Groupe (mathématiques) : encyclopédie mathématiques
Cet article est issu de l'encyclopédie libre Wikipedia.En mathĂ©matiques, un groupe est un ensemble muni d'une loi de composition interne associative admettant un Ă©lĂ©ment neutre et, pour chaque Ă©lĂ©ment de l'ensemble, un Ă©lĂ©ment symĂ©trique.
La structure de groupe est commune Ă de nombreux ensembles de nombres â par exemple les nombres entiers relatifs, munis de la loi d'addition. Mais cette structure se retrouve aussi dans de nombreux autres domaines, notamment en algĂšbre, ce qui en fait une notion centrale des mathĂ©matiques modernes.
La structure de groupe possÚde un lien étroit avec la notion de symétrie[1]. Un groupe de symétrie décrit les symétries d'une forme géométrique : il consiste en un ensemble de transformations géométriques qui laissent l'objet invariant, l'opération consistant à composer de telles transformations, c'est-à -dire à les appliquer l'une aprÚs l'autre. De tels groupes de symétrie, en particulier les groupes de Lie continus, jouent un rÎle important dans de nombreuses sciences[2]. Les groupes généraux linéaires, par exemple, sont utilisés en physique fondamentale pour comprendre les lois de la relativité restreinte et les phénomÚnes liés à la symétrie des molécules en chimie.
Sommaire |
Un des groupes les plus communs est l'ensemble des entiers relatifs â€, qui est constituĂ© des nombres
Les propriétés suivantes de l'addition usuelle servent de modÚle pour les axiomes de la définition générale donnée plus bas.
Les entiers, munis de l'opération « + », forment un objet mathématique qui appartient à une vaste classe d'objets partageant des similarités de structure. La définition formelle suivante, qui englobe l'exemple précédent et beaucoup d'autres, dont les groupes de symétries détaillés plus bas, permet de comprendre ces structures sans traiter chaque cas séparément.
Un groupe est un couple dont le premier terme est un ensemble G et le second une opération (on dit aussi loi de composition) sur cet ensemble « ⹠» qui, à deux éléments a et b de G, associe un autre élément a ⹠b. Le symbole « ⹠» est un signe général qui désigne une opération donnée, comme l'addition ci-dessus. On exige que la loi satisfasse quatre axiomes.
Pour tous a et b éléments de G, le résultat a ⹠b est aussi dans G.
Pour tous éléments a, b et c de G, l'égalité (a ⹠b) ⹠c = a ⹠(b ⹠c) est vraie.
Il existe un Ă©lĂ©ment e de G tel que, pour tout a dans G, e âą a = a âą e = a. e est appelĂ© Ă©lĂ©ment neutre du groupe (G, âą).
Pour tout Ă©lĂ©ment a de G, il existe b dans G tel que a âą b = b âą a = e, oĂč e est l'Ă©lĂ©ment neutre. b est appelĂ© symĂ©trique de a.
L'ordre dans lequel l'opĂ©ration est effectuĂ©e peut ĂȘtre important. Autrement dit, le rĂ©sultat de la combinaison d'un Ă©lĂ©ment a avec un Ă©lĂ©ment b peut ne pas ĂȘtre le mĂȘme que celui de la combinaison de b avec a ; l'Ă©galitĂ©
n'est pas toujours vraie. Un groupe dans lequel on a toujours a ⹠b = b ⹠a est dit commutatif, ou abélien (en l'honneur de Niels Abel). Ainsi, le groupe additif des nombres entiers est abélien mais le groupe de symétrie décrit ci-dessous ne l'est pas.
Les symétries (c'est-à -dire les rotations et réflexions) d'un carré munies de la composition forment un groupe appelé groupe diédral et noté D4. En voici la liste :
id (identité : chaque point est conservé) |
r1 (rotation de 90° vers la droite) |
r2 (rotation de 180°) |
r3 (rotation de 270° vers la droite) |
fv (retournement vertical) |
fh (retournement horizontal) |
fd (retournement suivant la premiĂšre diagonale) |
fc (retournement suivant la deuxiĂšme diagonale) |
| Les éléments du groupe de symétrie (D4). Les sommets sont colorés et numérotés uniquement pour visualiser les transformations. | |||
Deux symĂ©tries quelconques peuvent ĂȘtre composĂ©es ; c'est-Ă -dire appliquĂ©es l'une aprĂšs l'autre. Le rĂ©sultat obtenu en exerçant a puis b est Ă©crit symboliquement
Le groupe D4 est décrit par la table de Cayley ci-contre. Il s'agit d'un tableau analogue aux tables de multiplications des écoliers. Ainsi, à l'intersection de la ligne fh et de la colonne r3 se trouve fd (case coloriée en bleu). Cela signifie que fh ⹠r3 = fd. Autrement dit, appliquer au carré une rotation d'angle 270° vers la droite (r3) puis un retournement horizontal (fh) revient à lui appliquer un retournement suivant la premiÚre diagonale (fd).
| âą | id | r1 | r2 | r3 | fv | fh | fd | fc |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| id | id | r1 | r2 | r3 | fv | fh | fd | fc |
| r1 | r1 | r2 | r3 | id | fc | fd | fv | fh |
| r2 | r2 | r3 | id | r1 | fh | fv | fc | fd |
| r3 | r3 | id | r1 | r2 | fd | fc | fh | fv |
| fv | fv | fd | fh | fc | id | r2 | r1 | r3 |
| fh | fh | fc | fv | fd | r2 | id | r3 | r1 |
| fd | fd | fh | fc | fv | r3 | r1 | id | r2 |
| fc | fc | fv | fd | fh | r1 | r3 | r2 | id |
| Les éléments id, r1, r2, et r3 forment un sous-groupe, colorié en rouge (en haut à gauche). Deux classes à gauche et à droite suivant ce sous-groupe sont en vert (derniÚre ligne) et jaune (derniÚre colonne), respectivement. | ||||||||
Ătant donnĂ©s cet ensemble de symĂ©trie et l'opĂ©ration dĂ©crite ci-dessus, les axiomes de groupes peuvent ĂȘtre compris ainsi :
Au contraire du groupe des entiers déjà cité, l'ordre dans lequel sont effectuées les opérations est important, dans D4 : fh ⹠r1 = fc mais r1 ⹠fh = fd.. On dit que D4 n'est pas commutatif. On voit ici que la structure de groupe est plus délicate que le premier exemple sur les entiers pouvait le laisser supposer.
Le concept moderne et abstrait de groupe se développa à travers différents champs des mathématiques.
La motivation originelle de la thĂ©orie des groupes fut la recherche des solutions des Ă©quations polynomiales de degrĂ© supĂ©rieur Ă quatre. Au XIXe siĂšcle, le mathĂ©maticien français Ăvariste Galois, dĂ©veloppant des travaux prĂ©cĂ©dents de Paolo Ruffini et Joseph-Louis Lagrange, donna un critĂšre de rĂ©solubilitĂ© d'Ă©quations polynomiales particuliĂšres en termes de groupe de symĂ©trie de leurs racines[3]. Les Ă©lĂ©ments d'un tel groupe (appelĂ© groupe de Galois) correspondent Ă certaines permutations des racines. Les idĂ©es de Galois furent mĂ©connues par ses contemporains et publiĂ©es seulement Ă titre posthume. Des groupes de permutations plus gĂ©nĂ©raux furent Ă©tudiĂ©s par Augustin Louis Cauchy[3]. Arthur Cayley, dans un article de 1854, donna la premiĂšre dĂ©finition abstraite d'un groupe fini.
La géométrie fut le second domaine dans lequel les groupes furent systématiquement utilisés, en particulier dans le programme d'Erlangen de Felix Klein, en 1872[3]. AprÚs que de nouvelles géométries, comme la géométrie hyperbolique et la géométrie projective, eurent émergé, Klein utilisa la théorie des groupes pour les organiser en un systÚme cohérent. En prolongeant ces idées, Sophus Lie posa les fondations de l'étude des groupes de Lie en 1884.
Le troisiÚme domaine qui contribua à la théorie des groupes fut la théorie des nombres. Certaines structures de groupe abélien ont été implicitement utilisées par Carl Friedrich Gauss dans ses Disquisitiones Arithmeticae (1798)[4], et plus explicitement par Leopold Kronecker. En 1847, Ernst Kummer mena les premiÚres tentatives de preuve du dernier théorÚme de Fermat à leur point culminant en développant une factorisation des groupes en nombres premiers.
La convergence de ces diffĂ©rentes sources en une thĂ©orie des groupes uniforme commença avec le TraitĂ© des substitutions et des Ă©quations algĂ©briques (1870) de Camille Jordan. Walther von Dyck (1882) donna le premier[rĂ©f. nĂ©cessaire] Ă©noncĂ© moderne de la dĂ©finition d'un groupe abstrait. Durant le XXe siĂšcle, les groupes gagnĂšrent une grande reconnaissance avec les travaux de Ferdinand Georg Frobenius et William Burnside, qui travaillĂšrent sur la thĂ©orie des reprĂ©sentations d'un groupe fini, la thĂ©orie des reprĂ©sentations modulaires (en) de Richard Brauer et les articles de Issai Schur. La thĂ©orie des groupes de Lie, et plus gĂ©nĂ©ralement des groupes localement compacts fut dĂ©veloppĂ©e par Hermann Weyl, Ălie Cartan et beaucoup d'autres. Son aspect algĂ©brique, la thĂ©orie des groupes algĂ©briques, fut tout d'abord formĂ©e par Claude Chevalley, Ă la fin des annĂ©es 1930, puis par le travail essentiel d'Armand Borel et Jacques Tits.
En 1960-61, l'Année de la théorie des groupes de l'Université de Chicago rassembla de nombreux spécialiste comme Daniel Gorenstein (en), John G. Thompson et Walter Feit (en) et jeta les bases d'une collaboration qui, avec l'apport de nombreux autres mathématiciens, aboutit à la classification des groupes simples finis en 1982. Ce projet dépassa les efforts précédents par son ampleur, tant au niveau de la longueur de la preuve que du nombre de chercheurs impliqués. La recherche continue pour simplifier la démonstration de cette classification. De nos jours, la théorie des groupes reste un branche trÚs active des mathématiques avec un fort impact sur les autres domaines.
Quelques consĂ©quences Ă©lĂ©mentaires peuvent ĂȘtre tirĂ©es de l'Ă©tude de la dĂ©finition.
L'axiome d'associativitĂ© permet de dĂ©finir l'opĂ©ration sur trois Ă©lĂ©ments et non plus deux, en « levant » les parenthĂšses. En effet, quels que soient les Ă©lĂ©ments a, b et c du groupe, il est possible de dĂ©finir a âą b âą c sans ambigĂŒitĂ© :
Puisque les parenthĂšses peuvent ĂȘtre Ă©crites n'importe oĂč dans une sĂ©rie de plusieurs termes, il est d'usage de les omettre.
Les axiomes peuvent a priori ĂȘtre affaiblis, en ne considĂ©rant par exemple que le symĂ©trique et l'Ă©lĂ©ment neutre Ă gauche. Si on remplace les deux derniers axiomes de la dĂ©finition ci-dessus par
Il existe un élément e de G tel que, pour tout a dans G, e ⹠a = a.
Pour tout Ă©lĂ©ment a de G, il existe b dans G tel que b âą a = e, oĂč e est l'Ă©lĂ©ment neutre.
La nouvelle définition, apparemment plus générale que la précédente, est en fait équivalente.
Notons b le symĂ©trique Ă gauche d'un Ă©lĂ©ment quelconque a. L'Ă©lĂ©ment b admet lui-mĂȘme un symĂ©trique Ă gauche, notĂ© c. On a donc, quel que soit a :
Donc
Donc a ⹠b = e : le symétrique à gauche de a est aussi symétrique à droite.
Quel que soit a élément du groupe, de symétrique b,
donc e est aussi élément neutre à droite.
Il y a unicité de l'élément neutre et, pour chaque élément a du groupe, du symétrique de a. Cela signifie qu'un groupe possÚde exactement un élément neutre et que chaque élément du groupe possÚde un et un seul symétrique. L'emploi de l'article défini est donc correct : on parle du « symétrique » d'un élément et de « l'élément neutre » du groupe.
Supposons que le groupe possÚde deux éléments neutres e et f. On a alors
Soit e = f.
Pour prouver l'unicité du symétrique, on suppose qu'un élément a possÚde deux symétriques b et c et on prouve qu'ils sont égaux.
Pour comprendre les groupes au-delĂ des manipulations symboliques prĂ©sentĂ©es ci-dessus, d'autres concepts doivent ĂȘtre employĂ©s. Ils suivent tous un principe sous-jacent : pour bĂ©nĂ©ficier de la structure de groupe, les constructions liĂ©es Ă un groupe doivent ĂȘtre « compatibles » avec sa loi de composition. Cette compatibilitĂ© se manifeste de diffĂ©rentes façons. Par exemple, des groupes peuvent ĂȘtre reliĂ©s entre eux par des fonctions appelĂ©es homomorphismes de groupe, c'est-Ă -dire des fonctions qui conservent la structure de groupe. La structure des groupes peut aussi ĂȘtre Ă©tudiĂ©e en les « cassant » en morceaux plus simples, appelĂ©s sous-groupes ou groupes quotients[5]. Ce principe de conservation des structures est l'idĂ©e centrale de la thĂ©orie des catĂ©gories, dans laquelle on parle de catĂ©gorie des groupes.
Les homomorphismes de groupes sont les fonctions qui prĂ©servent la structure de groupe. Une fonction f : G â H entre deux groupes munis respectivement de deux lois âą et * est un homomorphisme si l'Ă©galitĂ©
est vraie pour tous les Ă©lĂ©ments a et b de G, c'est-Ă -dire que le rĂ©sultat est le mĂȘme, que l'on effectue l'opĂ©ration avant ou aprĂšs avoir appliquĂ© la fonction f.
Cette condition assure que l'image du symĂ©trique de tout Ă©lĂ©ment a est le symĂ©trique de l'image de a. En notant aâ1 le symĂ©trique d'un Ă©lĂ©ment a, cela donne :
et que l'image de l'Ă©lĂ©ment neutre du groupe (G ; âą) est l'Ă©lĂ©ment neutre de (H ; *).
Ainsi l'image d'un homomorphisme de groupe respecte les axiomes de groupe.
Notons eG et eH respectivement les éléments neutres des groupes G et H.
Quel que soit l'élément a de G,
Or, a âą eG = a, donc
Par conséquent, quel que soit a dans G,
En appliquant f(a)â1 Ă gauche,
soit (en utilisant le fait que f(a)â1*f(a) = eH) :
Donc f(eG) est élément neutre de H.
D'autre part, la définition d'un homomorphisme donne, quel que soit a dans G :
c'est-Ă -dire :
ce qui montre que f(aâ1) est le symĂ©trique de f(a).
Deux groupes G et H sont dits isomorphes s'il existe deux homomorphismes de groupes f : G â H et g : H â G tels que la composĂ©e de ces deux fonctions, quel que soit l'ordre, donne l'identitĂ©. C'est-Ă -dire que, quels que soient a Ă©lĂ©ment de G et b de H,
Du point de vue de la structure de groupe, G et H sont en quelque sorte « le mĂȘme groupe ».
Intuitivement, un sous-groupe est un groupe H inclus dans un autre groupe G. Cela signifie que l'Ă©lĂ©ment neutre de G est contenu dans H et, quels que soient h1 et h2 Ă©lĂ©ments de H, h1 âą h2 et h1â1 appartiennent aussi Ă H.
Dans l'exemple du groupe D4 ci-dessus, l'identité et les rotations forment un sous-groupe R = {id, r1, r2, r3} coloré en rouge dans le tableau : la composée de deux rotations est une rotation et chaque rotation a pour symétrique une rotation, celle telle que la somme des angles des deux rotations est 360° (un tour complet).
Une condition nécessaire et suffisante pour qu'un sous-ensemble H d'un groupe G soit un sous-groupe de G est que, quels que soient les éléments a et b de H :
La connaissance du treillis des sous-groupes d'un groupe donné est importante pour la compréhension de ce groupe.
Ătant donnĂ© un sous-ensemble S d'un groupe G, le sous-groupe engendrĂ© par S est constituĂ© par tous les produits des Ă©lĂ©ments de S avec des symĂ©triques de ces Ă©lĂ©ments, l'opĂ©ration pouvant ĂȘtre rĂ©pĂ©tĂ©e plusieurs fois. C'est le plus petit sous-groupe contenant S. Dans l'exemple D4, le sous-groupe engendrĂ© par r2 et fv est constituĂ© de ces deux Ă©lĂ©ments, de l'identitĂ© et de fh = fv âą r2. C'est un sous-groupe, car combiner deux Ă©lĂ©ments, ou leurs symĂ©triques donne un Ă©lĂ©ment de cet ensemble. On peut Ă©galement remarquer que le groupe (Z ; +) des entiers relatifs est engendrĂ© par le seul Ă©lĂ©ment 1 : on peut obtenir n'importe quel entier en ajoutant 1 avec lui mĂȘme ou avec son opposĂ© â1. On dit que Z est monogĂšne. Le sous-groupe de Z engendrĂ© par 2 est constituĂ© des nombres pairs (notĂ© 2Z), celui qui est engendrĂ© par 3 est le sous-groupe des multiples de 3 (notĂ© 3Z), etc.
Dans de nombreuses situations, il est souhaitable de considĂ©rer que deux Ă©lĂ©ments d'un groupe sont les mĂȘmes s'ils diffĂšrent d'un Ă©lĂ©ment d'un sous-groupe donnĂ©.
Par exemple, dans D4, une fois qu'un retournement a Ă©tĂ© effectuĂ©, le carrĂ© ne peut jamais revenir Ă la position de r2 par application de rotations, sans autre retournement. Il est possible de classer les figures du carrĂ© donnĂ©es dans l'exemple ci-dessus suivant deux parties : celle qui rassemble les figures pour lesquelles la suite des sommets 1-2-3-4 est parcourue dans le sens des aiguilles d'une montre, et celle des figures oĂč 1-2-3-4 est parcouru dans l'autre sens. Il est possible de passer d'une figure d'une de ces parties Ă une autre par un retournement, mais aucune rotation ne permet de passer d'un carrĂ© de type « 1-2-3-4 dans le sens des aiguilles d'une montre » Ă un carrĂ© de l'autre type. Ainsi, deux figures du mĂȘme type diffĂšrent d'une rotation.
La notion de classe suivant un sous-groupe formalise ceci : un sous-groupe H dĂ©finit une classe Ă gauche et une classe Ă droite, qui peuvent ĂȘtre vues comme des translations de H par des Ă©lĂ©ments arbitraires g du groupe. Les classe Ă gauche et classe Ă droite suivant H contenant g sont respectivement
c'est-Ă -dire les ensembles constituĂ©s de tous les Ă©lĂ©ments de la forme g âą h (classe Ă gauche) et de la forme h âą g (classe Ă droite), oĂč h est un Ă©lĂ©ment de H.
Les classes suivant un sous-groupe H forment une partition de G, c'est-à -dire que la réunion de toutes les classes à gauche est égale à G et l'intersection de deux classes à gauche différentes est vide.
L'Ă©galitĂ© g1H = g2H a lieu si et seulement si g1â1g2 â H, c'est-Ă -dire lorsque g1 et g2 diffĂšrent d'un Ă©lĂ©ment de H. De mĂȘme pour les classes Ă droite suivant H. Les classes Ă gauche et Ă droite suivant H peuvent ĂȘtre Ă©gales, mais ce n'est pas le cas en gĂ©nĂ©ral. Si, pour tout Ă©lĂ©ment g de G, gH = Hg, alors H est un sous-groupe normal (ou distinguĂ©) de G.
Dans D4, les classes à gauche gR relatives au sous-groupe R constitué par les rotations sont : soit R si g est une rotation, soit l'ensemble U = fvR = {fv, fd, fh, fc} colorié en vert sur la table de Cayley donnée plus haut. Le sous-groupe R est distingué car les classes à gauche et à droite sont égales : fvR = U = Rfv, par exemple, cette égalité étant aussi vraie pour tous les éléments autres que fv.
Dans Z, le sous groupe 2Z des nombres pairs définit deux classes : celle des nombres pairs et celle des nombres impairs. Les classes à gauche et à droite dans Z sont toujours égales car ce groupe est commutatif.
Le groupe diĂ©dral D3 des symĂ©tries d'un triangle Ă©quilatĂ©ral ABC possĂšde plusieurs sous groupes : il y a trois sous-groupes contenant l'identitĂ© et la symĂ©trie par rapport Ă une hauteur, les sous-groupes de rotation de 120 degrĂ©s (sens direct et sens indirect), le sous-groupe contenant l'identitĂ© seulement et le groupe diĂ©dral lui-mĂȘme. Certains de ces sous-groupes sont normaux, d'autres non, et cela peut se voir trĂšs simplement.
Si H est normal, pour tout g appartenant Ă D3, g H g â1 = H. Supposons que H soit le sous groupe contenant l'identitĂ© e, et la symĂ©trie s par rapport Ă l'axe vertical (hauteur issue de A). Si g est la rotation de 120 degrĂ©s dans le sens direct, les Ă©lĂ©ments de g H g â1 sont l'identitĂ© et la symĂ©trie par rapport Ă la hauteur issue de B (prendre l'exemple d'un point M proche de B, g â1 fait tourner M de -120 degrĂ©s, s envoie M de l'autre cĂŽtĂ© de l'axe vertical et g fait ramĂšne M vers B par la rotation de 120 degrĂ©s). Autrement dit, g H g â1 est diffĂ©rent de H, mais surtout g H g â1 est semblable H, mais par rapport Ă un autre axe. Les deux groupes H et g H g â1 ne diffĂšrent que par un changement de coordonnĂ©e.
Un groupe normal est en quelque sorte indépendant du systÚme de coordonnées. On voit toute de suite que le groupe contenant l'identité et la symétrie par rapport à une droite n'est pas normal, mais que le groupe contenant l'identité, la rotation de 120 degrés et la rotation de 240 degrés l'est : il n'y a pas d'axe privilégié.
Ce genre d'exemple suggĂšre que dans le groupe des matrices orthogonales, le sous-groupe des matrices conservant l'orientation est probablement normal, tandis que le sous-groupe qui conserve un hyperplan particulier ne l'est pas.
Lorsqu'un sous-groupe est distingué, l'ensemble des classes qu'il définit forme également un groupe, appelé groupe quotient de G par N et noté G / N.
L'opération de ce nouveau groupe est induite par celle de G :
pour tous Ă©lĂ©ments g et h de G. Cette Ă©tude est motivĂ©e par l'idĂ©e que l'application G â G / N qui, Ă tout Ă©lĂ©ment g du groupe associe sa classe gN, est un homomorphisme de groupe. La classe eN = N est l'Ă©lĂ©ment neutre du groupe quotient et le symĂ©trique de gN est (gN)â1 = (gâ1)N.
| âą | R | U |
|---|---|---|
| R | R | U |
| U | U | R |
| Table du groupe quotient D4 / R. | ||
Les Ă©lĂ©ments du goupe quotient D4 / R sont R lui-mĂȘme, qui reprĂ©sente l'Ă©lĂ©ment neutre, et U = fvR. La loi de groupe de ce quotient est reprĂ©sentĂ©e dans le tableau ci-contre. Par exemple, U âą U = fvR âą fvR = (fv âą fv)R = R. Le sous-groupe R = {id, r1, r2, r3} et le groupe quotient correspondant sont tous les deux commutatifs, alors que D4 ne l'est pas. L'idĂ©e de construire de grands groupes Ă partir d'autres plus petits est formalisĂ©e par la notion de produit semi-direct.
Le quotient et les sous-groupes permettent de dĂ©crire tout groupe par sa prĂ©sentation : chaque groupe est le quotient du groupe libre sur l'ensemble de ses gĂ©nĂ©rateurs, quotientĂ© par le sous-groupe des relations. Le groupe dihĂ©dral D4, par exemple, peut-ĂȘtre engendrĂ© par deux Ă©lĂ©ments a et b, oĂč a est l'une des deux rotations d'ordre 4 (par exemple celle d'angle â Ï / 2) et b un retournement quelconque (par exemple celui d'axe vertical). Une prĂ©sentation de ce groupe est :
Une présentation d'un groupe peut aussi servir à construire le graphe de Cayley, un outil utilisé pour représenter graphiquement les groupes discrets.
Les sous-groupes et groupes quotients sont liĂ©s par la relation suivante : un sous-ensemble H de G peut ĂȘtre vu comme une injection H â G, c'est-Ă -dire que chaque Ă©lĂ©ment de G possĂšde au plus un antĂ©cĂ©dent par cette fonction. La notion d'application injective est liĂ©e avec celle d'application surjective (une application pour laquelle tout Ă©lĂ©ment de l'ensemble d'arrivĂ©e admet au moins un antĂ©cĂ©dent). L'application canonique G â G / N est surjective. Les thĂ©orĂšmes d'isomorphisme permettent d'exhiber des homomorphismes injectifs, surjectifs et bijectifs « naturels » d'un groupe afin de comprendre sa structure.
Les exemples et applications des groupes abondent. Un point de départ est le groupe Z des entiers avec l'addition comme loi, donné en introduction de l'article. Si au lieu de l'addition on considÚre la multiplication, on obtient des groupes multiplicatifs. Ces groupes sont les prédécesseurs d'importantes constructions en algÚbre générale.
Les groupes sont aussi appliquĂ©s dans de nombreux autres domaines des mathĂ©matiques. Les objets mathĂ©matiques sont souvent examinĂ©s en leur associant des groupes et en Ă©tudiant les propriĂ©tĂ©s des groupes correspondants. Par exemple, Henri PoincarĂ© a fondĂ© ce qui est maintenant appelĂ© la topologie algĂ©brique en introduisant le groupe fondamental. De par cette connexion, des propriĂ©tĂ©s topologiques comme les voisinages et la continuitĂ© se traduisent en propriĂ©tĂ©s de groupes. Par exemple, les Ă©lĂ©ments du groupe fondamental sont reprĂ©sentĂ©s par des boucles. La deuxiĂšme image Ă droite montre quelques boucles dans un plan privĂ© d'un point. La boucle bleue est considĂ©rĂ©e comme nulle et donc sans intĂ©rĂȘt, car elle peut ĂȘtre continument (c'est-Ă -dire sans ĂȘtre « cassĂ©e ») dĂ©formĂ©e en un point. La prĂ©sence d'un trou empĂȘche la boucle orange d'ĂȘtre continument dĂ©formĂ©e en un point. Le groupe fondamental du plan dont un point a Ă©tĂ© ĂŽtĂ© s'avĂšre donc infini et cyclique, engendrĂ© par la boucle orange (ou toute autre boucle faisant un tour autour du trou).
Dans des applications plus rĂ©centes, l'influence a Ă©tĂ© inversĂ©e pour motiver les constructions gĂ©omĂ©triques par un arriĂšre-plan de thĂ©orie des groupes. Dans le mĂȘme idĂ©e, la thĂ©orie gĂ©omĂ©trique des groupes emploie des concepts gĂ©omĂ©triques, par exemple dans l'Ă©tude des groupes hyperboliques. D'autres branches appliquant les groupes de maniĂšre cruciale incluent la gĂ©omĂ©trie algĂ©brique et la thĂ©orie des nombres.
En plus des applications théoriques précédentes, de nombreuses applications pratiques des groupes existent. La cryptographie repose sur la combinaison de la théorie des groupes avec le savoir algorithmique obtenu par la théorie algorithmique des groupes (en), en particulier l'implémentation dans les groupes finis. Les applications de la théorie des groupes ne sont pas restreintes aux mathématiques, des sciences comme la physique, la chimie et l'informatique bénéficient de ce concept.
De nombreux systÚmes numériques, comme les nombres entiers et rationnels, bénéficient naturellement d'une structure de groupe. Dans certains cas, l'addition et la multiplication donnent chacune lieu à une structure de groupe. Ces considérations ont donné naissance à des structures algébriques plus élaborées : les anneaux et les corps.
Les groupes des nombres entiers Z muni de l'addition, notĂ© (Z, +), a Ă©tĂ© dĂ©crit plus haut. L'ensemble des nombres entiers, muni de la multiplication (Z, Ă), ne forme pas un groupe. La loi est bien interne, associative, et il existe un Ă©lĂ©ment neutre (le nombre 1), mais pas d'inverse en gĂ©nĂ©ral : par exemple, l'Ă©quation 2 · b = 1 n'admet pas de solution dans Z. L'inverse de 2 serait 1â2, qui n'est pas entier, mais rationnel.
Le besoin d'inverses des nombres entiers amĂšne Ă considĂ©rer les fractions : aâb, oĂč a et b sont deux entiers, b Ă©tant diffĂ©rent de zĂ©ro. Ces fractions d'entiers sont appelĂ©es nombres rationnels et l'ensemble qu'elles constituent est notĂ© Q.
L'ensemble des rationnels muni de la multiplication, (Q, ·), ne constitue pas un groupe, car le nombre 0 ne possÚde pas d'inverse pour la multiplication (il n'existe aucun nombre rationnel x tel que x · 0 = 1).
Cependant, l'ensemble des nombres rationnels non nuls : Q \ {0} = {q â Q, q â 0}, muni de la multiplication, forme un groupe notĂ© (Q \ {0}, ·).
L'ensemble des nombres rationnels (y compris zéro) forme aussi un groupe lorsqu'il est muni de l'addition. L'entrelacement de l'addition et de la multiplication produit une nouvelle structure plus complexe que celle de groupe : les anneaux (comme, par exemple, Z) et, si la division est possible (comme avec Q), les corps commutatifs.
| Ă | 1 | 2 | 3 | 4 |
|---|---|---|---|---|
| 1 | 1 | 2 | 3 | 4 |
| 2 | 2 | 4 | 1 | 3 |
| 3 | 3 | 1 | 4 | 2 |
| 4 | 4 | 3 | 2 | 1 |
| Table de multiplication de Z/5Z privé de 0. | ||||
L'ensemble des classes du groupe quotient de (Z, +) par son sous-groupe pZ engendré par un entier p, noté Z/pZ est particuliÚrement intéressant lorsque p est un nombre premier.
Pour tout nombre premier p, Z/pZ, muni cette fois de la multiplication (et privé de zéro), est un groupe. Ses éléments sont les entiers non divisibles par p, considérés modulo p, c'est-à -dire que chaque nombre est assimilé au reste de sa division euclidienne par p : deux éléments sont considérés comme équivalents lorsque leur différence est un multiple de p.
Par exemple, si p = 5, il y a exactement 4 Ă©lĂ©ments : 1 ; 2 ; 3 et 4. Les multiples de 5 sont exclus. 6 et â4 sont considĂ©rĂ©s comme Ă©quivalents Ă 1. Le produit 4 · 4 = 1 puisque le produit usuel 16 est Ă©quivalent Ă 1, car 5 divise 16 â 1 = 15. On note 16 ⥠1 (mod 5).
La primalité de p assure que le produit de deux entiers non divisibles par p n'est pas divisible par p, donc la multiplication sur l'ensemble de classes considérés est une loi de composition interne. L'élément neutre est 1 et l'associativité provient de la propriété correspondante sur les entiers relatifs. Enfin, le dernier axiome de groupe nécessite que, pour chaque élément a non divisible par p, il existe un entier b non divisible par p tel que :
L'inverse b peut ĂȘtre dĂ©terminĂ© en utilisant le thĂ©orĂšme de Bachet-BĂ©zout et le fait que le PGCD de a et p est 1. Dans le cas p = 5 ci-dessus, l'inverse de 4 est 4 et l'inverse de 3 est 2, car 3 · 2 = 6 ⥠1 (mod 5). Ainsi, les axiomes de groupes sont vĂ©rifiĂ©s. En fait, cet exemple est similaire Ă (Q\{0}, ·), car il montre que l'ensemble des Ă©lĂ©ments non nuls, muni de la multiplication, est un groupe, ce qui, conjointement au groupe additif, donne un corps fini notĂ© Fp. Ces groupes sont cruciaux pour la cryptographie Ă clĂ© publique.
Un groupe cyclique est un groupe dont tous les éléments sont des puissances (quand le groupe est noté additivement, le terme multiple est utilisé) d'un certain élément a. En notation multiplicative, les éléments du groupe sont :
oĂč a2 signifie a âą a, et aâ3 dĂ©signe aâ1 âą aâ1 âą aâ1=(a âą a âą a)â1 etc. Un tel Ă©lĂ©ment a est un gĂ©nĂ©rateur, ou Ă©lĂ©ment primitif du groupe.
Un exemple typique est celui des racines ne de l'unitĂ©, qui sont les nombres complexes z tels que zn = 1, muni de la multiplication (n dĂ©signant un nombre entier strictement positif). Tout groupe cyclique contenant n Ă©lĂ©ments est isomorphe Ă ce groupe. La thĂ©orie des corps montre que le groupe (Fp,Ă) est cyclique : pour p = 5, par exemple, 3 est un gĂ©nĂ©rateur car 31 = 3, 32 = 9 ⥠4, 33 ⥠2 et 34 ⥠1. Tout groupe cyclique infini est isomorphe au groupe des entiers relatifs (Z, +). Comme ces deux prototypes sont abĂ©liens, tout groupe cyclique est abĂ©lien.
Les groupes de symĂ©tries sont constituĂ©s des symĂ©tries d'objets mathĂ©matiques donnĂ©s, que ces objets soient de nature gĂ©omĂ©trique, comme le groupe des symĂ©tries du carrĂ© vu en introduction, ou de nature algĂ©brique, comme les Ă©quations polynomiales et leus solutions. D'un point de vue conceptuel, la thĂ©orie des groupes peut ĂȘtre pensĂ©e comme l'Ă©tude de la symĂ©trie. Les symĂ©tries simplifient grandement l'Ă©tude des objets gĂ©omĂ©triques ou analytiques. On dit qu'un groupe opĂšre sur un objet X si chaque Ă©lĂ©ment du groupe rĂ©alise une opĂ©ration sur X compatible avec la loi du groupe. Par exemple, le groupe diĂ©dral D4 opĂšre sur le carrĂ©.
En chimie, notamment en cristallographie[6], les groupes d'espaces et groupes ponctuels de symétrie décrivent des symétries moléculaires et les symétries de cristaux. Ces symétries sous-tendent le comportement chimique et physique de ces systÚmes et la théorie des groupes permet la simplification de l'analyse quantique de ces propriétés. Par exemple, la théorie des groupes est utilisés pour montrer que des transitions d'atoms entre certains niveaux quantiques ne peuvent pas se produire à cause de la symétrie des niveaux[6].
Les groupes ne sont pas seulement utiles pour estimer les implications des symĂ©tries dans les molĂ©cules, mais il prĂ©disent aussi, de façon surprenante, que les molĂ©cules peuvent parfois changer de symĂ©trie. Lâeffet Jahn-Teller, connu aussi en tant que « distorsion Jahn-Teller », dĂ©crit la distorsion de la gĂ©omĂ©trie des molĂ©cules non-linĂ©aires dans certaines situations. Historiquement, cet effet a Ă©tĂ© proposĂ© dans un thĂ©orĂšme publiĂ© en 1937 par Hermann Arthur Jahn (en) et Edward Teller, dans lequel ils dĂ©montrent que toute molĂ©cule non-linĂ©aire possĂ©dant un niveau Ă©lectronique fondamental dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© subira une distorsion gĂ©omĂ©trique qui lĂšvera cette dĂ©gĂ©nĂ©rescence, ce qui aura pour effet de diminuer lâĂ©nergie totale de la molĂ©cule.
De mĂȘme, la thĂ©orie des groupes aide Ă prĂ©voir les changements dans les propriĂ©tĂ©s physiques qui se produisent quand un matĂ©riau subit une transition de phase, par exemple, d'une forme cristalline cubique en une forme tĂ©traĂ©drique. Ainsi les matĂ©riaux ferroĂ©lectriques, dans lesquels le changement d'une phase paraĂ©lectrique Ă une phase ferroĂ©lectrique se produit Ă la tempĂ©rature de Curie et est liĂ© Ă un changement de l'Ă©tat hautement symĂ©trique paraĂ©lectrique Ă un Ă©tat ferroĂ©lectrique de moindre symĂ©trie, accompagnĂ© d'un mode appelĂ© phonon, c'est-Ă -dire un « paquet Ă©lĂ©mentaire de vibration » qui s'Ă©tend de la frĂ©quence zĂ©ro Ă la transition.
Une telle brisure spontanĂ©e de symĂ©trie a trouvĂ© une application en physique des particules Ă©lĂ©mentaires, oĂč son apparition est reliĂ©e Ă l'apparition de bosons de Goldstone.
| Le BuckminsterfullerÚne possÚde une symétrie icosaédrique (en). |
L'ammoniac, NH3. Son groupe de symétries est d'ordre 6, engendré par une rotation de 120° et une réflexion. | Le Cubane C8H8 est caractérisé par une symétrie octaédrique (en). |
L'ion complexe Hexaaquacopper(II), [Cu(OH2)6]2+. Comparé à une forme parfaitement symétrique, la molécule est dilatée verticalement d'environ 22% (effet Jahn-Teller). | Le groupe de triangle (2,3,7), un groupe hyperbolique, opÚre sur ce pavage du plan hyperbolique. |
Les groupes de symétries finis comme le groupe de Mathieu sont utilisés en théorie des codes, qui est à son tour appliquée à la correction préventive d'erreurs de données transmises et dans les lecteurs de CD. Une autre application est la théorie de Galois différentielle, qui caractérise les fonctions possédant des primitives d'une certaine forme, ce qui donne des critÚres de théorie des groupes pour déterminer quand certaines équations différentielles se comportent bien. Les propriétés géométriques qui restent stables par une action de groupe sont étudiées en théorie géométrique des invariants (en).
Un groupe de matrices (en) est constituĂ© de matrices et muni de la multiplication matricielle. Le groupe gĂ©nĂ©ral linĂ©aire GL(n,R) contient toutes les matrices inversibles Ă n lignes et n colonnes et coefficients rĂ©els. Le groupe diĂ©dral mentionnĂ© ci-dessus peut ĂȘtre vu comme un trĂšs petit groupe de matrices. Un autre groupe de matrices trĂšs important est le groupe spĂ©cial orthogonal SO(n). Il dĂ©crit toutes les rotations possibles Ă n dimensions. Via les angles d'Euler, les matrices de rotation sont utilisĂ©es en infographie pour la synthĂšse d'images.
La théorie des représentations est à la fois une application du concept de groupe et important pour une compréhension plus profonde de ce concept. Elle consiste à étudier un groupe par son action sur d'autres espaces. Une grande catégorie de représentations de groupes est celle des représentations linéaires, lorsque le groupe opÚre sur un espace vectoriel comme par exemple l'espace euclidien à trois dimensions. Une représentation d'un groupe G sur un espace vectoriel réel à n dimensions est simplement un homomorphisme de groupes
du groupe G vers le groupe gĂ©nĂ©ral linĂ©aire. De cette façon, l'opĂ©ration de groupe, qui peut ĂȘtre dĂ©finie de façon abstraite, est transposĂ©e en la multiplication de matrices, ce qui la rend accessible Ă des calculs explicites.
Ătant donnĂ©e une action de groupe, cela donne des moyens supplĂ©mentaires pour Ă©tudier l'objet sur lequel le groupe opĂšre. Mais aussi des informations sur le groupe lui-mĂȘme. Les reprĂ©sentations de groupes sont un principe d'organisation de la thĂ©orie des groupes finis, des groupes de Lie, des groupes algĂ©briques et des groupes topologiques, en particulier les groupes compacts ou localement compacts.
Les groupes de Galois ont été développés pour aider à la résolution d'équations polynomiales en identifiant leurs symétries. Par exemple, les solutions de l'équation quadratique ax2 + bx + c = 0 sont données par :
L'Ă©change de « + » et « - » dans l'expression, c'est-Ă -dire la permutation des deux solutions de l'Ă©quation, peut ĂȘtre vu comme une action de groupe trĂšs simple. Des formules similaires sont connues pour les Ă©quations cubiques et quartiques, mais n'existent pas en gĂ©nĂ©ral pour les Ă©quations polynomiales de degrĂ© 5 ou davantage. Les propriĂ©tĂ©s abstraites des groupes de Galois associĂ©s Ă des polynĂŽmes donnent un critĂšre permettant de dĂ©terminer si une Ă©quation polynomiale est rĂ©soluble par radicaux, c'est-Ă -dire si les solutions peuvent ĂȘtre exprimĂ©es Ă partir des coefficients du polynĂŽme en utilisant seulement l'addition, la multiplication et les racines ne, comme dans la formule ci-dessus.
Le problĂšme peut ĂȘtre traitĂ© en utilisant la thĂ©orie des corps, en considĂ©rant le corps de rupture du polynĂŽme. La thĂ©orie de Galois moderne gĂ©nĂ©ralise les groupes de Galois Ă©voquĂ©s ci-dessus aux extensions de corps et Ă©tablit, par le thĂ©orĂšme fondamental de la thĂ©orie de Galois, une relation prĂ©cise entre les corps et les groupes, soulignant une fois de plus le rĂŽle important des groupes dans les divers champs des mathĂ©matiques.
Un groupe est dit fini s'il possĂšde un nombre fini d'Ă©lĂ©ments. Le nombre de ses Ă©lĂ©ments est appelĂ© l'ordre de ce groupe. Les groupes symĂ©triques SN, groupes des permutations de N lettres, sont particuliĂšrement importants. Par exemple, le groupe symĂ©trique sur 3 lettres (en) ABC contient les six permutations des trois lettres : ABC, ACB, BAC, BCA, CAB et CBA. Ces groupes sont importants car tout groupe fini est isomorphe Ă un sous-groupe d'un groupe symĂ©trique SN, pour une certaine valeur de N (thĂ©orĂšme de Cayley). De maniĂšre analogue au groupe des symĂ©tries du carrĂ© vu plus haut, S3 peut ĂȘtre vu comme le groupe des symĂ©tries d'un triangle Ă©quilatĂ©ral.
L'ordre d'un Ă©lĂ©ment a d'un groupe G est le plus petit entier positif n tel que an = e, oĂč an reprĂ©sente
c'est-à -dire la répétition de l'opération ⹠sur n copies de a. Dans un groupe infini, un tel ordre n peut ne pas exister, dans ce cas on dit que l'ordre de a est l'infini. L'ordre d'un élément est égal à l'ordre du groupe cyclique engendré par cet élément.
Des techniques de comptage plus sophistiquées produisent des informations plus précises sur les groupes finis : le théorÚme de Lagrange indique que, pour un groupe fini G, l'ordre de tous sous-groupe H de G divise l'ordre de G. Les théorÚmes de Sylow donnent des réciproques partielles.
Le groupe diĂ©dral D4 est un groupe fini d'ordre 8. L'ordre de r1 est 4, de mĂȘme que l'ordre du sous-groupe R engendrĂ© par cette rotation. L'ordre des rĂ©flexions fv etc, est 2. Ces ordres divisent 8, comme l'indique le thĂ©orĂšme de Lagrange.
La classification des groupes finis mĂšne rapidement Ă des mathĂ©matiques profondes et difficiles. D'aprĂšs le thĂ©orĂšme de Lagrange, les groupes finis d'ordre p, oĂč p est un nombre premier, sont nĂ©cessairement cycliques, donc abĂ©liens et isomorphes Ă Zp. On peut Ă©galement montrer que les groupes d'ordre p2 sont abĂ©liens. Ce rĂ©sultat ne se gĂ©nĂ©ralise pas Ă p3, comme le montre le groupe diĂ©dral D4 non abĂ©lien d'ordre 8 = 23. Un systĂšme de calcul formel peut ĂȘtre utilisĂ© pour Ă©tablir une liste des petits groupes, mais il n'existe aucune classification de tous les groupes finis.
Une Ă©tape intermĂ©diaire est la classification des groupes simples finis. Un groupe G non trivial est dit simple si ses seuls sous-groupes normaux sont son sous-groupe trivial (rĂ©duit Ă l'Ă©lĂ©ment neutre) et le groupe G lui-mĂȘme. Le thĂ©orĂšme de Jordan-Hölder dĂ©signe les groupes simples comme Ă©tant les « briques » utilisĂ©es pour construire tous les groupes finis. L'Ă©laboration de la liste des groupes finis simples fut un rĂ©sultat majeur de la thĂ©orie des groupes contemporaine[7]. Richard Borcherds, laurĂ©at de la mĂ©daille Fields en 1998, parvint Ă prouver les conjectures monstrous moonshine, une relation surprenante et profonde entre le plus grand groupe sporadique fini simple (le groupe Monstre) et certaines formes modulaires, qui font partie de l'analyse complexe et de la thĂ©orie des cordes, une thĂ©orie supposĂ©e unifier la description de nombreux phĂ©nomĂšnes physiques.
De nombreux groupes sont en mĂȘme temps des exemples d'autres structures mathĂ©matiques. Dans le langage de la thĂ©orie des catĂ©gories, il existe des groupes dans une catĂ©gorie, ce qui signifie qu'il existe des objets (c'est-Ă -dire des exemples d'une autre structure mathĂ©matique) accompagnĂ©s de transformations (appelĂ©es morphismes) qui imitent les axiomes de groupe. Par exemple, chaque groupe est aussi un ensemble, donc un groupe est un objet groupe dans la catĂ©gorie des ensembles.
Certains espaces topologiques peuvent ĂȘtre munis d'une loi de groupe. Pour que la loi du groupe et la topologie interagissent correctement, les opĂ©rations du groupe doivent ĂȘtre continues, c'est-Ă -dire que g âą h, et gâ1 ne doivent pas beaucoup varier si g et h varient peu. De tels groupes sont dits groupes topologiques. Les exemples les plus courants sont le groupe des nombres rĂ©els non nuls, muni de la multiplication usuelle (R \ {0}, ·), ainsi que les corps topologiques semblables comme celui des nombres complexes ou les nombres p-adiques. Tous ces groupes sont localement compacts, ils ont donc une mesure de Haar et peuvent ĂȘtre Ă©tudiĂ©s via l'analyse harmonique. La mesure de Haar offre un formalisme abstrait des intĂ©grales invariantes. L'invariance signifie, dans le cas des nombres rĂ©els par exemple :
pour toute constante c. Les groupes de matrices Ă coefficients dans ces corps relĂšvent de ce rĂ©gime, comme les anneaux adĂšles et les groupes algĂ©briques adĂ©liques (en) qui sont fondamentaux en thĂ©orie des nombres. Les groupes de Galois d'extensions de corps infinis comme le groupe de Galois absolu peuvent aussi ĂȘtre Ă©quipĂ©s d'une topologie, la topologie de Krull, qui est Ă son tour centrale pour gĂ©nĂ©raliser la connexion entre les corps et les groupes d'extensions de corps infinis esquissĂ©e plus haut. Une gĂ©nĂ©ralisation avancĂ©e de cette idĂ©e, adaptĂ©e aux besoins de la gĂ©omĂ©trie algĂ©brique, est le groupe fondamental Ă©tale (en).
Les groupes de Lie (du nom de Sophus Lie) sont des groupes qui ont une structure de variĂ©tĂ© diffĂ©rentiable, c'est-Ă -dire qui sont des espaces localement semblables Ă un espace euclidien d'une certaine dimension. LĂ encore, la structure additionnelle â ici, la structure de variĂ©tĂ© â doit ĂȘtre compatible avec celle de groupe, c'est-Ă -dire que les fonctions correspondant Ă la multiplication et Ă l'inverse doivent ĂȘtre diffĂ©rentiables.
Un exemple standard est le groupe général linéaire introduit plus haut : il est un sous-ensemble ouvert de l'espace de toutes les matrices carrées à n lignes et n colonnes car défini par l'ensemble des matrices carrées A telles que
oĂč det dĂ©signe le dĂ©terminant, qui est une application continue.
Les groupes de Lie sont d'une importance fondamentale en physique : le thĂ©orĂšme de Noether exprime l'Ă©quivalence qui existe entre les lois de conservation et l'invariance des lois physiques en ce qui concerne les symĂ©tries en physique. Les rotations, ainsi que les translations dans l'espace et le temps, sont des symĂ©tries de base des lois de la mĂ©canique. Elles peuvent notamment ĂȘtre utilisĂ©es pour construire des modĂšles simples â imposer par exemple un axe de symĂ©trie Ă une situation conduit gĂ©nĂ©ralement Ă une nette simplification des Ă©quations nĂ©cessaires Ă sa description physique. Une autre exemple est la transformation de Lorentz, qui relie les mesures du temps et de la vitesse de deux observateurs en mouvement relatif. Elle peut ĂȘtre dĂ©duite par un raisonnement purement thĂ©orique sur le groupe des transformations de GalilĂ©e de l'espace de Minkowski. Ce dernier sert â en l'absence d'une gravitation significative â Ă modĂ©liser l'espace-temps en relativitĂ© restreinte. Le groupe des isomĂ©tries de l'espace de Minkowski est appelĂ© Groupe de PoincarĂ©. De ce fait, celui-ci joue un rĂŽle pivot en relativitĂ© restreinte et, par consĂ©quent, pour la thĂ©orie quantique des champs.
| Structures algébriques semblables aux groupes | ||||
| Associativité | Neutre | Symétrique | ||
|---|---|---|---|---|
| Groupe | ||||
| MonoĂŻde | ||||
| Demi-groupe | ||||
| Magma | ||||
En algĂšbre gĂ©nĂ©rale, des structures plus gĂ©nĂ©rales sont dĂ©finies en omettant certains axiomes de la dĂ©finition des groupes. Par exemple, si la condition que chaque Ă©lĂ©ment possĂšde un symĂ©trique est Ă©liminĂ©e, on obtient une structure algĂ©brique appelĂ©e monoĂŻde. Les nombres entiers naturels N, munis de l'addition, forment un monoĂŻde, de mĂȘme que l'ensemble des entiers relatifs non nuls munis de la multiplication (Z \ {0}, ·) vu plus haut. Il existe une mĂ©thode gĂ©nĂ©rale pour ajouter de façon formelle des symĂ©triques aux Ă©lĂ©ments d'un monoĂŻde commutatif, de façon analogue Ă celle dont (Q \ {0}, ·) est dĂ©rivĂ© de (Z \ {0}, ·). Le groupe ainsi obtenu est appelĂ© groupe de Grothendieck (en) du monoĂŻde.
Un groupoïde est semblable à un groupe, si ce n'est que la loi a ⹠b n'est pas définie pour tous les éléments a et b. Les groupoïdes apparaissent dans l'étude de formes plus compliquées de symétries, souvent dans les structures topologiques ou analytiques, comme le groupoïde fondamental. Le tableau ci-contre donne différentes structures généralisant celle de groupe.
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