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Géométrie euclidienne


Géométrie euclidienne : encyclopédie mathématiques

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La géométrie euclidienne commence avec les Éléments d'Euclide, qui est à la fois une somme des connaissances géométriques de l'époque et une tentative de formalisation mathématique de ces connaissances. Les notions de droite, de plan, de longueur, d'aire y sont exposées et forment le support des cours de géométrie élémentaire. La conception de la géométrie est intimement liée à la vision de l'espace physique ambiant au sens classique du terme.

Les conceptions gĂ©omĂ©triques connaissent, depuis les travaux d'Euclide, des Ă©volutions suivant trois axes principaux :

  1. Pour vérifier les critères de rigueur logique actuels, la définition axiomatique subit de profonds changements, l'objet mathématique restant néanmoins le même.
  2. Pour ne plus se limiter aux dimensions deux et trois et pour permettre l'élaboration d'une théorie plus puissante, un modèle algébrique de la géométrie est envisagé. L'espace euclidien est maintenant défini comme un espace vectoriel ou affine réel de dimension finie muni d'un produit scalaire.
  3. Enfin, la structure gĂ©omĂ©trique euclidienne n'est plus la seule envisageable ; il est Ă©tabli qu'il existe d'autres gĂ©omĂ©tries cohĂ©rentes.

Plus de 2 000 ans après sa naissance, l'espace gĂ©omĂ©trique euclidien est un outil toujours efficace aux vastes domaines d'applications. Par exemple, l'espace des physiciens reste encore principalement du domaine de la gĂ©omĂ©trie euclidienne, l'astronomie Ă©tant l'exception la plus notoire.

Son aspect mathématique est traité de manière didactique dans l'article produit scalaire. L'article se fonde sur la formalisation d'un vecteur à l'aide d'un bipoint, développé dans vecteur. Une approche plus poussée, fondée sur la formalisation axiomatique de l'espace vectoriel est développée dans espace euclidien.

Sommaire

[modifier] L’approche euclidienne de la science de l’espace

La gĂ©omĂ©trie euclidienne au sens des antiques traitĂ©s du plan et de l'espace ; elle est souvent prĂ©sentĂ©e comme une gĂ©omĂ©trie « de la règle et du compas Â». Les objets considĂ©rĂ©s sont les points, les segments, les droites, les demi-droites, avec leurs propriĂ©tĂ©s d'incidence (la règle), ainsi que les cercles (le compas). Les enjeux essentiels sont l'Ă©tude de figures et la mesure.

[modifier] Les outils de la géométrie d'Euclide

Articles dĂ©taillĂ©s : Vecteur et Produit scalaire.

La construction d'Euclide se fonde sur cinq postulats[1] :

  1. Un segment de droite peut être tracé en joignant deux points quelconques distincts.
  2. Un segment de droite peut être prolongé indéfiniment en une ligne droite.
  3. Étant donné un segment de droite quelconque, un cercle peut être tracé en prenant ce segment comme rayon et l'une de ses extrémités comme centre.
  4. Tous les angles droits sont congruents.
  5. Si deux lignes sont sécantes avec une troisième de telle façon que la somme des angles intérieurs d'un côté est strictement inférieure à deux angles droits, alors ces deux lignes sont forcément sécantes de ce côté.

Les raisonnements sur les figures gĂ©omĂ©triques portent sur leurs intersections et leurs dimensions : sur l'incidence et la mesure. De ce point de vue, certaines transformations des figures sont utiles ; les plus pertinentes sont les similitudes, c'est-Ă -dire les transformations qui conservent les rapports des distances. Les similitudes les plus simples sont les rotations, les symĂ©tries, les translations, qui conservent les distances, ainsi que les homothĂ©ties. Ă€ partir de ces quelques objets de base, toutes les similitudes peuvent ĂŞtre construites par composition.

La construction d'Euclide permet le développement des notions de mesure de longueur, d'aire, de volume, d'angle. Il existe de nombreuses aires de surfaces usuelles calculables par les techniques des Éléments. Une méthode, la méthode d'exhaustion qui préfigure l'intégration, permet d'aller plus loin. Archimède (287-212 av. J.-C.), par exemple réalise la quadrature de la parabole. Une limite de la notion de mesure vient de ce que les nombres considérés sont seulement les nombres constructibles (à la règle et au compas).

Les deux théorèmes fondamentaux sont le théorème de Pythagore et celui de Thalès. Un peu d'analyse permet d'aller plus loin avec la trigonométrie. C'est le premier exemple de construction d'un pont entre la géométrie euclidienne pure et une autre branche mathématique, pour enrichir la palette d'outils disponibles.

[modifier] Approche géométrique de l'algèbre

Article dĂ©taillĂ© : Algèbre gĂ©omĂ©trique.

La formule de l'aire d'un rectangle ou d'un triangle, le théorème de Thalès ainsi que celui de Pythagore offrent tous des relations algébriques entre des grandeurs que sont les côtés d'un triangle ou d'un rectangle. Ces différentes méthodes sont l'un des ingrédients de l'algèbre naissante, initiée par Diophante, et développée par la civilisation arabe.

Le traitĂ© d'Al-Khawarizmi, un mathĂ©maticien persan du VIIIe siècle, intitulĂ© La transposition et la rĂ©duction a pour objectif la rĂ©solution d'une Ă©quation du second degrĂ© quelconque. Sa mĂ©thode se fonde sur ce que l'on appelle maintenant les identitĂ©s remarquables, qui, chez lui se dĂ©montrent toutes Ă  l'aide de la gĂ©omĂ©trie euclidienne.

Cette géométrisation de l'algèbre porte ses fruits aussi en arithmétique, la science des nombres. La première démonstration montrant l'existence de grandeurs irrationnels est probablement géométrique[2]. Certains calculs comme la valeur du nième nombre triangulaire ou encore la somme des n premiers cubes d'entiers sont réalisés géométriquement[3].

[modifier] Succès et limites

Articles dĂ©taillĂ©s : Triangle et Construction Ă  la règle et au compas.
Figure Ă  la règle et au compas : heptadĂ©cagone, un polygone rĂ©gulier de 17 cĂ´tĂ©s.

Un objectif de la géométrie euclidienne est la construction de figures à la règle et au compas. L'étude du triangle relève de ce domaine. La richesse des résultats obtenus est illustrée par la liste des éléments remarquables d'un triangle. Une famille de figures emblématiques est celle des polygones réguliers (voir l'article Partage d'une tarte). Ils ne sont cependant pas tous constructibles. Les techniques de construction s'appliquent non seulement au plan, mais aussi à l'espace comme le montre l'étude des polyèdres.

Une spĂ©cificitĂ© de la gĂ©omĂ©trie euclidienne rĂ©side dans le fait qu'elle n'utilise initialement que peu ou pas du tout de thĂ©orèmes complexes et puissants d'algèbre ou d'analyse. C'est une mathĂ©matique autonome et indĂ©pendante, oĂą les preuves proviennent essentiellement de raisonnements purement gĂ©omĂ©triques. Cependant, pour les cas complexes, comme la construction de la figure ci-contre, d'autres outils, par exemple les polynĂ´mes, se rĂ©vèlent indispensables (cf ThĂ©orème de Gauss-Wantzel). Les trois grands problèmes de l'antiquitĂ©, Ă  savoir la quadrature du cercle, la trisection de l'angle et la duplication du cube, Ă  l'aide seulement de la règle et du compas, ne se sont d'ailleurs montrĂ©s possibles qu'avec l'apport d'une autre branche des mathĂ©matiques : l'arithmĂ©tique, algĂ©brique ou analytique[4].

La géométrie euclidienne a de nombreuses applications. La Renaissance fait largement appel aux techniques des Éléments. L'architecture, la peinture à travers la perspective[5] regorgent d'exemples de cette nature. L'art des entrelacs[6] de Léonard de Vinci (1452-1519) est un autre cas d'utilisation. Ces mathématiques servent aussi à la mesure, à la fois pour les arpenteurs et dans un objectif scientifique. Elles permettent à Ératosthène (276–194 av. J.-C.) de mesurer la circonférence de la Terre. Les techniques utilisées, dites de triangulation et ayant pour base la trigonométrie, permettent aux marins de connaître leur position.

[modifier] Application et nouveaux outils : espace euclidien et physique

Article dĂ©taillĂ© : MĂ©canique newtonienne.
Système solaire (tailles et distances relatives non à l'échelle)

Ă€ partir du XVIe siècle les mathĂ©matiques s'Ă©loignent de plus en plus de la gĂ©omĂ©trie du triangle. La gĂ©omĂ©trie euclidienne garde son utilitĂ© car elle modĂ©lise avec pertinence le monde physique ambiant.

Cependant, l'approche purement antique devient trop restrictive. Elle n'offre pas un cadre suffisant pour le dĂ©veloppement des mathĂ©matiques. Pour Ă©tudier les coniques[7] Blaise Pascal (1623-1662) utilise un nouvel outil : le repère. Il s'avère prĂ©cieux Ă  la naissance du calcul infinitĂ©simal[8]. Avec le temps l'algèbre et l'analyse deviennent prĂ©dominantes : de nouvelles techniques, Ă©loignĂ©es de celles hĂ©ritĂ©es d'Euclide, sont dĂ©veloppĂ©es. En ce qui concerne la modĂ©lisation de l'espace physique, ces nouveautĂ©s sont utilisĂ©es dans le cadre d'une gĂ©omĂ©trie peu formalisĂ©e, nĂ©anmoins avec un large succès. Les thĂ©ories datant d'avant le XXe siècle se contentent de ce cadre. Encore maintenant, et dans un contexte très gĂ©nĂ©ral, la gĂ©omĂ©trie usuelle de la physique reste euclidienne. Elle permet des rĂ©sultats spectaculaires, comme la mĂ©canique newtonienne.

Ce n'est qu'en 1915, qu'une autre gĂ©omĂ©trie, celle de la relativitĂ© gĂ©nĂ©rale, explique mieux un phĂ©nomène, celui de l'avance du pĂ©rihĂ©lie de Mercure. La gĂ©omĂ©trie euclidienne reste maintenant valable Ă  trois exceptions près :

  • les distances astronomiques, dans le cadre de la relativitĂ© gĂ©nĂ©rale ;
  • les vitesses proches de la lumière, avec la gĂ©omĂ©trie de la relativitĂ© restreinte ;
  • les dimensions infĂ©rieures Ă  la taille des particules, dans le cadre de certaines thĂ©ories contemporaines comme les supercordes.

Si la modélisation de la géométrie de l'espace reste souvent la même que celle de l'Antiquité (aux exceptions déjà citées près), la formalisation change radicalement.

[modifier] Approche algébrique de la géométrie

La conception de l'espace par les mathĂ©maticiens n'est historiquement pas figĂ©e ; les Ă©volutions se font pour plusieurs raisons : le besoin de mieux fonder la thĂ©orie gĂ©omĂ©trique, d'une part en comblant certains dĂ©ficits de rigueur du texte d'Euclide, d'autre part en liant la thĂ©orie Ă  d'autres branches des mathĂ©matiques ; mais aussi la nĂ©cessitĂ© de pouvoir utiliser l'important corpus de rĂ©sultats gĂ©omĂ©triques dans d'autres espaces que celui de notre monde physique ou que le plan usuel.

Ces deux derniers objectifs sont en fait atteints grâce Ă  une branche particulière des mathĂ©matiques : l'algèbre linĂ©aire.

[modifier] Motivation : la mĂ©canique du solide

Article dĂ©taillĂ© : MĂ©canique du solide.
Un solide possède 6 degrés de liberté.

La mécanique du solide apporte un point de vue nouveau sur la géométrie euclidienne. Si notre espace décrit la position du centre de gravité, le solide peut tourner autour de ce centre. Il dispose encore trois degrés de liberté supplémentaires. Il est nécessaire de considérer un espace de dimension six, pour rendre compte de la position exacte du solide.

Il en est de même pour la vitesse. Elle est décrite par le mouvement du centre de gravité, représenté classiquement par un vecteur de l'espace physique et par une rotation, que l'on peut modéliser par un vecteur (vecteur perpendiculaire au plan de rotation et dont la longueur est proportionnelle à la vitesse angulaire). Mathématiquement, le champ des vitesses est dit équiprojectif et se représente par un torseur. L'espace auquel il appartient est encore de dimension six.

Cette démarche consistant à définir un espace abstrait, qui ne représente plus directement notre univers, mais un espace spécifique au problème étudié, est féconde. Elle permet d'utiliser les outils de la géométrie euclidienne dans des contextes variés.

La mĂ©canique statique est un autre exemple, un objet est considĂ©rĂ© comme l'assemblage d'un ensemble de solides soumis Ă  des contraintes qui les lient entre eux. L'objet est l'Ă©tude de la stabilitĂ© d'un corps, comme un pont ou un gratte-ciel. La dimension est Ă©gale Ă  six fois le nombre de solides composant l'objet. Cette dĂ©marche est surtout dĂ©veloppĂ©e durant le XXe siècle. En effet, la dimension croĂ®t rapidement et une puissance de calcul accessible uniquement depuis l'arrivĂ©e des ordinateurs est nĂ©cessaire pour rendre ces techniques opĂ©rationnelles.

Ces méthodes, dans leur forme la plus générale, aboutissent à la mécanique analytique dont les applications sont innombrables, et qui constitue le cadre général de la physique théorique.

[modifier] Motivation : la statistique

Article dĂ©taillĂ© : Analyse en composantes principales.
Exemple de représentation euclidienne d'un dépouillement

Certaines techniques de dépouillement d'un sondage utilisent les propriétés de la géométrie euclidienne. Celle-ci permet, grâce à la notion de distance, une modélisation pertinente, et, grâce aux outils de l'algèbre linéaire, une algorithmique pour les calculs effectifs.

Si les critères, reprĂ©sentĂ©s par les questions d'un sondage, peuvent ĂŞtre ramenĂ©s Ă  des grandeurs mesurables, alors chaque sondĂ© apparaĂ®t comme un point d'un espace dont la dimension est Ă©gale au nombre de critères. Cette gĂ©omĂ©trie est essentielle en statistique :

  • Elle rĂ©duit la dimension de l'espace Ă  travers le choix d'axes (appelĂ©s ici composantes) particulièrement rĂ©vĂ©lateurs et en nombre rĂ©duit. L'analyse du sondage devient rĂ©alisable dans un espace plus petit, dĂ©polluĂ©e du bruit non significatif, et graphiquement reprĂ©sentable pour une comprĂ©hension intuitive du dĂ©pouillement.
  • Elle mesure les corrĂ©lations entre les diffĂ©rentes questions. La figure illustre ici deux critères, chacun reprĂ©sentĂ© par un axe. Pour cet exemple, en première analyse, quand le critère de l'axe horizontal prend des valeurs de plus en plus Ă©levĂ©es, alors le critère de l'axe vertical prend des valeurs de plus en plus basses. Les deux critères sont dits anticorrĂ©lĂ©s.

La démarche consistant à analyser des données à travers une géométrie euclidienne est utilisée dans de nombreuses sciences humaines. Elle permet l'analyse des comportements même lorsque ceux-ci ne suivent pas des lois rigides.

[modifier] Modèle linĂ©aire de la gĂ©omĂ©trie : les espaces euclidiens

Article dĂ©taillĂ© : Espace euclidien.
Version géométrique du théorème de Pythagore, le théorème fondamental des espaces euclidiens

La notion d'espace vectoriel fournit une première structure purement algĂ©brique dans laquelle le langage gĂ©omĂ©trique peut s'exprimer. La notion de coordonnĂ©e devient centrale, et le plan, par exemple, est en partie modĂ©lisĂ© par un espace vectoriel de dimension deux, qui s'identifie essentiellement Ă  l'ensemble de tous les couples de coordonnĂ©es (x1, x2), oĂą x1 et x2 sont deux nombres rĂ©els ; un point est alors simplement un tel couple. La gĂ©nĂ©ralisation se fait facilement Ă  l'espace de dimension 3 en considĂ©rant des triplets de coordonnĂ©es, mais aussi aux espaces de dimension n. Dans cette modĂ©lisation, le plan abstrait tel que dĂ©crit par les axiomes a Ă©tĂ© muni arbitrairement d'une origine.

La description gĂ©omĂ©trique des espaces vectoriels fait jouer un rĂ´le très particulier au vecteur nul : le vecteur "0". Les objets mathĂ©matiques habituellement associĂ©s sont des droites qui se rencontrent toutes en 0 et des transformations qui laissent inchangĂ© le vecteur 0. On dĂ©finit une structure dĂ©rivĂ©e de celle d'espace vectoriel, qui porte le nom d'espace affine, et pour lequel les points jouent tous des rĂ´les identiques. En termes imagĂ©s, ce procĂ©dĂ© consiste Ă  transfĂ©rer la situation observĂ©e en 0 Ă  tous les autres points de l'espace. Cela se fait par translation, plus prĂ©cisĂ©ment en faisant agir l'espace vectoriel sur lui-mĂŞme par translation.

La structure d'espace affine permet de rendre compte pleinement des propriĂ©tĂ©s d'incidence : par exemple, dans un espace affine rĂ©el de dimension 2, les droites vĂ©rifient le cinquième postulat d'Euclide.

Cependant, seules les propriĂ©tĂ©s d'incidence sont modĂ©lisĂ©es, une grande partie de la gĂ©omĂ©trie euclidienne classique n'est pas atteinte : il manque essentiellement une notion de mesure. Un outil linĂ©aire permet de combler cette lacune ; c'est le produit scalaire. Un espace affine rĂ©el muni d'un produit scalaire est appelĂ© espace euclidien, toutes les notions gĂ©omĂ©triques classiques sont dĂ©finies dans un tel espace, et leurs propriĂ©tĂ©s issues de l'algèbre vĂ©rifient tous les axiomes euclidiens : les thĂ©orèmes gĂ©omĂ©triques issus du corpus classiques, portant sur n'importe quels objets vĂ©rifiant ces axiomes, deviennent donc en particulier des thĂ©orèmes pour les points, droites, cercles, tels que dĂ©finis dans un espace euclidien.

Enfin, les espaces affines euclidiens ne sont pas limitĂ©s aux dimensions 2 ou 3 ; ils permettent de rendre compte des diffĂ©rents problèmes physiques et statistiques Ă©voquĂ©s ci-dessus, et qui mettent en jeu un plus grand nombre de variables, avec l'utilisation d'un langage gĂ©omĂ©trique. Beaucoup de thĂ©orèmes d'incidence et de mesure se gĂ©nĂ©ralisent presque automatiquement, notamment le thĂ©orème de Pythagore.

Le passage Ă  un degrĂ© d'abstraction supĂ©rieur offre un formalisme plus puissant, donnant accès Ă  de nouveaux thĂ©orèmes et simplifiant les dĂ©monstrations ; l'intuition gĂ©omĂ©trique habituelle des dimensions 2 ou 3 est parfois dĂ©fiĂ©e par ces dimensions supĂ©rieures, mais reste souvent efficace. Les gains sont suffisants pour que les analyses sophistiquĂ©es soient gĂ©nĂ©ralement exprimĂ©es Ă  l'aide du produit scalaire.

[modifier] Historique de l'approche linéaire

Arthur Cayley

La notion d'espace vectoriel apparaît petit à petit. René Descartes (1596-1650) et Pierre de Fermat (1601-1665) utilisent le principe de coordonnées comme un outil pour résoudre avec une approche algébrique des problèmes géométriques. La notion de repère orthonormal est utilisée en 1636[9]. Bernard Bolzano (1781-1848) développe une première conception géométrique[10] où les points, les droites et les plans sont définis uniquement par des opérations algébriques, c’est-à-dire l'addition et la multiplication par un nombre. Cette approche permet de généraliser la géométrie à d'autres dimensions que celles des plans et des volumes. Arthur Cayley (1821-1895) est un acteur majeur dans la formalisation des espaces vectoriels[11].

Un contemporain William Rowan Hamilton (1805-1865) utilise un autre corps que celui des rĂ©els : celui des nombres complexes[12]. Il montre que cette dĂ©marche est essentielle en gĂ©omĂ©trie pour la rĂ©solution de nombreux problèmes. Hermann Grassmann dĂ©crit enfin les espaces vectoriels (en fait des algèbres) dans leur gĂ©nĂ©ralitĂ©.

Ă€ la suite des travaux de Gaspard Monge (1746-1818), son Ă©lève Jean Poncelet (1788-1867) rĂ©forme la gĂ©omĂ©trie projective[13]. La gĂ©omĂ©trie projective, gĂ©omĂ©trie de la perspective, devient aussi modĂ©lisable par l'algèbre linĂ©aire : un espace projectif se construit Ă  l'aide d'un espace vectoriel grâce Ă  un processus d'identification des points suivant une règle de perspective. Les espaces projectifs sont gĂ©nĂ©ralisĂ©s aux dimensions quelconques. La gĂ©omĂ©trie projective est une gĂ©omĂ©trie non euclidienne, dans le sens oĂą le cinquième postulat d'Euclide y tombe en dĂ©faut. L'algèbre linĂ©aire fournit non seulement un modèle pour la gĂ©omĂ©trie euclidienne, mais aussi, une ouverture vers un monde plus vaste.

[modifier] Remise en cause de la géométrie d'Euclide

L'approche linéaire n'est pas une remise en question des conceptions euclidiennes. Elle permet au contraire de généraliser celles-ci, d'étendre leur portée, et de les enrichir en retour. Un autre grand mouvement historique remet en cause la formalisation euclidienne.

[modifier] Le cinquième postulat

Article dĂ©taillĂ© : GĂ©omĂ©trie non euclidienne.
Exemple de géométrie hyperbolique

Le XIXe siècle voit l'apparition de nombreuses nouvelles gĂ©omĂ©tries. Leur naissance rĂ©sulte d'interrogations sur le cinquième postulat, que Proclus exprime de la manière suivante : Dans un plan, par un point distinct d'une droite, il existe une et une seule droite parallèle Ă  cette droite. Ce postulat, admis par Euclide, et que l'intuition soutient, ne devrait-il pas ĂŞtre un thĂ©orème ? Ou, au contraire, peut-on imaginer des gĂ©omĂ©tries oĂą il tomberait en dĂ©faut ?

Un enjeu durant le XIXe siècle pour les mathĂ©maticiens, sera de parvenir Ă  se dĂ©tacher d'une intuition physique casuellement infĂ©conde, ainsi que d'un respect inopportun des leçons des anciens, pour oser inventer de nouvelles conceptions gĂ©omĂ©triques ; celles-ci ne s'imposeront pas sans difficultĂ©.

Dès le dĂ©but du siècle Carl Friedrich Gauss s'interroge sur ce postulat[14]. En 1813 il Ă©crit : Pour la thĂ©orie des parallèles, nous ne sommes pas plus avancĂ©s qu'Euclide, c'est une honte pour les mathĂ©matiques. En 1817 il semble que Gauss ait acquis la conviction[15] de l'existence de gĂ©omĂ©tries non euclidiennes. En 1832, le mathĂ©maticien János Bolyai rĂ©dige un mĂ©moire sur le sujet[16]. L'existence d'une gĂ©omĂ©trie non euclidienne n'est pas formellement dĂ©montrĂ©e, mais une forte prĂ©somption est acquise. Le commentaire de Gauss est Ă©loquent : Vous fĂ©liciter reviendrait Ă  me fĂ©liciter moi-mĂŞme[17]. Gauss n'a jamais publiĂ© ses rĂ©sultats, probablement pour Ă©viter une polĂ©mique. IndĂ©pendamment, NikolaĂŻ Lobatchevski (1792-1856) devance Bolyai sur la description d'une gĂ©omĂ©trie analogue dans le journal russe Le messager de Kazan en 1829. Deux autres publications[18],[19] sur le sujet n'ont nĂ©anmoins pas plus d'impact sur les mathĂ©maticiens de l'Ă©poque.

Bernhard Riemann (1826-1866) établit l'existence d'une autre famille de géométries non euclidiennes pour son travail de thèse sous la direction de Gauss. L'impact reste faible, la thèse n'est publiée que deux ans après sa mort.

Les gĂ©omĂ©tries de Lobatchevski et Bolyai correspondent Ă  des structures hyperboliques oĂą il existe une infinitĂ© de parallèles passant par un mĂŞme point. Cette situation est illustrĂ©e dans la figure ci-contre, les droites d1, d2 et d3 sont trois exemples de parallèles Ă  D passant par le point M. Les trois premières droites sont dites parallèles Ă  D car aucune d'entre elle n'est sĂ©cante avec D ; mais pourtant ces trois droites ne sont pas parallèles entre elles (le parallĂ©lisme des droites n’est plus une propriĂ©tĂ© transitive dans une gĂ©omĂ©trie hyperbolique).

Le cas riemannien correspond au cas elliptique où aucune parallèle n'existe.

[modifier] L'unification de Klein

Article dĂ©taillĂ© : Programme d'Erlangen.
Université d'Erlangen
Félix Klein

La situation est devenue confuse, les ÉlĂ©ments ne sont pas en mesure de rendre compte d'une telle diversitĂ©. On compte nombre d'espaces gĂ©omĂ©triques : les espaces vectoriels euclidiens, les espaces affines euclidiens, les espaces projectifs, les gĂ©omĂ©tries elliptiques et hyperboliques, plus quelques cas exotiques comme le ruban de Möbius. Chaque gĂ©omĂ©trie possède des dĂ©finitions diffĂ©rentes, mais prĂ©sentant de nombreuses analogies et aboutissant sur des sĂ©ries de thĂ©orèmes plus ou moins diffĂ©rents selon les auteurs et les gĂ©omĂ©tries. La fin de la suprĂ©matie euclidienne engendre un important dĂ©sordre, qui rend la comprĂ©hension de la gĂ©omĂ©trie difficile. Un jeune professeur de 24 ans, Felix Klein, (1848-1925) nouvellement nommĂ© professeur Ă  l'universitĂ© d'Erlangen, propose une organisation pour toutes ces gĂ©omĂ©tries dans son discours inaugural[20]. Ces travaux ont cette fois un vaste retentissement sur la communautĂ© scientifique, la suprĂ©matie euclidienne disparaĂ®t et la polĂ©mique nĂ©e de la remise en cause du cinquième postulat s'Ă©teint. Son travail implique une rĂ©forme de la formalisation des espaces euclidiens. Il utilise les travaux de James Joseph Sylvester (1814-1897) sur ce que l'on appelle maintenant les produits scalaires[21]. La gĂ©omĂ©trie euclidienne reste d'actualitĂ© au prix d'une refonte profonde de sa construction.

Dans son programme d'Erlangen, Felix Klein trouve le critère permettant de dĂ©finir toutes les gĂ©omĂ©tries. Les gains attendus sont au rendez-vous. Les gĂ©omĂ©tries sont classifiĂ©es, celles qui se prĂ©sentent comme des cas particuliers apparaissent et les thĂ©orèmes gĂ©nĂ©riques peuvent s'exprimer sur l'intĂ©gralitĂ© de leur domaine d'application ; en particulier, l'espace vĂ©rifiant l'axiomatique euclidienne est la limite qui sĂ©pare les familles de gĂ©omĂ©tries hyperboliques de Bolyai et Lobatchevski des gĂ©omĂ©tries elliptiques de Riemann.

Klein définit une géométrie euclidienne par l'ensemble de ses isométries, c'est-à-dire les transformations laissant les distances invariantes. Cette approche caractérise parfaitement cette géométrie. Les isométries bénéficient d'une structure de groupe géométrique. Dans le cas euclidien cette formalisation est équivalente à la donnée d'un produit scalaire, et si elle est d'un maniement plus abstrait, elle est aussi plus générale. Définir une géométrie par un groupe de transformations est une méthode souvent efficace.

[modifier] Euclide et la rigueur

Théorème de Pythagore

La dernière rĂ©forme de la gĂ©omĂ©trie euclidienne est celle de la logique. La critique ne porte pas tant sur les dĂ©monstrations d'Euclide mais sur l'absence de fondements suffisants pour une preuve rigoureuse. Elle ne date pas d'hier : Eudoxe de Cnide (408 355 av. J.-C.) et Archimède (287 212 av. J.-C.) ajoutent celui maintenant appelĂ© axiome d'Archimède[22]. Christophorus Clavius (1538-1612) note l'absence d'un postulat pour Ă©tablir son traitĂ© des proportions. Rien ne garantit l'existence des segments proportionnels, sujet central du livre V[23]. Gottfried Wilhelm von Leibniz (1646-1716) remarque qu'Euclide utilise parfois l'intuition gĂ©omĂ©trique pour pallier l'absence de certains postulats, par exemple dans sa mĂ©thode de construction d'un triangle Ă©quilatĂ©ral. Il construit deux cercles tel que le centre de chacun est un point de l'autre[24]. Il admet sans preuve que les deux cercles possèdent une intersection. Gauss remarque que la relation entre deux points d'un cercle est bien mal formalisĂ©e et qu'elle ne se gĂ©nĂ©ralise pas Ă  la sphère[24].

Cas oĂą les nombres ne sont pas des rationnels

La fin du XIXe siècle voit non seulement la multiplication de critiques de cette nature, mais aussi la formulation de postulats manquants. Georg Cantor (1845-1918) et Richard Dedekind (1831-1916) montrent la nĂ©cessitĂ© d'un postulat de la continuitĂ© et le formalisent[25]. Un exemple du manque est donnĂ© par le thĂ©orème de Pythagore dont la figure de gauche illustre une dĂ©monstration. Les triangles IBC et AEC possèdent la mĂŞme aire car l'un correspond Ă  la rotation d'un quart de tour de l'autre. Cette assertion n'est pas dĂ©montrable dans le cadre axiomatique choisi par Euclide. Comme illustrĂ©e sur la figure de droite, la rotation d'un huitième de tour de la diagonale d'un carrĂ© de cĂ´tĂ© 1 ne possède pas, a priori son extrĂ©mitĂ© A' si l'ensemble de nombres choisi n'est pas celui des rĂ©els mais des rationnels. Chez Euclide aucune indication n'est donnĂ©e sur la nature des nombres utilisĂ©s, aucune information ne permet non plus d'Ă©tablir qu'une rotation ou une symĂ©trie conserve les distances.

[modifier] La réponse de Hilbert

Article dĂ©taillĂ© : Axiomes de Hilbert.
David Hilbert

Ă€ l'aube du XXe siècle, la connaissance des manques de la formalisation euclidienne, ainsi que les diffĂ©rents Ă©lĂ©ments de solutions sont suffisamment connus pour permettre une construction rigoureuse. Les mathĂ©maticiens David Hilbert (1862 1943) et Moritz Pasch (1843 1930) sont Ă  l'origine de ce travail[26].

La construction doit ĂŞtre suffisante pour dĂ©montrer les thĂ©orèmes de gĂ©omĂ©trie sans appel Ă  l'intuition, l'application de règles logiques est la seule mĂ©thode autorisĂ©e. Pasch s'exprime ainsi :

« On Ă©noncera explicitement les concepts primitifs au moyen desquels on se propose de dĂ©finir logiquement les autres. On Ă©noncera explicitement les propositions fondamentales (postulats) grâce auxquelles on se propose de dĂ©montrer logiquement les autres propositions (thĂ©orèmes). Ces propositions fondamentales doivent apparaĂ®tre comme de pures relations logiques entre les concepts primitifs, et cela indĂ©pendamment de la signification que l’on donne Ă  ces concepts primitifs[24]. Â»

Si une construction est suffisamment solide pour ne plus nĂ©cessiter l'apport de l'intuition, le vocabulaire choisi n'a pas d'importance. Hilbert l'exprime ainsi :

« On devrait pouvoir parler tout le temps, au lieu de point, droite et plan, de table, chaise et chope[24]. Â»

Hilbert publie un article[27] sur la question. Dans son introduction, il se fixe comme objectif, la construction d'un système d'axiomes modĂ©lisant le plan et rĂ©pondant Ă  une triple contrainte : ĂŞtre simple, complet et indĂ©pendant. Si le mot complet n'est pas dĂ©fini, Hilbert indique nĂ©anmoins, quelques mots plus loin, que ce système doit permettre la dĂ©monstration des thĂ©orèmes principaux de la gĂ©omĂ©trie euclidienne. Le système d'axiomes est simple au sens oĂą il est aisĂ© de savoir quels axiomes sont nĂ©cessaires Ă  l'Ă©tablissement des thĂ©orèmes. Il est indĂ©pendant au sens oĂą la suppression d'un postulat autorise l'existence de nouvelles gĂ©omĂ©tries incompatibles avec les propriĂ©tĂ©s euclidiennes.

Dans un premier temps, Hilbert construit un système contenant cinq groupes d'axiomes dont le dernier concerne la continuité. Ce dernier peut être enrichi ou non d'un axiome équivalent à la complétude. Il montre alors la compatibilité des groupes d'axiomes. Ce terme signifie qu'il existe au moins une géométrie satisfaisant tous les axiomes. Hilbert construit un univers algébrique, correspondant à un plan affine sur un corps de nombre particulier. Il contient les rationnels et tout nombre de la forme 1 + ω2 admet une racine carrée. Cet univers satisfait à l'intégralité des groupes d'axiomes proposés, ce qui serait impossible si les postulats n'étaient pas compatibles.

L'indépendance est démontrée par la construction de géométries fondées sur une partie seulement de la base axiomatique. Elles diffèrent alors de la géométrie euclidienne. Hilbert démontre rigoureusement l'existence de géométries qu'il qualifie de non euclidiennes, non archimédiennes et non pascaliennes. Si l'indépendance de chaque groupe d'axiomes est prouvée, chacun des groupes contient lui-même plusieurs postulats (à l'exception du Vème qui n'en contient qu'un). Issai Schur (1875 1941) et Eliakim Hastings Moore (1862 1932) démontrent indépendamment[28],[29] qu'un des axiomes était redondant.

[modifier] Vers d'autres géométries

Article dĂ©taillĂ© : GĂ©omĂ©trie non euclidienne.

Le concept de géométrie est maintenant appliqué à un vaste ensemble d'espaces. Si la remise en question du cinquième postulat est l'exemple historique qui donne un contenu à la notion de géométrie non euclidienne, une analyse plus précise montre l'existence de quantité d'autres cas non envisagés par Euclide respectant néanmoins le cinquième postulat.

Dans le cas des espaces vectoriels, le corps de nombres peut être modifié, la distance est parfois choisie de manière à posséder un nouveau groupe d'isométries, le nombre de dimensions peut devenir infini.

Il existe en outre de nombreux cas oĂą l'espace n'est pas un espace vectoriel ; Klein formalise des gĂ©omĂ©tries non orientables ; Georg Cantor (1845-1918) dĂ©couvre un ensemble triadique dont la dimension n'est pas entière et qui maintenant est classĂ© dans la catĂ©gorie des gĂ©omĂ©tries fractales. La topologie ouvre la porte Ă  la construction de nombreux autres cas.

C'est la raison pour laquelle le terme de gĂ©omĂ©trie non euclidienne tombe petit Ă  petit en dĂ©suĂ©tude durant le XXe siècle. Il est maintenant entrĂ© dans l'usage de dĂ©crire une gĂ©omĂ©trie par les propriĂ©tĂ©s qu'elle possède et non pas par une, devenue très spĂ©cifique et qu'elle n'aurait pas, Ă  savoir son caractère euclidien.

Les exemples suivants sont parmi les plus fréquemment utilisés.

[modifier] Dimension infinie

Article dĂ©taillĂ© : Espace de Hilbert.

Les espaces de fonctions Ă  valeurs rĂ©elles disposent d'une structure d'espace vectoriel. Il est fĂ©cond de les Ă©tudier avec des outils gĂ©omĂ©triques. Il est possible d'y associer une distance issue d'un produit scalaire par exemple si les fonctions sont de carrĂ© intĂ©grable. Ce produit scalaire est dĂ©fini de la manière suivante :

(f|g)=\int fg\;

Dans un tel espace, le théorème de Pythagore se généralise et a permis à Joseph Fourier (1768-1830) de résoudre l'équation de la chaleur.

Cette approche, consistant à utiliser les outils de la géométrie pour résoudre des problèmes d'analyse est maintenant dénommée analyse fonctionnelle. De multiples distances différentes sont définies sur ces espaces, engendrant alors des géométries distinctes. Suivant les propriétés plus ou moins fortes qu'elles possèdent, elles prennent pour nom espace de Hilbert, espace de Banach, espace préhilbertien ou espace vectoriel normé. L'espace de Hilbert est la généralisation la plus naturelle des géométries euclidiennes.

[modifier] Espace hermitien

Article dĂ©taillĂ© : Espace hermitien.

Les nombres réels souffrent d'une faiblesse, le corps qu'ils forment n'est pas algébriquement clos. Cela signifie qu'il existe des polynômes non constants qui n'y ont pas de racine. Cette faiblesse complique l'analyse des applications linéaires d'un espace vectoriel dans lui-même. L'article sur les valeurs propres explicite cette difficulté. Une solution souvent utilisée consiste à généraliser le corps de nombres et à passer aux complexes. Cette méthode est utilisée en physique, par exemple pour l'étude des systèmes oscillants. La généralisation d'un espace euclidien aux nombres imaginaires est dénommée espace hermitien.

[modifier] Espace de Minkowski

Articles dĂ©taillĂ©s : Espace de Minkowski et CĂ´ne de lumière.
Le cône de lumière en relativité restreinte
Pour la géométrie associée à l'espace de Minkowski l'ensemble des points à égale distance spatio-temporelle d'un centre n'est plus une sphère mais un hyperboloïde.

La physique de la relativité restreinte propose un monde régi par des lois différentes de celle de la mécanique classique. Il n'y est pas possible de dépasser une vitesse critique, celle de la lumière. Cette limite engendre de nombreuses conséquences. Pour reprendre l'exemple d'Albert Einstein (1879-1955) un voyageur dans un train en marche et se déplaçant dans le sens du train n'a plus, comme vitesse par rapport au sol, la somme exacte de la vitesse du train et de son déplacement, mais un tout petit peu moins[30].

La modĂ©lisation physique utilise un espace de dimension quatre contenant Ă  la fois l'espace et le temps. Il est associĂ© Ă  une gĂ©omĂ©trie diffĂ©rente. Si l'on note x, y, z et ct les quatre coordonnĂ©es d'un point dans un repère orthogonal, en gĂ©omĂ©trie euclidienne le carrĂ© de la distance du point Ă  l'origine est donnĂ©e par la formule : x2 + y2 + z2 + (ct)2, expression qui a le statut mathĂ©matique de forme quadratique. Dans le monde de la relativitĂ© restreinte, la formule : x2 + y2 + z2 - (ct)2, qui est aussi une forme quadratique, joue un rĂ´le analogue. Ici, c dĂ©signe la cĂ©lĂ©ritĂ© de la lumière et t une durĂ©e, la formule est bien homogène. Muni de cette forme, l'espace est dit de Minkowski.

La modification d'un signe dans l'Ă©galitĂ© dĂ©finissant la forme quadratique (le "carrĂ© de la distance"), change la nature de la gĂ©omĂ©trie associĂ©e : cette quantitĂ© n'est plus nĂ©cessairement positive. Pour aller du centre notĂ© A sur la figure de droite au point C, il est nĂ©cessaire de dĂ©passer la vitesse de la lumière. Le carrĂ© de la distance entre A et C est strictement nĂ©gatif, cette distance est purement imaginaire. En effet, si le carrĂ© de la distance est strictement nĂ©gatif, la vitesse nĂ©cessaire pour atteindre le point C Ă  partir du point A est supĂ©rieur Ă  celle de la lumière. En consĂ©quence et dans le cadre de la relativitĂ© restreinte, ce point ne peut pas ĂŞtre en interaction avec A.

L'ensemble des points Ă  distance (spatio-temporelle) nulle de A forme un cĂ´ne appelĂ© cĂ´ne de lumière de A. Ce cĂ´ne est constituĂ© des points qui supposent un dĂ©placement Ă  la vitesse de la lumière pour ĂŞtre joints Ă  partir du point A (dans sa partie supĂ©rieure, future) ; et de l'ensemble des points joignant A Ă  la vitesse de la lumière (dans sa partie infĂ©rieure, passĂ©e).
Il correspond Ă  la limite physique des points de l'espace-temps en interaction possible avec A :

  • L'intĂ©rieur supĂ©rieur du cĂ´ne peut ĂŞtre vu comme l'ensemble des emplacements futurs possibles du point A, ou de l'ensemble des points qui seront causalement reliĂ©s avec A.
  • L'intĂ©rieur infĂ©rieur comme l'ensemble des emplacements passĂ©s possibles de A, ou de l'ensemble des points causalement reliĂ©s Ă  A.

Plus généralement, l'ensemble des points à égale distance (spatio-temporelle) de A est un hyperboloïde, alors que dans le cas euclidien l'ensemble des points à égale distance d'un centre, définit une sphère.

[modifier] Variété

Article dĂ©taillĂ© : VariĂ©tĂ© (gĂ©omĂ©trie).
Sur une sphère, la somme des angles d'un triangle n'est pas Ă©gale Ă  180° : une sphère n'est pas un espace euclidien. Par contre, les lois de la gĂ©omĂ©trie euclidienne sont de bonnes approximations locales. Pour un petit triangle sur la surface de la Terre, la somme des angles est proche de 180°.

Toutes les gĂ©omĂ©tries ne satisfont pas le cinquième postulat d'Euclide. La surface d'une sphère donne un exemple immĂ©diatement accessible. Le plus court chemin entre deux points se situe toujours le long d'un grand cercle dont le centre est celui de la sphère. Cette courbe joue donc le rĂ´le de droite pour la gĂ©omĂ©trie de la sphère. VoilĂ  une gĂ©omĂ©trie cohĂ©rente, correspondant Ă  un cas rĂ©el. Cependant le cinquième postulat n'est plus vĂ©rifiĂ©. Dans cet exemple, deux « droites Â» non confondues possèdent toujours deux points d'intersection.

L'abandon du cinquième postulat est fondamental. Il est en effet souhaitable de considérer la sphère, non pas comme un sous-ensemble d'un espace euclidien de dimension 3 mais comme une géométrie à part entière, disposant d'une distance et d'une relation d'orthogonalité. Sans outil de cette nature, l'étude d'un tel espace devient plus délicate.

La formalisation mathématique est dérivée de l'exemple illustré dans la figure. Si l'étude se résume à une zone suffisamment petite, alors il est possible d'utiliser une carte plane, c’est-à-dire une représentation euclidienne. En se rapprochant suffisamment du point d'étude, celle-ci donne une représentation d'une précision aussi grande que voulue. Ainsi, un plan de Paris ne sera jamais rigoureusement exact car sur une sphère la somme des angles d'un triangle est toujours supérieure à 180 degrés. Cependant, la dimension de Paris (relativement à celle de la Terre) est suffisamment petite pour que l'erreur soit négligeable.

Ce mode de définition de la géométrie des espaces courbes, par la donnée d'une famille de cartes locales, peut être généralisé. On obtient ainsi une description d'espaces courbes usuels (courbes et surfaces telles que la sphère), mais aussi, la possibilité de construire par la même méthode des espaces courbes abstraits portant le nom de variétés. La géométrie riemannienne est la branche des mathématiques qui étudie les espaces courbes sur lesquels existent des distances et des angles, et qui portent le nom de variétés riemanniennes. La recherche et l'étude des plus courts chemins, ou géodésiques, est une des préoccupations importantes de cette branche.

L’astrophysique Ă  grande Ă©chelle ne peut pas se contenter de la gĂ©omĂ©trie riemannienne. En thĂ©orie de la relativitĂ© gĂ©nĂ©rale, les modèles utilisĂ©s ne sont plus basĂ©s sur la gĂ©omĂ©trie euclidienne, mais le sont plutĂ´t sur l'espace de Minkowski. Le cadre d'Ă©tude est toujours un espace courbe (variĂ©tĂ©), mais on considère une forme quadratique qui n'est plus nĂ©cessairement positive ; la variĂ©tĂ© devient lorentzienne (ou, plus gĂ©nĂ©ralement, pseudo-riemannienne).
Ainsi, la gravitation se manifeste par la trajectoire incurvée suivie par une masse le long d'une géodésique non euclidienne.

[modifier] Notes et références

  1. ↑ André Deledicq (avec extraits de la traduction d'Euclide par François Peyrard de 1819, Les Éléments d'Euclide pour le collège et le Lycée, Les éditions du Kangourou, 1999
  2. ↑ Ce rĂ©sultat date d'avant les dĂ©couvertes de la civilisation islamique : J.-L. PĂ©rilliĂ©, La dĂ©couverte des incommensurables et le vertige de l'infini, transcription d’une confĂ©rence qui a eu lieu le 16 mai 2001 Ă  Grenoble, p. 18
  3. ↑ A. Dahan-Dalmedico et J. Peiffer, Une Histoire des mathĂ©matiques – Routes et dĂ©dales [dĂ©tail des Ă©ditions]  , p. 90
  4. ↑ Les techniques utilisĂ©es se fondent largement sur l'algèbre des polynĂ´mes. Gauss les considère nĂ©anmoins comme de l'arithmĂ©tique, il Ă©crit Ă  ce sujet : « La thĂ©orie de la division du cercle, ou des polygones rĂ©guliers […] n'appartient pas par elle-mĂŞme Ă  l'ArithmĂ©tique, mais ses principes ne peuvent ĂŞtre puisĂ©s que dans l'ArithmĂ©tique transcendante. Â» Recherches arithmĂ©tiques, prĂ©face, p. xv
  5. ↑ (la) Leon Battista Alberti, De pictura, 1435
  6. ↑ Daniel Arasse, Léonard de Vinci, Hazan, 1997
  7. ↑ Blaise Pascal, Essay pour les coniques, 1640
  8. ↑ (la) Isaac Newton, Philosophiae Naturalis Principia Mathematica, 1687
  9. ↑ (de) E. Knobloch, « Zur Vorgeschichte der Determinantentheorie Â», dans Theoria cum praxi: zum Verhältnis von Theorie und Praxis im 17. und 18. Jahrundert (Studia Leibnitiana Supplementa, vol. 22), 1982, p. 96-118
  10. ↑ (de) Bernard Bolzano, Betrachtungen ĂĽber einige Gegenstände der Elementargoemetrie (littĂ©ralement : « ConsidĂ©rations sur quelques objets de la gĂ©omĂ©trie Ă©lĂ©mentaire Â»), 1804
  11. ↑ (en) Arthur Cayley, « Chapter in the Analytical Geometry of (n) Dimensions Â», 1843, dans The Collected Mathematical Papers of Arthur Cayley, vol. 1, n° 2, p. 55– 62
  12. ↑ (en) William Rowan Hamilton, « On a general method in dynamics Â», dans Phil. Trans. R. Soc., part II for 1834, p. 247–308
  13. ↑ Jean Poncelet, Traité des propriétés projectives des figures, 1822
  14. ↑ (en) G. Waldo Dunnington (en), Carl Friedrich Gauss: Titan of Science, New York, 1955
  15. ↑ C. Houzel, Un siècle de géométrie, Berlin, 1992
  16. ↑ (la) Farkas BÇ’lyai de Bolya, Gyula König et JĂłzsef KĂĽrschák (hu), Tentamen juventutem studiosam in elementa matheseos purae […] introducendi, Marosvásárhely, 1832–33, chapitre sur la gĂ©omĂ©trie non euclidienne
  17. ↑ (en) Jeremy Gray (en), « The discovery of noneuclidean geometry Â», dans Studies in the history of mathematics, Washington, DC, 1987, p. 37-60
  18. ↑ Nikolaï Lobatchevski, Géométrie imaginaire, 1835
  19. ↑ (de) NikolaĂŻ Lobatchevski, Geometrische Untersuchungen zur Theorie der Parellellinien (littĂ©ralement : « Investigations gĂ©omĂ©triques sur la thĂ©orie des parallèles Â»), 1840
  20. ↑ (de) Felix Klein, Das Erlanger Programm, 1872
  21. ↑ James Joseph Sylvester théorie sur les invariants algébriques 1852.
  22. ↑ J.-L. Gardies Pascal entre Eudoxe et Cantor (Problèmes et controverses) J. Vrin 1984 p 11 Ă  24 (ISBN 2711608441).
  23. ↑ Sabine Rommevaux, Clavius, une clĂ© pour Euclide au XVIe siècle. Paris, J. Vrin, 2005. "Mathesis" (ISBN 2711617874)
  24. ↑ a, b, c et d H. Languereau Les 100 ans de la géométrie de Hilbert Mathématiques vivantes Bulletin IREM n° 66 2001 p 3 pdf
  25. ↑ J. Dhombres Nombre, mesure et continu Fernand Nathan 1978 p 231-238.
  26. ↑ Si d'autres penseurs ont apportĂ© leur pierre sur le sujet, pour Jean DieudonnĂ©, Hilbert et Pasch restent les principaux acteurs : Pour l'honneur de l'esprit humain Hachette LittĂ©rature 1987 (ISBN 2010119509).
  27. ↑ David Hilbert Grundlagen der Geometrie 1ière éd. 1899, B.G. Teubner, Leipzig version anglaise
  28. ↑ Issai Schur Ueber die Grundlagen der Geometrie Math. Annalem, Vol. 55 p. 265 1902.
  29. ↑ Eliakim Hastings Moore On the Projective Axioms of Geometry Transactions of the Amer. Math. Society 1902.
  30. ↑ La relativité, Gauthier-Villars (1956)
Références
  • Euclide, Les ÉlĂ©ments, trad. F. Peyrard, 1804, F. Louis
  • R. Goblot, Thèmes de gĂ©omĂ©trie: GĂ©omĂ©trie affine et euclidienne - agrĂ©gation de mathĂ©matiques, Masson
  • Marcel Berger, GĂ©omĂ©trie [dĂ©tail des Ă©ditions]
  • (en) Michael Artin, Algebra [dĂ©tail des Ă©ditions]
  • Serge Lang, Algèbre [dĂ©tail des Ă©ditions]
  • (en) R. J. Trudeau, The non-Euclidean revolution, Birkhauser
  • (en) M. J. Greenberg, Euclidiean and non-Euclidiean geometries, Freeman

[modifier] Voir aussi

[modifier] Liens externes

[modifier] Articles connexes

  • PropriĂ©tĂ©s mĂ©triques des droites et plans
  • Histoire de la gĂ©omĂ©trie
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