©e par


H^{\mathrm{grav}} = m_{b} g z\,,

oĂč z est la hauteur d’une particule dans la bouteille et g est l’accĂ©lĂ©ration de la pesanteur.

Ce processus peut trouver une application dans l’étude de la sĂ©dimentation de protĂ©ines qui diffusent la lumiĂšre et donnent un aspect trouble qu’on peut parfois voir dans la biĂšre[39]. Puisque s = 1, l’énergie potentielle moyenne d’un groupe de protĂ©ine est kBT. Donc, si les groupes de protĂ©ines ont une masse de 107 uma (Ă  peu prĂšs la taille d’un virus), l’aspect sera trouble jusqu’à une hauteur moyenne de 2 cm Ă  l’équilibre.

Ce processus de sĂ©dimentation est plus prĂ©cisĂ©ment dĂ©crit par l’équation de Mason-Weaver[40].

[modifier] Calcul du bruit thermique dans les composants électroniques

Article dĂ©taillĂ© : Bruit thermique.

Le thĂ©orĂšme d’équipartition peut ĂȘtre utilisĂ© pour dĂ©montrer l’expression du bruit thermique dans les composants Ă©lectroniques[41]. Dans une rĂ©sistance, l’agitation thermique des Ă©lectrons de conductions crĂ©e des fluctuations de densitĂ© Ă©lectronique, donc de courant Ă©lectrique, qui conduisent Ă  la prĂ©sence d’un bruit blanc mĂȘme en l’absence de toute tension appliquĂ©e. Aux bornes d’une rĂ©sistance, ce bruit est donnĂ© par la relation :

\overline{v_b^2} = 4\ k_BT \cdot R \cdot \Delta f\;

oĂč \overline{v^2} est la variance de la tension aux bornes de la rĂ©sistance, R est la rĂ©sistance exprimĂ©e en ohms, et \Delta f\;, la bande passante considĂ©rĂ©e.

Cette formule permet de prĂ©voir le bruit minimum prĂ©sent sur un systĂšme Ă©lectronique, et donc sa limite de dĂ©tection. Le mĂȘme phĂ©nomĂšne de bruit thermique est observĂ© aux bornes d’une capacitĂ©. C’est une limitation des capteurs photographiques.

[modifier] Problùme de l’oscillateur anharmonique

Un oscillateur anharmonique est un oscillateur pour lequel l’énergie potentielle n’est pas une fonction quadratique de l’élongation q (la position gĂ©nĂ©ralisĂ©e qui mesure l’écart de l’oscillateur Ă  la position d’équilibre). Ces oscillateurs donnent un point de vue complĂ©mentaire sur le thĂ©orĂšme d’équipartition[42]. On peut prendre des exemples simples avec des Ă©nergies dont l’expression est de la forme

Hpot = Cqs

oĂč C et s sont des nombres rĂ©els arbitraires. Dans ce cas, le thĂ©orĂšme d’équipartition prĂ©dit que


k_{B} T = \Bigl\langle q \frac{\partial H^{\mathrm{pot}}}{\partial q} \Bigr\rangle = 
\langle q \cdot s C q^{s-1} \rangle = \langle s C q^{s} \rangle = s \langle H^{\mathrm{pot}} \rangle.

Ainsi, l’énergie potentielle moyenne est Ă©gale Ă  kBT / s et non plus kBT / 2 comme pour l’oscillateur harmonique (pour lequel s = 2).

Plus gĂ©nĂ©ralement, l’expression de l’énergie d’un systĂšme Ă  une dimension a un dĂ©veloppement de Taylor en fonction de l’élongation q


H^{\mathrm{pot}} = \sum_{n=2}^{\infty} C_{n} q^{n}

Il n’y a pas de terme pour n = 1 car Ă  l’équilibre, la force totale s’exercant sur le systĂšme est nulle et donc la dĂ©rivĂ©e premiĂšre de l’énergie est nulle. Le terme constant pour n = 0 est inutile, puisque l’énergie Ă  l’équilibre peut ĂȘtre posĂ©e Ă©gale Ă  0 par convention. Dans ce cas, le thĂ©orĂšme d’équipartition affirme que[42]


k_{B} T = \Bigl\langle q \frac{\partial H^{\mathrm{pot}}}{\partial q} \Bigr\rangle = 
\sum_{n=2}^{\infty} \langle q \cdot n C_{n} q^{n-1} \rangle = 
\sum_{n=2}^{\infty} n C_{n} \langle q^{n} \rangle.

Contrairement aux autres exemples citĂ©s ici, la formule de l’équipartition


\langle H^{\mathrm{pot}} \rangle = \frac{1}{2} k_{B} T - 
\sum_{n=3}^{\infty} \left( \frac{n - 2}{2} \right) C_{n} \langle q^{n} \rangle

ne permet pas d’écrire l’énergie potentielle moyenne en fonction de constantes connues.

[modifier] Échecs de l’équipartition

L’équipartition de l’énergie, malgrĂ© sa grande gĂ©nĂ©ralitĂ©, est un rĂ©sultat valable sous certaines hypothĂšses (ergodicitĂ©, Ă©quilibre thermodynamique) et dans certaines limites (effets quantiques nĂ©gligeables). Les paragraphes qui suivent dĂ©taillent diffĂ©rents cas pour lesquels l’équipartition ne s’applique pas.

[modifier] Dans les systĂšmes non ergodiques

Article connexe : hypothĂšse d'ergodicitĂ©.

Le thĂ©orĂšme d’équipartition est valable seulement pour les systĂšmes ergodiques Ă  l’équilibre thermodynamique, pour lesquels tous les Ă©tats de mĂȘme Ă©nergie ont la mĂȘme probabilitĂ© d’ĂȘtre occupĂ©. Dans un systĂšme ergodique, il doit ĂȘtre possible d’échanger de l’énergie entre ses diffĂ©rentes formes dans le systĂšme, afin qu’elle puisse se rĂ©partir en parts Ă©gales au cours du temps. Dans le cas d’un gaz parfait, ce sont les chocs entre molĂ©cules qui assurent ces Ă©changes d’énergie.

Paradoxalement, il existe peu de systĂšmes dont l’ergodicitĂ© a pu ĂȘtre prouvĂ©e rigoureusement. Un exemple cĂ©lĂšbre est le billard de Yakov Sinai[43]. Les conditions qui permettent d’assurer l’ergodicitĂ© d’un systĂšme isolĂ© - et donc l’équipartition - ont Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©es et ont donnĂ© naissance Ă  la thĂ©orie ergodique.

Un contre-exemple frĂ©quemment citĂ© oĂč l’énergie n’est pas partagĂ©e entre ses diffĂ©rentes formes, et donc oĂč l’équipartition ne s’applique pas dans l’ensemble microcanonique est un systĂšme d’oscillateurs harmoniques couplĂ©s[44]. Si le systĂšme est isolĂ©, l’énergie de chaque mode normal est constante et fixĂ©e Ă  sa valeur initiale.

Si on perturbe un tel systĂšme en introduisant des termes de couplage non linĂ©aires suffisamment forts, l’énergie peut ĂȘtre transfĂ©rĂ©e d’un mode Ă  l’autre, on peut alors sous certaines conditions retrouver l’ergodicitĂ© et revenir dans le champ d’application du thĂ©orĂšme d’équipartition. Mais il ne suffit pas d’une petite perturbation pour rendre un systĂšme ergodique : c’est ce que montre le thĂ©orĂšme de Kolmogorov–Arnold–Moser. MĂȘme un systĂšme chaotique, donc extrĂȘmement sensible aux conditions intiales, n’est pas nĂ©cessairement ergodique, mĂȘme si c’est habituellement une hypothĂšse raisonnable[44].

[modifier] Pour des niveaux d’énergie quantifiĂ©s

Les dĂ©monstrations donnĂ©es prĂ©cĂ©demment supposent que l’énergie est une fonction continue sur l’espace des phases. Or, dans un systĂšme quantique, les niveaux d’énergie sont au contraire discrets. Pour que le thĂ©orĂšme s’applique, il est donc nĂ©cessaire que les niveaux d’énergie soient suffisamment rapprochĂ©s pour qu’on puisse la considĂ©rer tout de mĂȘme comme continue. On parle alors d’approximation classique. Ceci n’est rĂ©alisĂ© qu’à la condition que l’énergie thermique kBT soit beaucoup plus grande que l’écart entre deux niveaux d’énergie. Dans le cas contraire, les calculs ne sont plus valides, le degrĂ© de libertĂ© considĂ©rĂ© est dit « gelĂ© Â», l’équipartition ne s’applique plus.

[modifier] Oscillateur harmonique quantique

Énergie moyenne d’un oscillateur harmonique quantique (en rouge) en fonction de la tempĂ©rature comparĂ©e Ă  la valeur prĂ©dite par le thĂ©orĂšme d’équipartition (en noir). Les deux courbes se sĂ©parent nettement aux basses tempĂ©ratures.

Le cas de l’oscillateur harmonique est un exemple particuliĂšrement important. On a vu prĂ©cĂ©demment que selon le thĂ©orĂšme d’équipartition, son Ă©nergie moyenne est Ă©gale Ă  kBT. Dans le cas quantique, on peut calculer explicitement son Ă©nergie moyenne. Ses niveaux d’énergie sont donnĂ©s par En = nhΜ[45] oĂč h est la constante de Planck, Μ est la frĂ©quence de l’oscillateur et n est un entier positif. Dans l’ensemble canonique, la probabilitĂ© qu’un niveau d’énergie soit occupĂ© est donnĂ© par son facteur de Boltzmann


P(E_n) = \frac{e^{-\beta E_n}}{Z}.

ÎČ = 1 / (kBT) est la tempĂ©rature statistique et Z est la fonction de partition donnĂ©e par


Z = \sum_{n=0}^{\infty} e^{-n\beta h\nu} = \frac{1}{1 - e^{-\beta h\nu}}.

L’énergie moyenne de l’oscillateur est donnĂ©e par


\langle H \rangle = \sum_{n=0}^{\infty} E_{n} P(E_{n})

ou encore, en utilisant la relation classique de l’ensemble canonique


\langle H \rangle = -\frac{\partial \log Z}{\partial \beta}.

On peut donc calculer explicitement l’énergie moyenne :


\langle H \rangle = h\nu \frac{e^{-\beta h\nu}}{1 - e^{-\beta h\nu}}.

Cette Ă©nergie moyenne est tracĂ©e sur la figure ci-contre et comparĂ©e au cas classique. Pour les hautes tempĂ©ratures, quand l’énergie thermique kBT est trĂšs supĂ©rieure Ă  l’écart hΜ entre deux niveaux, l’argument de l’exponentielle tend vers 0 et l’énergie moyenne tend vers kBT, conformĂ©ment au thĂ©orĂšme d’équipartition. En revanche, pour les basses tempĂ©ratures, quand k_\text{B}T \ll h\nu, l’énergie moyenne tend vers 0, le degrĂ© de libertĂ© est dit « gelĂ© Â». On peut ainsi dĂ©finir une tempĂ©rature caractĂ©ristique de l’oscillateur Tosc = hΜ / kB en dessous de laquelle les effets quantiques se font sentir.

[modifier] Retour sur le gaz diatomique