logo

Benoit Mandelbrot


Benoit Mandelbrot : encyclopédie mathématiques

wikipediaCet article est issu de l'encyclopédie libre Wikipedia.
Vous pouvez consulter l'article ici ainsi que son historique.
Les textes et les images sont disponibles sous les termes de la Licence de documentation libre GNU.
Benoît Mandelbrot
Image illustrative de l'article Benoît Mandelbrot
Benoît Mandelbrot, en 2007
Naissance 20 novembre 1924
Varsovie (Pologne)
DĂ©cès 14 octobre 2010 (Ă  85 ans)
Cambridge, Massachusetts (États-Unis)
Nationalité Franco-américain
Champs Mathématiques, théorie de l'information
Institutions Université Yale
International Business Machines (IBM)
Diplômé de École polytechnique
California Institute of Technology
Renommé pour Ensemble de Mandelbrot
Fractales
Distinctions Médaille Franklin (1986)
Prix Wolf (1993)
Prix japonais (2003)
Compléments

BenoĂ®t Mandelbrot est un mathĂ©maticien franco-amĂ©ricain, nĂ© Ă  Varsovie le 20 novembre 1924 et mort le 14 octobre 2010 Ă  Cambridge, dans le Massachusetts[1]. Il a travaillĂ©, au dĂ©but de sa carrière, sur des applications originales de la thĂ©orie de l’information, puis dĂ©veloppĂ© ensuite une nouvelle classe d’objets mathĂ©matiques : les objets fractals, ou fractales.

Sommaire

[modifier] Biographie

Mandelbrot est né à Varsovie, dans une famille juive d’origine lituanienne, d’un père revendeur de vêtements et d’une mère médecin. Son oncle Szolem Mandelbrojt était professeur de mathématiques au Collège de France. Sa famille a quitté la Pologne pour Paris afin de fuir la menace hitlérienne. C’est à Paris qu’il fut initié aux mathématiques par deux oncles. L’invasion allemande force la famille à se réfugier ensuite à Brive-la-Gaillarde, où il est aidé, pour la continuation de ses études, par le rabbin David Feuerwerker. Après avoir fréquenté le lycée Edmond-Perrier de Tulle, il poursuit ses études au lycée du Parc, à Lyon.

[modifier] AnnĂ©es de jeunesse : un dĂ©part brillant

Après avoir quittĂ© l’École polytechnique (promotion 1944), oĂą il a suivi les cours d’un spĂ©cialiste du calcul des probabilitĂ©s (Paul LĂ©vy), il s’intĂ©resse aux phĂ©nomènes d’information, les idĂ©es de Claude Shannon Ă©tant alors en plein essor. IntriguĂ© par la loi de Zipf, empirique et contestĂ©e, il la pose en termes de minimisation des coĂ»ts de stockage et d’utilisation des mots par l’esprit. Par Ă©limination de la variable de coĂ»t entre les deux Ă©quations, se rĂ©vèle une loi qui n’a, cette fois-ci, plus rien d’empirique : c’est la loi de Mandelbrot, dont celle de Zipf n’est qu’un cas particulier, et qui rĂ©pond mieux qu’elle aux observations (expliquant en particulier le coude toujours observĂ© dans les distributions, et non expliquĂ© par la loi de Zipf). Ce travail lui vaut une notoriĂ©tĂ© immĂ©diate, en particulier grâce Ă  un ouvrage de LĂ©on Brillouin : Science et thĂ©orie de l’information, qui aura d’ailleurs un succès bien plus grand dans sa traduction anglaise : Science and information theory (les conventions typographiques catastrophiques de l’ouvrage français n’y sont pas Ă©trangères[rĂ©f. nĂ©cessaire]).

[modifier] La traversée de l'océan

Il quitte alors la France une annĂ©e, vers la Californie, mais y revient en 1949, jusqu’en 1958, Ă©poque oĂą il retourne Ă  nouveau aux États-Unis d’AmĂ©rique, attirĂ©, d’après lui, par une plus grande libertĂ© de crĂ©ativitĂ©, non restreinte Ă  une seule discipline prĂ©cise. Il travaille comme chercheur chez IBM sur la transmission optimale dans les milieux bruitĂ©s, tout en poursuivant son travail sur des objets Ă©tranges jusque-lĂ  assez nĂ©gligĂ©s par les mathĂ©maticiens : les objets Ă  complexitĂ© rĂ©cursivement dĂ©finie, comme la courbe de Von Koch, auxquels il pressent une unitĂ©. Le mathĂ©maticien Felix Hausdorff a d’ailleurs prĂ©parĂ© le terrain en dĂ©finissant pour ces objets une dimension non-entière, la dimension de Hausdorff. Quant au mathĂ©maticien Gaston Julia, il a dĂ©fini des objets qui ont un air de famille avec le tout.

[modifier] Un nouveau paradigme

Frontière de l’ensemble de Mandelbrot (détail).
Les inflorescences fractales d’un chou romanesco.

Il signe en 1973 dans une revue d’économie l’article Formes nouvelles du hasard dans les sciences[2]. Cet article critique le manque d’intĂ©rĂŞt des chercheurs de nombreuses disciplines pour les fluctuations alĂ©atoires, se cantonnant trop Ă  Ă©tudier les moyennes Ă  long terme. Il cite des exemples pris dans son domaine Ă  IBM, la transmission du signal, mais Ă©galement dans des domaines inattendus : les crues du Nil, la forme des nuages, celle des fleuves.

Il arrive Ă  la conclusion qu’il n’y a pas une forme de hasard, qui conduirait toujours Ă  une Ă©galisation par la loi des grands nombres. Il s’agit lĂ  d’une illusion due au fait que nous n’étudions que ces exemples en nous dĂ©tournant des autres comme mal conditionnĂ©s, comme les mathĂ©maticiens se sont dĂ©tournĂ©s du flocon de Koch qu’ils considĂ©raient comme un objet monstrueux : les sphères ou les triangles sont considĂ©rĂ©s comme des objets acceptables par les mathĂ©maticiens de l’époque, mais pas les nuages ni les arbres (du moins en tant qu’objets gĂ©omĂ©triques). Les mathĂ©matiques de cette Ă©poque restent muettes sur les monstres. Pas Ă©tonnant dans ces conditions que les mathĂ©matiques existantes soient considĂ©rĂ©es comme ayant un immense pouvoir d’explication des phĂ©nomènes scientifiques, car nous ne considĂ©rons comme scientifiques que les phĂ©nomènes qu’elles permettent d’expliquer ! Nous sommes pris dans le piège d’un argument circulaire dont nous ne pouvons plus sortir.

Or, ajoute Mandelbrot, « c’est l’essentiel des phĂ©nomènes de la nature qui obĂ©issent Ă  cet autre type de hasard oĂą l’on ne peut appliquer la loi des grands nombres Â». Le modèle standard nous fait passer Ă  cĂ´tĂ© de la plus grande partie de la rĂ©alitĂ©, et va jusqu’à nous empĂŞcher mĂŞme de la voir.

En 1967 il citait dĂ©jĂ  comme exemple de cette nouvelle forme de hasard Ă  Ă©tudier, dans son cĂ©lèbre article How Long Is the Coast of Britain? (en), la cĂ´te de Grande-Bretagne, dont la longueur dĂ©pend de l’échelle Ă  laquelle on la mesure, et qui possède une dimension de Hausdorff non-entière, comprise entre 1 et 2 : elle ne constitue Ă  proprement parler ni un objet Ă  une dimension, ni un objet Ă  deux dimensions, et c’est en acceptant l’idĂ©e de dimension non-entière que nous allons pouvoir attaquer ces objets qui ont toujours Ă©chappĂ© Ă  notre Ă©tude : la thĂ©orie fractale est, dès cet article, officieusement lancĂ©e.

Les principes en seront publiĂ©s avec une très grande quantitĂ© d’exemples (hydrologie, structure du poumon, granulation des bĂ©tons, paradoxe d’Olbers, turbulences en mĂ©canique des fluides, urbanisme des villes, et mĂŞme trous de l’Appenzeller) dans un ouvrage qui fait depuis rĂ©fĂ©rence : Les Objets fractals - Forme, hasard et dimension en 1974. Il y prĂ©sente au lecteur des objets jusqu’alors peu connus : flocon de Koch, Ă©ponge de Sierpinski (ou Ă©ponge de Menger, ou de Sierpinski-Menger), que les mathĂ©maticiens gardaient pudiquement dans leurs tiroirs. Tous ces exemples ont en commun ce que l’auteur nomme une homothĂ©tie d’échelle et qu’il dĂ©signera quelques annĂ©es plus tard sous le nom d’autosimilaritĂ© (self-similarity).

Le caractère novateur du livre (paru au départ en France) en fait un succès immédiat, mondial, et qui touche cette fois-ci le grand public. Les exemples de la première édition de cet ouvrage étaient tous en noir et blanc pour des raisons d’économie et de technologie des écrans. Par la suite, les fractales se révélant un outil efficace pour la synthèse d’images complexes, on n’en verra plus qu’en couleurs.

Mandelbrot a donné son nom à une famille de fractales (dites de Mandelbrot), définies par la relation de récurrence zn+1 = zn2 + c, c étant un nombre complexe quelconque.

Son travail sur les fractales en tant que mathématicien à IBM lui a valu un Emeritus Fellowship au laboratoire de recherche T. J. Watson. Ses travaux y ont été repris par son collaborateur, Richard Voss. Il a été lauréat de la médaille Franklin en 1986.

Il a également montré qu'un grand nombre d’objets dans la nature étaient bien décrits par des fractales, conduisant ainsi à de nouveaux terrains de recherche. Des fractales se retrouvent également dans des phénomènes étudiés en théorie du chaos.

Professeur à l’université Yale (1987), conférencier au Conservatoire national des arts et métiers (1994, 2000).

Le 23 novembre 1990, il est fait chevalier de la Légion d’honneur, et est promu officier le 1er janvier 2006, une distinction qui lui est remise le 11 septembre 2006 par son camarade de promotion à l’École polytechnique, le sénateur Pierre Laffitte[3].

[modifier] La finance

Analyse simplifiée d’un marché.

Benoît Mandelbrot est également à l’origine en 1961 d’un modèle d’évolution des cours de la bourse basée sur la géométrie fractale. Cette théorie financière a l’avantage de mieux détecter la survenue des variations extrêmes, ce que ne permet pas l’usage de l’analyse technique basée sur la théorie de Dow. D’abord reconnue pertinente, elle a été ensuite mise de côté pour cause de complexité, avant d’être réutilisée depuis la fin des années 1990, riches en turbulences financières.

En 1997, Mandelbrot propose un nouveau modèle plus prĂ©cis en supprimant les sauts de LĂ©vy par des processus oĂą la discontinuitĂ© s’attĂ©nue sur le long terme et intègre l’effet de mĂ©moire des fluctuations boursières. Il introduit un temps « multifractal Â» pour dĂ©crire les alternances de pĂ©riodes calmes et agitĂ©es observĂ©es sur les marchĂ©s financiers : l’amplitude des variations peut rester indĂ©pendante d’un jour Ă  l’autre tout en Ă©tant corrĂ©lĂ©e sur de très longues pĂ©riodes de temps[4]

En 2004, il a publié Une approche fractale des marchés dans lequel il dénonce les outils mathématiques de la finance parce qu’il les juge inadaptés[5]. Cette même année, il avait demandé, sans succès, que les banques et les grandes institutions financières consacrent une petite partie de leur budget à la recherche fondamentale[5].

Benoît Mandelbrot est en particulier très critique sur la théorie de Merton, Black et Scholes[5] utilisée par les banques, parce que, selon lui, elle ne prend pas en compte les changements de prix instantanés et des informations essentielles[5], faussant ainsi les moyennes.

[modifier] Le récit

En 1994, dans La Dramaturgie, Yves Lavandier affirme que la thĂ©orie fractale s’applique Ă  merveille aux mĂ©canismes du rĂ©cit. La forme simple protagoniste-objectif-obstacles se retrouve Ă  diffĂ©rentes Ă©chelles : la sĂ©rie, l’œuvre unitaire, l’acte logistique, l’acte dramatique, la sĂ©quence, la scène, jusqu’à certains dialogues. C’est la spĂ©cificitĂ© de chaque composant et la combinaison de milliers de formes simples qui donnent Ă  chaque rĂ©cit son caractère unique et son apparente originalitĂ©.

[modifier] Bibliographie

  • Les Objets fractals : forme, hasard, et dimension, trad., Flammarion, 1973.
  • Les Objets fractals, survol du langage fractal, Flammarion, 1975, 1984, 1989, 1995.
  • (en) The Fractal Geometry of Nature, BenoĂ®t Mandelbrot, 1982.
  • Fractales, hasard et finance, Flammarion, 1959, 1997.
  • (en) The (Mis)Behaviour of Markets, BenoĂ®t Mandelbrot, Profile Books, 2004.
  • Une approche fractale des marchĂ©s, BenoĂ®t Mandelbrot & Richard Hudson, Ă©ditions Odile Jacob, 2005.

[modifier] Notes et références

  1. ↑ (en)Benoit Mandelbrot, Mathematician, Dies at 85, New York Times, publié le 16 octobre 2010.
  2. ↑ Mandelbrot BenoĂ®t, Formes nouvelles du hasard dans les sciences, Économie appliquĂ©e, vol. 26, 1973, p. 307-319.
  3. ↑ PREX0508911D.
  4. ↑ Jouer en Bourse, c’est vraiment risquĂ© : « Le grand bluff des modèles financiers Â», AurĂ©lien PrĂ©vost, Science et Vie, no 1068, septembre 2006, page 112.
  5. ↑ a, b, c et d Interview de BenoĂ®t Mandelbrot par Annie Kahn - « BenoĂ®t Mandelbrot : Il Ă©tait inĂ©vitable que des choses très graves se produisent Â», Le Monde, 17 octobre 2009.

[modifier] Voir aussi

Sur les autres projets Wikimedia :

[modifier] Articles connexes

  • Ensemble de Mandelbrot
  • Compression fractale
  • Loi de Zipf-Mandelbrot

[modifier] Liens externes

wikipediaCet article est issu de l'encyclopédie libre Wikipedia.
Vous pouvez consulter l'article ici ainsi que son historique.
Les textes et les images sont disponibles sous les termes de la Licence de documentation libre GNU.


maths haut de pagehaut Retrouvez cette page sur ilemaths l'île des mathématiques
© Tom_Pascal & Océane 2012