Pi : encyclopédie mathématiques
Cet article est issu de l'encyclopédie libre Wikipedia.Pi[1] est un nombre, que lâon reprĂ©sente par la lettre grecque du mĂȘme nom : Ï. Câest le rapport de la circonfĂ©rence dâun cercle Ă son diamĂštre. On peut Ă©galement le dĂ©finir comme le rapport de la superficie dâun cercle au carrĂ© de son rayon.
Sa valeur approchĂ©e arrondie Ă 10â9 est 3,141 592 654 en Ă©criture dĂ©cimale[2],[3].
De nombreuses formules, de physique, dâingĂ©nierie et bien sĂ»r de mathĂ©matiques, impliquent Ï, qui est une des constantes les plus importantes des mathĂ©matiques[4].
Le nombre Ï est irrationnel, câest-Ă -dire quâon ne peut pas lâexprimer comme un rapport de deux nombres entiers ; ceci entraĂźne que son Ă©criture dĂ©cimale nâest ni finie, ni pĂ©riodique. Câest mĂȘme un nombre transcendant, ce qui signifie quâil nâexiste pas de polynĂŽme non nul Ă coefficients entiers dont Ï soit une racine[5].
La dĂ©termination dâune valeur approchĂ©e suffisamment prĂ©cise de Ï, et la comprĂ©hension de sa nature sont des enjeux qui ont traversĂ© lâhistoire des mathĂ©matiques ; la fascination exercĂ©e par ce nombre lâa mĂȘme fait entrer dans la culture populaire.
Lâusage de la lettre grecque Ï, premiĂšre lettre de « ÏΔÏÎŻÎŒÎ”ÏÏÎżÏ Â» â pĂ©rimĂštre en grec â, nâest apparu quâau XVIIIe siĂšcle.
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Dans les dictionnaires et ouvrages gĂ©nĂ©ralistes[6], Ï est dĂ©fini comme le rapport constant entre la circonfĂ©rence dâun cercle et son diamĂštre (forcĂ©ment dans le plan usuel qui est le plan euclidien). Ce rapport ne dĂ©pend pas du cercle choisi, en particulier de sa taille. En effet, tous les cercles sont semblables et pour passer dâun cercle Ă un autre il suffit de connaĂźtre le rapport de la similitude. Par suite, pour tout rĂ©el k, si un cercle possĂšde un rayon r (ou un diamĂštre d = 2r) k fois plus grand quâun autre, alors son pĂ©rimĂštre P sera aussi k fois plus grand, ce qui prouve la constance du rapport Ï = P/(2r) = P/d.
Par ailleurs, cette mĂȘme similitude multipliera lâaire A par le carrĂ© de k, ce qui prouve maintenant que le rapport A/r2 est constant. On peut montrer[7] que cette constante vaut Ă©galement Ï. Le dessin ci-contre illustre ce phĂ©nomĂšne : le pĂ©rimĂštre du polygone est Ă peu prĂšs 2Ïr alors quâen redistribuant les triangles formĂ©s on remarque que son aire est Ă peu prĂšs Ïr2. Pour formaliser le « Ă peu prĂšs » il faudrait faire tendre le nombre de cĂŽtĂ©s du polygone vers lâinfini, ce qui illustre dĂ©jĂ la nature « analytique » de Ï.
Il sâavĂšre que cette dĂ©finition gĂ©omĂ©trique, la premiĂšre historiquement et trĂšs intuitive, nâest pas la plus directe pour les mathĂ©maticiens quand ils veulent dĂ©finir Ï en toute rigueur. Les ouvrages plus spĂ©cialisĂ©s[8] dĂ©finissent Ï par lâanalyse rĂ©elle Ă lâaide des fonctions trigonomĂ©triques elles-mĂȘmes introduites sans rĂ©fĂ©rence Ă la gĂ©omĂ©trie (voir plus bas).
Les deux mĂ©thodes prĂ©cĂ©dentes consistent en rĂ©alitĂ© Ă calculer le pĂ©rimĂštre du cercle, quâon a dĂ©fini par la fonction ou la fonction
Le nombre Ï est irrationnel, ce qui signifie quâon ne peut pas Ă©crire Ï = p/q oĂč p et q seraient des nombres entiers. Al-Khawarizmi, au IXe siĂšcle, est persuadĂ© que Ï est irrationnel[11]. MoĂŻse MaĂŻmonide fait Ă©galement Ă©tat de cette idĂ©e durant le XIIe siĂšcle. Ce nâest cependant quâau XVIIIe siĂšcle que Johann Heinrich Lambert prouve ce rĂ©sultat[12].
Câest en 1761 que ce dernier Ă©tudie, dans son ouvrage « MĂ©moires sur quelques propriĂ©tĂ©s remarquables des quantitĂ©s transcendantes, circulaires et logarithmiques », le dĂ©veloppement en fraction continue de la fonction tangente et montre que le dĂ©veloppement en fraction continue de tan(m/n), avec m et n des nombres entiers non nuls, est illimitĂ©. Il sâĂ©crit plus prĂ©cisĂ©ment[13] :
Or, on sait quâun nombre dont le dĂ©veloppement en fraction continue est illimitĂ© est irrationnel, donc quand x est un rationnel non nul, tan(x) est irrationnel. Or, tan(Ï/4) vaut 1, câest un rationnel. Par contraposĂ©e, on prouve que Ï/4, et donc Ï, nâest pas rationnel.
Au cours du XXe siĂšcle, dâautres dĂ©monstrations furent trouvĂ©es, celles-ci ne demandant pas de connaissances plus avancĂ©es que celle du calcul intĂ©gral. Lâune dâentre elles, due Ă Ivan Niven, est trĂšs largement connue[14],[15]. Une preuve similaire, version simplifiĂ©e de celle de Charles Hermite[16],[17], avait Ă©tĂ© trouvĂ©e quelque temps auparavant par Mary Cartwright[18].
Ï est aussi un nombre transcendant, câest-Ă -dire non algĂ©brique : il nâexiste pas de polynĂŽme Ă coefficients rationnels dont Ï soit une racine[19].
Câest au XIXe siĂšcle que ce rĂ©sultat est dĂ©montrĂ©. En 1873, Hermite prouve que la base du logarithme nĂ©pĂ©rien, le nombre e, est transcendant. En 1882, Ferdinand von Lindemann gĂ©nĂ©ralise son raisonnement en un thĂ©orĂšme (le thĂ©orĂšme dâHermite-Lindemann) qui stipule que, si x est algĂ©brique et diffĂ©rent de zĂ©ro, alors ex est transcendant. Or eiÏ nâest pas transcendant (puisquâil est Ă©gal Ă -1). Par contraposĂ©e, iÏ nâest pas algĂ©brique donc (comme i, lui, est algĂ©brique) Ï est transcendant.
Une consĂ©quence importante de la transcendance de Ï est que celui-ci nâest pas constructible. En effet, le thĂ©orĂšme de Wantzel Ă©nonce en particulier que tout nombre constructible est algĂ©brique. En raison du fait que les coordonnĂ©es de tous les points pouvant se construire Ă la rĂšgle et au compas sont des nombres constructibles, la quadrature du cercle est impossible ; autrement dit, il est impossible de construire, uniquement Ă la rĂšgle et au compas, un carrĂ© dont la superficie serait Ă©gale Ă celle dâun cercle donnĂ©[20].
Les 16 premiers chiffres de lâĂ©criture dĂ©cimale de Ï sont 3,141 592 653 589 793 (voir les liens externes[2],[3],[21] pour davantage de dĂ©cimales).
Alors quâen 2007, on connaissait dĂ©jĂ plus de 1012 dĂ©cimales de Ï[22], de nombreuses applications concrĂštes, comme lâestimation de la circonfĂ©rence dâun cercle, nâont besoin que dâune dizaine de chiffres. Par exemple, la reprĂ©sentation dĂ©cimale de Ï tronquĂ©e Ă 39 dĂ©cimales est suffisante pour estimer la circonfĂ©rence dâun cercle dont les dimensions sont celles de lâunivers observable avec une prĂ©cision comparable Ă celle du rayon dâun atome dâhydrogĂšne[23],[24].
Ătant donnĂ© que Ï est un nombre irrationnel, sa reprĂ©sentation dĂ©cimale nâest pas pĂ©riodique et ne prend pas fin. La sĂ©quence des dĂ©cimales de Ï a toujours fascinĂ© les mathĂ©maticiens professionnels et amateurs, et beaucoup dâefforts ont Ă©tĂ© mis en Ćuvre afin dâobtenir de plus en plus de dĂ©cimales et dâen rechercher certaines propriĂ©tĂ©s[25], comme l'occurrence de nombres premiers dans les concatĂ©nations de ses dĂ©cimales (voir la section d'article Nombre premier issu de troncature de constante.)
MalgrĂ© les importants travaux dâanalyse effectuĂ©s et les calculs qui ont rĂ©ussi Ă dĂ©terminer plus de 200 milliards de dĂ©cimales de Ï, aucun modĂšle simple nâa Ă©tĂ© trouvĂ© pour dĂ©crire la sĂ©quence de ces chiffres[26]. Les chiffres de la reprĂ©sentation dĂ©cimale de Ï sont disponibles sur de nombreuses pages web, et il existe des logiciels de calcul des dĂ©cimales de Ï qui peuvent en gĂ©nĂ©rer des milliards et quâon peut installer sur un ordinateur personnel.
Par ailleurs, le dĂ©veloppement dĂ©cimal de Ï ouvre le champ Ă dâautres questions, notamment celle de savoir si Ï est un nombre normal, câest-Ă -dire que ses chiffres en Ă©criture dĂ©cimale sont Ă©quirĂ©partis. On peut aussi se demander si Ï est un nombre univers, ce qui signifie quâon pourrait trouver dans son dĂ©veloppement dĂ©cimal nâimporte quelle suite finie de chiffres. En 2006, il nâexistait pas de rĂ©ponse Ă ces questions[27].
Les fractions de nombres entiers suivantes sont utilisées pour mémoriser ou approcher Pi dans des calculs (nombre de chiffres significatifs exacts entre parenthÚses) :
Voir ci-dessous pour dâautres approches fractionnaires (Histoire, Approximation numĂ©rique, fractions continues et MĂ©morisation de Ï).
On peut trouver une valeur approchĂ©e de Ï de façon empirique, en traçant un cercle, puis en mesurant son diamĂštre et sa circonfĂ©rence, puis en divisant la circonfĂ©rence par le diamĂštre. Une autre approche gĂ©omĂ©trique, attribuĂ©e Ă ArchimĂšde, consiste Ă calculer le pĂ©rimĂštre Pn dâun polygone rĂ©gulier Ă n cĂŽtĂ©s et Ă mesurer le diamĂštre d de son cercle circonscrit, ou celui de son cercle inscrit[28]. Plus le nombre de cĂŽtĂ©s du polygone est grand, meilleure est la prĂ©cision obtenue pour la valeur de Ï.
ArchimĂšde a utilisĂ© cette approche en comparant les rĂ©sultats obtenus par la formule en utilisant deux polygones rĂ©guliers ayant le mĂȘme nombre de cĂŽtĂ©s, pour lesquels le cercle est pour lâun circonscrit et pour lâautre inscrit. Il a rĂ©ussi, avec un polygone Ă 96 cĂŽtĂ©s, Ă dĂ©terminer[29] que 3 + 10â71 < Ï < 3 + 1â7.
On peut Ă©galement obtenir des valeurs approchĂ©es de Ï en mettant en Ćuvre des mĂ©thodes plus modernes. La plupart des formules utilisĂ©es pour calculer Ï se basent sur la trigonomĂ©trie et le calcul intĂ©gral. Cependant, certaines sont particuliĂšrement simples, comme la formule de Leibniz[30] :
Cette sĂ©rie converge si lentement que prĂšs de 300 termes sont nĂ©cessaires pour calculer Ï avec deux dĂ©cimales exactes[31]. Cependant, il est possible de dĂ©finir une suite similaire qui converge vers Ï beaucoup plus rapidement, en posant :
et en définissant :
Le calcul de Ï10,10 demande alors un temps similaire Ă celui requis pour calculer les 150 premiers termes de la sĂ©rie initiale, mais la prĂ©cision est bien meilleure car Ï10,10 = 3,141592653⊠approche Ï avec neuf dĂ©cimales exactes[32]. On trouvera plus loin des mĂ©thodes de calcul plus Ă©laborĂ©es, donnant des convergences bien plus rapides encore.
Lâhistoire ancienne de Ï, quâon peut retracer grĂące aux Ă©crits disponibles, suit approximativement lâavancĂ©e des mathĂ©matiques dans leur ensemble[33]. Certains auteurs divisent lâhistoire de Ï en trois parties : la pĂ©riode antique durant laquelle Ï a Ă©tĂ© Ă©tudiĂ© gĂ©omĂ©triquement, lâĂšre classique, aux alentours du XVIIe siĂšcle, oĂč les outils du calcul intĂ©gral ont permis des avancĂ©es dans la connaissance du nombre Ï, et la pĂ©riode des ordinateurs numĂ©riques[34].
Il semble que, trĂšs tĂŽt, les mathĂ©maticiens aient Ă©tĂ© convaincus quâil existait un rapport constant entre le pĂ©rimĂštre du cercle et son diamĂštre, ainsi quâentre lâaire du disque et le carrĂ© du rayon. Des tablettes babyloniennes datant de 2 000 ans av. J.-C. et dĂ©couvertes en 1936[35] prĂ©sentent des calculs dâaire conduisant Ă une valeur de Ï de 3+1/8[36].
DĂ©couvert en 1855, le papyrus de Rhind contient le texte, recopiĂ© vers lâan 1650 avant notre Ăšre par le scribe Ă©gyptien AhmĂšs, dâun manuel de problĂšmes pĂ©dagogique plus ancien encore. On y trouve une mĂ©thode pour Ă©valuer lâaire dâun disque en prenant le carrĂ© dont le cĂŽtĂ© est Ă©gal au diamĂštre du disque diminuĂ© dâun neuviĂšme. Cette mĂ©thode conduit Ă une Ă©valuation de Ï de 256â81. Dans lâillustration ci-contre, le disque a pour diamĂštre 9. Lâaire du disque est lĂ©gĂšrement supĂ©rieure Ă lâaire de lâoctogone irrĂ©gulier obtenu en rognant les coins du carrĂ© de cĂŽtĂ© 9. Cet octogone a pour aire 63, lâaire du disque est alors Ă©valuĂ©e Ă 64 soit lâaire dâun carrĂ© de cĂŽtĂ© 8. Le rapport entre lâaire du disque et le carrĂ© du rayon est alors Ă©valuĂ© par 64/(9/2)2, câest-Ă -dire 256/81.
Le texte indien Shatapatha Brahmana donne Ă Ï une valeur de 339/108 â 3,139[rĂ©f. nĂ©cessaire].
Câest dans le traitĂ© dâArchimĂšde (-287, -212) intitulĂ© De la mesure du cercle que lâon peut lire une dĂ©monstration liant lâaire du disque et lâaire du triangle ayant une base de longueur le pĂ©rimĂštre du cercle et pour hauteur le rayon, dĂ©montrant ainsi quâune mĂȘme constante apparaĂźt dans le rapport entre aire du disque et carrĂ© du rayon et entre pĂ©rimĂštre et diamĂštre[37].
Cette dĂ©monstration sâappuie sur la mĂ©thode dâexhaustion et un raisonnement par lâabsurde. En partant dâun carrĂ© inscrit dans le cercle et dâun carrĂ© circonscrit au cercle et en multipliant indĂ©finiment par 2 le nombre de cĂŽtĂ©s, il prouve que lâaire du disque ne peut ĂȘtre infĂ©rieure ni supĂ©rieure Ă celle du triangle correspondant.
Cercle et ses carrés inscrit et circonscrit.
Cercle et ses octogones inscrit et circonscrit.
Découpage du cercle en 8 portions de camembert.
Sa dĂ©monstration exploite lâidĂ©e du dĂ©coupage en quartiers : le cercle est dĂ©coupĂ© en plusieurs quartiers qui, mis bout Ă bout, dessinent des triangles curvilignes de mĂȘme hauteur. En multipliant le nombre de quartiers, la base des triangles curvilignes est presque droite et la hauteur est proche du rayon, la somme des bases correspond alors au pĂ©rimĂštre du cercle et lâaire est alors de 1â2 de la base multipliĂ©e par la hauteur, câest-Ă -dire 1â2 du pĂ©rimĂštre multipliĂ© par le rayon.
La seconde dĂ©monstration consiste Ă encadrer le pĂ©rimĂštre du cercle par le pĂ©rimĂštre de polygones rĂ©guliers inscrit et circonscrit au cercle et possĂ©dant 96 cĂŽtĂ©s[38]. Pour calculer les pĂ©rimĂštres de ces polygones, il part dâhexagones inscrits et circonscrits et met en Ă©vidence les formules donnant le pĂ©rimĂštre dâun polygone dont le nombre de cĂŽtĂ©s a doublĂ©. Il dĂ©montre ainsi que 3 + 10/71 < Ï < 3 + 1/7[38]. La moyenne de ces deux valeurs est dâenviron 3,14185. ArchimĂšde sâarrĂȘte Ă 96 cĂŽtĂ©s car les calculs quâil est amenĂ© Ă effectuer, avec valeurs approchĂ©es, sont dĂ©jĂ longs pour lâĂ©poque. Mais il met en place ainsi une mĂ©thode qui sera reprise par ses successeurs et qui peut en thĂ©orie ĂȘtre poursuivie indĂ©finiment. PtolĂ©mĂ©e, scientifique grec ayant vĂ©cu trois siĂšcles aprĂšs ArchimĂšde, donne une valeur de 3,1416, quâil a probablement obtenue grĂące Ă Apollonius de Perga[39][rĂ©f. insuffisante].
ArchimĂšde utilise une propriĂ©tĂ© liant le pied dâune bissectrice aux cĂŽtĂ©s adjacents : Dans la figure ci-contre SSâČ est la bissectrice de lâangle de sommet S
Pour le polygone circonscrit. Dans la figure ci-dessous (gauche), et
sont les demi-cÎtés de deux polygones circonscrits consécutifs. ArchimÚde montre, en utilisant la propriété précédente, que
et rĂ©itĂšre 4 fois lâopĂ©ration Ă partir de lâhexagone.
De nos jours, les formules trigonomĂ©triques permettent de simplifier lâalgorithme dâArchimĂšde. Les pĂ©rimĂštres et
des polygones inscrits et circonscrits vérifient les relations de récurrence suivantes :
En effet, pour un cercle de rayon 1, si on note la moitiĂ© de lâangle au centre des polygones Ă lâĂ©tape n, on sait que :
et
Si les calculs pratiques peuvent se faire avec une bonne prĂ©cision en utilisant la valeur 3,14 comme approximation de Ï, la curiositĂ© des mathĂ©maticiens les pousse Ă dĂ©terminer ce nombre avec plus de prĂ©cision. Au IIIe siĂšcle, en Chine, Liu Hui, commentateur des Neuf chapitres, propose comme rapport entre le pĂ©rimĂštre et le diamĂštre la valeur pratique de 3 mais dĂ©veloppe des calculs proches de ceux dâArchimĂšde mais plus performants et fournit une approximation de Ï de 3,1416[40]. Le mathĂ©maticien chinois Zu Chongzhi donne une approximation rationnelle encore plus prĂ©cise de Ï[41] : Ï â 355/113 (dont les dĂ©veloppements dĂ©cimaux sont identiques jusquâĂ la 6e dĂ©cimale, Ï â 3,141 592 6 et 355/113 â 3,141 592 9) et montre que 3,141 592 6 < Ï < 3,141 592 7[42], en utilisant lâalgorithme de Liu Hui appliquĂ© Ă un polygone Ă 12 288 cĂŽtĂ©s. Cette valeur demeure la meilleure approximation de Ï au cours des 900 annĂ©es qui suivent.
Jusquâen 1400 environ, la prĂ©cision des approximations de Ï nâexcĂ©dait pas les 10 dĂ©cimales. Les progrĂšs en matiĂšre de calcul intĂ©gral et de sĂ©ries vont permettre dâamĂ©liorer cette prĂ©cision. Les sĂ©ries permettent dâapprocher Ï avec dâautant plus de prĂ©cision quâon utilise de termes de la sĂ©rie pour le calcul. Vers 1400, Madhava de Sangamagrama trouve une sĂ©rie permettant de calculer Ï, la premiĂšre :
Cette série, qui est en fait un cas particulier de :
est maintenant connue sous le nom de sĂ©rie de Madhava-Leibniz[43],[44] ou sĂ©rie de Gregory-Leibniz depuis que la formule a Ă©tĂ© redĂ©couverte par James Gregory et Gottfried Wilhelm Leibniz au XVIIe siĂšcle. Malheureusement, la vitesse de convergence de cette sĂ©rie est trop lente pour pouvoir calculer, en pratique, plusieurs dĂ©cimales : environ 4 000 termes sont nĂ©cessaires pour arriver Ă la prĂ©cision quâavait atteint ArchimĂšde. Cependant, en transformant la sĂ©rie de la façon suivante :
Madhava a Ă©tĂ© capable de donner une valeur approchĂ©e de Ï de 3,141 592 653 59, qui a 11 dĂ©cimales correctes. Le record a Ă©tĂ© battu en 1424 par le mathĂ©maticien perse Al-Kachi, qui a rĂ©ussi Ă donner 16 dĂ©cimales.
La premiĂšre contribution importante venant dâEurope depuis ArchimĂšde a Ă©tĂ© faite par François ViĂšte, qui en donne douze dĂ©cimales, avec un encadrement du reste dans son Canon mathĂ©matique en 1579. Il est suivi par Adrien Romain, qui donne 15 dĂ©cimales en 1591, et lâAllemand Ludolph van Ceulen (1540â1610), qui a utilisĂ© la mĂȘme mĂ©thode gĂ©omĂ©trique afin de donner une estimation de Ï correcte Ă 35 dĂ©cimales prĂšs. Il a Ă©tĂ© si fier de son calcul, qui lui a demandĂ© une grande partie de sa vie, quâil a fait graver les dĂ©cimales sur sa pierre tombale[45].
Il est immĂ©diatement suivi par Willebrord Snell, son Ă©lĂšve, qui trouve des mĂ©thodes plus rapides pour obtenir la mĂȘme approximation. Dans la mĂȘme pĂ©riode, les mĂ©thodes de calcul intĂ©gral et de dĂ©termination de sĂ©ries et produits infinis pour des quantitĂ©s gĂ©omĂ©triques ont commencĂ© Ă Ă©merger en Europe. La premiĂšre formule de ce type est la formule de ViĂšte :
exposée par François ViÚte en 1579 dans son Canon mathématique et à nouveau en 1593, dans ses ProblÚmes variés. Un autre résultat célÚbre est le produit de Wallis :
que lâon doit Ă John Wallis, qui lâa mis en Ă©vidence en 1655. Isaac Newton lui-mĂȘme a utilisĂ© le dĂ©veloppement en sĂ©rie de Ï/6 = arcsin(1/2)[46] pour calculer 15 dĂ©cimales de Ï ; bien plus tard, il a dĂ©clarĂ© : « Jâai honte de vous dire combien de dĂ©cimales jâai trouvĂ©es grĂące Ă ces calculs, nâayant aucune autre occupation Ă lâĂ©poque. »[47].
En 1706, John Machin a Ă©tĂ© le premier Ă trouver 100 dĂ©cimales de Ï, en utilisant la formule :
avec :
Les formules de ce type, maintenant connues sous le nom de formules de Machin, ont Ă©tĂ© utilisĂ©es pour battre plusieurs records de dĂ©cimales connues de Ï, et demeurent aujourdâhui les formules les plus connues pour calculer Ï grĂące Ă des ordinateurs. Un record remarquable est dĂ©tenu par le calculateur prodige Johann Dase qui, en 1844, Ă lâaide dâune formule de Machin, a calculĂ© de tĂȘte 200 dĂ©cimales de Ï, Ă la demande de Gauss. La meilleure valeur obtenue Ă la fin du XIXe siĂšcle est due Ă William Shanks, qui a passĂ© quinze ans Ă calculer 707 dĂ©cimales de Ï, bien quâĂ cause dâune erreur, seules les 527 premiĂšres Ă©taient correctes. De nos jours, il est aisĂ© dâĂ©viter de telles erreurs, en faisant faire les calculs par lâordinateur, et en utilisant deux formules diffĂ©rentes pour Ă©liminer les risques dâerreur de calcul, de programmation, ou du microprocesseur.
Les avancĂ©es thĂ©oriques du XVIIIe siĂšcle ont amenĂ© les mathĂ©maticiens Ă sâinterroger sur la nature de Ï, notamment sur lâabsence de motifs pĂ©riodiques dans ses dĂ©cimales, une hypothĂšse raisonnable au vu des calculs numĂ©riques, mais pour laquelle il fallait une approche radicalement diffĂ©rente pour la prouver rigoureusement. Ce tour de force a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© par Johann Heinrich Lambert en 1761, qui fut ainsi le premier Ă prouver lâirrationalitĂ© de Ï, par la suite Adrien-Marie Legendre a aussi prouvĂ© que Ï2 aussi Ă©tait irrationnel. Cette constante (Ï2) jouait un rĂŽle notable en mathĂ©matique, puisquâelle apparaissait dans la solution du problĂšme de BĂąle, qui consistait Ă trouver la valeur exacte de qui est Ï2/6 (comme prouvĂ© par Leonhard Euler qui a Ă©tabli Ă cette occasion une connexion profonde entre Ï et les nombres premiers). Dans la foulĂ©e, Legendre et Euler ont tous les deux conjecturĂ© que Ï Ă©tait un nombre transcendant, ce qui a finalement Ă©tĂ© prouvĂ© en 1882 par Ferdinand von Lindemann.
Câest au cours du XVIIIe siĂšcle que sâĂ©tablit lâusage de la lettre grecque « Ï Â»[48], premiĂšre lettre des mots grecs ÏΔÏÎčÏÎÏΔÎčα (pĂ©riphĂ©rie) et ÏΔÏÎŻÎŒÎ”ÏÏÎżÏ (pĂ©rimĂštre, câest-Ă -dire circonfĂ©rence) pour le rapport de la circonfĂ©rence du cercle sur son diamĂštre.
Ă partir du XVIIe siĂšcle certains mathĂ©maticiens utilisent la notation Ï/ÎŽ oĂč Ï dĂ©signe la circonfĂ©rence et ÎŽ le diamĂštre[49]. Le premier Ă utiliser simplement Ï est William Jones[48] dans son livre Synopsis palmariorum mathesios publiĂ© en 1706, Ă propos du calcul astucieux de ce nombre par la sĂ©rie de son ami Machin. Les mathĂ©maticiens continuent cependant dâutiliser dâautres notations. Parmi ceux-ci Euler se met Ă la notation de Jones[50] dans sa correspondance Ă partir de 1736. Il lâadopte dans son livre Introductio in analysin infinitorum publiĂ© en 1748, ce qui eut certainement une grande influence. La notation finit par sâimposer vers la fin du XVIIIe siĂšcle[51].
Alors que quelques dizaines de dĂ©cimales de Ï sont largement suffisantes pour les calculs pratiques quâeffectue un physicien, la conquĂȘte des dĂ©cimales du nombre Ï nâa pas cessĂ© avec lâarrivĂ©e des ordinateurs, qui ont permis de calculer un trĂšs grand nombre de ces dĂ©cimales.
En 1949, Ă lâaide de lâENIAC, John von Neumann a obtenu 2037 dĂ©cimales de Ï, suite Ă un calcul qui a durĂ© 70 heures[52],[53]. Des milliers de dĂ©cimales supplĂ©mentaires ont Ă©tĂ© trouvĂ©es au cours des dĂ©cennies suivantes, lâĂ©tape du million de chiffres ayant Ă©tĂ© passĂ©e en 1973. Les progrĂšs nâont pas seulement Ă©tĂ© dus aux ordinateurs de plus en plus rapides, mais aussi aux nouveaux algorithmes utilisĂ©s. Lâune des avancĂ©es les plus significatives a Ă©tĂ© la dĂ©couverte de la transformĂ©e de Fourier rapide dans les annĂ©es 1960, qui a permis aux ordinateurs de manipuler rapidement de trĂšs grands nombres.
Au dĂ©but du XXe siĂšcle, le mathĂ©maticien indien Srinivasa Ramanujan a trouvĂ© de nombreuses nouvelles formules faisant intervenir Ï ; certaines dâentre elles sont remarquables par leur Ă©lĂ©gance et leur profondeur mathĂ©matique[54]. Lâune de ces formules est la sĂ©rie suivante :
La formule ci-dessous, possédant un lien étroit avec celle énoncée ci-dessus, a été découverte par David et Gregory Chudnovsky en 1987 :
Cette formule donne 14 nouvelles dĂ©cimales de Ï Ă chaque terme[54]. Vers la fin des annĂ©es 1980, les frĂšres Chudnovsky lâont utilisĂ©e pour battre plusieurs records de dĂ©cimales de Ï calculĂ©es. Elle demeure la formule la plus utilisĂ©e pour calculer Ï sur des ordinateurs personnels.
Alors que les sĂ©ries permettent dâobtenir des valeurs approchĂ©es de Ï avec un taux de prĂ©cision supplĂ©mentaire Ă chaque terme qui est constant, il existe des algorithmes itĂ©ratifs qui multiplient le nombre de dĂ©cimales correctes Ă chaque Ă©tape, avec cependant lâinconvĂ©nient que chaque Ă©tape demande gĂ©nĂ©ralement un calcul « coĂ»teux ». Une grande avancĂ©e a eu lieu en 1975 lorsque Richard Brent et Eugene Salamin ont dĂ©couvert indĂ©pendamment lâalgorithme Salamin-Brent, qui double le nombre de dĂ©cimales correctes Ă chaque Ă©tape[55]. Il sâappuie sur un vieux rĂ©sultat pressenti puis dĂ©montrĂ© par Gauss. En 1818, celui-ci dĂ©montre le lien existant entre la moyenne arithmĂ©tico-gĂ©omĂ©trique M(1, â2) de 1 et â2 â la longueur de la lemniscate de Bernoulli â et Ï. La longueur de la lemniscate est oĂč r reprĂ©sente la distance OA entre le centre et un sommet de la lemniscate et oĂč
est la constante de la lemniscate. Si on note G, la constante de Gauss, câest-Ă -dire lâinverse de M(1, â2) alors :
Salamin et Brent ont utilisĂ© ce rĂ©sultat pour construire lâalgorithme qui porte leur nom, et grĂące auquel la conquĂȘte des dĂ©cimales de Ï va alors avancer conjointement avec celle des dĂ©cimales de â2[56].
Lâalgorithme consiste Ă poser :
puis à définir les relations de récurrence suivantes :
et enfin Ă calculer ces termes jusquâĂ ce que an et bn soient assez proches. On a alors une valeur approchĂ©e de Ï donnĂ©e par :
En utilisant cet algorithme, seuls 25 termes sont nĂ©cessaires pour calculer 45 millions de dĂ©cimales. Un algorithme similaire qui quadruple la prĂ©cision Ă chaque Ă©tape a Ă©tĂ© trouvĂ© par Jonathan et Peter Borwein[57]. Câest grĂące Ă ces mĂ©thodes quâen 1999, Yasumasa Kanada et son Ă©quipe ont battu le record du nombre de dĂ©cimales de Ï qui datait de 1980, en atteignant les 206 158 430 000 chiffres.
En août 2010, le record est à nouveau battu par deux informaticiens (un japonais et un américain) avec 5 000 milliards de décimales[58].
En 1997, la formule BBP, dĂ©couverte par Simon Plouffe, a fait de nouveau progresser la connaissance de Ï[59]. La formule,
est remarquable car elle permet de calculer nâimporte quel chiffre de lâĂ©criture de Ï en base hexadĂ©cimale ou binaire, sans calculer les prĂ©cĂ©dents[59]. Entre 1998 et 2000, le projet de calcul distribuĂ© PiHex a utilisĂ© une variante de la formule BBP due Ă Fabrice Bellard pour calculer le 1 000 000 000 000 000e chiffre en binaire de Ï, qui sâest rĂ©vĂ©lĂ© ĂȘtre 0[60].
Si une formule de la forme :
Ă©tait trouvĂ©e, avec b et c des entiers positifs et p et q des polynĂŽmes de degrĂ©s fixĂ©s Ă coefficients entiers (comme pour la formule BBP ci-dessus), ce serait lâun des moyens les plus efficaces pour calculer nâimporte quel chiffre dans lâĂ©criture de Ï en base bc sans avoir Ă calculer les prĂ©cĂ©dents, en un temps dĂ©pendant uniquement du nombre de termes de la sĂ©rie calculĂ© et du degrĂ© des polynĂŽmes.
En 2006, Simon Plouffe a trouvĂ© plusieurs formules faisant intervenir Ï[61]. En posant q = eÏ (constante de Gelfond), on a :
ainsi que :
oĂč k est un nombre impair, et a, b, c sont des nombres rationnels.
Ï apparaĂźt dans de nombreuses formules de gĂ©omĂ©trie impliquant les cercles et les sphĂšres :
| Forme géométrique | Formule |
|---|---|
| CirconfĂ©rence dâun cercle de rayon r et de diamĂštre d | |
| Aire dâun disque de rayon r | |
| Aire dâune ellipse de demi-axes a et b | |
| Volume dâune boule de rayon r | |
| Aire surfacique dâune sphĂšre de rayon r | |
| Volume dâun cylindre de hauteur h et de rayon r | |
| Aire surfacique dâun cylindre de hauteur h et de rayon r | |
| Volume dâun cĂŽne de hauteur h et de rayon r | |
| Aire surfacique dâun cĂŽne de hauteur h et de rayon r |
Ï se retrouve aussi dans le calcul des surfaces et volumes des hypersphĂšres (Ă plus de trois dimensions).
Un nombre complexe z peut sâexprimer en coordonnĂ©es polaires de la façon suivante :
Lâapparition frĂ©quente de Ï en analyse complexe a pour origine le comportement de la fonction exponentielle complexe, dĂ©crite par la formule dâEuler
oĂč i est lâunitĂ© imaginaire satisfaisant la relation i2 = â1 et e â 2.71828 est la constante de NĂ©per. Cette formule implique que les puissances imaginaires de e dĂ©crivent des rotations sur le cercle unitĂ© du plan complexe ; ces rotations ont une pĂ©riode de 360° = 2Ï rad. En particulier, une rotation de 180° = Ï rad donne lâidentitĂ© d'Euler
Cette formule a Ă©tĂ© qualifiĂ©e de « formule la plus remarquable des mathĂ©matiques » par Richard Feynman, car elle rĂ©unit en seulement 7 caractĂšres lâaddition, la multiplication, lâexponentiation, lâĂ©galitĂ© et les constantes remarquables 0, 1, e, i et Ï[62].
De nombreuses suites ou sĂ©ries convergent vers Ï ou un multiple rationnel de Ï et sont mĂȘme Ă lâorigine de calculs de valeurs approchĂ©es de ce nombre.
Les deux suites dĂ©finies par sn = n sin(Ï/n) et tn = n tan(Ï/n), n â„ 3, reprĂ©sentent les demi-pĂ©rimĂštres des polygones rĂ©guliers Ă n cĂŽtĂ©s, inscrit dans le cercle trigonomĂ©trique pour sn, exinscrit pour tn. On les exploite par des suites extraites dont lâindice (le nombre de cĂŽtĂ©s du polygone) double Ă chaque itĂ©ration, pour obtenir Ï par passage Ă la limite dâexpressions utilisant les opĂ©rations arithmĂ©tiques Ă©lĂ©mentaires et la racine carrĂ©e. Ainsi, on peut sâinspirer de la mĂ©thode utilisĂ©e par ArchimĂšde â voir historique du calcul de Ï â pour donner une dĂ©finition par rĂ©currence des suites extraites de termes s2n et t2n ou encore s3.2n et t3.2n, Ă lâaide des identitĂ©s trigonomĂ©triques usuelles :
En utilisant les identités trigonométriques, et
(x â [0, Ï]), on peut exprimer s2k+1 et s3Ă2k (pour k â„ 1) par emboĂźtements successifs de racines carrĂ©es. On obtient les formules qui suivent pour Ï.
Ï peut alors sâexprimer sous la forme dâune formule oĂč sâemboĂźtent des racines carrĂ©es :
ou encore :
Une autre expression de s2k+1, qui peut se dĂ©duire simplement de la premiĂšre de ces deux Ă©galitĂ©s (multiplier par â2+ââŠ), conduit au produit infini suivant (formule de François ViĂšte, 1593) :
Suite inspirée de la formule de Brent-Salamin (1975) :
Soient trois suites ,
et
se définissant mutuellement :
on a :
Le nombre de décimales correctes (en base 10) double presque à chaque itération.
Soit (xn) la suite des itĂ©rĂ©s de la fonction logistique de paramĂštre ÎŒ = 4 appliquĂ©e Ă un rĂ©el x0 choisi dans lâintervalle [0, 1] (câest-Ă -dire quâon dĂ©finit, pour tout n â„ 0, ). La suite (xn) quitte lâintervalle [0, 1] et diverge pour quasiment toutes les valeurs initiales.
On a pour presque toutes les valeurs initiales x0.
Le nombre Ï apparait Ă©galement comme Ă©tant le double de la limite du sinus intĂ©gral Ă lâinfini :
En probabilitĂ©s et en statistiques, il existe de nombreuses lois qui utilisent la constante Ï, dont :
Les deux formules suivantes, tirĂ©es de lâanalyse, trouvent des applications pratiques en probabilitĂ©s. Lâune permet de montrer la convergence de la loi binomiale vers la loi de Gauss et lâautre permet de calculer la densitĂ© dâune loi de Gauss.
Dâautre part, il existe diverses expĂ©riences probabilistes oĂč Ï intervient dans la probabilitĂ© thĂ©orique. Elles peuvent donc servir, en effectuant un grand nombre dâĂ©preuves, Ă dĂ©terminer une approximation de Ï.
Lâaiguille de Buffon est une expĂ©rience de probabilitĂ© proposĂ©e par Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon et consistant Ă calculer la probabilitĂ© quâune aiguille de longueur a, lancĂ©e sur une parquet fait de lattes de largeur L, soit Ă cheval sur deux lattes, cette probabilitĂ© p est[67] :
mĂȘme si l'aiguille est courbe[68],[69].
Cette formule peut ĂȘtre utilisĂ©e pour dĂ©terminer une valeur approchĂ©e de Ï :
oĂč n est le nombre dâaiguilles lancĂ©es, et x celui dâaiguilles qui sont sur deux lattes Ă la fois.
Cette mĂ©thode prĂ©sente rapidement ses limites ; bien que le rĂ©sultat soit mathĂ©matiquement correct, il ne peut pas ĂȘtre utilisĂ© pour dĂ©terminer plus que quelques dĂ©cimales de Ï expĂ©rimentalement. Pour obtenir seulement une valeur approchĂ©e de 3,14, il est nĂ©cessaire dâeffectuer des millions de lancers[67], et le nombre de lancers nĂ©cessaires croĂźt exponentiellement avec le nombre de dĂ©cimales voulu. De plus, une trĂšs faible erreur dans la mesure des longueurs L et a va se rĂ©percuter de façon importante sur la valeur trouvĂ©e de Ï. Par exemple, une diffĂ©rence de mesure dâun seul atome sur une aiguille de longueur de 10 centimĂštres va se retrouver dĂšs la neuviĂšme dĂ©cimale de Ï. En pratique, les cas oĂč lâaiguille semble toucher exactement la limite entre deux lattes va accroĂźtre lâimprĂ©cision de lâexpĂ©rience, de sorte que les erreurs apparaĂźtront bien avant la neuviĂšme dĂ©cimale.
La mĂ©thode de Monte Carlo[70] est une autre expĂ©rience probabiliste qui consiste Ă prendre au hasard un point dans un carrĂ© de cĂŽtĂ© 1, la probablitĂ© que ce point soit dans le quart de disque de rayon 1 Ă©tant de Ï/4 ; ceci peut facilement se comprendre Ă©tant donnĂ© que la superficie de ce quart de cercle est Ï/4 alors que la superficie du carrĂ© est 1.
Comme Ï est transcendant, il nâexiste pas dâexpression dâun nombre qui fasse uniquement appel Ă des nombres et des fonctions algĂ©briques[19]. Les formules de calcul de Ï utilisant lâarithmĂ©tique Ă©lĂ©mentaire impliquent gĂ©nĂ©ralement les sommes infinies. Ces formules permettent dâapprocher Ï avec le moins dâerreur que lâon dĂ©sire[71], sachant que plus on rajoute de termes dans le calcul, plus le rĂ©sultat sera proche de Ï.
Par consĂ©quent, les calculs numĂ©riques doivent utiliser des approximations de Ï.
La premiĂšre approximation numĂ©rique de Ï fut certainement 3[38]. Dans les cas oĂč une situation ne demande que peu de prĂ©cision, cette valeur peut servir dâapproximation convenable. Si 3 est une estimation par dĂ©faut, câest parce quâil est le rapport entre le pĂ©rimĂštre dâun hexagone rĂ©gulier inscrit dans un cercle et le diamĂštre de ce cercle.
Dans de nombreux cas, les approximations 3,14 ou 22/7 suffisent, bien que les ingĂ©nieurs ont longtemps utilisĂ© 3,1416 (5 chiffres significatifs) ou 3,14159 (6 chiffres significatifs) pour plus de prĂ©cision. Les approximations 22/7 et 355/113, avec respectivement 3 et 7 chiffres significatifs, sont obtenus Ă partir de lâĂ©criture en fraction continue de Ï. Cependant câest le mathĂ©maticien chinois Zu Chongzhi (ç„æČäč en sinogrammes traditionnels, ç„ćČäč en sinogrammes simplifiĂ©s, ZÇ ChĆngzhÄ« en piyin) (429â500) qui a dĂ©couvert la fraction 355/113 en utilisant la mĂ©thode dâArchimĂšde pour calculer le pĂ©rimĂštre du polygone rĂ©gulier Ă 12 288 cĂŽtĂ©s inscrit dans un cercle. Aujourd'hui, les approximations numĂ©riques le plus souvent utilisĂ©es par les ingĂ©nieurs sont celles de constantes informatiques prĂ©dĂ©finies.
Lâapproximation de Ï en 355/113 est la meilleure qui puisse ĂȘtre exprimĂ©e avec uniquement 3 chiffres au numĂ©rateur et au dĂ©nominateur. Lâapproximation 103 993 / 33 102 (qui fournit 10 chiffres significatifs) en exige un nombre beaucoup plus important : ceci venant de lâapparition du nombre Ă©levĂ© 292 dans le dĂ©veloppement en fraction continue de Ï[72].
Dans les calculs numĂ©riques usuels sur ordinateur, on utilise plutĂŽt une constante correctement arrondie mais prĂ©dĂ©finie avec une prĂ©cision dâau moins 16 chiffres significatifs (câest la meilleure prĂ©cision reprĂ©sentable par un nombre en virgule flottante au format standard IEEE 754 sur 64 bits, un type gĂ©nĂ©ralement dĂ©signĂ© « double prĂ©cision ») et choisie afin que le calcul de son sinus retourne 0 exactement par une fonction dĂ©finie dans cette mĂȘme prĂ©cision. Ainsi le fichier dâentĂȘte standard <math.h> utilisĂ© en langage C ou C++ dĂ©finit la constante M_PI en double prĂ©cision (le type flottant utilisĂ© par dĂ©faut dans de nombreuses fonctions des bibliothĂšques mathĂ©matiques standards) Ă la valeur de 3,141 592 653 589 793 (parfois avec des chiffres supplĂ©mentaires si la plateforme supporte une prĂ©cision plus Ă©tendue pour le type long double). La mĂȘme valeur est utilisĂ©e en langage Java, qui sâappuie sur la mĂȘme norme IEE 754, avec la constante standard java.lang.Math.PI[73]). On retrouve cette constante dĂ©finie ainsi dans de nombreux langages de programmation, avec la meilleure prĂ©cision possible dans les formats de nombres en virgule flottante supportĂ©s, puisque le type « double prĂ©cision » de la norme IEEE 754 s'est imposĂ© comme une rĂ©fĂ©rence de prĂ©cision minimale nĂ©cessaire dans de nombreux langages pour dâinnombrables applications.
Sur des microprocesseurs de la famille x86, les unitĂ©s de calcul matĂ©rielles (FPU) sont capables de reprĂ©senter des nombres flottants sur 80 bits (utilisables avec cette prĂ©cision en langage C ou C++ avec le type long double mais sans garantie de support matĂ©riel), ce qui porte la prĂ©cision de Ï Ă 19 chiffres significatifs. La derniĂšre rĂ©vision publiĂ©e en 2008 de la norme IEEE 754 comporte aussi la dĂ©finition de nombres en virgule flottante en « quadruple prĂ©cision » (ou quad) codĂ©s sur 128 bits, ce qui permettrait de dĂ©finir une approximation de la constante Ï avec une prĂ©cision de 34 chiffres significatifs (toutefois cette prĂ©cision nâest pas encore prise en charge nativement par de nombreux langages de programmation car peu de processeurs permettent cette prĂ©cision directement au niveau matĂ©riel sans un support logiciel supplĂ©mentaire).
Pour les plateformes ou langages ne supportant nativement que les nombres en « simple prĂ©cision », codĂ©s dans la norme IEEE 754 sur 32 bits utiles, pourront ĂȘtre pris en charge 7 chiffres significatifs (le minimum de prĂ©cision supportĂ© en langage C par le type float), câest-Ă -dire la constante correctement arrondie Ă 3,141 593 et Ă©quivalente en prĂ©cision Ă celle donnĂ©e par la fraction 355/113 (cette fraction permet aussi des calculs rapides dans des logiciels pour des systĂšmes lĂ©gers ne comportant pas dâunitĂ© matĂ©rielle de calcul en virgule flottante).
La sĂ©quence des dĂ©nominateurs partiels du dĂ©veloppement en fraction continue de Ï ne fait apparaĂźtre aucun schĂ©ma Ă©vident[74] :
ce qui est une notation équivalente à :
Cependant, il existe des fractions continues gĂ©nĂ©ralisĂ©es reprĂ©sentant Ï dont la structure est rĂ©guliĂšre[75] :
Ï/2 peut aussi ĂȘtre Ă©crit sous une forme de fraction continue gĂ©nĂ©ralisĂ©e, faisant intervenir la suite des inverses des nombres entiers :
De nombreuses questions se posent encore : Ï et e sont deux nombres transcendants mais sont-ils algĂ©briquement indĂ©pendants ou bien existe-t-il une Ă©quation polynomiale Ă deux variables et Ă coefficients entiers dont le couple (Ï, e) soit une solution ? La question est encore en suspens. En 1929, Alexandre Gelfond prouve que eÏ est transcendant[56] et en 1996, Yuri Nesterenko (en) prouve que Ï et eÏ sont algĂ©briquement indĂ©pendants.
Comme dit prĂ©cĂ©demment, on ignore encore si Ï est un nombre normal, ou mĂȘme un nombre univers en base 10.
Sans doute en raison de la simplicitĂ© de sa dĂ©finition, le nombre pi et particuliĂšrement son Ă©criture dĂ©cimale sont ancrĂ©s dans la culture populaire Ă un degrĂ© plus Ă©levĂ© que tout autre objet mathĂ©matique[76]. Dâailleurs, la dĂ©couverte dâun plus grand nombre de dĂ©cimales de Ï fait souvent lâobjet dâarticles dans la presse gĂ©nĂ©raliste, signe que Ï est un objet familier mĂȘme Ă ceux qui ne pratiquent pas les mathĂ©matiques[77],[78],[79].
Une tradition anglo-saxonne veut que lâon fĂȘte lâanniversaire de Ï dans certains dĂ©partements mathĂ©matiques des universitĂ©s le 14 mars. Le 14 mars qui est notĂ© « 3/14 » en notation anglo-saxonne, est donc appelĂ© la journĂ©e de pi.
Nombreux sont les sites ou ouvrages qui signalent la prĂ©sence du nombre Ï dans les pyramides et, plus prĂ©cisĂ©ment, que Ï est le rapport entre le pĂ©rimĂštre de la base et le double de la hauteur des pyramides[80]. Il est vrai que la pyramide de KhĂ©ops possĂšde une pente de 14/11, et que par consĂ©quent, le rapport entre la base et la hauteur est de 22/14. Le rapport 22/7 Ă©tant une bonne approximation de Ï, le rapport entre le pĂ©rimĂštre et le double de la hauteur de la pyramide de KhĂ©ops est bien voisin de Ï. Faut-il pour autant y chercher une intention ? Rien nâest moins sĂ»r[81] puisque la pente des pyramides nâest pas constante et que, selon les rĂ©gions et les Ă©poques, on trouve des pentes de 6/5 (pyramide rouge), 4/3 (pyramide de Khephren) ou 7/5 (pyramide rhomboĂŻdale) qui conduisent Ă un rapport entre pĂ©rimĂštre et double de la hauteur Ă©loignĂ© de Ï.
Il est en tout cas certain que Ï soit prĂ©sent dans la culture artistique moderne. Par exemple, dans Contact, un roman de Carl Sagan, pi joue un rĂŽle clĂ© dans le scĂ©nario et il est suggĂ©rĂ© quâil y ait un message enfoui profondĂ©ment dans les dĂ©cimales de pi, placĂ© par celui qui a créé lâunivers. Cette partie de lâhistoire a Ă©tĂ© Ă©cartĂ©e de lâadaptation cinĂ©matographique du roman.
Sur le plan cinĂ©matographique, Pi a servi de titre au premier long-mĂ©trage de Darren Aronofsky, Ă qui lâon doit notamment Requiem for a Dream. Ï est un thriller mathĂ©matique sur la dĂ©couverte de la sĂ©quence parfaite, rĂ©vĂ©lant ainsi formule exacte des marchĂ©s boursiers de Wall Street ou encore le vĂ©ritable nom de Dieu.
Dans le registre musical, lâauteur-compositrice-interprĂšte Kate Bush a sorti en 2005 son album Aerial, qui contenait le morceau « Ï Â», dont les paroles sont principalement composĂ©es des dĂ©cimales de Ï[82].
Au delĂ de la mĂ©morisation de Pi, usuellement ses 3 Ă 6 premiers chiffres ou par la remarquable valeur approchĂ©e de la fraction 355/113 (7 chiffres significatifs), la mĂ©morisation dâun nombre record de dĂ©cimales de Ï a longtemps Ă©tĂ© et demeure une obsession pour de nombreuses personnes. Le 14 mars 2004, Ă Oxford, le jeune autiste Asperger Daniel Tammet rĂ©cite (en 5 heures, 9 minutes et 24 secondes) 22 514 dĂ©cimales. En 2006, Akira Haraguchi, un ingĂ©nieur japonais retraitĂ©, a rĂ©ussi Ă rĂ©citer 100 000 dĂ©cimales de Ï en 16 heures[83]. Ceci, cependant, nâa pas encore Ă©tĂ© vĂ©rifiĂ© par le Livre Guinness des records. Le record de mĂ©morisation de Ï reconnu par le Guinness des records est de 67 890 chiffres, dĂ©tenu par Lu Chao, un jeune diplĂŽmĂ© chinois[84]. Il lui a fallu 24 heures et 4 minutes pour rĂ©citer les 67 890 premiĂšres dĂ©cimales de Ï sans erreur[85].
Le 17 juin 2009, Andriy Slyusarchuk (en), un neurochirurgien et professeur ukrainien, a affirmĂ© avoir mĂ©morisĂ© 30 millions de dĂ©cimales de Ï, qui ont Ă©tĂ© imprimĂ©es en 20 volumes[86]. Bien quâil nâait pas rĂ©citĂ© les 30 millions de chiffres quâil a dit avoir retenus (ce qui, au demeurant, lui aurait pris plus d'un an), certains mĂ©dias prĂ©tendent quâil Ă©tait en mesure de rĂ©citer dix dĂ©cimales sĂ©lectionnĂ©es alĂ©atoirement parmi les volumes imprimĂ©s[rĂ©f. souhaitĂ©e]. La comparaison avec les valeurs officiellement retenues par le Guinness des records amĂšne cependant les experts Ă mettre sĂ©rieusement en doute cette affirmation[rĂ©f. souhaitĂ©e].
Il y a plusieurs façons de retenir les dĂ©cimales de Ï, dont des poĂšmes dont le nombre de lettres de chaque mot correspond Ă une dĂ©cimale, les mots de dix lettres reprĂ©sentant un 0. En voici un exemple[87] :
Cette mĂ©thode prĂ©sente ses limites pour la mĂ©morisation dâun trĂšs grand nombre de dĂ©cimales, oĂč il semble plus opportun dâutiliser des mĂ©thodes comme la mĂ©thode des loci[90],[91].
(en) Cet article est partiellement ou en totalitĂ© issu de lâarticle de WikipĂ©dia en anglais intitulĂ© « Pi » (voir la liste des auteurs)
java.lang.Math.PI prédéfinie en double précision en langage Java
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