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Groupe (mathématiques)


Groupe (mathématiques) : encyclopédie mathématiques

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Les manipulations possibles du cube de Rubik forment un groupe.

En mathématiques, un groupe est un ensemble muni d'une loi de composition interne associative admettant un élément neutre et, pour chaque élément de l'ensemble, un élément symétrique.

La structure de groupe est commune Ă  de nombreux ensembles de nombres — par exemple les nombres entiers relatifs, munis de la loi d'addition. Mais cette structure se retrouve aussi dans de nombreux autres domaines, notamment en algĂšbre, ce qui en fait une notion centrale des mathĂ©matiques modernes.

La structure de groupe possĂšde un lien Ă©troit avec la notion de symĂ©trie[1]. Un groupe de symĂ©trie dĂ©crit les symĂ©tries d'une forme gĂ©omĂ©trique : il consiste en un ensemble de transformations gĂ©omĂ©triques qui laissent l'objet invariant, l'opĂ©ration consistant Ă  composer de telles transformations, c'est-Ă -dire Ă  les appliquer l'une aprĂšs l'autre. De tels groupes de symĂ©trie, en particulier les groupes de Lie continus, jouent un rĂŽle important dans de nombreuses sciences[2]. Les groupes gĂ©nĂ©raux linĂ©aires, par exemple, sont utilisĂ©s en physique fondamentale pour comprendre les lois de la relativitĂ© restreinte et les phĂ©nomĂšnes liĂ©s Ă  la symĂ©trie des molĂ©cules en chimie.

Sommaire

[modifier] Définition et illustration

[modifier] Premier exemple : les entiers

Un des groupes les plus communs est l'ensemble des entiers relatifs ℀, qui est constitué des nombres

..., −4, −3, −2, −1, 0, 1, 2, 3, 4, ...

Les propriétés suivantes de l'addition usuelle servent de modÚle pour les axiomes de la définition générale donnée plus bas.

  1. Pour deux entiers quelconques a et b, la somme a+b est aussi un entier. En d'autres termes, le fait d'additionner deux entiers ne peut jamais mener à un résultat non entier. On dit que l'addition est une loi de composition interne.
  2. Pour tous entiers a, b et c, (a + b) + c = a + (b + c). LittĂ©ralement, additionner d'abord a et b, puis ajouter c au rĂ©sultat donne le mĂȘme rĂ©sultat final qu'ajouter a Ă  la somme de b et c. Cette propriĂ©tĂ© est nommĂ©e associativitĂ©.
  3. Si a est un entier, alors 0 + a = a + 0 = a. Zéro est ce qu'on appelle un élément neutre pour l'addition, parce qu'ajouter 0 à tout entier renvoie cet entier.
  4. Pour tout entier a, il existe un entier b tel que a + b = b + a = 0. L'entier b est appelĂ© l'Ă©lĂ©ment symĂ©trique de l'entier a et est notĂ© −a (pour l'addition, on dit aussi opposĂ©).

[modifier] Définition

Les entiers, munis de l'opĂ©ration « + Â», forment un objet mathĂ©matique qui appartient Ă  une vaste classe d'objets partageant des similaritĂ©s de structure. La dĂ©finition formelle suivante, qui englobe l'exemple prĂ©cĂ©dent et beaucoup d'autres, dont les groupes de symĂ©tries dĂ©taillĂ©s plus bas, permet de comprendre ces structures sans traiter chaque cas sĂ©parĂ©ment.

Un groupe est un couple dont le premier terme est un ensemble G et le second une opĂ©ration (on dit aussi loi de composition) sur cet ensemble « â€ą Â» qui, Ă  deux Ă©lĂ©ments a et b de G, associe un autre Ă©lĂ©ment a ‱ b. Le symbole « â€ą Â» est un signe gĂ©nĂ©ral qui dĂ©signe une opĂ©ration donnĂ©e, comme l'addition ci-dessus. On exige que la loi satisfasse quatre axiomes.

Loi de composition interne

Pour tous a et b Ă©lĂ©ments de G, le rĂ©sultat a ‱ b est aussi dans G.

Associativité

Pour tous Ă©lĂ©ments a, b et c de G, l'Ă©galitĂ© (a ‱ b) ‱ c = a ‱ (b ‱ c) est vraie.

ÉlĂ©ment neutre

Il existe un Ă©lĂ©ment e de G tel que, pour tout a dans G, e ‱ a = a ‱ e = a. e est appelĂ© Ă©lĂ©ment neutre du groupe (G, ‱).

Symétrique

Pour tout Ă©lĂ©ment a de G, il existe b dans G tel que a ‱ b = b ‱ a = e, oĂč e est l'Ă©lĂ©ment neutre. b est appelĂ© symĂ©trique de a.

L'ordre dans lequel l'opĂ©ration est effectuĂ©e peut ĂȘtre important. Autrement dit, le rĂ©sultat de la combinaison d'un Ă©lĂ©ment a avec un Ă©lĂ©ment b peut ne pas ĂȘtre le mĂȘme que celui de la combinaison de b avec a ; l'Ă©galitĂ©

a ‱ b = b ‱ a

n'est pas toujours vraie. Un groupe dans lequel on a toujours a ‱ b = b ‱ a est dit commutatif, ou abĂ©lien (en l'honneur de Niels Abel). Ainsi, le groupe additif des nombres entiers est abĂ©lien mais le groupe de symĂ©trie dĂ©crit ci-dessous ne l'est pas.

[modifier] Remarque sur le vocabulaire

  • Lorsque la loi est notĂ©e additivement
    • le symĂ©trique est appelĂ© opposĂ© et l'opposĂ© de a est notĂ© -a
    • le neutre est souvent appelĂ© zĂ©ro et notĂ© 0.
  • Lorsque la loi est notĂ©e multiplicativement
    • le symĂ©trique est appelĂ© inverse et l'inverse de a est notĂ© a-1
    • le neutre est parfois appelĂ© unitĂ© et notĂ© 1.

[modifier] DeuxiĂšme exemple : un groupe de symĂ©trie

Les symĂ©tries (c'est-Ă -dire les rotations et rĂ©flexions) d'un carrĂ© munies de la composition forment un groupe appelĂ© groupe diĂ©dral et notĂ© D4. En voici la liste :

Group D8 id.svg
id (identitĂ© : chaque point est conservĂ©)
Group D8 90.svg
r1 (rotation de 90° vers la droite)
Group D8 180.svg
r2 (rotation de 180°)
Group D8 270.svg
r3 (rotation de 270° vers la droite)
Group D8 fv.svg
fv (retournement vertical)
Group D8 fh.svg
fh (retournement horizontal)
Group D8 f13.svg
fd (retournement suivant la premiĂšre diagonale)
Group D8 f24.svg
fc (retournement suivant la deuxiĂšme diagonale)
Les éléments du groupe de symétrie (D4). Les sommets sont colorés et numérotés uniquement pour visualiser les transformations.
  • l'application identitĂ©, laissant tout inchangĂ©, est notĂ©e id ;
  • les rotations de 90° , 180° et 270° vers la droite, notĂ©es respectivement r1, r2 et r3. Le centre de toutes ces rotations est le point d'intersection des diagonales du carrĂ© ;
  • les rĂ©flexions ayant pour axes les mĂ©diatrices des cĂŽtĂ©s du carrĂ© (fh et fv) ou ses diagonales (fd et fc).

Deux symĂ©tries quelconques peuvent ĂȘtre composĂ©es ; c'est-Ă -dire appliquĂ©es l'une aprĂšs l'autre. Le rĂ©sultat obtenu en exerçant a puis b est Ă©crit symboliquement

b ‱ a (« appliquer la symĂ©trie b aprĂšs avoir appliquĂ© a. Â» L'Ă©criture de droite Ă  gauche utilisĂ©e ici provient de la composition de fonctions.)

Le groupe D4 est dĂ©crit par la table de Cayley ci-contre. Il s'agit d'un tableau analogue aux tables de multiplications des Ă©coliers. Ainsi, Ă  l'intersection de la ligne fh et de la colonne r3 se trouve fd (case coloriĂ©e en bleu). Cela signifie que fh ‱ r3 = fd. Autrement dit, appliquer au carrĂ© une rotation d'angle 270° vers la droite (r3) puis un retournement horizontal (fh) revient Ă  lui appliquer un retournement suivant la premiĂšre diagonale (fd).

Table de Cayley de D4
‱ id r1 r2 r3 fv fh fd fc
id id r1 r2 r3 fv fh fd fc
r1 r1 r2 r3 id fc fd fv fh
r2 r2 r3 id r1 fh fv fc fd
r3 r3 id r1 r2 fd fc fh fv
fv fv fd fh fc id r2 r1 r3
fh fh fc fv fd r2 id r3 r1
fd fd fh fc fv r3 r1 id r2
fc fc fv fd fh r1 r3 r2 id
Les éléments id, r1, r2, et r3 forment un sous-groupe, colorié en rouge (en haut à gauche). Deux classes à gauche et à droite suivant ce sous-groupe sont en vert (derniÚre ligne) et jaune (derniÚre colonne), respectivement.

Étant donnĂ©s cet ensemble de symĂ©trie et l'opĂ©ration dĂ©crite ci-dessus, les axiomes de groupes peuvent ĂȘtre compris ainsi :

  1. L'opĂ©ration doit ĂȘtre une loi de composition interne : pour toutes symĂ©tries a et b, b ‱ a doit ĂȘtre aussi une symĂ©trie du carrĂ©. Par exemple r3 ‱ fh = fc
    c'est-à-dire que faire pivoter le carré de 270° vers la droite aprÚs l'avoir retourné horizontalement revient à l'avoir retourné suivant la deuxiÚme diagonale (fc). Toutes les combinaisons de deux symétries donnent une symétrie, comme en atteste la table de Cayley ci-contre.
  2. L'hypothĂšse d'associativitĂ© traite de la composition de plus de deux symĂ©tries : soient trois Ă©lĂ©ments a, b et c de D4, il existe deux façons possibles de calculer « a puis b puis c Â». La condition
    a ‱ (b ‱ c) = (a ‱ b) ‱ c
    signifie que la composition de trois Ă©lĂ©ments est indĂ©pendante de l'ordre de prioritĂ© des opĂ©rations. Cela peut aussi ĂȘtre vĂ©rifiĂ© en examinant la table de Cayley ci-contre. Par exemple, on peut remarquer que
    (fd ‱ fv) ‱ r2 = r3 ‱ r2 = r1
    est égal à
    fd ‱ (fv ‱ r2) = fd ‱ fh = r1
  3. L'Ă©lĂ©ment neutre est la symĂ©trie notĂ©e id, qui laisse tout invariant. Quelle que soit la symĂ©trie a, composer a et id revient Ă  appliquer a :
    id ‱ a = a,
    a ‱ id = a.
  4. Un Ă©lĂ©ment symĂ©trique est la transformation rĂ©ciproque d'une symĂ©trie donnĂ©e. Chaque symĂ©trie peut ĂȘtre « dĂ©faite Â». Chacune des transformations id, fh, fv, fd, fc et la rotation Ă  180° r2 est son propre symĂ©trique, ce qui revient Ă  dire qu'appliquer deux fois une de ces transformations revient Ă  laisser le carrĂ© invariant. Les rotations r3 et r1 sont symĂ©triques l'une de l'autre. Formellement, on Ă©crit :
    fh ‱ fh = id,
    r3 ‱ r1 = r1 ‱ r3 = id.

Au contraire du groupe des entiers dĂ©jĂ  citĂ©, l'ordre dans lequel sont effectuĂ©es les opĂ©rations est important, dans D4 : fh ‱ r1 = fc mais r1 ‱ fh = fd.. On dit que D4 n'est pas commutatif. On voit ici que la structure de groupe est plus dĂ©licate que le premier exemple sur les entiers pouvait le laisser supposer.

[modifier] Histoire

Le concept moderne et abstrait de groupe se développa à travers différents champs des mathématiques.

La motivation originelle de la thĂ©orie des groupes fut la recherche des solutions des Ă©quations polynomiales de degrĂ© supĂ©rieur Ă  quatre. Au XIXe siĂšcle, le mathĂ©maticien français Évariste Galois, dĂ©veloppant des travaux prĂ©cĂ©dents de Paolo Ruffini et Joseph-Louis Lagrange, donna un critĂšre de rĂ©solubilitĂ© d'Ă©quations polynomiales particuliĂšres en termes de groupe de symĂ©trie de leurs racines[3]. Les Ă©lĂ©ments d'un tel groupe (appelĂ© groupe de Galois) correspondent Ă  certaines permutations des racines. Les idĂ©es de Galois furent mĂ©connues par ses contemporains et publiĂ©es seulement Ă  titre posthume. Des groupes de permutations plus gĂ©nĂ©raux furent Ă©tudiĂ©s par Augustin Louis Cauchy[3]. Arthur Cayley, dans un article de 1854, donna la premiĂšre dĂ©finition abstraite d'un groupe fini.

La géométrie fut le second domaine dans lequel les groupes furent systématiquement utilisés, en particulier dans le programme d'Erlangen de Felix Klein, en 1872[3]. AprÚs que de nouvelles géométries, comme la géométrie hyperbolique et la géométrie projective, eurent émergé, Klein utilisa la théorie des groupes pour les organiser en un systÚme cohérent. En prolongeant ces idées, Sophus Lie posa les fondations de l'étude des groupes de Lie en 1884.

Le troisiÚme domaine qui contribua à la théorie des groupes fut la théorie des nombres. Certaines structures de groupe abélien ont été implicitement utilisées par Carl Friedrich Gauss dans ses Disquisitiones Arithmeticae (1798)[4], et plus explicitement par Leopold Kronecker. En 1847, Ernst Kummer mena les premiÚres tentatives de preuve du dernier théorÚme de Fermat à leur point culminant en développant une factorisation des groupes en nombres premiers.

La convergence de ces diffĂ©rentes sources en une thĂ©orie des groupes uniforme commença avec le TraitĂ© des substitutions et des Ă©quations algĂ©briques (1870) de Camille Jordan. Walther von Dyck (1882) donna le premier[rĂ©f. nĂ©cessaire] Ă©noncĂ© moderne de la dĂ©finition d'un groupe abstrait. Durant le XXe siĂšcle, les groupes gagnĂšrent une grande reconnaissance avec les travaux de Ferdinand Georg Frobenius et William Burnside, qui travaillĂšrent sur la thĂ©orie des reprĂ©sentations d'un groupe fini, la thĂ©orie des reprĂ©sentations modulaires (en) de Richard Brauer et les articles de Issai Schur. La thĂ©orie des groupes de Lie, et plus gĂ©nĂ©ralement des groupes localement compacts fut dĂ©veloppĂ©e par Hermann Weyl, Élie Cartan et beaucoup d'autres. Son aspect algĂ©brique, la thĂ©orie des groupes algĂ©briques, fut tout d'abord formĂ©e par Claude Chevalley, Ă  la fin des annĂ©es 1930, puis par le travail essentiel d'Armand Borel et Jacques Tits.

En 1960-61, l'AnnĂ©e de la thĂ©orie des groupes de l'UniversitĂ© de Chicago rassembla de nombreux spĂ©cialiste comme Daniel Gorenstein (en), John G. Thompson et Walter Feit (en) et jeta les bases d'une collaboration qui, avec l'apport de nombreux autres mathĂ©maticiens, aboutit Ă  la classification des groupes simples finis en 1982. Ce projet dĂ©passa les efforts prĂ©cĂ©dents par son ampleur, tant au niveau de la longueur de la preuve que du nombre de chercheurs impliquĂ©s. La recherche continue pour simplifier la dĂ©monstration de cette classification. De nos jours, la thĂ©orie des groupes reste un branche trĂšs active des mathĂ©matiques avec un fort impact sur les autres domaines.

[modifier] Conséquences élémentaires de la définition

Quelques consĂ©quences Ă©lĂ©mentaires peuvent ĂȘtre tirĂ©es de l'Ă©tude de la dĂ©finition.

[modifier] Plus de deux éléments

L'axiome d'associativitĂ© permet de dĂ©finir l'opĂ©ration sur trois Ă©lĂ©ments et non plus deux, en « levant Â» les parenthĂšses. En effet, quels que soient les Ă©lĂ©ments a, b et c du groupe, il est possible de dĂ©finir a ‱ b ‱ c sans ambigĂŒitĂ© :

a ‱ b ‱ c = (a ‱ b) ‱ c = a ‱ (b ‱ c).

Puisque les parenthĂšses peuvent ĂȘtre Ă©crites n'importe oĂč dans une sĂ©rie de plusieurs termes, il est d'usage de les omettre.

[modifier] Affaiblissement des axiomes

Les axiomes peuvent a priori ĂȘtre affaiblis, en ne considĂ©rant par exemple que le symĂ©trique et l'Ă©lĂ©ment neutre Ă  gauche. Si on remplace les deux derniers axiomes de la dĂ©finition ci-dessus par

ÉlĂ©ment neutre Ă  gauche

Il existe un Ă©lĂ©ment e de G tel que, pour tout a dans G, e ‱ a = a.

Symétrique à gauche

Pour tout Ă©lĂ©ment a de G, il existe b dans G tel que b ‱ a = e, oĂč e est l'Ă©lĂ©ment neutre.

La nouvelle définition, apparemment plus générale que la précédente, est en fait équivalente.

[modifier] Unicité de l'élément neutre et des symétriques

Il y a unicitĂ© de l'Ă©lĂ©ment neutre et, pour chaque Ă©lĂ©ment a du groupe, du symĂ©trique de a. Cela signifie qu'un groupe possĂšde exactement un Ă©lĂ©ment neutre et que chaque Ă©lĂ©ment du groupe possĂšde un et un seul symĂ©trique. L'emploi de l'article dĂ©fini est donc correct : on parle du « symĂ©trique Â» d'un Ă©lĂ©ment et de « l'Ă©lĂ©ment neutre Â» du groupe.

[modifier] Concepts essentiels

Article connexe : Lexique des groupes.

Pour comprendre les groupes au-delĂ  des manipulations symboliques prĂ©sentĂ©es ci-dessus, d'autres concepts doivent ĂȘtre employĂ©s. Ils suivent tous un principe sous-jacent : pour bĂ©nĂ©ficier de la structure de groupe, les constructions liĂ©es Ă  un groupe doivent ĂȘtre « compatibles Â» avec sa loi de composition. Cette compatibilitĂ© se manifeste de diffĂ©rentes façons. Par exemple, des groupes peuvent ĂȘtre reliĂ©s entre eux par des fonctions appelĂ©es homomorphismes de groupe, c'est-Ă -dire des fonctions qui conservent la structure de groupe. La structure des groupes peut aussi ĂȘtre Ă©tudiĂ©e en les « cassant Â» en morceaux plus simples, appelĂ©s sous-groupes ou groupes quotients[5]. Ce principe de conservation des structures est l'idĂ©e centrale de la thĂ©orie des catĂ©gories, dans laquelle on parle de catĂ©gorie des groupes.

[modifier] Morphisme de groupes

Article dĂ©taillĂ© : Morphisme de groupes.

Les homomorphismes de groupes sont les fonctions qui prĂ©servent la structure de groupe. Une fonction f : G → H entre deux groupes munis respectivement de deux lois ‱ et * est un homomorphisme si l'Ă©galitĂ©

f(a ‱ b) = f(a) * f(b).

est vraie pour tous les Ă©lĂ©ments a et b de G, c'est-Ă -dire que le rĂ©sultat est le mĂȘme, que l'on effectue l'opĂ©ration avant ou aprĂšs avoir appliquĂ© la fonction f.

Cette condition assure que l'image du symĂ©trique de tout Ă©lĂ©ment a est le symĂ©trique de l'image de a. En notant a—1 le symĂ©trique d'un Ă©lĂ©ment a, cela donne :

f(a—1) = f(a)—1

et que l'image de l'Ă©lĂ©ment neutre du groupe (G ; ‱) est l'Ă©lĂ©ment neutre de (H ; *).

Ainsi l'image d'un homomorphisme de groupe respecte les axiomes de groupe.

Deux groupes G et H sont dits isomorphes s'il existe deux homomorphismes de groupes f : G → H et g : H → G tels que la composĂ©e de ces deux fonctions, quel que soit l'ordre, donne l'identitĂ©. C'est-Ă -dire que, quels que soient a Ă©lĂ©ment de G et b de H,

g(f(a)) = a et
f(g(b)) = b.

Du point de vue de la structure de groupe, G et H sont en quelque sorte « le mĂȘme groupe Â».

[modifier] Sous-groupe

Le treillis des sous-groupes de D4, représenté sous forme de diagramme de Hasse.
Article dĂ©taillĂ© : Sous-groupe.

Intuitivement, un sous-groupe est un groupe H inclus dans un autre groupe G. Cela signifie que l'Ă©lĂ©ment neutre de G est contenu dans H et, quels que soient h1 et h2 Ă©lĂ©ments de H, h1 ‱ h2 et h1−1 appartiennent aussi Ă  H.

Dans l'exemple du groupe D4 ci-dessus, l'identitĂ© et les rotations forment un sous-groupe R = {id, r1, r2, r3} colorĂ© en rouge dans le tableau : la composĂ©e de deux rotations est une rotation et chaque rotation a pour symĂ©trique une rotation, celle telle que la somme des angles des deux rotations est 360° (un tour complet).

Une condition nĂ©cessaire et suffisante pour qu'un sous-ensemble H d'un groupe G soit un sous-groupe de G est que, quels que soient les Ă©lĂ©ments a et b de H :

a−1 ‱ b ∈ H.

La connaissance du treillis des sous-groupes d'un groupe donné est importante pour la compréhension de ce groupe.

Étant donnĂ© un sous-ensemble S d'un groupe G, le sous-groupe engendrĂ© par S est constituĂ© par tous les produits des Ă©lĂ©ments de S avec des symĂ©triques de ces Ă©lĂ©ments, l'opĂ©ration pouvant ĂȘtre rĂ©pĂ©tĂ©e plusieurs fois. C'est le plus petit sous-groupe contenant S. Dans l'exemple D4, le sous-groupe engendrĂ© par r2 et fv est constituĂ© de ces deux Ă©lĂ©ments, de l'identitĂ© et de fh = fv ‱ r2. C'est un sous-groupe, car combiner deux Ă©lĂ©ments, ou leurs symĂ©triques donne un Ă©lĂ©ment de cet ensemble. On peut Ă©galement remarquer que le groupe (Z ; +) des entiers relatifs est engendrĂ© par le seul Ă©lĂ©ment 1 : on peut obtenir n'importe quel entier en ajoutant 1 avec lui mĂȘme ou avec son opposĂ© —1. On dit que Z est monogĂšne. Le sous-groupe de Z engendrĂ© par 2 est constituĂ© des nombres pairs (notĂ© 2Z), celui qui est engendrĂ© par 3 est le sous-groupe des multiples de 3 (notĂ© 3Z), etc.

[modifier] Classe suivant un sous-groupe

Article dĂ©taillĂ© : Classe suivant un sous-groupe.

Dans de nombreuses situations, il est souhaitable de considĂ©rer que deux Ă©lĂ©ments d'un groupe sont les mĂȘmes s'ils diffĂšrent d'un Ă©lĂ©ment d'un sous-groupe donnĂ©.

Par exemple, dans D4, une fois qu'un retournement a Ă©tĂ© effectuĂ©, le carrĂ© ne peut jamais revenir Ă  la position de r2 par application de rotations, sans autre retournement. Il est possible de classer les figures du carrĂ© donnĂ©es dans l'exemple ci-dessus suivant deux parties : celle qui rassemble les figures pour lesquelles la suite des sommets 1-2-3-4 est parcourue dans le sens des aiguilles d'une montre, et celle des figures oĂč 1-2-3-4 est parcouru dans l'autre sens. Il est possible de passer d'une figure d'une de ces parties Ă  une autre par un retournement, mais aucune rotation ne permet de passer d'un carrĂ© de type « 1-2-3-4 dans le sens des aiguilles d'une montre Â» Ă  un carrĂ© de l'autre type. Ainsi, deux figures du mĂȘme type diffĂšrent d'une rotation.

La notion de classe suivant un sous-groupe formalise ceci : un sous-groupe H dĂ©finit une classe Ă  gauche et une classe Ă  droite, qui peuvent ĂȘtre vues comme des translations de H par des Ă©lĂ©ments arbitraires g du groupe. Les classe Ă  gauche et classe Ă  droite suivant H contenant g sont respectivement

gH = {g ‱ h, h ∈ H} et Hg = {h ‱ g, h ∈ H},

c'est-Ă -dire les ensembles constituĂ©s de tous les Ă©lĂ©ments de la forme g ‱ h (classe Ă  gauche) et de la forme h ‱ g (classe Ă  droite), oĂč h est un Ă©lĂ©ment de H.

Les classes suivant un sous-groupe H forment une partition de G, c'est-à-dire que la réunion de toutes les classes à gauche est égale à G et l'intersection de deux classes à gauche différentes est vide.

L'Ă©galitĂ© g1H = g2H a lieu si et seulement si g1−1g2 ∈ H, c'est-Ă -dire lorsque g1 et g2 diffĂšrent d'un Ă©lĂ©ment de H. De mĂȘme pour les classes Ă  droite suivant H. Les classes Ă  gauche et Ă  droite suivant H peuvent ĂȘtre Ă©gales, mais ce n'est pas le cas en gĂ©nĂ©ral. Si, pour tout Ă©lĂ©ment g de G, gH = Hg, alors H est un sous-groupe normal (ou distinguĂ©) de G.

Dans D4, les classes Ă  gauche gR relatives au sous-groupe R constituĂ© par les rotations sont : soit R si g est une rotation, soit l'ensemble U = fvR = {fv, fd, fh, fc} coloriĂ© en vert sur la table de Cayley donnĂ©e plus haut. Le sous-groupe R est distinguĂ© car les classes Ă  gauche et Ă  droite sont Ă©gales : fvR = U = Rfv, par exemple, cette Ă©galitĂ© Ă©tant aussi vraie pour tous les Ă©lĂ©ments autres que fv.

Dans Z, le sous groupe 2Z des nombres pairs dĂ©finit deux classes : celle des nombres pairs et celle des nombres impairs. Les classes Ă  gauche et Ă  droite dans Z sont toujours Ă©gales car ce groupe est commutatif.

Le groupe diĂ©dral D3 des symĂ©tries d'un triangle Ă©quilatĂ©ral ABC possĂšde plusieurs sous groupes : il y a trois sous-groupes contenant l'identitĂ© et la symĂ©trie par rapport Ă  une hauteur, les sous-groupes de rotation de 120 degrĂ©s (sens direct et sens indirect), le sous-groupe contenant l'identitĂ© seulement et le groupe diĂ©dral lui-mĂȘme. Certains de ces sous-groupes sont normaux, d'autres non, et cela peut se voir trĂšs simplement.

Si H est normal, pour tout g appartenant Ă  D3, g H g —1 = H. Supposons que H soit le sous groupe contenant l'identitĂ© e, et la symĂ©trie s par rapport Ă  l'axe vertical (hauteur issue de A). Si g est la rotation de 120 degrĂ©s dans le sens direct, les Ă©lĂ©ments de g H g —1 sont l'identitĂ© et la symĂ©trie par rapport Ă  la hauteur issue de B (prendre l'exemple d'un point M proche de B, g —1 fait tourner M de -120 degrĂ©s, s envoie M de l'autre cĂŽtĂ© de l'axe vertical et g fait ramĂšne M vers B par la rotation de 120 degrĂ©s). Autrement dit, g H g —1 est diffĂ©rent de H, mais surtout g H g —1 est semblable H, mais par rapport Ă  un autre axe. Les deux groupes H et g H g —1 ne diffĂšrent que par un changement de coordonnĂ©e.

Un groupe normal est en quelque sorte indĂ©pendant du systĂšme de coordonnĂ©es. On voit toute de suite que le groupe contenant l'identitĂ© et la symĂ©trie par rapport Ă  une droite n'est pas normal, mais que le groupe contenant l'identitĂ©, la rotation de 120 degrĂ©s et la rotation de 240 degrĂ©s l'est : il n'y a pas d'axe privilĂ©giĂ©.

Ce genre d'exemple suggĂšre que dans le groupe des matrices orthogonales, le sous-groupe des matrices conservant l'orientation est probablement normal, tandis que le sous-groupe qui conserve un hyperplan particulier ne l'est pas.

[modifier] Groupe quotient

Article dĂ©taillĂ© : Groupe quotient.

Lorsqu'un sous-groupe est distingué, l'ensemble des classes qu'il définit forme également un groupe, appelé groupe quotient de G par N et noté G / N.

G / N = {gN, g ∈ G}

L'opĂ©ration de ce nouveau groupe est induite par celle de G :

(gN) ‱ (hN) = (g ‱ h)N

pour tous Ă©lĂ©ments g et h de G. Cette Ă©tude est motivĂ©e par l'idĂ©e que l'application G → G / N qui, Ă  tout Ă©lĂ©ment g du groupe associe sa classe gN, est un homomorphisme de groupe. La classe eN = N est l'Ă©lĂ©ment neutre du groupe quotient et le symĂ©trique de gN est (gN)−1 = (g−1)N.

‱ R U
R R U
U U R
Table du groupe quotient D4 / R.

Les Ă©lĂ©ments du goupe quotient D4 / R sont R lui-mĂȘme, qui reprĂ©sente l'Ă©lĂ©ment neutre, et U = fvR. La loi de groupe de ce quotient est reprĂ©sentĂ©e dans le tableau ci-contre. Par exemple, U ‱ U = fvR ‱ fvR = (fv ‱ fv)R = R. Le sous-groupe R = {id, r1, r2, r3} et le groupe quotient correspondant sont tous les deux commutatifs, alors que D4 ne l'est pas. L'idĂ©e de construire de grands groupes Ă  partir d'autres plus petits est formalisĂ©e par la notion de produit semi-direct.

Graphe de Cayley du groupe D4

Le quotient et les sous-groupes permettent de dĂ©crire tout groupe par sa prĂ©sentation : chaque groupe est le quotient du groupe libre sur l'ensemble de ses gĂ©nĂ©rateurs, quotientĂ© par le sous-groupe des relations. Le groupe dihĂ©dral D4, par exemple, peut-ĂȘtre engendrĂ© par deux Ă©lĂ©ments a et b, oĂč a est l'une des deux rotations d'ordre 4 (par exemple celle d'angle − π / 2) et b un retournement quelconque (par exemple celui d'axe vertical). Une prĂ©sentation de ce groupe est :

 \langle a, b | a^4 = b^2 = e, a b = b a^3 \rangle. \,

Une présentation d'un groupe peut aussi servir à construire le graphe de Cayley, un outil utilisé pour représenter graphiquement les groupes discrets.

Les sous-groupes et groupes quotients sont liĂ©s par la relation suivante : un sous-ensemble H de G peut ĂȘtre vu comme une injection H → G, c'est-Ă -dire que chaque Ă©lĂ©ment de G possĂšde au plus un antĂ©cĂ©dent par cette fonction. La notion d'application injective est liĂ©e avec celle d'application surjective (une application pour laquelle tout Ă©lĂ©ment de l'ensemble d'arrivĂ©e admet au moins un antĂ©cĂ©dent). L'application canonique G → G / N est surjective. Les thĂ©orĂšmes d'isomorphisme permettent d'exhiber des homomorphismes injectifs, surjectifs et bijectifs « naturels Â» d'un groupe afin de comprendre sa structure.

[modifier] Exemples et applications

Il existe 17 types de pavages réguliers du plan. Cela se démontre grùce aux groupes.
Il existe 17 types de pavages réguliers du plan. Cela se démontre grùce aux groupes.
 
Le groupe fondamental d'un plan privé d'un point (en gras) est constitué des boucles autour de ce point. Ce groupe est isomorphe à celui des entiers.
Le groupe fondamental d'un plan privé d'un point (en gras) est constitué des boucles autour de ce point. Ce groupe est isomorphe à celui des entiers.

Les exemples et applications des groupes abondent. Un point de départ est le groupe Z des entiers avec l'addition comme loi, donné en introduction de l'article. Si au lieu de l'addition on considÚre la multiplication, on obtient des groupes multiplicatifs. Ces groupes sont les prédécesseurs d'importantes constructions en algÚbre générale.

Les groupes sont aussi appliquĂ©s dans de nombreux autres domaines des mathĂ©matiques. Les objets mathĂ©matiques sont souvent examinĂ©s en leur associant des groupes et en Ă©tudiant les propriĂ©tĂ©s des groupes correspondants. Par exemple, Henri PoincarĂ© a fondĂ© ce qui est maintenant appelĂ© la topologie algĂ©brique en introduisant le groupe fondamental. De par cette connexion, des propriĂ©tĂ©s topologiques comme les voisinages et la continuitĂ© se traduisent en propriĂ©tĂ©s de groupes. Par exemple, les Ă©lĂ©ments du groupe fondamental sont reprĂ©sentĂ©s par des boucles. La deuxiĂšme image Ă  droite montre quelques boucles dans un plan privĂ© d'un point. La boucle bleue est considĂ©rĂ©e comme nulle et donc sans intĂ©rĂȘt, car elle peut ĂȘtre continument (c'est-Ă -dire sans ĂȘtre « cassĂ©e Â») dĂ©formĂ©e en un point. La prĂ©sence d'un trou empĂȘche la boucle orange d'ĂȘtre continument dĂ©formĂ©e en un point. Le groupe fondamental du plan dont un point a Ă©tĂ© ĂŽtĂ© s'avĂšre donc infini et cyclique, engendrĂ© par la boucle orange (ou toute autre boucle faisant un tour autour du trou).

Dans des applications plus rĂ©centes, l'influence a Ă©tĂ© inversĂ©e pour motiver les constructions gĂ©omĂ©triques par un arriĂšre-plan de thĂ©orie des groupes. Dans le mĂȘme idĂ©e, la thĂ©orie gĂ©omĂ©trique des groupes emploie des concepts gĂ©omĂ©triques, par exemple dans l'Ă©tude des groupes hyperboliques. D'autres branches appliquant les groupes de maniĂšre cruciale incluent la gĂ©omĂ©trie algĂ©brique et la thĂ©orie des nombres.

En plus des applications thĂ©oriques prĂ©cĂ©dentes, de nombreuses applications pratiques des groupes existent. La cryptographie repose sur la combinaison de la thĂ©orie des groupes avec le savoir algorithmique obtenu par la thĂ©orie algorithmique des groupes (en), en particulier l'implĂ©mentation dans les groupes finis. Les applications de la thĂ©orie des groupes ne sont pas restreintes aux mathĂ©matiques, des sciences comme la physique, la chimie et l'informatique bĂ©nĂ©ficient de ce concept.

[modifier] Nombres

De nombreux systĂšmes numĂ©riques, comme les nombres entiers et rationnels, bĂ©nĂ©ficient naturellement d'une structure de groupe. Dans certains cas, l'addition et la multiplication donnent chacune lieu Ă  une structure de groupe. Ces considĂ©rations ont donnĂ© naissance Ă  des structures algĂ©briques plus Ă©laborĂ©es : les anneaux et les corps.

[modifier] Entiers

Articles dĂ©taillĂ©s : Entier relatif et Construction des entiers relatifs.

Les groupes des nombres entiers Z muni de l'addition, notĂ© (Z, +), a Ă©tĂ© dĂ©crit plus haut. L'ensemble des nombres entiers, muni de la multiplication (Z, Ă—), ne forme pas un groupe. La loi est bien interne, associative, et il existe un Ă©lĂ©ment neutre (le nombre 1), mais pas d'inverse en gĂ©nĂ©ral : par exemple, l'Ă©quation 2 · b = 1 n'admet pas de solution dans Z. L'inverse de 2 serait 1⁄2, qui n'est pas entier, mais rationnel.

[modifier] Rationnels

Articles dĂ©taillĂ©s : Nombre rationnel et Fraction.

Le besoin d'inverses des nombres entiers amĂšne Ă  considĂ©rer les fractions : a⁄b, oĂč a et b sont deux entiers, b Ă©tant diffĂ©rent de zĂ©ro. Ces fractions d'entiers sont appelĂ©es nombres rationnels et l'ensemble qu'elles constituent est notĂ© Q.

L'ensemble des rationnels muni de la multiplication, (Q, ·), ne constitue pas un groupe, car le nombre 0 ne possÚde pas d'inverse pour la multiplication (il n'existe aucun nombre rationnel x tel que x · 0 = 1).

Cependant, l'ensemble des nombres rationnels non nuls : Q \ {0} = {q ∈ Q, q ≠ 0}, muni de la multiplication, forme un groupe notĂ© (Q \ {0}, ·).

L'ensemble des nombres rationnels (y compris zĂ©ro) forme aussi un groupe lorsqu'il est muni de l'addition. L'entrelacement de l'addition et de la multiplication produit une nouvelle structure plus complexe que celle de groupe : les anneaux (comme, par exemple, Z) et, si la division est possible (comme avec Q), les corps commutatifs.

[modifier] Entiers non nuls, modulo un nombre premier

Article dĂ©taillĂ© : ArithmĂ©tique modulaire.
× 1 2 3 4
1 1 2 3 4
2 2 4 1 3
3 3 1 4 2
4 4 3 2 1
Table de multiplication de Z/5Z privé de 0.

L'ensemble des classes du groupe quotient de (Z, +) par son sous-groupe pZ engendré par un entier p, noté Z/pZ est particuliÚrement intéressant lorsque p est un nombre premier.

Pour tout nombre premier p, Z/pZ, muni cette fois de la multiplication (et privĂ© de zĂ©ro), est un groupe. Ses Ă©lĂ©ments sont les entiers non divisibles par p, considĂ©rĂ©s modulo p, c'est-Ă -dire que chaque nombre est assimilĂ© au reste de sa division euclidienne par p : deux Ă©lĂ©ments sont considĂ©rĂ©s comme Ă©quivalents lorsque leur diffĂ©rence est un multiple de p.

Par exemple, si p = 5, il y a exactement 4 Ă©lĂ©ments : 1 ; 2 ; 3 et 4. Les multiples de 5 sont exclus. 6 et −4 sont considĂ©rĂ©s comme Ă©quivalents Ă  1. Le produit 4 · 4 = 1 puisque le produit usuel 16 est Ă©quivalent Ă  1, car 5 divise 16 − 1 = 15. On note 16 ≡ 1 (mod 5).

La primalitĂ© de p assure que le produit de deux entiers non divisibles par p n'est pas divisible par p, donc la multiplication sur l'ensemble de classes considĂ©rĂ©s est une loi de composition interne. L'Ă©lĂ©ment neutre est 1 et l'associativitĂ© provient de la propriĂ©tĂ© correspondante sur les entiers relatifs. Enfin, le dernier axiome de groupe nĂ©cessite que, pour chaque Ă©lĂ©ment a non divisible par p, il existe un entier b non divisible par p tel que :

a Â· b â‰Ą 1 (mod p), c'est-Ă -dire p divise la diffĂ©rence a · b − 1.

L'inverse b peut ĂȘtre dĂ©terminĂ© en utilisant le thĂ©orĂšme de Bachet-BĂ©zout et le fait que le PGCD de a et p est 1. Dans le cas p = 5 ci-dessus, l'inverse de 4 est 4 et l'inverse de 3 est 2, car 3 · 2 = 6 ≡ 1 (mod 5). Ainsi, les axiomes de groupes sont vĂ©rifiĂ©s. En fait, cet exemple est similaire Ă  (Q\{0}, ·), car il montre que l'ensemble des Ă©lĂ©ments non nuls, muni de la multiplication, est un groupe, ce qui, conjointement au groupe additif, donne un corps fini notĂ© Fp. Ces groupes sont cruciaux pour la cryptographie Ă  clĂ© publique.

[modifier] Groupes cycliques

Articles dĂ©taillĂ©s : Groupe cyclique et Groupe abĂ©lien.
Les racines sixiÚmes complexes de l'unité forment un groupe cyclique. z est un générateur, mais pas z2, car les puissances impaires de z ne sont pas des puissances de z2.

Un groupe cyclique est un groupe dont tous les Ă©lĂ©ments sont des puissances (quand le groupe est notĂ© additivement, le terme multiple est utilisĂ©) d'un certain Ă©lĂ©ment a. En notation multiplicative, les Ă©lĂ©ments du groupe sont :

..., a−3, a−2, a−1, a0 = e, a, a2, a3, ...,

oĂč a2 signifie a ‱ a, et a−3 dĂ©signe a−1 ‱ a−1 ‱ a−1=(a ‱ a ‱ a)−1 etc. Un tel Ă©lĂ©ment a est un gĂ©nĂ©rateur, ou Ă©lĂ©ment primitif du groupe.

Un exemple typique est celui des racines ne de l'unitĂ©, qui sont les nombres complexes z tels que zn = 1, muni de la multiplication (n dĂ©signant un nombre entier strictement positif). Tout groupe cyclique contenant n Ă©lĂ©ments est isomorphe Ă  ce groupe. La thĂ©orie des corps montre que le groupe (Fp,×) est cyclique : pour p = 5, par exemple, 3 est un gĂ©nĂ©rateur car 31 = 3, 32 = 9 ≡ 4, 33 ≡ 2 et 34 ≡ 1. Tout groupe cyclique infini est isomorphe au groupe des entiers relatifs (Z, +). Comme ces deux prototypes sont abĂ©liens, tout groupe cyclique est abĂ©lien.

[modifier] Groupes de symétries

Articles dĂ©taillĂ©s : Groupe de symĂ©trie et Action de groupe.
Articles connexes : Groupe d'espace et SymĂ©trie (physique).

Les groupes de symĂ©tries sont constituĂ©s des symĂ©tries d'objets mathĂ©matiques donnĂ©s, que ces objets soient de nature gĂ©omĂ©trique, comme le groupe des symĂ©tries du carrĂ© vu en introduction, ou de nature algĂ©brique, comme les Ă©quations polynomiales et leus solutions. D'un point de vue conceptuel, la thĂ©orie des groupes peut ĂȘtre pensĂ©e comme l'Ă©tude de la symĂ©trie. Les symĂ©tries simplifient grandement l'Ă©tude des objets gĂ©omĂ©triques ou analytiques. On dit qu'un groupe opĂšre sur un objet X si chaque Ă©lĂ©ment du groupe rĂ©alise une opĂ©ration sur X compatible avec la loi du groupe. Par exemple, le groupe diĂ©dral D4 opĂšre sur le carrĂ©.

Rotations et retournements du groupe de symétries d'un grand icosaÚdre.

En chimie, notamment en cristallographie[6], les groupes d'espaces et groupes ponctuels de symétrie décrivent des symétries moléculaires et les symétries de cristaux. Ces symétries sous-tendent le comportement chimique et physique de ces systÚmes et la théorie des groupes permet la simplification de l'analyse quantique de ces propriétés. Par exemple, la théorie des groupes est utilisés pour montrer que des transitions d'atoms entre certains niveaux quantiques ne peuvent pas se produire à cause de la symétrie des niveaux[6].

Les groupes ne sont pas seulement utiles pour estimer les implications des symĂ©tries dans les molĂ©cules, mais il prĂ©disent aussi, de façon surprenante, que les molĂ©cules peuvent parfois changer de symĂ©trie. L’effet Jahn-Teller, connu aussi en tant que « distorsion Jahn-Teller Â», dĂ©crit la distorsion de la gĂ©omĂ©trie des molĂ©cules non-linĂ©aires dans certaines situations. Historiquement, cet effet a Ă©tĂ© proposĂ© dans un thĂ©orĂšme publiĂ© en 1937 par Hermann Arthur Jahn (en) et Edward Teller, dans lequel ils dĂ©montrent que toute molĂ©cule non-linĂ©aire possĂ©dant un niveau Ă©lectronique fondamental dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© subira une distorsion gĂ©omĂ©trique qui lĂšvera cette dĂ©gĂ©nĂ©rescence, ce qui aura pour effet de diminuer l’énergie totale de la molĂ©cule.

De mĂȘme, la thĂ©orie des groupes aide Ă  prĂ©voir les changements dans les propriĂ©tĂ©s physiques qui se produisent quand un matĂ©riau subit une transition de phase, par exemple, d'une forme cristalline cubique en une forme tĂ©traĂ©drique. Ainsi les matĂ©riaux ferroĂ©lectriques, dans lesquels le changement d'une phase paraĂ©lectrique Ă  une phase ferroĂ©lectrique se produit Ă  la tempĂ©rature de Curie et est liĂ© Ă  un changement de l'Ă©tat hautement symĂ©trique paraĂ©lectrique Ă  un Ă©tat ferroĂ©lectrique de moindre symĂ©trie, accompagnĂ© d'un mode appelĂ© phonon, c'est-Ă -dire un « paquet Ă©lĂ©mentaire de vibration Â» qui s'Ă©tend de la frĂ©quence zĂ©ro Ă  la transition.

Une telle brisure spontanĂ©e de symĂ©trie a trouvĂ© une application en physique des particules Ă©lĂ©mentaires, oĂč son apparition est reliĂ©e Ă  l'apparition de bosons de Goldstone.

C60a.png Ammonia-3D-balls-A.png Cubane-3D-balls.png Hexaaquacopper(II)-3D-balls.png Uniform tiling 73-t2 colored.png
Le BuckminsterfullerĂšne possĂšde une
symĂ©trie icosaĂ©drique (en).
L'ammoniac, NH3. Son groupe de symétries est d'ordre 6, engendré par une rotation de 120° et une réflexion. Le Cubane C8H8 est caractérisé par
une symĂ©trie octaĂ©drique (en).
L'ion complexe Hexaaquacopper(II), [Cu(OH2)6]2+. Comparé à une forme parfaitement symétrique, la molécule est dilatée verticalement d'environ 22% (effet Jahn-Teller). Le groupe de triangle (2,3,7), un groupe hyperbolique, opÚre sur ce pavage du plan hyperbolique.

Les groupes de symĂ©tries finis comme le groupe de Mathieu sont utilisĂ©s en thĂ©orie des codes, qui est Ă  son tour appliquĂ©e Ă  la correction prĂ©ventive d'erreurs de donnĂ©es transmises et dans les lecteurs de CD. Une autre application est la thĂ©orie de Galois diffĂ©rentielle, qui caractĂ©rise les fonctions possĂ©dant des primitives d'une certaine forme, ce qui donne des critĂšres de thĂ©orie des groupes pour dĂ©terminer quand certaines Ă©quations diffĂ©rentielles se comportent bien. Les propriĂ©tĂ©s gĂ©omĂ©triques qui restent stables par une action de groupe sont Ă©tudiĂ©es en thĂ©orie gĂ©omĂ©trique des invariants (en).

[modifier] Groupe général linéaire et théorie des représentations

Articles dĂ©taillĂ©s : Groupe gĂ©nĂ©ral linĂ©aire et ReprĂ©sentation de groupe.
Deux vecteurs (illustration de gauche) multipliés par des matrices (illustrations du milieu et de droite). L'illustration centrale représente une rotation de 90° dans le sens des aiguilles d'une montre, alors que celle de droite consiste à étirer l'abscisse en la multipliant par 2.

Un groupe de matrices (en) est constituĂ© de matrices et muni de la multiplication matricielle. Le groupe gĂ©nĂ©ral linĂ©aire GL(n,R) contient toutes les matrices inversibles Ă  n lignes et n colonnes et coefficients rĂ©els. Le groupe diĂ©dral mentionnĂ© ci-dessus peut ĂȘtre vu comme un trĂšs petit groupe de matrices. Un autre groupe de matrices trĂšs important est le groupe spĂ©cial orthogonal SO(n). Il dĂ©crit toutes les rotations possibles Ă  n dimensions. Via les angles d'Euler, les matrices de rotation sont utilisĂ©es en infographie pour la synthĂšse d'images.

La théorie des représentations est à la fois une application du concept de groupe et important pour une compréhension plus profonde de ce concept. Elle consiste à étudier un groupe par son action sur d'autres espaces. Une grande catégorie de représentations de groupes est celle des représentations linéaires, lorsque le groupe opÚre sur un espace vectoriel comme par exemple l'espace euclidien à trois dimensions. Une représentation d'un groupe G sur un espace vectoriel réel à n dimensions est simplement un homomorphisme de groupes

ρ: G → GL(n, R)

du groupe G vers le groupe gĂ©nĂ©ral linĂ©aire. De cette façon, l'opĂ©ration de groupe, qui peut ĂȘtre dĂ©finie de façon abstraite, est transposĂ©e en la multiplication de matrices, ce qui la rend accessible Ă  des calculs explicites.

Étant donnĂ©e une action de groupe, cela donne des moyens supplĂ©mentaires pour Ă©tudier l'objet sur lequel le groupe opĂšre. Mais aussi des informations sur le groupe lui-mĂȘme. Les reprĂ©sentations de groupes sont un principe d'organisation de la thĂ©orie des groupes finis, des groupes de Lie, des groupes algĂ©briques et des groupes topologiques, en particulier les groupes compacts ou localement compacts.

[modifier] Groupes de Galois

Article dĂ©taillĂ© : Groupe de Galois.

Les groupes de Galois ont Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©s pour aider Ă  la rĂ©solution d'Ă©quations polynomiales en identifiant leurs symĂ©tries. Par exemple, les solutions de l'Ă©quation quadratique ax2 + bx + c = 0 sont donnĂ©es par :

x = \frac{-b \pm \sqrt {b^2-4ac}}{2a}.

L'Ă©change de « + Â» et « - Â» dans l'expression, c'est-Ă -dire la permutation des deux solutions de l'Ă©quation, peut ĂȘtre vu comme une action de groupe trĂšs simple. Des formules similaires sont connues pour les Ă©quations cubiques et quartiques, mais n'existent pas en gĂ©nĂ©ral pour les Ă©quations polynomiales de degrĂ© 5 ou davantage. Les propriĂ©tĂ©s abstraites des groupes de Galois associĂ©s Ă  des polynĂŽmes donnent un critĂšre permettant de dĂ©terminer si une Ă©quation polynomiale est rĂ©soluble par radicaux, c'est-Ă -dire si les solutions peuvent ĂȘtre exprimĂ©es Ă  partir des coefficients du polynĂŽme en utilisant seulement l'addition, la multiplication et les racines ne, comme dans la formule ci-dessus.

Le problĂšme peut ĂȘtre traitĂ© en utilisant la thĂ©orie des corps, en considĂ©rant le corps de rupture du polynĂŽme. La thĂ©orie de Galois moderne gĂ©nĂ©ralise les groupes de Galois Ă©voquĂ©s ci-dessus aux extensions de corps et Ă©tablit, par le thĂ©orĂšme fondamental de la thĂ©orie de Galois, une relation prĂ©cise entre les corps et les groupes, soulignant une fois de plus le rĂŽle important des groupes dans les divers champs des mathĂ©matiques.

[modifier] Groupes finis

Article dĂ©taillĂ© : Groupe fini.

Un groupe est dit fini s'il possĂšde un nombre fini d'Ă©lĂ©ments. Le nombre de ses Ă©lĂ©ments est appelĂ© l'ordre de ce groupe. Les groupes symĂ©triques SN, groupes des permutations de N lettres, sont particuliĂšrement importants. Par exemple, le groupe symĂ©trique sur 3 lettres (en) ABC contient les six permutations des trois lettres : ABC, ACB, BAC, BCA, CAB et CBA. Ces groupes sont importants car tout groupe fini est isomorphe Ă  un sous-groupe d'un groupe symĂ©trique SN, pour une certaine valeur de N (thĂ©orĂšme de Cayley). De maniĂšre analogue au groupe des symĂ©tries du carrĂ© vu plus haut, S3 peut ĂȘtre vu comme le groupe des symĂ©tries d'un triangle Ă©quilatĂ©ral.

L'ordre d'un Ă©lĂ©ment a d'un groupe G est le plus petit entier positif n tel que an = e, oĂč an reprĂ©sente

\underbrace{{} \  a \ \cdots\  a\  {}}_{n \text{ facteurs}},

c'est-Ă -dire la rĂ©pĂ©tition de l'opĂ©ration ‱ sur n copies de a. Dans un groupe infini, un tel ordre n peut ne pas exister, dans ce cas on dit que l'ordre de a est l'infini. L'ordre d'un Ă©lĂ©ment est Ă©gal Ă  l'ordre du groupe cyclique engendrĂ© par cet Ă©lĂ©ment.

Des techniques de comptage plus sophistiquĂ©es produisent des informations plus prĂ©cises sur les groupes finis : le thĂ©orĂšme de Lagrange indique que, pour un groupe fini G, l'ordre de tous sous-groupe H de G divise l'ordre de G. Les thĂ©orĂšmes de Sylow donnent des rĂ©ciproques partielles.

Le groupe diĂ©dral D4 est un groupe fini d'ordre 8. L'ordre de r1 est 4, de mĂȘme que l'ordre du sous-groupe R engendrĂ© par cette rotation. L'ordre des rĂ©flexions fv etc, est 2. Ces ordres divisent 8, comme l'indique le thĂ©orĂšme de Lagrange.

[modifier] Classification des groupes simples finis

Article dĂ©taillĂ© : Classification des groupes simples finis.

La classification des groupes finis mĂšne rapidement Ă  des mathĂ©matiques profondes et difficiles. D'aprĂšs le thĂ©orĂšme de Lagrange, les groupes finis d'ordre p, oĂč p est un nombre premier, sont nĂ©cessairement cycliques, donc abĂ©liens et isomorphes Ă  Zp. On peut Ă©galement montrer que les groupes d'ordre p2 sont abĂ©liens. Ce rĂ©sultat ne se gĂ©nĂ©ralise pas Ă  p3, comme le montre le groupe diĂ©dral D4 non abĂ©lien d'ordre 8 = 23. Un systĂšme de calcul formel peut ĂȘtre utilisĂ© pour Ă©tablir une liste des petits groupes, mais il n'existe aucune classification de tous les groupes finis.

Une Ă©tape intermĂ©diaire est la classification des groupes simples finis. Un groupe G non trivial est dit simple si ses seuls sous-groupes normaux sont son sous-groupe trivial (rĂ©duit Ă  l'Ă©lĂ©ment neutre) et le groupe G lui-mĂȘme. Le thĂ©orĂšme de Jordan-Hölder dĂ©signe les groupes simples comme Ă©tant les « briques Â» utilisĂ©es pour construire tous les groupes finis. L'Ă©laboration de la liste des groupes finis simples fut un rĂ©sultat majeur de la thĂ©orie des groupes contemporaine[7]. Richard Borcherds, laurĂ©at de la mĂ©daille Fields en 1998, parvint Ă  prouver les conjectures monstrous moonshine, une relation surprenante et profonde entre le plus grand groupe sporadique fini simple (le groupe Monstre) et certaines formes modulaires, qui font partie de l'analyse complexe et de la thĂ©orie des cordes, une thĂ©orie supposĂ©e unifier la description de nombreux phĂ©nomĂšnes physiques.

[modifier] Groupes munis d'une autre structure

De nombreux groupes sont en mĂȘme temps des exemples d'autres structures mathĂ©matiques. Dans le langage de la thĂ©orie des catĂ©gories, il existe des groupes dans une catĂ©gorie, ce qui signifie qu'il existe des objets (c'est-Ă -dire des exemples d'une autre structure mathĂ©matique) accompagnĂ©s de transformations (appelĂ©es morphismes) qui imitent les axiomes de groupe. Par exemple, chaque groupe est aussi un ensemble, donc un groupe est un objet groupe dans la catĂ©gorie des ensembles.

[modifier] Groupes topologiques

Article dĂ©taillĂ© : Groupe topologique.
Le cercle trigonométrique du plan complexe muni de la multiplication usuelle est un groupe. Il est topologique car la multiplication est continue. C'est aussi une variété car chaque petit morceau (comme celui indiqué en rouge) est semblable à la droite réelle. Ces deux propriétés en font un groupe de Lie.

Certains espaces topologiques peuvent ĂȘtre munis d'une loi de groupe. Pour que la loi du groupe et la topologie interagissent correctement, les opĂ©rations du groupe doivent ĂȘtre continues, c'est-Ă -dire que g ‱ h, et g−1 ne doivent pas beaucoup varier si g et h varient peu. De tels groupes sont dits groupes topologiques. Les exemples les plus courants sont le groupe des nombres rĂ©els non nuls, muni de la multiplication usuelle (R \ {0}, ·), ainsi que les corps topologiques semblables comme celui des nombres complexes ou les nombres p-adiques. Tous ces groupes sont localement compacts, ils ont donc une mesure de Haar et peuvent ĂȘtre Ă©tudiĂ©s via l'analyse harmonique. La mesure de Haar offre un formalisme abstrait des intĂ©grales invariantes. L'invariance signifie, dans le cas des nombres rĂ©els par exemple :

\int f(x)\,dx = \int f(x+c)\,dx

pour toute constante c. Les groupes de matrices Ă  coefficients dans ces corps relĂšvent de ce rĂ©gime, comme les anneaux adĂšles et les groupes algĂ©briques adĂ©liques (en) qui sont fondamentaux en thĂ©orie des nombres. Les groupes de Galois d'extensions de corps infinis comme le groupe de Galois absolu peuvent aussi ĂȘtre Ă©quipĂ©s d'une topologie, la topologie de Krull, qui est Ă  son tour centrale pour gĂ©nĂ©raliser la connexion entre les corps et les groupes d'extensions de corps infinis esquissĂ©e plus haut. Une gĂ©nĂ©ralisation avancĂ©e de cette idĂ©e, adaptĂ©e aux besoins de la gĂ©omĂ©trie algĂ©brique, est le groupe fondamental Ă©tale (en).

[modifier] Groupes de Lie

Article dĂ©taillĂ© : Groupe de Lie.

Les groupes de Lie (du nom de Sophus Lie) sont des groupes qui ont une structure de variĂ©tĂ© diffĂ©rentiable, c'est-Ă -dire qui sont des espaces localement semblables Ă  un espace euclidien d'une certaine dimension. LĂ  encore, la structure additionnelle — ici, la structure de variĂ©tĂ© — doit ĂȘtre compatible avec celle de groupe, c'est-Ă -dire que les fonctions correspondant Ă  la multiplication et Ă  l'inverse doivent ĂȘtre diffĂ©rentiables.

Un exemple standard est le groupe gĂ©nĂ©ral linĂ©aire introduit plus haut : il est un sous-ensemble ouvert de l'espace de toutes les matrices carrĂ©es Ă  n lignes et n colonnes car dĂ©fini par l'ensemble des matrices carrĂ©es A telles que

det (A) ≠ 0,

oĂč det dĂ©signe le dĂ©terminant, qui est une application continue.

Les groupes de Lie sont d'une importance fondamentale en physique : le thĂ©orĂšme de Noether exprime l'Ă©quivalence qui existe entre les lois de conservation et l'invariance des lois physiques en ce qui concerne les symĂ©tries en physique. Les rotations, ainsi que les translations dans l'espace et le temps, sont des symĂ©tries de base des lois de la mĂ©canique. Elles peuvent notamment ĂȘtre utilisĂ©es pour construire des modĂšles simples — imposer par exemple un axe de symĂ©trie Ă  une situation conduit gĂ©nĂ©ralement Ă  une nette simplification des Ă©quations nĂ©cessaires Ă  sa description physique. Une autre exemple est la transformation de Lorentz, qui relie les mesures du temps et de la vitesse de deux observateurs en mouvement relatif. Elle peut ĂȘtre dĂ©duite par un raisonnement purement thĂ©orique sur le groupe des transformations de GalilĂ©e de l'espace de Minkowski. Ce dernier sert — en l'absence d'une gravitation significative — Ă  modĂ©liser l'espace-temps en relativitĂ© restreinte. Le groupe des isomĂ©tries de l'espace de Minkowski est appelĂ© Groupe de PoincarĂ©. De ce fait, celui-ci joue un rĂŽle pivot en relativitĂ© restreinte et, par consĂ©quent, pour la thĂ©orie quantique des champs.

[modifier] Généralisations

Structures algébriques semblables aux groupes
Associativité Neutre Symétrique
Groupe  Oui  Oui  Oui
MonoĂŻde  Oui  Oui Non Non
Demi-groupe  Oui Non Non Non Non
Magma Non Non Non Non Non Non

En algĂšbre gĂ©nĂ©rale, des structures plus gĂ©nĂ©rales sont dĂ©finies en omettant certains axiomes de la dĂ©finition des groupes. Par exemple, si la condition que chaque Ă©lĂ©ment possĂšde un symĂ©trique est Ă©liminĂ©e, on obtient une structure algĂ©brique appelĂ©e monoĂŻde. Les nombres entiers naturels N, munis de l'addition, forment un monoĂŻde, de mĂȘme que l'ensemble des entiers relatifs non nuls munis de la multiplication (Z \ {0}, ·) vu plus haut. Il existe une mĂ©thode gĂ©nĂ©rale pour ajouter de façon formelle des symĂ©triques aux Ă©lĂ©ments d'un monoĂŻde commutatif, de façon analogue Ă  celle dont (Q \ {0}, ·) est dĂ©rivĂ© de (Z \ {0}, ·). Le groupe ainsi obtenu est appelĂ© groupe de Grothendieck (en) du monoĂŻde.

Un groupoĂŻde est semblable Ă  un groupe, si ce n'est que la loi a â€ą b n'est pas dĂ©finie pour tous les Ă©lĂ©ments a et b. Les groupoĂŻdes apparaissent dans l'Ă©tude de formes plus compliquĂ©es de symĂ©tries, souvent dans les structures topologiques ou analytiques, comme le groupoĂŻde fondamental. Le tableau ci-contre donne diffĂ©rentes structures gĂ©nĂ©ralisant celle de groupe.


[modifier] Annexes

[modifier] Bibliographie

  • Roger Godement, Introduction Ă  la thĂ©orie des groupes de Lie, Springer, 2004, 305 p. (ISBN 3540200347) 
  • Serge Lang, AlgĂšbre [dĂ©tail des Ă©ditions]
  • Edmond Bauer, « Introduction Ă  la thĂ©orie des groupes et Ă  ses applications en physique quantique Â», dans Annales de l'Institut Henri PoincarĂ©, vol. 4, no 1, 1933, p. 1-170 [texte intĂ©gral] 

[modifier] Notes

  1. ↑ Henri PoincarĂ©, Science et MĂ©thode, Paris, Flammarion, 1947 [lire en ligne], p. 30-31 
  2. ↑ « Lorsqu'on aborde un chapitre quelconque de la thĂ©orie des groupes, [...] l'on ne peut Ă©chapper Ă  l'impression d'atteindre un domaine profond et central des mathĂ©matiques et de la logique. Cela est si vrai qu'il est impossible de faire ni physique, ni gĂ©omĂ©trie, sans se servir, de façon plus ou moins consciente, du concept de groupe. Â», Bauer 1933.
  3. ↑ a, b et c A. Dahan-Dalmedico et J. Peiffer, Une Histoire des mathĂ©matiques – Routes et dĂ©dales [dĂ©tail des Ă©ditions] 
  4. ↑ Bruno Belhoste, Cauchy, un mathĂ©maticien lĂ©gitimiste au XIXe siĂšcle [dĂ©tail des Ă©ditions]
  5. ↑ Daniel Perrin, Cours d'algĂšbre  [dĂ©tail des Ă©ditions], ch. 1 : « L'intĂ©rĂȘt des sous-groupes distinguĂ©s est de permettre le « dĂ©vissage Â» des groupes. Â»
  6. ↑ a et b Bauer 1933.
  7. ↑ Voir par exemple Puig, Lluis, [PDF] La classification des groupes finis simples : bref aperçu et quelques consĂ©quences internes, SĂ©minaire Bourbaki, 24, 1981-1982.

[modifier] Voir aussi

  • Partie gĂ©nĂ©ratrice d'un groupe
  • Groupe abĂ©lien de type fini
  • Groupe ax + b
  • Groupe de Klein
  • Groupe de Lie
  • Groupe symĂ©trique
  • Groupe ponctuel de symĂ©trie
  • Groupe simple
  • Groupe rĂ©soluble
  • Groupe sporadique
  • Ordre d'un sous-groupe, ordre d'un Ă©lĂ©ment
  • Produit direct
  • Produit semi-direct
  • RĂ©seau

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