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Pierre-Simon Laplace


Pierre-Simon Laplace : encyclopédie mathématiques

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Pour les articles homonymes, voir Laplace.
Pierre-Simon Laplace

Naissance 23 mars 1749
Beaumont-en-Auge
DĂ©cès 5 mars 1827 (Ă  78 ans)
Paris
NationalitĂ© France France
Occupation Mathématicien, astronome, physicien
Formation Université de Caen
Distinctions Académie des sciences, Académie française

Pierre-Simon Laplace, nĂ© le 23 mars 1749 Ă  Beaumont-en-Auge et mort le 5 mars 1827 Ă  Paris, est un mathĂ©maticien, astronome et physicien français.

L’un des principaux scientifiques de la période napoléonienne, Laplace a apporté des contributions fondamentales dans différents champs des mathématiques, de l’astronomie et de la théorie des probabilités et il est un des scientifiques les plus influents de son temps, aussi par sa contribution à l’affirmation du déterminisme. Laplace, en fait, donne l’impulsion finale à l’astronomie mathématique reprenant et étendant le travail de ses prédécesseurs dans son œuvre en cinq volumes Mécanique Céleste (1799-1825). Ce chef-d’œuvre a transformé l’étude géométrique de la mécanique développée par Newton en celle basée sur l’analyse mathématique. En 1799 il est nommé ministre de l’intérieur sous le Consulat. Napoléon Ier, en 1806 lui confère le titre de comte de l’Empire. Il est nommé marquis en 1817, après la restauration des Bourbons[1].

Sommaire

[modifier] Biographie

[modifier] Enfance

Fils de petit propriétaire terrien ou peut-être d’un ouvrier agricole, Simon Laplace doit son éducation à l’intérêt de quelques riches voisins pour ses capacités et pour sa belle présence. On ne sait pas grand chose de ses premières années car il coupa les ponts, aussi bien avec ses parents qu’avec ses bienfaiteurs, lorsqu’il devint illustre. Il semblerait que tout jeune, il devient l’assistant de l’école de Beaumont puis, après avoir terminé ses études à l’université de Caen, où il a comme professeur Christophe Gadbled, il rencontre d’Alembert, qui reconnaît son talent, l’encourage dans ses recherches et lui procure une lettre de recommandation grâce à laquelle il est nommé professeur de mathématiques à l’École militaire, poste peu exigeant qui lui laisse le temps de poursuivre ses études personnelles.

[modifier] L’ascension

Statue de Laplace Ă  Beaumont-en-Auge, lieu de naissance du scientifique
Statue de Laplace Ă  Beaumont-en-Auge, lieu de naissance du scientifique

Sûr de sa capacité, Laplace se dédie à une recherche originale et durant les dix-sept ans qui suivent, de 1771 à 1787, il produit une grande partie de son travail sur l’astronomie. Son travail débute par un mémoire lu devant l’Académie française en 1773, dans lequel il montre que les mouvements planétaires sont restés voisins de ceux prévus par la théorie de Newton pour des longs intervalles de temps et il vérifie la relation jusqu’aux cubes de l’excentricité et de l’inclinaison des orbites. Plusieurs articles suivent sur certains points du calcul intégral, des différences finies, des équations différentielles et d’astronomie. Certaines importantes découvertes de ces articles, comme les correspondances des harmoniques sphériques dans l’espace bidimensionnel ont déjà été publiées par Adrien-Marie Legendre dans un article envoyé à l’Académie en 1783.

En 1785, il devient pensionnaire de la chaire de mécanique de l’Académie royale des sciences, puis, en 1795, membre de la chaire de mathématiques du nouvel Institut des sciences et des arts, dont il est président en 1812. En 1816, il est élu à l’Académie française. En 1821, il devient lors de sa fondation le premier président de la Société de géographie. En outre, il devient membre de toutes les principales académies scientifiques d’Europe.

Par son intense activité académique, il exerce une grande influence sur les scientifiques de son temps, en particulier sur Lambert Adolphe Jacques Quételet et Siméon-Denis Poisson. Il est comparé à un Newton français pour sa naturelle et extraordinaire capacité mathématique. Il semble que Laplace ne soit pas modeste, et fort probablement il ne réussit pas à mesurer le réel effet de son comportement sur ses collègues. Anders Johan Lexell en visite à l’Académie des Sciences à Paris en 1780-1781 rapporte que Laplace laisse vraiment transparaître le fait qu’il se considère le meilleur mathématicien de son temps en France.

Laplace est l’un des premiers savants Ă  s’intĂ©resser de près Ă  la question de la stabilitĂ© Ă  long terme du système solaire. La complexitĂ© des interactions gravitationnelles entre le Soleil et les planètes connues Ă  l’époque ne semblait pas admettre une solution analytique simple. Newton avait d’ailleurs dĂ©jĂ  pressenti ce problème après avoir remarquĂ© des irrĂ©gularitĂ©s dans le mouvement de certaines planètes ; il en dĂ©duisait d’ailleurs qu’une intervention divine Ă©tait nĂ©cessaire de manière Ă  Ă©viter la dislocation du système solaire.

Après ses travaux sur la mĂ©canique cĂ©leste, Laplace se propose d’écrire un ouvrage qui aurait dĂ» « offrir une solution complète au grand problème de la mĂ©canique reprĂ©sentĂ© par le système solaire et porter la thĂ©orie Ă  coĂŻncider aussi Ă©troitement avec l’observation que les Ă©quations empiriques n’auraient plus trouver place dans les tables astronomiques. Â» Le rĂ©sultat est contenu dans ses ouvrages Exposition du système du monde et MĂ©canique cĂ©leste.

Sa Mécanique céleste est publiée en cinq volumes. Les deux premiers, publiés en 1799, contiennent les méthodes pour calculer les mouvements des planètes, pour déterminer leurs formes et pour résoudre les problèmes liés aux marées. Le troisième et le quatrième, publiés respectivement en 1802 et en 1805, contiennent les applications de ces méthodes et diverses tables astronomiques. Le cinquième volume publié en 1825 est principalement historique mais il fournit en appendice les résultats des dernières recherches de Laplace. Celles-ci sont très nombreuses mais il s’approprie beaucoup de résultats d’autres scientifiques avec peu ou pas de reconnaissance et les conclusions sont souvent mentionnées comme si elles étaient les siennes. D’après Jean-Baptiste Biot, qui aide l’auteur dans la relecture avant impression, Laplace est fréquemment incapable de retrouver les détails des démonstrations et est ainsi souvent conduit à réétudier ses résultats pendant plusieurs jours.

Mécanique céleste n’est pas seulement la traduction des Principia Mathematica dans le calcul différentiel, mais complète certaines parties que Newton n’avait pas été en mesure de détailler.

Dans cet ouvrage, Laplace expose l’hypothèse de la nébuleuse selon lequel le système solaire se serait formé suite à la condensation d’une nébuleuse. L’idée de la nébuleuse avait déjà été énoncée par Kant en 1755, mais il est probable que Laplace n’en fut pas informé.

Laplace, qui avait effectué ses premiers travaux sur les probabilités entre 1771 et 1774, en redécouvrant notamment après Thomas Bayes les probabilités inverses, dites loi de Bayes-Laplace, ancêtre des statistiques inférentielles, publie en 1812 sa Théorie analytique des probabilités. Dans cet ouvrage, Laplace donne des éléments déterminants à la théorie des probabilités dont il est considéré comme un des pères. En 1814 il publie son Essai philosophique sur les probabilités. Il est le premier à publier la valeur de l’intégrale de Gauss. Il étudie la transformée de Laplace, étude plus tard complétée par Oliver Heaviside. Il adhère à la théorie d’Antoine Lavoisier, avec qui il détermine les températures spécifiques de plusieurs substances à l’aide d’un calorimètre de sa propre fabrication. En 1819, Laplace publie un simple résumé de son travail sur les probabilités.

Laplace est connu Ă©galement pour son « dĂ©mon de Laplace Â», lequel a la capacitĂ© de connaĂ®tre, Ă  un instant donnĂ©, tous les paramètres de toutes les particules de l’univers. Il formule ainsi le dĂ©terminisme gĂ©nĂ©ralisĂ©, le mĂ©canisme. L’état prĂ©sent de l’univers est l’effet de son Ă©tat antĂ©rieur, et la cause de ce qui va suivre. « Une intelligence qui, Ă  un instant donnĂ©, connaĂ®trait toutes les forces dont la nature est animĂ©e, la position respective des ĂŞtres qui la composent, si d’ailleurs elle Ă©tait assez vaste pour soumettre ces donnĂ©es Ă  l’analyse, elle embrasserait dans la mĂŞme formule les mouvements des plus grands corps de l’univers, et ceux du plus lĂ©ger atome. Rien ne serait incertain pour elle, et l’avenir comme le passĂ© seraient prĂ©sents Ă  ses yeux. Â» Dans cette perspective, l’auteur adopte une position dĂ©terministe, soit une position philosophique et scientifique capable d’infĂ©rer de ce qui est, ce qui sera. Ce concept de dĂ©mon sera notamment remis en cause par le principe d'incertitude de Heisenberg.

[modifier] Carrière politique

Laplace
Laplace

La capacitĂ© et la rapiditĂ© avec laquelle Laplace rĂ©ussit Ă  changer d’opinion politique est surprenante. Quand le pouvoir de NapolĂ©on augmente, Laplace abandonne ses principes rĂ©publicains (qui sont fidèlement le reflet des opinions du parti au pouvoir) et il implore le premier consul de lui donner le poste de ministre de l’IntĂ©rieur. NapolĂ©on, qui dĂ©sire le soutien des hommes de science, accepte la proposition mais, en moins de six semaines, la carrière politique de Laplace voit sa fin. La bulletin de NapolĂ©on Ă  sa dĂ©mission est la suivante : « GĂ©omètre de première catĂ©gorie, Laplace n’a pas tardĂ© Ă  se montrer un administrateur plus que mĂ©diocre ; de son premier travail nous avons immĂ©diatement compris que nous nous Ă©tions trompĂ©s. Laplace ne traitait aucune question d’un bon point de vue : il cherchait des subtilitĂ©s de partout, il avait seulement des idĂ©es problĂ©matiques et enfin il portait l’esprit de l’infiniment petit jusque dans l’administration. Â»

Ainsi Laplace perd sa charge mais il maintient sa fidélité. Il entre au Sénat conservateur et, dans le troisième volume de la Mécanique céleste, il réalise une note dans laquelle il déclare qu’entre toute les vérités contenues dans celui-ci, la plus chère à l’auteur est la déclaration faite à sa dévotion envers le médiateur de l’Europe. Dans le tirage vendu après la Restauration celle-ci est effacée. En 1814, il est évident que l’Empire allait faillir et Laplace se dépêche d’offrir ses services aux Bourbons. Durant la restauration, il est récompensé avec un titre de marquis. Le mépris que ses collègues ont à son égard en raison de sa conduite en cette occasion peut être lu dans les pages de Paul-Louis Courier. La connaissance de Laplace est utile pour les nombreuses commissions scientifiques auxquelles il appartient et probablement justifie la manière dont on ferma les yeux sur sa fausseté politique.

Que Laplace soit prĂ©somptueux et Ă©goĂŻste n’est niĂ© par aucun de ses plus passionnĂ©s admirateurs ; sa conduite Ă  l’égard de ses bienfaiteurs lors de sa jeunesse et envers ses amis politiques est ingrate et, de plus, il s’approprie les rĂ©sultats de ceux qui sont relativement inconnus. Parmi ceux qu’il traite de cette manière, trois deviennent très connus : Adrien-Marie Legendre et Jean Baptiste Joseph Fourier en France et Young en Angleterre. Ceux-ci n’oublieront jamais l’injustice dont ils furent les victimes. D’autre part, il faut dire que sur certaines questions, il fait preuve d’un caractère indĂ©pendant et ne cache jamais sa manière de voir les questions de religion, de philosophie ou de science mĂŞme si cela n’est pas apprĂ©ciĂ© des autoritĂ©s au pouvoir, il faut ajouter que, vers la fin de sa vie, et spĂ©cialement pour les travaux de ses Ă©lèves, Laplace est gĂ©nĂ©reux et une fois, il omet un de ses articles de sorte qu’un Ă©lève reçoive le mĂ©rite exclusif de la recherche. InitiĂ© franc-maçon, il est membre du collège des grands officiers du Grand Orient de France en 1804[2].

[modifier] Contributions scientifiques

[modifier] Mécanique céleste

Représentation artistique de l’hypothèse de la nébuleuse de Laplace.
Représentation artistique de l’hypothèse de la nébuleuse de Laplace.

Laplace apporte une importante contribution à la mécanique céleste en utilisant les conceptions lagrangiennes pour mieux expliquer le mouvement des corps. Il passe une grande partie de sa vie à travailler sur l’astronomie mathématique et son travail culmine avec la vérification de la stabilité dynamique du système solaire avec l’hypothèse que celui-ci consiste en un ensemble de corps rigides qui se meuvent dans le vide. Il établit seul l’hypothèse de la nébuleuse et il est un des premiers scientifiques à concevoir l’existence des trous noirs et la notion de collapsus gravitationnel.

Selon l’hypothèse de la nébuleuse, le système solaire se serait développé depuis une masse globulaire de gaz incandescent qui tourne autour d’un axe passant par son centre de masse. En refroidissant cette masse se serait réduite et quelques anneaux concentriques se seraient détachés de son bord externe. Ces anneaux en se refroidissant se seraient condensés en planètes. Le soleil représenterait le noyau central de la nébuleuse qui, resté encore incandescent, continue à irradier. De ce point de vue, nous devrions nous attendre que les planètes plus distantes soient plus vieilles que celles plus voisines du soleil. L’idée substantielle de la théorie, même avec quelques importantes modifications est acceptée encore aujourd’hui.

Laplace en outre conjecture le concept de trou noir. Il montre qu’il pourrait y avoir des étoiles massives dotées d’une gravité si grande que la lumière elle-même n'aurait pas une vitesse suffisante pour sortir de leur intérieur. Laplace suppose que certaines étoiles de la nébuleuse découvertes à l’aide des télescopes ne font pas partie de la Voie lactée et qu’elles sont elle-même des galaxies. Donc, Laplace anticipe la grande découverte de Edwin Hubble, un siècle avant que cela se produise.

Dessin d’un trou noir; objet astronomique dont l’existence fut conjecturée par Laplace.
Dessin d’un trou noir; objet astronomique dont l’existence fut conjecturée par Laplace.

Au cours des année 1784 à 1787, il produit plusieurs mémoires contenant des résultats exceptionnels. Parmi ceux-ci, celui de 1784 qui est particulièrement relevé, réimprimé dans le troisième volume de la Mécanique Céleste, à l’intérieur duquel il détermine complètement l’attraction d’un sphéroïde sur une particule externe à lui. Ceci est mémorable pour l’introduction en analyse des harmoniques sphériques ou coefficients de Laplace.

Si les coordonnées de deux points sont (r,μ,ω) et (r',μ',ω'), et si r' ≥ r, alors la réciproque de leur distance peut être développée en fonction du rapport de r/r', et les coefficients respectifs sont les coefficients de Laplace. Leur utilité dérive du fait que chaque fonction avec des coordonnées d’un point sur la sphère peut être développé en série de cette manière.

Cet article est aussi très important pour le développement de l’idée de potentiel, appropriée et utilisée par Joseph-Louis Lagrange dans ses mémoires de 1773, 1777 et 1780. Laplace montre que le potentiel satisfait toujours à l’équation différentielle:

\nabla^2V={\partial^2V\over \partial x^2 } +
{\partial^2V\over \partial y^2 } +
{\partial^2V\over \partial z^2 } = 0,

et sur ce résultat, est basé son travail suivant sur l’attraction. La quantité \nabla^2V= 0 est définie comme la densité de V\, et sa valeur en chaque point indique l’excès de V\, au regard à sa valeur moyenne autour du point. L’équation de Laplace ou la forme plus générale \nabla^2 V=- 4 \pi \rho, apparaît dans toutes les branches de la physique mathématique.

Entre 1784 et 1786, il publie un mémoire concernant Jupiter et Saturne où il vérifie, par l’intermédiaire des séries perturbatives, que dans des temps très longs, l’action réciproque des deux planètes ne peut jamais influer significativement sur les excentricités et sur les inclinaisons de leurs orbites. Il fait noter que les particularités du système de Jupiter sont dues au fait que les mouvements moyens de Jupiter et Saturne sont très voisins de la commensurabilité. Il découvre aussi la cyclicité du mouvement des deux planètes estimée à peu près à 900 ans, les deux planètes paraissent exécuter des accélérations et des décélérations réciproques. De telles variations étaient déjà notées par Joseph-Louis Lagrange, mais seul Laplace les rattacha à un mouvement cyclique, confirmant l’idée que le système solaire présente des mouvements non occasionnels même à grande échelle temporelle. Les développements de ses études sur le mouvement planétaire sont exposés dans ses deux mémoires de 1788 et de 1789.

L’annĂ©e 1787 est rendue mĂ©morable par les analyses de Laplace sur les relations entre l’accĂ©lĂ©ration lunaire et les changements sĂ©culaires dans l’excentricitĂ© de l’orbite de la Terre : Cette recherche complète la dĂ©monstration de la stabilitĂ© du système solaire entier. Il cherche par exemple Ă  expliquer comment le mouvement orbital de la Lune subit une très lĂ©gère accĂ©lĂ©ration qui fait varier la longueur du mois lunaire d’une seconde en trois mille ans en attribuant la cause Ă  une lente variation de l’excentricitĂ© terrestre. En vĂ©ritĂ©, il a Ă©tĂ© dĂ©montrĂ© successivement que de telles accĂ©lĂ©rations sont dues Ă  l’attraction rĂ©ciproque qui tend Ă  synchroniser le mouvement de rĂ©volutions et de rotations des corps.

[modifier] Physique

La théorie de l’attraction capillaire est due à Laplace, lequel accepte l’idée proposée par Francis Hauksbee dans Philosophical Transactions en 1709, selon laquelle le phénomène est dû à une force d’attraction qui est imperceptible à une distance raisonnable. La part qui s’occupe de l’action d’un solide sur un liquide et de l’action réciproque de deux liquides n’a pas été développée complètement, mais fut complétée en définitive par Carl Friedrich Gauss. En 1862 Lord Kelvin (Sir William Thomson) a démontré que, si nous supposons le caractère moléculaire de la matière, les lois de l’attraction peuvent être dotées des lois de Newton de la gravitation.

Laplace en 1816 est le premier à mettre en évidence explicitement le motif pour lequel la théorie de Newton du mouvement oscillatoire fournit une valeur imprécise de la vitesse du son. La vitesse effective est supérieure au regard de celle calculée par Newton à cause de la chaleur développé par la compression imprévue de l’air qui augmente l’élasticité et donc la vitesse du son transmis. Les recherches de Laplace en physique pratique se sont limitées à celles réalisées avec Antoine Lavoisier dans les années 1782 à 1784 sur la chaleur massique de différents corps.

[modifier] Théorie des probabilités

Alors qu’il mène plusieurs recherches en physique, un autre thème auquel il dĂ©die ses forces est la thĂ©orie des probabilitĂ©s. Dans son Essai philosophique sur les probabilitĂ©s, Laplace formalise la dĂ©marche mathĂ©matique de la logique par induction basĂ©e sur les probabilitĂ©s, que nous reconnaissons aujourd’hui comme celle de Thomas Bayes. En 1774, il dĂ©duit le thĂ©orème de Bayes sans ĂŞtre probablement au courant du travail (publiĂ© en 1763) de Thomas Bayes (mort en 1761). Une formule très connue qui dĂ©rive de sa mĂ©thode est la règle de succession. Supposons qu’un Ă©vènement ait seulement deux tirages possibles valant « succès Â» et « insuccès Â». Avec l’hypothèse que l’on sache peu ou rien a priori en rapport aux probabilitĂ©s relatives aux tirages, Laplace dĂ©termine une formule de probabilitĂ© pour que le tirage suivant soit un succès :

\Pr(\mathrm{le\ prochain\ tirage\ est\ un\ succ\grave{e}s}) = \frac{s+1}{n+2}

où s est le nombre de succès observés précédemment et n est le nombre total des essais observés. Une telle formule est encore aujourd’hui utilisée comme une estimation de la probabilité d’un évènement si on connait l’espace des évènements, dont on dispose d’un petit nombre d’échantillons.

La règle de succession est sujette Ă  beaucoup de critiques, dues en partie Ă  l’exemple que Laplace choisit pour l’illustrer. En fait, il calcule la probabilitĂ© que le soleil se lèvera demain, considĂ©rant le fait qu’il s'Ă©tait constamment levĂ© depuis la plus ancienne Ă©poque de l’histoire, avec l’expression :

\Pr(\mathrm{le\ soleil\ se\ l\grave{e}vera\ demain}) = \frac{d+1}{d+2}

où d est le nombre de fois que le Soleil s'était levé dans le passé. Laplace estimait d à cinq mille ans ou à 1826313 jours. Ce résultat a été retenu comme absurde et certains auteurs ont conclu que toutes les applications des règles de successions sont absurdes par extension. Laplace était pleinement conscient de l’absurdité du résultat, immédiatement après l’exemple, il écrit Mais ce nombre [c’est-à-dire, la probabilité que le Soleil se lève demain] est beaucoup plus grand pour qui, considérant les principes qui règlent les jours et les saisons dans la totalité des évènements, réalise que nul dans l’instant actuel peut arrêter son cours.

Toujours en 1774 il explicita l’intĂ©grale d'Euler :

\int_{-\infin}^{+\infin}e^{\frac{-u^2}{2}}du = \sqrt{2\pi}

mais il ne peut être considéré comme le père de la loi normale, parce qu’il ne l’associa pas aux lois sur les erreurs.

En 1779, Laplace indique la méthode pour estimer le rapport des cas favorables ramenés au nombre total de cas possibles. Ceci consiste à considérer les valeurs successives d’une quelconque fonction comme les coefficients du développement d’une autre fonction avec référencement à une variable différente. Cette seconde fonction est donc appelée la fonction génératrice de la précédente. Laplace démontre comment, par le moyen de l’interpolation, ces coefficients peuvent être déterminés à partir de la fonction génératrice. Ensuite, il traite le problème inverse, en trouvant à partir des coefficients la fonction génératrice au moyen de la résolution d’une équation aux différences finies. La méthode est peu pratique et, compte tenu des développements successifs des analyses, rarement utilisée aujourd’hui.

Son traité Théorie analytique des probabilités inclut un exposé de la méthode des moindres carrés, important témoignage de la paternité de Laplace sur les méthodes analytiques. La méthode des moindres carrés, par l’intermédiaire de nombreuses observations, est expliquée empiriquement par Carl Friedrich Gauss et Adrien-Marie Legendre, mais le quatrième chapitre de ce travail contient une démonstration formelle de celui-ci, sur laquelle depuis s’est basée toute la théorie des erreurs.

[modifier] Mathématiques

Parmi les dĂ©couvertes mineures de Laplace en mathĂ©matiques pures, on peut mentionner sa discussion (avant Alexandre-ThĂ©ophile Vandermonde) de la thĂ©orie gĂ©nĂ©rale des dĂ©terminants en 1772 : sa dĂ©monstration que n’importe quelle Ă©quation paire doit avoir au moins un facteur quadratique rĂ©el, sa rĂ©duction de la solution des Ă©quations diffĂ©rentielles linĂ©aires Ă  intĂ©grales dĂ©finies ; et sa solution Ă  l’équation diffĂ©rentielle linĂ©aire partielle du second ordre. Il est l'inventeur de la mĂ©thode de variation des constantes, permettant de rĂ©soudre les Ă©quations diffĂ©rentielles linĂ©aires avec second membre, lorsque l'on connaĂ®t la solution de l'Ă©quation sans second membre. Il est aussi le premier Ă  considĂ©rer les difficiles problèmes dans les Ă©quations aux diffĂ©rences mixtes, et Ă  dĂ©montrer que la solution d’une Ă©quation aux diffĂ©rences finies de premier grade et du second ordre pourrait ĂŞtre toujours obtenue sous la forme d’une fraction continue. En plus de ces dĂ©couvertes originales, il dĂ©termine, dans sa thĂ©orie des probabilitĂ©s, les valeurs des plus communes intĂ©grales dĂ©finies; et dans le mĂŞme livre, il donne la dĂ©monstration gĂ©nĂ©rale du thĂ©orème Ă©noncĂ© par Joseph-Louis Lagrange pour le dĂ©veloppement en sĂ©rie d’une fonction quelconque impliquĂ©e au moyen de coefficients diffĂ©rentiels.

La transformée de Laplace, par contre, bien qu’elle soit appelée ainsi en son honneur parce qu’il l’utilisa dans son travail sur la théorie des probabilités, fut découverte à l’origine par Leonhard Euler. La transformée de Laplace apparaît dans toutes les branches de la physique mathématique - champ d’étude auquel Laplace contribua de manière importante.

En mathématiques appliquées on lui doit également la Méthode de Laplace qui permet d'estimer des intégrales de la forme:

\int_a^b\! e^{M f(x)}\, dx\,

quand M est grand.

[modifier] Convictions philosophiques

Article dĂ©taillĂ© : DĂ©terminisme.
Pierre Simon de Laplace
Pierre Simon de Laplace

Ă€ la diffĂ©rence de beaucoup d’autres mathĂ©maticiens, Laplace ne voit pas les mathĂ©matiques comme une discipline d’une valeur particulière, mais comme un instrument utile pour la recherche scientifique et pour les problèmes pratiques. Laplace semble avoir considĂ©rĂ© l’analyse simplement comme un outil pour affronter les problèmes physiques, bien que l’habilitĂ© avec laquelle il a inventĂ© l’analyse nĂ©cessaire Ă  cet objectif est presque extraordinaire. Jusqu’à ce que ses rĂ©sultats soient vrais, il ne se prĂ©occupe pas trop d’expliquer les phases dĂ©monstratives ; il n’a pas soignĂ© l’élĂ©gance ou la symĂ©trie dans ses procĂ©dĂ©s et pour lui, il est suffisant de rĂ©ussir avec quelques moyens pour rĂ©soudre le problème particulier qu’il Ă©tait en train d’affronter.

Il croit fermement au dĂ©terminisme causal, qui apparaĂ®t dans la citation suivante extraite de l’introduction d’Essai philosophique sur les probabilitĂ©s :

« Nous pouvons considĂ©rer l’état actuel de l’univers comme l’effet de son passĂ© et la cause de son futur. Une intelligence qui Ă  un instant dĂ©terminĂ© devrait connaitre toutes les forces qui mettent en mouvement la nature, et toutes les positions de tous les objets dont la nature est composĂ©e, si cette intelligence fut en outre suffisamment ample pour soumettre ces donnĂ©es Ă  analyse, celle-ci renfermerait dans une unique formule les mouvements des corps plus grands de l’univers et des atomes les plus petits ; pour une telle intelligence nul serait incertain et le propre futur comme le passĂ© serait Ă©vident Ă  ses yeux Â»
    â€” Essai philosophique sur les probabilitĂ©s, Laplace


On fait souvent rĂ©fĂ©rence Ă  cette intelligence comme au dĂ©mon de Laplace (de manière analogue au dĂ©mon de Maxwell). La description de l’hypothĂ©tique intelligence dĂ©crite au sujet de Laplace comme un petit diable ne vient pas pourtant de Laplace, mais de biographies excessives : Laplace espĂ©rait que l’humanitĂ© aurait amĂ©liorĂ© sa comprĂ©hension scientifique du monde et croyait que, si elle fut complĂ©tĂ©e, elle aurait encore eu besoin d’une extraordinaire capacitĂ© de calcul pour la dĂ©terminer complètement en tout instant particulier. Cette question de la possibilitĂ© d'atteindre par le calcul des prĂ©visions fiables dans les domaines complexes ne sera mise en doute qu'avec les travaux de PoincarĂ©, et ne touchera le grand public qu'avec la thĂ©orie du chaos. Entretemps, l'opposition Ă  ce sujet entre Von Neumann et Wiener est restĂ©e cĂ©lèbre.

Il a Ă©tĂ© rĂ©cemment proposĂ© une limite sur l’efficacitĂ© du calcul de l’univers, c’est-Ă -dire sur l’habiletĂ© du petit diable de Laplace Ă  traiter une quantitĂ© infinie d’informations. La limite fait rĂ©fĂ©rence Ă  l’entropie maximum de l’univers, Ă  la vitesse de la lumière et Ă  la quantitĂ© minimum de temps nĂ©cessaire pour transporter l’information sur une longueur Ă©gale Ă  la longueur de Planck ; celle-ci Ă©tant Ă©gale Ă  2130 bit. En consĂ©quence, n’importe quelle chose demandant plus de cette quantitĂ© de donnĂ©es ne peut ĂŞtre calculĂ©e dans la quantitĂ© de temps qui est passĂ©e jusqu’à prĂ©sent dans l’univers.

MĂŞme si Laplace pense Ă  une intelligence supĂ©rieure, il ne pense seulement qu’à une expĂ©rience de pensĂ©e, une supposition. Il ne croit pas vĂ©ritablement en l’existence d’une telle intelligence : il est en fait athĂ©e ou plus ou moins agnostique. comme le montre l’anecdote suivante :

Laplace vint un jour faire hommage Ă  NapolĂ©on d’un exemplaire de son ouvrage et le rĂ©cit suivant, absolument authentique, de l’entrevue, peint d’une façon si caractĂ©ristique les caractères des deux hommes que nous le donnons en entier. On avait dit Ă  NapolĂ©on que l’ouvrage ne faisait nulle part mention du nom de Dieu et, comme NapolĂ©on aimait Ă  poser des questions embarrassantes, il fit, en acceptant l’ouvrage, cette remarque : « M. Laplace, on me dit que vous avez Ă©crit ce volumineux ouvrage sur le système de l’Univers sans faire une seule fois mention de son CrĂ©ateur Â». Laplace, bien que souple courtisan, avait sur tous les points qui touchaient Ă  sa philosophie, l’obstination du martyr ; il se redressa aussitĂ´t et rĂ©pondit brusquement : « Sire, je n’ai pas eu besoin de cette hypothèse. Â» NapolĂ©on, grandement amusĂ©, fit part de cette rĂ©ponse Ă  Lagrange, qui s’écria : « Ah ! c’est une belle hypothèse ; elle explique beaucoup de choses.[3] Â»

[modifier] Hommages

  • L’astĂ©roĂŻde (4628) Laplace a Ă©tĂ© nommĂ© en son honneur.[4]
  • Son nom est inscrit sur la Tour Eiffel.
  • Grand Officier de la LĂ©gion d'Honneur.
  • Marquis et Pair de France

[modifier] Notes et références

  1. ↑ Biographie de l’Académie française
  2. ↑ Dictionnaire de la Franc-Maçonnerie PUF 1987
  3. ↑ Walter William Rouse Ball, Histoire des mathématiques, Paris, Librairie Scientifique A . Hermann, 1906 p. 104-5. Napoléon répéta cette réponse à Laplace, qui répondit habilement que si cette hypothèse explique tout, elle ne permet de prédire rien et n'entrait donc pas dans son domaine d'étude (cité par Richard Dawkins)
  4. ↑ Schmadel, L. D. (2003). Dictionary of Minor Planet Names, 5th rev. ed., Berlin: Springer-Verlag. ISBN 3-540-00238-3.

[modifier] Voir aussi

[modifier] Ouvrages

Textes de vulgarisation
  • Exposition du système du monde, Bachelier, Paris, 1836. Texte en ligne RééditĂ© dans la collection Corpus des Ĺ“uvres de philosophie en langue française, Fayard, Paris, 1984. (ISBN 2213014779)
Textes techniques

Pages sur ce thème sur les projets Wikimedia :

  • Ĺ’uvres complètes de Laplace, publiĂ©es sous les auspices de l’AcadĂ©mie des sciences par MM. les secrĂ©taires perpĂ©tuels, Gauthier-Villars, Paris, 14 volumes, 1878-1912. Comprend : I-V. TraitĂ© de mĂ©canique cĂ©leste ; VI. Exposition du système du monde ; VII. 1-2. ThĂ©orie analytique des probabilitĂ©s ; VIII-XII. MĂ©moires extraits des recueils de l’AcadĂ©mie des sciences de Paris et de la classe des sciences mathĂ©matiques et physiques de l’Institut de France ; XIII-XIV. MĂ©moires divers. Tables. Texte en ligne.
  • ThĂ©orie analytique des probabilitĂ©s, Tome VII des Ĺ“uvres complètes, Paris, 3e Ă©dition, 1820. Texte en ligne Réédition : Jacques Gabay, 1995. (ISBN 2-87647-161-2).

[modifier] Bibliographie

  • (en) E.T. Bell Men of Mathematics: The Lives and Achievements of the Great Mathematicians from Zeno to PoincarĂ© New York, Simon and Schuster, 1986, Ch. 11
  • (it) Carl Boyer, Storia della matematica, Milano: Mondadori, 2004. (ISBN 88-04-33431-2)
  • (en) Charles Coulston Gillispie, avec la collaboration de Robert Fox et Ivor Grattan-Guinnsess, Pierre-Simon Laplace, 1749-1827: A Life in Exact Science, Princeton University Press, 1997. (ISBN 0-691-05027-9)
  • (fr) Roger Hahn, Le Système du monde - Pierre Simon Laplace, un itinĂ©raire dans la science, Collection « Bibliothèque des histoires Â», Gallimard, Paris, 2004. (ISBN 2-07-072936-2)
  • (it) Mirella Fortino (a cura di) Il caso. Da Pierre-Simon Laplace a Emile Borel (1814-1914)
  • (fr) Alphonse Rebière, MathĂ©matiques et mathĂ©maticiens, 3e Paris, Nony & Cie, 1898
  • (it) Paolo Rossi (diretta da) Storia della scienza vol. 2
De Laplace
  • (it)Saggio filosofico sulle probabilitĂ  Theoria - Editori Associati, 1987 (ISBN 88-241-0040-6)
  • (it)Storia dell’astronomia Cuen, 1997 (ISBN 88-7146-368-4)

[modifier] Ĺ’uvres en ligne

[modifier] Articles connexes

  • Certitude
  • MĂ©canique cĂ©leste
  • OpĂ©rateur laplacien
  • Potentiel gravitationnel
  • ProbabilitĂ©
  • Problème Ă  N corps

[modifier] Liens et documents externes

[modifier] Sources

  • (it) Cet article est partiellement ou en totalitĂ© issu d’une traduction de l’article de WikipĂ©dia en italien intitulĂ© « Pierre Simon Laplace Â». AdQ du 18.08.2007
Précédé par Pierre-Simon Laplace Suivi par
Nicolas-Marie Quinette
Ministre français de l'Intérieur (1799)
Lucien Bonaparte


Précédé par
Michel Regnaud de Saint-Jean d'Angély
Fauteuil 8 de l’Académie française
1816-1827
Suivi par
Pierre-Paul Royer-Collard


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