Calcul numérique d'une intégrale : encyclopédie mathématiques
Cet article est issu de l'encyclopédie libre Wikipedia.En analyse numérique, il existe une vaste famille d’algorithmes dont le but principal est d’estimer la valeur numérique de l’intégrale définie sur un domaine particulier pour une fonction donnée (par exemple l’intégrale d’une fonction d’une variable sur un intervalle).
Ces techniques procèdent en trois phases distinctes :
On appelle formule de quadrature une expression linéaire dont l’évaluation fournit une valeur approchée de l’intégrale sur un morceau typique (l’intervalle [0, 1] par exemple). Une transformation affine permet de transposer la formule sur un morceau particulier. La formule de quadrature fait intervenir des valeurs pondérées de la fonction (et parfois également celles de sa dérivée) en certains nœuds : les coefficients de pondération et les nœuds dépendent de la méthode employée. Ces formules de quadrature sont en effet obtenues à l’aide de la substitution de la fonction par une approximation, c’est-à -dire par une fonction proche dont l’intégrale peut être déterminée algébriquement.
Une indication grossière de l’efficacité d’une formule de quadrature est son ordre qui, par définition, est la plus grande valeur entière m pour laquelle la valeur approchée de l’intégrale soit exacte pour tout polynôme de degré inférieur ou égal à m.
Cependant, la précision du résultat obtenu dépend à la fois de l’ordre de la formule de quadrature, de la taille des morceaux et de la régularité de la fonction. D’autre part, il est généralement inutile d’appliquer une formule de quadrature d’ordre m si la fonction n’est continûment dérivable jusqu’à l’ordre m + 1.
Sommaire
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Considérons une intégrale définie dont on cherche à estimer la valeur numérique.
Supposons que a et b soient finis : dans le cas contraire, il est conseillé d’effectuer un changement de variable permettant de satisfaire cette hypothèse[1].
Supposons également que la fonction f à intégrer ne comporte pas de singularité. Par exemple, la fonction f(x) = x − α avec 0 < α < 1 est intégrable sur [0,1] et I = 1 / (1 − α). Bien que f soit parfaitement régulière sur (0,1], la singularité en 0 et l’impossibilité de la prolonger par une fonction continue cause de grandes difficultés à toutes les méthodes d’intégration numérique, en particulier pour celles qui utilisent explicitement f(0)[2].
Dans une telle situation, il convient de soustraire à f une fonction g dont l’intégrale est connue et qui soit telle que f − g ne soit plus singulière, puis d’intégrer numériquement cette différence.
Considérons une formule de quadrature associée à [0,1] du type où les pondérations αi et les nœuds xi sont donnés.
Partant d’une décomposition régulière de en n sous- intervalles de longueur h = (b − a) / n, soit les intervalles
pour
l’application de la formule de quadrature précédente à chaque Jk s’effectue à l’aide d’une transformation affine, permettant ainsi d’obtenir une approximation In(f) de I qui s’écrit :
Cette relation est la formule composite associée à une formule de quadrature générale. L’ordre du calcul des termes de cette double somme et certains arrangements permettent le plus souvent de réduire le nombre d’opérations (évaluations de f(.) et multiplications par αi). Cette question est développée plus loin pour quelques formules de quadrature particulières.
Si la formule de quadrature comporte des termes du type faisant intervenir la dérivée ou du type
impliquant la dérivée seconde, la transformation affine fait apparaître des facteurs h ou h2, ceci conformément à la relation suivante :
Si m est l’ordre de la formule de quadrature et si f(x) est de classe (soit l’espace des fonctions m + 1 fois dérivables dont la dérivée m + 1 est continue par morceaux), notons
Dans ce cas, il existe une constante C indépendante de f et de telle que
Pour tout la substitution de f(x) restreinte à Jk par son développement de Taylor d’ordre m autour de la borne inférieure x0,k = a + kh implique que le remplacement de f(x) par le reste Rm,k(x) n'affecte pas la valeur de l’écart : l’ordre m assure en effet l’exactitude de la formule de quadrature pour chaque terme polynomial.
Par ailleurs, l’inégalité de Taylor-Lagrange appliquée à chaque Jk implique :
Il en découle
En choisissant il vient
Remarque : ce développement n’a pas pour objectif de déterminer la constante C la plus faible.
Ce résultat conforte les recommandations suivantes :
Ces méthodes utilisent l’interpolation des fonctions à intégrer par des polynômes dont la primitive est connue.
C’est la méthode la plus simple qui consiste à interpoler la fonction f à intégrer par une fonction constante (polynôme de degré 0).
Si ξ est le point d’interpolation, la formule est la suivante :
Le choix de ξ influence l’erreur :
Ainsi, le choix du point milieu améliore l’ordre de la méthode : celle du rectangle est exacte (c’est-à -dire E(f) = 0) pour les fonctions constantes alors que celle du point milieu est exacte pour les polynômes de degré 1. Ceci s’explique par le fait que l’écart d’intégration de la méthode du point milieu donne lieu à deux erreurs d’évaluation, de valeurs absolues environ égales et de signes opposés.
En interpolant f par un polynôme de degré 1, les deux points d'interpolation et
suffisent à tracer un segment dont l’intégrale correspond à l’aire d’un trapèze, justifiant le nom de méthode des trapèzes qui est d’ordre 1 :
L’erreur est donnée par
Conformément aux expressions de l’erreur, la méthode des trapèzes est souvent moins performante que celle du point milieu.
En interpolant f par un polynôme de degré 2 (3 degrés de liberté), 3 points (ou conditions) sont nécessaires pour le caractériser : les valeurs aux extrémités a, b, et celle choisie en leur milieu x1 / 2 = (a + b) / 2. La méthode de Simpson est basée sur un polynôme de degré 2 (intégrale d’une parabole), tout en restant exacte pour des polynômes de degré 3 ; elle est donc d’ordre 3 :
L’erreur globale est donnée par
Remarque : comme la méthode du point milieu qui caractérise un polynôme de degré 0 et qui reste exacte pour tout polynôme de degré 1, la méthode de Simpson caractérise un polynôme de degré 2 et reste exacte pour tout polynôme de degré 3. Il s’agit d’une sorte d’anomalie où se produisent des compensations bénéfiques à l’ordre de la méthode.
La fonction f peut être interpolée à l’aide de son évaluation en m points équidistants (comprenant les deux extrémités si m > 1, méthode du point milieu si m = 1) par un polynôme de degré m − 1 issu d’une base de polynômes de Lagrange et dont l’intégrale est fournie par les formules de Newton-Cotes. Ce procédé permet ainsi une généralisation des résultats précédents. Avec m points, il en découle une méthode
On notera ici NC-m la méthode basée sur m points :
Pour des questions d’instabilité numérique provenant en particulier du phénomène de Runge, il est cependant préférable de limiter le degré m du polynôme d'interpolation, quitte à subdiviser l'intervalle en sous-intervalles.
Il s’agit d’une généralisation des formules NC-m dans lesquelles interviennent non seulement la fonction évaluée en m points équidistants, mais également la dérivée de la fonction évaluée en m' points équidistants ; malgré l’abus de langage, on notera ici NC-m-m' une telle formule.
On se limitera ici à m' = 2 correspondant aux deux extrémités a et b.
Peu connues (et donc rarement présentées dans les cours), ces méthodes permettent de gagner deux ordres de convergence par rapport à la méthode correspondante sans la dérivée, ceci en nécessitant très peu de calculs supplémentaires : en effet, les coefficients de f'(a) et de f'(b) sont opposés et ainsi, dans la formule composite (dont il est question ci-dessous), les dérivées aux extrémités de deux intervalles adjacent se simplifient.
Si xi désigne les points d’évaluation de f (i entre 0 et m − 1) :
Concernant l’erreur globale d’une formule de quadrature linéaire d’ordre p, elle est donnée par
Ce procédé permet ainsi une généralisation des formules de Newton-Cotes. Avec m points pour la fonction et 2 points pour sa dérivée, il en découple une méthode
La notation indique que la dérivée seconde intervient également en m'' points équidistants. Mentionnons uniquement une formule particulièrement remarquable qui présente une double anomalie :
Remarques :
Pour chacune des méthodes précédentes, le terme d’erreur dépend d’une puissance de b-a. Cette imprécision étant le plus souvent trop importante, l’erreur peut être réduite en découpant simplement l’intervalle [a, b] en n sous-intervalles (supposés de longueurs égales), ceci dans le but de déterminer une valeur approchée de l’intégrale sur chacun d’eux, en application de la méthode choisie. L’intégrale sur [a, b] est estimée par la somme des valeurs ainsi calculées.
On appelle formule composite l’expression caractérisant cette estimation.
Notons k l’indice des n sous-intervalles, h = (b − a) / n la longueur de chacun d’eux, xk = a + kh la borne inférieure et mk = a + (k + 1 / 2)h le point milieu, ceci pour k entre 0 et n − 1. La formule composite sont les suivantes :
Pour les formules de quadrature faisant intervenir des dérivées, donnons deux exemples, les autres cas se déduisant par analogie (ici xk,i = a + kh + iΔ où Δ = h / (m − 1), m étant le nombre de points d’un sous-intervalle) :
Concernant l’erreur finale d’une formule de quadrature linéaire d’ordre p, elle est donnée par la relation
S’agissant de choisir une méthode d’intégration numérique, cette méthode ne doit pas être négligée, en particulier lorsque la fonction est régulière. Après n itérations, elle conduit à une méthode d’ordre de 22n + 1 avec une erreur en O(h2n + 2) pour des fonctions de classe , ceci avec une grande économie du nombre d’évaluations de la fonction (précisément 2n + 1 évaluations).
Pour intégrer une fonction f sur un intervalle [a,b], la méthode de Monte-Carlo est ici mentionnée à titre "presque anecdotique" : sa performance reste en effet très limitée et son coût de traitement élevé à cause du grand nombre d’évaluations de f qui sont nécessaires pour espérer obtenir un résultat significatif.
L’estimation de l’intégrale I de f est fournie par Iq(f) = (b − a)Mq(f)) où Mq(f)) est la moyenne arithmétique des f(ui), les ui étant q tirages aléatoires indépendants et distribués uniformément sur [a,b].
Cette méthode est d’ordre 0 puisqu’elle donne un résultat exact pour toute fonction constante (même avec un unique tirage).
Cependant, ne s’agissant pas d’une formule de quadrature, l’erreur ne peut pas être majorée avec certitude par une quantité décroissante avec le nombre de tirages. En fait, à chaque groupe de q tirages correspond une estimation particulière de l’intégrale, c'est-à -dire une réalisation d’une variable aléatoire Iq(f) dont la distribution dépend de f, de [a,b] et de q. On peut alors assurer que son espérance est égale à l’intégrale de f et préciser une borne de l’écart type de l’erreur.
Les résultats suivants permettent de caractériser la distribution de l’erreur et son écart type :
Les tirages :
Soit u une variable aléatoire de loi uniforme sur [a,b] et de densité
La variable aléatoire f(u) est alors d’espérance
et de variance
1er résultat :
C’est une conséquence directe du théorème central limite.
2e résultat :
La conclusion découle alors du 1er résultat.
Cette inégalité peut être montrée plus rigoureusement à l’aide de l’inégalité de Hölder pour tout
3e résultat :
Puisque la méthode de Monte-Carlo est d’ordre 0, on peut supposer sans restreindre la généralité que l’intégrale de f est nulle. Dans ce cas, le théorème de Rolle appliqué à une primitive de f implique l’existence d’un point tel que f(μ) = 0. A l’aide du théorème de Taylor, pour tout
,
. Par conséquent,
d’où le résultat.
4e résultat :
Notons Ji l’un des intervalles, puis gi(u) la fonction f(u) restreinte à Ji après soustraction d’une constante égale à la moyenne de f sur Ji. Ainsi gi'(u) = f'(u) et l’intégrale de gi sur Ji est nulle.
On utilise maintenant le 3e résultat pour caractériser l’erreur d’intégration de f sur Ji issue de qi tirages, soit qui, puisque la méthode de Monte-Carlo est d’ordre 0, est égale Ã
:
En utilisant l’indépendance des variables et l’hypothèse que les qi sont tous égaux à q / n, il vient
Remarque :
Le dernier résultat justifie le comportement relativement médiocre de la méthode de Monte-Carlo. Supposons en effet que le nombre q de tirages soit imposé (limitation de l’effort de traitement). Dans ce cas et afin de réduire σ(Eq(f)), il convient de choisir le plus petit h possible, soit un tirage par intervalle (n = q) pour obtenir
Autant choisir la méthode du point milieu si la fonction est dans .
Le tableau suivant résume les performances théoriques de chaque méthode :
| Nom de la Méthode |
Degré du polynôme |
Nombre de points |
Degré d’exactitude (ordre) |
Degré d’erreur globale |
Degré d’erreur finale |
|---|---|---|---|---|---|
| Rectangle | 0 | 1 | 0 | 2 | 1 |
| Point Milieu | 0 | 1 | 1 | 3 | 2 |
| Trapèze | 1 | 2 | 1 | 3 | 2 |
| Simpson | 2 | 3 | 3 | 5 | 4 |
| NC-5 | 4 | 5 | 5 | 7 | 6 |
| NC-1-2 | 2 | 1+2 | 3 | 5 | 4 |
| NC-3-2 | 4 | 3+2 | 5 | 7 | 6 |
| NC-5-2 | 6 | 5+2 | 7 | 9 | 8 |
| NC-4-2-2 | 7 | 4+2+2 | 9 | 11 | 10 |
| Romberg (n) | 2n+1 | 2n+1 | 2n+1 | - | 2n+2 |
Signification des titres des colonnes :
Afin d’illustrer par un exemple les résultats numériques obtenus avec les diverses méthodes, considérons le cas particulier de la fonction et son intégrale sur l’intervalle
. Puisque
est une primitive de f(x), il est facile de déterminer la valeur exacte de l’intégrale qui vaut I = 1.
En application des formules composites des diverses méthodes, le graphique ci-contre présente le nombre de chiffres significatifs exacts (soit ) obtenus en fonction du nombre n de sous-intervalles de la décomposition.
Remarques :
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