Fonction (mathématiques) : encyclopédie mathématiques
Cet article est issu de l'encyclopédie libre Wikipedia.En mathématiques, une application (ou fonction) f est la donnée de deux ensembles, l'ensemble de départ E et l'ensemble d'arrivée F, et d'une relation associant à chaque élément x de l'ensemble de départ un et un seul élément de l'ensemble d'arrivée, que l'on appelle image de x par f et que l'on note f(x). On dit alors que f est une application de E dans F (noté f : EF), ou encore une application à arguments dans E et valeurs dans F.
Le terme fonction est souvent utilisé pour les applications à valeurs numériques, réelles ou complexes, c'est-à -dire lorsque l'ensemble d'arrivée est ou
. On parle alors de fonction réelle, ou de fonction complexe.
L'image d'une application f : EF est la collection des f(x) pour x parcourant E ; c'est un sous-ensemble de F.
Le graphe d'une application f : EF est le sous-ensemble du produit cartésien E × F constitué des couples (x,f(x)) pour x variant dans E. La donnée du graphe de f détermine son ensemble de départ (par projection sur la première composante) et son image (par projection sur la seconde composante).
Sommaire |
La notion de fonction en tant que correspondance entre deux types d'objet est relativement ancienne. Mais le terme n'apparait qu'à la fin du XVIIe siècle sous la plume de Leibniz en 1694[1], il s'agit alors de fonction associée à une courbe géométrique : Leibniz dit ainsi que l'abscisse, l'ordonnée ou le rayon de courbure d'une courbe en un point M est une fonction du point M. Dans la même époque, Newton parle de fluente pour des quantités dépendant d'une variable qu'il appelle le temps (tout en précisant que le rôle joué par le temps, peut l'être par une autre quantité). La notation sous la forme f ne s'est pas mise en place tout de suite. Jean Bernoulli propose d'appeler X la fonction de x, Leibniz invente une notation permettant de travailler sur plusieurs fonctions différentes : et
sont ainsi deux fonctions dépendant de x. La notation fx apparait chez Euler en 1734. Les fonctions sont alors toujours à valeurs numériques (réelles ou complexes) et possèdent en outre des propriétés restrictives (liées à une équation algébrique, continuité eulérienne, développable en série entière...).
Parallèlement se développe, en géométrie, la notion d'application pour des correspondances ponctuelles.
Dans les années 1950, l'école Bourbaki tente de faire correspondre les deux notions en parlant de
S'appuyant sur cet avis, les mathématiques modernes des années 1970 distinguent alors deux objets différents
En pratique, le fait qu'il suffise de réduire l'ensemble de départ d'une fonction à son ensemble de définition pour la transformer en application rend peu utile ce distinguo. Celui-ci n'a d'ailleurs jamais été adopté par la communauté mathématique dans son ensemble, qui continue à utiliser ces deux termes dans leur sens historique, le terme fonction étant utilisé comme synonyme du terme application dans le cas particulier où l'ensemble d'arrivée est ou
(l'ensemble de départ étant systématiquement pris égal au domaine de définition).
La définition usuelle en mathématiques d'une fonction est donc ensembliste et présuppose essentiellement celle de couple et de produit cartésien. Une application ou fonction est un triplet f = (E, F, G) avec G ⊂ E × F, et qui vérifie que pour tout x de E il existe un unique y de F tel que le couple (x, y) appartiennne à G. L'ordre des ensembles du triplet est arbitraire et on trouve d'ailleurs des variations suivant les ouvrages. On décompose souvent la propriété caractéristique en deux clauses :
En d'autres termes ceci signifie que G intersecte chaque sous-ensemble {x} × F, en un unique point, dont l'existence est donnée par la première clause, et l'unicité par la seconde. Ce point, élément de F, est appelé image de x par l'application f et noté f(x). Pour bien distinguer l'image d'un élément de E, qui est un élément de F de l'image de f qui est un sous-ensemble de F, on parle parfois dans ce dernier cas d’ensemble image de f.
On dit également que f associe à x l'élément f(x), ou encore que f envoie x sur f(x). Les formes passives « x est envoyé par f sur f(x) », « f(x) est associé à x par f » sont aussi utilisées.
Si x, élément de E, vérifie f(x)=y, on dit que x est un antécédent de y. Un élément y de F peut très bien avoir plusieurs antécédents ou n'en avoir aucun.
Pour une fonction de E dans F qui à x associe f(x) on note :
par exemple pour la fonction de la variable réelle qui à un nombre associe son carré :
Dans l'exemple précédent on a utilisé la structure des réels pour définir la fonction. Pour un ensemble E quelconque on peut toujours définir l’identité ou application identique, qui associe à tout élément x de E l'élément x lui-même. Son graphe est la diagonale du produit cartésien , le sous-ensemble défini par la relation x=y.
Si F est non vide, alors on peut associer à tout élément b de F, une application dite application constante de E dans F, qui associe à tout élément de E l'élément b. Son graphe est donc E × {b}.
On utilise parfois d'autres terminologies et d'autres notations. Les fonctions définies sur l'ensemble N des entiers naturels (ou une partie de celui-ci) sont souvent appelées suites, par exemple les suites réelles sont les fonctions de N dans l'ensemble R des réels. On utilise alors la notation indicielle : (un)n ∈ N désigne la suite, écriture qui peut être abrégée en (un), et un désigne l'image par cette suite de l'entier n.
Cette notation s'étend aux familles, indexées par I d'éléments d'un ensemble F donné, qui sont, avec une autre notation et une autre terminologie, des fonctions de I dans F.
L'ensemble des applications de E dans F est souvent noté FE. Quand E et F sont des ensembles finis, si on note |E| le cardinal d'un ensemble E, on a :
Il s'agit également de l'ensemble des familles indexées par E d'éléments de F, et on peut utiliser également cette notation :
Dans le cas dégénéré, où E est l'ensemble vide, le produit cartésien de E par F est vide, il y a une seule application dans F∅, celle dont le graphe est l'ensemble vide.
Dans l'autre cas dégénéré où F est vide mais E non vide, alors l'unique sous ensemble de , l'ensemble vide, ne définit pas d'application : l'existence d'une image pour tout élément de E ne pourra jamais être vérifiée. Donc ∅E = ∅ si E ≠∅.
Si le graphe de f est Gf et le graphe de g est Gg, le graphe de est :
On la note f − 1. Son graphe est le symétrique du graphe de f, c'est-à -dire que si G est le graphe de f, le graphe de f − 1 est {(y, x) | (x, y) ∈ G}. Dans le cas où E = F = R, l'ensemble des nombres réels, le graphe de f − 1 est, dans le plan R², le symétrique de celui de f par rapport à la première bissectrice. Ainsi la fonction des réels positifs dans eux-même qui à x associe x² est une bijection, sa réciproque est la racine carrée, et un graphe de l'une se déduit d l'autre par symétrie par rapport à la droite d'équation y=x.
Dans le cas par exemple d'une fonction numérique, quand on peut parler de l'inverse d'un élément a de F, celui-ci peut s'écrire a-1. Dans ce cas f(x) − 1 désigne l'inverse de l'élément f(x). Il s'agit de la fonction inverse 1/f (si elle existe). La notation f − 1 est réservée à la bijection réciproque de f (si elle existe).
On appelle relation binaire associée canoniquement à l'application f la correspondance définie dans E par :
Cette relation est toujours symétrique et transitive, du fait de l'unicité de l'image, elle également réflexive du fait de son existence, et c'est donc une relation d'équivalence (voir l'article « Opération sur des correspondances »).
Nous pouvons alors définir l'ensemble quotient et la surjection canonique s correspondante, associée à l'application f. Cette surjection associe à tout élément x de E sa classe d'équivalence par
, qui n'est autre que f − 1({f(x)}), ensemble des antécédents de f(x).
Considérons alors la correspondance i de dans Fdéfinie par :
Cette correspondance est une injection, l'injection canonique associée à l'application f. On montre aisément que .
En résumé : Toute application peut être décomposée de façon unique en une surjection et une injection.
Cette décomposition est la décomposition canonique de l'application. Dans cette décomposition :
La notion de fonction n'est pas primitive dans les théories des ensembles de Zermelo ou de Zermelo-Fraenkel, et se définit grâce aux notions de couple et de produit cartésien, qui ne sont pas non plus primitives. La notion peut se développer dans la théorie de Zermelo (sans l'axiome de l'infini), avec l'axiome d'extensionnalité, l'axiome de la paire, l'axiome de la réunion, l'axiome de l'ensemble des parties et le schéma d'axiomes de compréhension. On a eu besoin en une occasion, pour montrer en toute généralité l'existence d'une réciproque à droite d'une fonction surjective, de l'axiome du choix.
Il arrive souvent en théorie des ensembles qu'une fonction soit identifiée à ce que l'on a appelé précédemment son graphe. C'est-à -dire qu'une fonction est définie comme un ensemble de couples vérifiant les propriétés d'existence et d'unicité de l'image, dont on vérifie facilement qu'elles ne mettent pas véritablement en jeu les ensembles de départ et d'arrivée, c'est-à -dire qu'avec cette définition, G est une fonction quand c'est un ensemble de couples vérifiant les deux propriétés suivantes :
L'ensemble de départ de la fonction est l'ensemble des premières projections de G, qui se définit par compréhension, tout comme l'image de la fonction qui est l'ensemble des secondes projections de G (voir l'article produit cartésien pour des détails dépendant de la représentation des couples). Il n'y a plus d'ensemble d'arrivée intrinsèque, c'est-à -dire que f est une fonction de E dans F devient une propriété de f : E est l'ensemble des premières projections de f, et l'ensemble image, ensemble des secondes projections, est inclus dans F. L'injectivité est une propriété qui ne dépend que du graphe de la fonction. Par contre, dans ce contexte, la surjectivité ou la bijectivité deviennentt une propriété de f et de l'ensemble d'arrivée choisi (f est surjective de E dans F).
On peut avoir à s'intéresser aux classes fonctionnelles, qui sont des classes de couples vérifiant les deux propriétés indiquées en début de paragraphe, mais portant sur une classe au lieu de l'ensemble G. Le schéma d'axiomes de remplacement, qui complète la théorie des ensembles de Zermelo pour donner celle de Zermelo-Fraenkel, énonce que l'image d'un ensemble par une classe fonctionnelle, est un ensemble, et donc cette classe fonctionnelle est une fonction (comme ensemble de couples).
Cet article est issu de l'encyclopédie libre Wikipedia.