Intégrale de Riemann : encyclopédie mathématiques
Cet article est issu de l'encyclopédie libre Wikipedia.En analyse rĂ©elle, l'intĂ©grale de Riemann[1] est une façon simple de dĂ©finir l'intĂ©grale d'une fonction sur un intervalle. En termes gĂ©omĂ©triques, cette intĂ©grale s'interprĂšte comme l'aire du domaine sous la courbe reprĂ©sentative de la fonction, comptĂ©e algĂ©briquement.
Le procédé général utilisé pour définir l'intégrale de Riemann est l'approximation par des fonctions en escalier, pour lesquelles la définition de l'aire sous la courbe est aisée. Les fonctions pour lesquelles cette définition est possible sont dites intégrables au sens de Riemann. C'est le cas notamment des fonctions continues, continues par morceaux, ou réglées sur un segment [a,b].
On obtient un procédé d'intégration plus général et plus satisfaisant, notamment vis-à -vis du passage à la limite, en introduisant l'intégrale de Lebesgue ou l'intégrale de Kurzweil-Henstock.
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Soit E un sous-ensemble quelconque du segment [a,b]. Soit ÏE la fonction qui vaut 1 si x appartient Ă E et 0 sinon. ÏE est appelĂ©e la fonction indicatrice ou fonction caractĂ©ristique de E.
Ces fonctions sont notre point de départ et nous posons :
pour tout segment [c,d] inclus dans [a,b] et pour toute constante
,
Dans ce cas l'aire sous la courbe de cette fonction est égale à l'aire du rectangle de base [c,d] et de hauteur z.
De la mĂȘme maniĂšre, quelques expĂ©rimentations gĂ©omĂ©triques avec de telles fonctions nous amĂšnent Ă penser que si f1,f2,...,fn sont n fonctions indicatrices sur des intervalles disjoints et si a1,a2,...,an sont des scalaires positifs, alors l'aire du domaine sous la courbe de la fonction
doit ĂȘtre Ă©gale Ă
Une fonction de cette forme, c'est-Ă -dire une combinaison linĂ©aire de fonction indicatrices, est dite fonction en escalier. Remarquons maintenant que nous avons dĂ©cidĂ© quelle devrait ĂȘtre l'intĂ©grale d'une fonction en escalier Ă valeurs positives. Il est naturel, dans le cas oĂč certains des a1,a2,...,an sont nĂ©gatifs, de dĂ©cider que la formule ci-dessus doit ĂȘtre adoptĂ©e comme dĂ©finition de . Cela signifie que nous comptabilisons avec un signe moins les aires en dessous de l'axe des x.
Dans la formule ci-dessus l'écriture f = a1f1 + a2f2 + ... + anfn n'est pas tout à fait unique (on peut toujours découper un intervalle en plus petits intervalles). Peut-on obtenir une valeur différente de en décomposant f de deux maniÚres différentes ?
On peut montrer que non: il est possible, d'une maniÚre unique, d'associer à toute fonction en escalier une intégrale de sorte que pour n'importe quelle combinaison linéaire de fonctions en escalier f = a1g1 + a2g2 + ... + angn on ait , et telle que lorsque f est la fonction indicatrice d'un intervalle alors
soit la longueur de cet intervalle.
Une différence importante entre l'intégrale de Riemann et celle de Lebesgue, est que dans cette derniÚre on y remplace les fonctions en escalier par les fonctions étagées qui sont des combinaisons linéaires finies de fonctions indicatrices d'ensembles qui ne sont pas nécessairement des intervalles. La longueur de l'intervalle est remplacée par la mesure de l'ensemble.
à partir de l'interprétation géométrique, nous imposons que si f vérifie pour tout x de [a,b], alors
Nous appelons cette propriété la croissance de l'intégrale (on remarque qu'elle impose de donner une valeur négative à l'intégrale d'une fonction négative).
L'intégrale d'une fonction en escalier étant définie et la condition de monotonie étant imposée, nous pouvons essayer d'intégrer des fonctions bornées arbitraires. Soit f une fonction à valeurs réelles définie sur [a,b] et soit l une fonction en escalier telle que pour tout x on ait, (cela n'est donc possible que si f est bornée inférieurement). De plus, soit u une fonction en escalier telle que pour tout x on ait,
(une telle u ne peut exister que si la fonction est bornĂ©e supĂ©rieurement). Si nous devions donner une valeur Ă
conforme Ă la condition de monotonie, alors nous devrions avoir :
L'intégrale est alors appelée une somme inférieure pour f et l'intégrale
est alors appelĂ©e une somme supĂ©rieure pour f. L'inĂ©galitĂ© prĂ©cĂ©dente doit ĂȘtre vĂ©rifiĂ©e pour toutes sommes supĂ©rieures et infĂ©rieures de f, donc nous pouvons en dĂ©duire une autre inĂ©galitĂ© :
oĂč est la borne supĂ©rieure de toutes les sommes infĂ©rieures, et
est la borne inférieure de toutes les sommes supérieures. Le nombre
est parfois appelĂ© intĂ©grale infĂ©rieure de f ; de la mĂȘme maniĂšre, le nombre
est appelé intégrale supérieure.
Il peut arriver que l'intĂ©grale supĂ©rieure ne soit pas Ă©gale Ă l'intĂ©grale infĂ©rieure. Par exemple, pour la fonction indicatrice ÏQ oĂč Q est l'ensemble des nombres rationnels du segment [a,b] avec a < b, l'intĂ©grale infĂ©rieure est Ă©gale Ă 0 et l'intĂ©grale supĂ©rieure est Ă©gale Ă b â a > 0.
Si les intégrales supérieures et inférieures sont égales, alors on dit que la fonction est intégrable au sens de Riemann ou Riemann-intégrable. Son intégrale est cette valeur commune. Dans le contexte de cet article, nous dirons intégrable ou non intégrable sachant que nous parlons d'« intégrabilité » au sens de Riemann.
La définition originale par Riemann de son intégrale[2] utilisait les sommes de Riemann, mais nous présentons ici l'approche ultérieure[3], équivalente, par les sommes de Darboux.
La discussion précédente nécessitait une notion préalable d'intégrale pour les fonctions en escalier, et par exemple on a accepté sans démonstration la propriété de monotonie pour les fonctions en escalier.
Afin de faire l'Ă©conomie d'une discussion prĂ©alable des fonctions en escalier, il est prĂ©fĂ©rable de procĂ©der en toute gĂ©nĂ©ralitĂ© de la maniĂšre suivante (qui est trĂšs proche de l'approche originelle de Riemann lui-mĂȘme). Soit f une fonction bornĂ©e dĂ©finie sur l'intervalle bornĂ© [a,b]. Ă toute subdivision Ï = (a = x0 < x1 < ... < xn = b) on associe son pas , qui mesure sa finesse, ainsi que les nombres rĂ©els suivants Mi et mi, pour
puis, les sommes de Darboux supérieure et inférieure :
On dit que f est intĂ©grable au sens de Riemann sur [a,b] s'il est possible de trouver des subdivisions rendant les Ă©carts Î(Ï) entre sommes supĂ©rieure et infĂ©rieure arbitrairement petits.
On prouve alors qu'il existe un nombre réel unique, noté , qui a la propriété suivante :
pour n'importe quelle suite de subdivisions Ïk dont les pas ÎŽ(Ïk) tendent vers zĂ©ro[2].
On peut établir qu'une fonction en escalier est bien intégrable en ce sens et que l'intégrale ainsi définie pour elle a toutes les propriétés (linéarité, monotonie) espérées. Et notre définition est alors en toute généralité équivalente avec celle de la section précédente.
Lemme 1 â Soit [a,b] un segment. L'application qui associe Ă f l'intĂ©grale de a Ă b est une forme linĂ©aire. Et ainsi pour toutes fonctions intĂ©grables f et g, et tout nombre rĂ©el λ, I(λf + g) = λI(f) + I(g).
Ceci peut ĂȘtre dĂ©montrĂ© Ă partir des premiers principes de la construction de l'intĂ©grale de Riemann.
ThĂ©orĂšme 2 â Toute fonction Ă valeurs rĂ©elles, continue sur le segment [a,b] est intĂ©grable.
La preuve repose sur le fait qu'une fonction continue sur un segment est uniformément continue.
Corollaire 3 â Si f est continue sur [a,b] sauf peut-ĂȘtre en un nombre fini de points de discontinuitĂ©, et si f est bornĂ©e, alors f est intĂ©grable.
La condition f bornĂ©e ne peut pas ĂȘtre omise.
ThĂ©orĂšme 4 â Toute fonction croissante sur le segment [a,b] est intĂ©grable. Idem pour les fonctions dĂ©croissantes. Plus gĂ©nĂ©ralement une fonction monotone par morceaux est intĂ©grable.
Une fonction croissante peut avoir une infinité de discontinuités, et n'est donc pas nécessairement continue par morceaux, donc ce ThéorÚme n'est pas une conséquence du précédent. Sa démonstration est d'ailleurs nettement plus facile, elle découle trÚs directement de la définition avec les sommes supérieures et inférieures donnée plus haut.
ThĂ©orĂšme 5 â Si (fk) est une suite de fonctions intĂ©grables sur [a,b], et si (fk) converge uniformĂ©ment vers une fonction f, alors f est intĂ©grable, et les intĂ©grales convergent vers
.
Corollaire 6 â Soit C(a,b) l'espace de Banach des fonctions continues sur [a,b] muni de la norme de convergence uniforme. Alors est continue. Conjointement avec le lemme 1, nous pouvons en dĂ©duire que l'intĂ©grale est une forme continue sur C(a,b).
Les hypothÚses du ThéorÚme 5 (convergence uniforme sur un segment) sont trÚs fortes. Une difficulté avec l'intégrale de Riemann se pose, lorsque nous tentons d'amoindrir ces hypothÚses. Car en fait, la suite numérique converge vers le nombre
plus souvent que le théorÚme ne le suggÚre (il suffit que la convergence soit dominée), mais pour le démontrer il faut des raisonnements nettement moins simples que ceux définissant l'intégrale de Riemann et donnant ses propriétés de base. Il est néanmoins possible[4] de le prouver avec les notions de base sur les suites et les séries de nombres réels.
CritĂšre de Lebesgue pour l'intĂ©grabilitĂ© de Riemann â Soit f une fonction dĂ©finie et bornĂ©e sur [a,b] et soit D l'ensemble des discontinuitĂ©s de f sur [a,b]. Alors f est Riemann-intĂ©grable si, et seulement si, D a une mesure de Lebesgue nulle.
Comme exemple de fonction avec un ensemble non dénombrable de discontinuités et cependant Riemann-intégrable, on a (fonction caractéristique de l'ensemble de Cantor) :
oĂč C est l'ensemble de Cantor.
Un autre aspect de l'intĂ©grale de Riemann est qu'elle ne concerne dans un premier temps que les fonctions bornĂ©es, sur un intervalle bornĂ©. Il faut une deuxiĂšme dĂ©finition si l'une de ces conditions n'est pas vĂ©rifiĂ©e. Par exemple, si nous souhaitons intĂ©grer une fonction f de Ă
, en supposant qu'elle soit intégrable sur tout intervalle borné, on prendra la limite suivante, qui peut d'ailleurs, ou non, exister:
Dans le cadre de l'intĂ©gration au sens de Lebesgue il n'y a qu'une seule dĂ©finition et par exemple est une intĂ©grale de Lebesgue au sens strict tandis que comme intĂ©grale de Riemann elle est une intĂ©grale gĂ©nĂ©ralisĂ©e. De mĂȘme pour
. Cependant les intégrales au sens de Lebesgue sont toujours automatiquement absolument convergentes. Ainsi, l'intégrale
n'est ni une intĂ©grale de Riemann au sens propre, ni une intĂ©grale de Lebesgue, mais elle est une intĂ©grale gĂ©nĂ©ralisĂ©e de Riemann (ou de Lebesgue), et sa valeur est Ï / 2. En dĂ©signant par f(x) la somme de
et de la fonction indicatrice des rationnels positifs on voit que
donne un exemple d'une intĂ©grale de Lebesgue gĂ©nĂ©ralisĂ©e (on dit aussi impropre) qui n'existe pas en tant qu'intĂ©grale de Riemann. Sa valeur est encore Ï / 2.
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