Nombre p-adique : encyclopédie mathématiques
Cet article est issu de l'encyclopédie libre Wikipedia.En mathématiques, et plus particulièrement en théorie des nombres, si p est un nombre premier, un nombre p-adique est un objet qui peut se concevoir comme une suite de chiffres en base p, éventuellement infinie à gauche de la virgule (mais toujours finie à droite de la virgule). Avec une addition et une multiplication qui se calculent comme pour les nombres décimaux usuels, l'ensemble des nombres p-adiques forme un corps commutatif noté . Un nombre 2-adique est parfois appelé « diadique » mais ne doit pas être confondu avec une fraction dyadique. Un nombre 3-adique est parfois appelé « triadique ».
Chaque corps des nombres p-adiques est construit par complétion du corps
des nombres rationnels lorsque celui-ci est muni d'une valeur absolue nommée valeur absolue p-adique. Cette construction s'apparente à celle du corps
des nombres réels par complétion du corps des rationnels suivant la valeur absolue usuelle.
La principale motivation ayant donné naissance aux corps des nombres p-adiques était de pouvoir utiliser les techniques des séries entières dans la théorie des nombres, mais leur utilité dépasse maintenant largement ce cadre. De plus, la valeur absolue p-adique sur le corps est une valeur absolue non-archimédienne : on obtient sur ce corps une analyse différente de l'analyse usuelle sur les réels, que l'on appelle analyse p-adique.
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Les nombres réels sont définis comme des classes d'équivalence des suites de Cauchy des nombres rationnels. Cependant, cette définition repose sur la métrique choisie et, en en choisissant une autre, d'autres nombres que les nombres réels peuvent être construits. La métrique utilisée pour les nombres réels est appelée métrique euclidienne.
Pour un nombre premier donné p, on définit la valeur absolue p-adique sur comme suit :
En quelque sorte, plus r est divisible par p, plus sa valeur absolue p-adique est petite (c'est un cas particulier de valuation discrète, un outil algébrique).
Par exemple, pour :
pour tout autre nombre premier.
On démontre que cette application a toutes les propriétés d'une valeur absolue. On peut montrer que toute valeur absolue (non-triviale) sur est équivalente soit à la valeur absolue euclidienne, soit à une valeur absolue p-adique (théorème d'Ostrowski). Une valeur absolue p-adique définit une métrique dp sur
en posant :
Le corps des nombres p-adiques peut alors être défini comme la complétion de l'espace métrique (
, dp). Ses éléments sont les classes d'équivalences des suites de Cauchy, où deux suites sont dites équivalentes si leur différence converge vers zéro. De cette façon, on obtient un espace métrique complet qui est aussi un corps et qui contient
.
Cette construction permet de comprendre pourquoi est un analogue arithmétique de
.
Quelques différences entre et
. Outre le fait que, par construction,
et
sont des espaces métriques complets, il faut avoir noté que le monde p-adique se comporte de façon très différente du monde réel et ceci commence par le fait la distance dp est ultramétrique au sens où :
pour tous x,y,z dans . Ceci a pour conséquences (non exhaustives) que :
Dans cette approche algébrique, on commence par définir l'anneau commutatif des entiers p-adiques, puis par construction le corps des fractions de cet anneau pour obtenir le corps des nombres p-adiques.
On définit l'anneau des entiers p-adiques comme la limite projective des anneaux
. Un entier p-adique est alors une suite
telle que pour tout n ≥ 1 :
Par exemple, 35 en tant que nombre 2-adique serait la suite .
Explication : 35 = 1 + 21 + 25 qu'on peut écrire aussi
La suite (an) s'obtient en faisant les sommes cumulées des xi2i (où ) :
a1 = 1,
a2 = 1 + 2 = 3,
a3 = 1 + 2 + 0 = 3,
a4 = 1 + 2 + 0 + 0 = 3,
a5 = 1 + 2 + 0 + 0 + 0 = 3,
a6 = 1 + 2 + 0 + 0 + 0 + 0 + 25 = 35, etc.
On a bien, pour tout n ≥ 1 : et
puisque an + 1 = an + xn + 12n + 1.
L'addition et la multiplication de telles suites sont bien définies, puisqu'elles commutent avec l'opérateur modulo (voir arithmétique modulaire). De plus, toute suite (an) dont le premier élément n'est pas nul a un inverse.
L'anneau des entiers p-adiques ne possédant pas de diviseurs de zéro, il est possible de considérer son corps des fractions pour obtenir le corps des nombres p-adiques.
On montre facilement que s'obtient en ajoutant l'élément
à l'anneau
, ce qu'on note :
. Ceci n'a pas d'équivalent pour le passage de
à son corps des fractions
, mais par exemple l'ensemble des nombres décimaux (que l'on note
dans les classes élémentaires) est un anneau obtenu en ajoutant
Ã
; on dit qu'on a "rendu 10 inversible" dans
ou encore qu'on a "localisé"
en 10.
Soit p un nombre premier. Tout élément non nul r de (et en particulier tout élément de
) s'écrit de manière unique sous la forme :
où et les ai sont des nombres entiers compris entre 0 et p − 1. Cette écriture est la décomposition canonique de r comme nombre p-adique.
Cette série est convergente suivant la métrique p-adique.
On note l'ensemble des éléments de
tels que
et on l'appelle ensemble des entiers p-adiques.
est un sous-anneau de
. On peut représenter un entier p-adique par une suite infinie vers la gauche de chiffres en base p, tandis que les autres éléments de
, eux, auront un nombre fini de chiffres à droite de la virgule. Cette écriture fonctionne en somme à l'inverse de ce qu'on a l'habitude de rencontrer dans l'écriture des nombres réels.
Par exemple, avec p = 2 :
Un autre exemple, avec p = 7 :
2 n'a pas de racine carrée dans mais en possède deux dans
, Ã savoir :
et son opposé :
Comment calculer dans
Exemple : dans
Exemple : dans
Exemple 1 : Ecrivons dans
. Remarquons tout d'abord que
car sa valuation 7-adique est 0. Ainsi
avec
.
3 est inversible modulo 7 puisque . Ceci permet d'ailleurs d'écrire la relation de Bézout suivante :
d'où :
et à ce stade on a :
Continuons et multiplions ( * ) par -2 :
et arrangeons pour obtenir des coefficients entre 0 et 6 :
d'où :
et on observe une périodicité puisqu'on retombe sur
.
Au bilan : c'est-Ã -dire :
d'où l'écriture 7-adique :
Exemple 2 : Ecrivons dans
. Remarquons tout d'abord que
car sa valuation 7-adique est -1 : ce sera donc un nombre 7-adique "Ã virgule".
On écrit :
Or on sait que donc en multipliant par 4 :
Il ne reste plus qu'à diviser par 7, mais ceci revient à décaler la virgule vers la gauche (on est en base 7) :
L'ensemble des entiers p-adiques n'est pas dénombrable car la décomposition de Hensel ci-dessus implique qu'il est équipotent à .
Les nombres p-adiques contiennent les nombres rationnels et forment donc un corps de caractéristique nulle.
Un nombre positif γ0 est rationnel si, et seulement si, son développement p-adique est périodique à partir d'un certain rang, c'est-à -dire, s'il existe 2 entiers et k > 0 tel que
(La suite an représentant le développement p-adique du nombre γ0)
Il n'est pas possible d'en faire un corps totalement ordonné, puisque le lemme de Hensel permet de montrer que dans , -7 est un carré et que pour p > 2, -(p-1) est un carré dans
La topologie sur l'ensemble des entiers p-adiques est celle de l'ensemble de Cantor ; la topologie sur l'ensemble des nombres p-adiques est celle de l'ensemble de Cantor privé d'un point (qui serait naturellement appelé infini). En particulier, l'espace des entiers p-adiques est compact, tandis que l'espace des nombres p-adiques ne l'est que localement. En tant qu'espaces métriques, les entiers et les nombres p-adiques sont complets.
Les nombres réels n'ont qu'une seule extension algébrique propre, les nombres complexes. En d'autres termes, cette extension quadratique est algébriquement close. En revanche, la clôture algébrique des nombres p-adiques est de degré infini : les corps ont une infinité d'extensions algébriques non équivalentes. De plus, la clôture algébrique d'un
n'est pas complète. Sa complétion métrique est appelée Ωp et elle est algébriquement close.
Le corps Ωp, aussi noté , est abstraitement isomorphe au corps
des nombres complexes et il est possible de considérer le premier comme le dernier, muni d'une métrique exotique. Cependant, l'existence d'un tel isomorphisme est une conséquence de l'axiome du choix et il n'est pas possible d'en expliciter un.
Les nombres p-adiques contiennent le ne corps cyclotomique si et seulement si n divise p − 1. Par exemple, les 1er, 2e, 3e, 4e, 6e et 12e corps cyclotomiques sont des sous-corps de .
Le nombre e (défini par la série ) n'est élément d'aucun des corps p-adiques. Cependant, ep (défini par la série
) est un nombre p-adique (sauf si p = 2, mais e4 est un nombre 2-adique), aussi e, défini comme une racine p-ème de ep, est un élément de la clôture algébrique de n'importe quel corps p-adique ; ainsi quel que soit p, e appartient Ã
.
Sur les nombres réels, les seules fonctions dont les dérivées sont nulles sont les fonctions constantes. Ceci n'est pas vrai sur les nombres p-adiques. Par exemple, la fonction
possède une dérivée nulle en tous points, mais n'est même pas constante localement en 0.
Si on se donne les éléments respectivement membres de
, il est possible de trouver une suite (xn) de
telle que la limite des xn dans
soit r et, pour tout p premier, elle soit rp dans
.
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