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Numération maya


Numération maya : encyclopédie mathématiques

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La numération maya[1] est une numération de position de base 20 (à une irrégularité près dans la notation des grandes durées).

Les chiffres de 1 à 19 s'écrivent suivant un système répétitivo-additif à l'aide de traits valant 5 et de points valant 1. Les Mayas ont inventé un chiffre zéro attesté pour la première fois par les stèles 18 et 19 de Uaxactun (Peten, Guatemala) datées du 3 février 357 où ses trois occurrences en position finale ont la forme d'une fleur. Une autre forme de ce zéro de position est celle de la main de l'accomplissement, ou celle du miroir d'obsidienne. Dans les codex du Postclassique, le zéro de position a la forme d'un couteau (notamment de couteau sacrificiel) et parfois la forme d'un coquillage.

Les Mayas distinguaient les aspects cardinal et ordinal du nombre, et ne confondaient pas par exemple une date avec une durée. Ils inventèrent un signe pour noter l'aspect ordinal du zéro, c'est le signe CHUM dérivant du verbe "s'asseoir, siéger" qui renvoie ici au point de départ d'un cycle. Le zéro ordinal est plus anciennement attesté que le zéro cardinal puisqu'il apparaît pour la première fois sur la Plaque de Leyde datée du 15 septembre 320.


Sommaire

[modifier] Traces dans l'histoire

Les Mayas ont laissé des tables de multiples, des tableaux de dates, des dates en quatre calendriers (tzolkin de 260 jours, haab de 365 jours, CR de 18 980 jours et CL de 1 872 000 jours), et des milliers d’équations temporelles reliant les dates et les durées qui décrivent l’histoire des cités et des rois ou la marche du Soleil et des planètes visibles à l’œil nu. Dans les cités mayas, les gens utilisaient la numération parlée de leur langue (chol, yucatèque, etc.) et les scribes disposaient de plusieurs numérations écrites ainsi que d'un système d'unités de temps. Ces systèmes étaient tous de caractère vigésimal.

Pour Ă©crire les petits nombres, par exemple la durĂ©e d'une lunaison (c'est-Ă -dire les entiers 29 et 30) ou les petits dĂ©placements (dans l'almanach divinatoire de 260 jours), les Mayas disposaient d'une numĂ©ration de type additif utilisant trois signes pour 1, 5 et 20; dans cette Ă©criture : '20,9' s'interprète 20 + 9. Parfois aussi, ils transcrivaient les sons de l'expression parlĂ©e du petit nombre; les exemples sont rares (trois dans le codex de Dresde) mais ils sont prĂ©cieux parce qu'on a alors une trace Ă©crite de l'opĂ©ration de protraction qui fournit par exemple la valeur 35 (ho.lahun [tu-] ca kal, en yucatèque de l'Ă©poque coloniale) Ă  partir des arguments 15 'holhu' et 40 'cakal'.

La notation protractive est aussi attestée sur les monuments pour noter l'âge de la Lune. C'est le compte des jours depuis la nouvelle Lune qui s'exprime par un signe composé lorsqu'il est compris entre 21 et 30. Dans ce cas, le scribe n'écrivait pas le signe tu de l'opération de protraction et juxtaposait les deux arguments. L'âge 29 par exemple s'écrivait '9,20', dans l'ordre croissant. Cet ordre distingue et oppose la protraction de l'addition précédente, par exemple l'âge 29 et la lunaison 29. La lunaison de vingt-neuf jours était notée '20,9' dans l'ordre décroissant des arguments.

Les Mayas Ă©crivaient aussi de grandes durĂ©es (couramment de l'ordre du million de jours) soit en numĂ©ration de position avec zĂ©ro comme dans les codex parvenus jusqu'Ă  nous, soit en numĂ©ration de disposition avec zĂ©ro ; dans ce dernier cas (typique des inscriptions monumentales), les mayas Ă©crivaient systĂ©matiquement toutes les unitĂ©s comme par exemple dans le Compte long 13-baktun 0-katun 0-tun 0-uinal 0-kin gravĂ© sur une stèle de Quirigua. Il faut ici rappeler que le système des unitĂ©s de temps est purement vigĂ©simal si le tun (annĂ©e de compte valant 360 jours) est considĂ©rĂ© comme l'unitĂ© principale du système (dans ce cas, il y a un sous-système vigĂ©simal de deux sous-unitĂ©s de temps : les unitĂ©s uinal 'mois' et kin 'jour' le sous-système est reliĂ© au système par l'Ă©quation ou l'irrĂ©gularitĂ© : 1 tun = 18 uinal).

Les signes d'entiers ou d'unités de temps existent dans trois styles calligraphiques différents: le style point/barre (le plus fréquent dans les codex), le style céphalomorphe et le style en figures entières.


[modifier] Liste des chiffres

Chiffre maya Valeur
0 maia.svg 0
1 maia.svg 1
2 maia.svg 2
3 maia.svg 3
4 maia.svg 4
5 maia.svg 5
6 maia.svg 6
7 maia.svg 7
8 maia.svg 8
9 maia.svg 9
     
Chiffre maya Valeur
10 maia.svg 10
11 maia.svg 11
12 maia.svg 12
13 maia.svg 13
14 maia.svg 14
15 maia.svg 15
16 maia.svg 16
17 maia.svg 17
18 maia.svg 18
19 maia.svg 19

[modifier] Exemples

Chaque étage est multiplié par une puissance de 20, ainsi la valeur de l'étage le plus bas est multipliée par 20^0 (x1), du second étage par 20^1 (x20), du troisième étage par 20^2 (x400) et ainsi de suite...
Ce qui donne :

Valeur Chiffres mayas note
27 1 maia.svg
7 maia.svg
1*20+7
358 17 maia.svg
18 maia.svg
17*20+18
340 17 maia.svg
0 maia.svg
17*20+0
112211 14 maia.svg
0 maia.svg
10 maia.svg
11 maia.svg
14*8000+0*400+10*20+11
Trois colonnes de glyphes de la Stèle de La Mojarra. La colonne de gauche utilise la numération Maya, représentant ici la date 8.5.16.9.7 en Compte Long, ou encore l'an 156 après J-C.


Le système maya comporte une irrĂ©gularitĂ© dans le cas des dates[2] : le troisième Ă©tage ne comptera pas une 400-aine mais une 360-aine (20Ă—18). Ceci reporte l'Ă©tage suivant non pas Ă  la 8000-aine mais Ă  la 7200-aine (20Ă—18Ă—20) et le cinquième Ă  la 144000-aine (20Ă—18Ă—20Ă—20).

[modifier] Addition et soustraction

Ajouter ou soustraire des nombres dont le résultat est plus petit que 20 avec la numération Maya est très simple[3]
L'addition est réalisée par la combinaison des symboles à chaque niveau.

Si le rĂ©sultat donne cinq ou plus de points, cinq points sont retirĂ©s et remplacĂ©s par un trait. Si le rĂ©sultat donne quatre traits ou plus, quatre traits sont retirĂ©s et un point est ajoutĂ© au niveau supĂ©rieur :


4 maia.svg+12 maia.svg=16 maia.svg (4+12=16)

La méthode est similaire pour la soustraction: retirer les éléments du second au premier symbole.

S'il n'y a pas assez de points dans le premier symbole, un trait est remplacĂ© par cinq points. Et si, Ă  un Ă©tage donnĂ©, il n'y a pas assez de traits, un point est retirĂ© de l'Ă©tage supĂ©rieur qui est remplacĂ© par quatre traits au niveau de l'Ă©tage de travail :

1 maia.svg
7 maia.svg-10 maia.svg=17 maia.svg (27-10=17)

[modifier] Forme du zéro cardinal maya

La forme du zéro des codex n'est pas un coquillage. Ce signe allongé représente un couteau (notamment un couteau de sacrifice) et dérive vraisemblablement du signe du miroir d'obsidienne poli. La forme coquillage est rare, mais attestée.

Sur les monuments, le zéro cardinal n'a jamais cette forme, mais celle d'une demi-fleur à quatre pétales, ou celle d'une tête caractérisée par la main de l'accomplissement, ou encore d'une floraison de maïs ou du miroir d'obsidienne.

[modifier] Variantes graphiques

Les scribes mayas disposaient, outre du système des chiffres point/barre ci-dessus, de nombreuses formes graphiques pour représenter les vingt chiffres nécessaires à l'écriture de leurs nombres (le plus souvent des durées) ou des unités de leur système d'unités de temps (les glyphes de période: kin, uinal, tun, katun, baktun, etc.). Le plus célèbre système est certainement celui des chiffres céphalomorphes (chaque chiffre, de 0 à 19, est représenté par un glyphe ayant la forme d'une tête).

[modifier] Deux zéros mayas

Les scribes mayas utilisaient une numĂ©ration vigĂ©simale (Ă  base vingt) et ils disposèrent de deux zĂ©ros distincts, marquĂ©s par des glyphes diffĂ©rents[4]. De manière gĂ©nĂ©rale, ils distinguaient toujours soigneusement les durĂ©es (de nature 'cardinale') et les dates (de nature 'ordinale'), par exemple dans les almanachs divinatoires, en Ă©crivant les premières en noir et les secondes en rouge. De mĂŞme, ils distinguaient soigneusement les constituants de chiffre (par exemple : deux points '..' juxtaposĂ©s horizontalement pour former le chiffre ou le nombre 2) et les constituants de nombre (c'est-Ă -dire les chiffres constituant un nombre en Ă©criture positionnelle, par exemple deux points ':' juxtaposĂ©s verticalement pour former le nombre 21, soit 'une-vingtaine un').

Le premier, que l'on peut appeler zĂ©ro cardinal, est un zĂ©ro de position, comme celui de la numĂ©ration dĂ©cimale ou de toute autre numĂ©ration de position. Par exemple : 9.9.16.0.0. (codex de Dresde p. 24) note la durĂ©e 9-baktun 9-katun 16-tun 0-uinal 0-kin, c'est-Ă -dire la durĂ©e de 9 x 400 tun (annĂ©e de compte de 360 jours) + 9 x 20 tun + 16 tun + 0 uinal (mois de 20 jours) + 0 kin (jour).

Le second ou zéro ordinal servait à noter le premier jour des 18 mois de vingt jours ou de la période complémentaire de cinq jours qui constituent l'année solaire (le ha'ab de 365 jours). Par exemple, le premier de l'an était un 0 Pop.

Le zĂ©ro ordinal est attestĂ© pour la première fois par une pendeloque de jade (connue sous le nom de plaque de Leyde), et il date du 17/09/320 (après J.-C.). Sur cette pendeloque, le mĂŞme glyphe apparaĂ®t aussi dans un contexte « littĂ©raire Â» oĂą il note le verbe dĂ©signant l'action de monter sur le trĂ´ne, l'intronisation du roi dont la figure apparaĂ®t au recto de la plaque.

Le zĂ©ro cardinal apparaĂ®t pour la première fois sur les stèles 18 et 19 de Uaxactun, qui comptent trois occurrences de ce signe en position finale. On les trouve dans l'expression (redondante, puisque, dans ce double exemple, toutes les unitĂ©s sont exprimĂ©es) d'une date en compte long (c'est-Ă -dire reprĂ©sentĂ©e par la durĂ©e exprimĂ©e en nombre de jours Ă©coulĂ©s depuis l'origine de la chronologie maya, soit en 3113 avant J.-C.) : 8-baktun 16-katun 0-tun 0-uinal 0-kin. Le zĂ©ro cardinal maya est donc attestĂ© depuis le 2 fĂ©vrier 357.

[modifier] NumĂ©ration parlĂ©e (yucatèque, donnĂ©es de Beltran, XVIIIe siècle)

. 0.
Hun. 1.
Ca. 2.
Ox. 3.
Can. 4.
Ho. 5.
Uac. 6.
Uuc. 7.
Uaxac. 8.
Bolon. 9.
Lahun. 10.
Buluc. 11.
Lahcá. 12.
Oxlahun. 13.
Canlahun. 14.
Holhun. 15.
Uaclahun. 16.
Uuclahun. 17.
Uaxaclahun. 18.
Bolonlahun. 19.
     
Hunkal. 20.
Huntukal. 21.
Catukal. 22.
Oxtukal. 23.
Cantukal. 24.
Hotukal. 25.
Uactukal. 26.
Uuctukal. 27.
Uaxactukal. 28.
Bolontukal. 29.
Lahucakal. 30.
Buluctukal. 31.
Lahcatukal. 32.
Oxlahutukal. 33.
Canlahutukal. 34.
Holhucakal. 35.
Uaclahutukal. 36.
Uuclahutukal. 37.
Uaxaclahutukal. 38.
Bolonlahutukal. 39.
     
Cakal. 40.
Huntuyoxkal. 41.
Catuyoxkal. 42.
Oxtuyoxkal. 43.
Cantuyoxkal. 44.
Hotuyoxkal. 45.
Uactuyoxkal. 46.
Uuctuyoxkal. 47.
Uaxactuyoxkal. 48.
Bolontuyoxkal. 49.
Lahuyoxkal. 50.
Buluctuyoxkal. 51.
Lahcatuyoxkal. 52.
Oxlahutuyoxkal. 53.
Canlahutuyoxkal. 54.
Holhuyoxkal. 55.
Uaclahutuyoxkal. 56.
Uuclahutuyoxkal. 57.
Uaxaclahutuyoxkal. 58.
Bolonlahtuyoxkal. 59.
     
Oxkal. 60.
Huntucankal. 61.
Catucankal. 62.
Oxtucankal. 63.
Cantucankal. 64.
Hotucankal. 65.
Uactucankal. 66.
Uuctucankal. 67.
Uaxactucankal. 68.
Bolontucankal. 69.
Lahucankal. 70.
Buluctucankal. 71.
Lahucankal. 72.
Oxlahutucankal. 73.
Canlahutucankal. 74.
Holhucankal. 75.
Uaclahutucankal. 76.
Uuclahutucankal. 77.
Uaxaclahutucankal. 78.
Bolonlahutucankal. 79.
     
Cankal. 80.
Hutuyokal. 81.
Catuyokal. 82.
Oxtuyokal. 83.
Cantuyokal. 84.
Hotuyokal. 85.
Uactuyokal. 86.
Uuctuyokal. 87.
Uaxactuyokal. 88.
Bolontuyokal. 89.
Lahutuyokal. 90.
Buluctuyokal. 91.
Lahcatuyokal. 92.
Oxlahutuyokal. 93.
Canlahutuyokal. 94.
Holhutuyokal. 95.
Uaclahutuyokal. 96.
Uuclahutuyokal. 97.
Uaxaclahutyokal. 98.
Bolonlahutuyokal. 99.
Hokal. 100.
Huntu uackal. 101.
Etc.

DĂ©but de la liste des noms de nombres yucatèque extrait de : Beltrán de Santa Rosa Maria, Pedro (1742) : Arte del idioma maya reducido a sucintas reglas y semilexicon yucateco.

Suggestion. Le constituant tu (tuy devant voyelle) est la contraction du locatif ti 'vers, en' et de l'indice personnel de 3e personne u- 'son', lequel sert Ă  dĂ©river l'ordinal Ă  partir du cardinal (comme notre suffixe -ième qui fait passer de 3 Ă  3e). Le locatif peut ĂŞtre sous-entendu, reste alors l'indice personnel (par ex. dans 50). L'amalgame entier, ti+u, peut aussi ĂŞtre sous-entendu. Par exemple, l'expression 35 donnĂ©e par Beltran est une forme abrĂ©gĂ©e de holhu tu-ca-KAL oĂą l'on reconnaĂ®t le numĂ©ral holhu '15' (en fait le composĂ© intĂ©grĂ© (5,10)), l'expression sous-entendue tu- prĂ©fixĂ©e au numĂ©ral ca '2' (soit vers le 2e) et le classificateur mesure KAL 'vingt, vingtaine'. La forme holhucakal s'analyse en ho.lahun ti+u-ca-KAL et se traduit Ă©lĂ©ment Ă  Ă©lĂ©ment : '15 vers 2e VINGT'.

Ces formes font apparaĂ®tre la spĂ©cificitĂ© des numĂ©rations mayas parlĂ©es prĂ©colombiennes, Ă  savoir que les Mayas disposaient d'une opĂ©ration que nous ne connaissons pas dans notre arithmĂ©tique. Une opĂ©ration qui donne le rĂ©sultat 35 quand on la fait porter sur les arguments 15 et 40 (ca-KAL est aussi le nom de quarante). Le linguiste Claude Hagège a proposĂ© d'appeler cette opĂ©ration « opĂ©ration de protraction Â».

AndrĂ© Cauty (1987) a montrĂ© que la numĂ©ration parlĂ©e yucatèque est d'un type spĂ©cial que l'on peut dire le type ordinal en vision d'antĂ©rioritĂ© rĂ©trograde. En effet, si l'expression de 35 dit quelque chose comme '15 vers le 2e VINGT' ou '15 vers 40', sa valeur numĂ©rique 35 ne peut ĂŞtre obtenue qu'en revenant au premier VINGT. Bien noter que dans les composĂ©s de la deuxième vingtaine (de 21 Ă  39), les yucatèques ne prĂ©cisent gĂ©nĂ©ralement pas le « coefficient Â» du VINGT dont il est question (et qui ne peut ĂŞtre que le « premier Â», c'est-Ă -dire 2) comme dans l'expression hun tu KAL de 21, mais pas dans celle de 30 ou de 35 (oĂą c'est le relateur tu qui est sous-entendu).

[modifier] Notes et références

[modifier] Voir aussi

[modifier] Articles connexes

[modifier] Liens externes


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