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René Descartes


René Descartes : encyclopédie mathématiques

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René Descartes
Philosophe occidental
Époque Moderne
René Descartes, d'après Frans Hals.
René Descartes, d'après Frans Hals.

Naissance 31 mars 1596
Ă  La Haye en Touraine
Pavillon royal de la France.png Royaume de France
DĂ©cès 11 fĂ©vrier 1650
Ă  Stockholm
Drapeau de Suède Suède
École/tradition Rationalisme, inspirateur du Cartésianisme
Principaux intérêts Épistémologie, métaphysique, physique, optique, mathématiques, morale, psychologie, biologie
Idées remarquables Cogito ergo sum
Doute hyperbolique, morale par provision, dualisme de l'âme et du corps
Influencé par Platon, Scepticisme, Pappus, Saint Anselme, Pierre Charron, Nicolas de Cues, Montaigne, Francisco Suárez, Bacon, Mersenne
A influencé Arnauld, Pascal, Nicole, Locke, Spinoza, Malebranche, Leibniz, La Mettrie, Kant, Fichte, Kierkegaard, Nietzsche, Husserl, Bergson, Guéroult, Sartre, Levinas, Alquié, Merleau-Ponty, Jean-Luc Marion, Émile Durkheim
Adjectifs dérivés Cartésien, cartésienne

RenĂ© Descartes, nĂ© le 31 mars 1596 Ă  La Haye en Touraine, ville renommĂ©e Descartes (Indre-et-Loire) Ă  partir de 1967[1], et mort le 11 fĂ©vrier 1650 Ă  Stockholm, est un mathĂ©maticien, physicien et philosophe français.

Il est considĂ©rĂ© comme l'un des fondateurs de la philosophie moderne : il formule le cogito, fondant ainsi le système des sciences sur le sujet connaissant face au monde qu'il se reprĂ©sente. En physique, il a apportĂ© une contribution Ă  l'optique et est considĂ©rĂ© comme le fondateur du mĂ©canisme. En mathĂ©matiques, il est Ă  l'origine de la gĂ©omĂ©trie analytique. Certaines de ses thĂ©ories ont par la suite Ă©tĂ© contestĂ©es (thĂ©orie de l'animal-machine) ou abandonnĂ©es (thĂ©orie des tourbillons ou des esprits-animaux). Sa pensĂ©e a pu ĂŞtre rapprochĂ©e de la peinture de Nicolas Poussin[2] pour son caractère clair et ordonnĂ©.

Sa méthode philosophique et scientifique, exposée à partir de 1628 dans les Règles pour la direction de l'esprit, puis dans le Discours de la méthode en 1637, affirme constamment une rupture par rapport à la scolastique enseignée dans l'Université. Elle se caractérise par sa simplicité (Descartes la résume en peu de règles, quatre en tout dans le Discours de la méthode) et prétend rompre avec les interminables raisonnements scolastiques. Elle prend pour modèle la méthode mathématique, cherchant à remplacer la syllogistique aristotélicienne utilisée pendant tout le Moyen Âge.

Comme GalilĂ©e, Descartes se rallie au système cosmologique copernicien ; mais, par prudence envers la censure, il « avance masquĂ© Â» (larvatus prodeo), en dissimulant partiellement la nouveautĂ© de ses idĂ©es sur l'homme et le monde dans ses pensĂ©es mĂ©taphysiques, idĂ©es qui rĂ©volutionneront Ă  leur tour la philosophie et la thĂ©ologie. L'influence de Descartes sera dĂ©terminante sur tout son siècle : les grands philosophes qui lui succèderont dĂ©velopperont leur propre philosophie par rapport Ă  la sienne, soit principalement en la dĂ©veloppant (Arnauld, Malebranche), soit en s'y opposant (Hobbes, Pascal, Spinoza, Leibniz), .

Descartes affirme un dualisme substantiel entre l'âme (la res cogitans, la pensĂ©e) et le corps (la res extensa, l'Ă©tendue). Il radicalise sa position en refusant d'accorder la pensĂ©e Ă  l'animal, le concevant comme une « machine Â»[3], c'est-Ă -dire un corps entièrement dĂ©pourvu d'âme. Cette thĂ©orie sera critiquĂ©e dès son apparition mais plus encore Ă  l'Ă©poque des Lumières, notamment par Voltaire, Diderot et Rousseau.

Sommaire

[modifier] Biographie

Maison natale de Descartes Ă  La Haye en Touraine, bâtisse Ă©clairĂ©e de deux fenĂŞtres gothiques en accolade datant en partie du XVIe siècle, transformĂ©e en musĂ©e en 1974.

[modifier] Enfance

Statue de René Descartes à La Haye-Descartes.

Il est le troisième enfant de Joachim Descartes, conseiller au parlement de Bretagne à Rennes et de Jeanne Brochard, fille d'un maire de Nantes. Il naît en Touraine parce que sa mère a quitté Rennes en raison d'une épidémie de peste.

Sa mère meurt le 13 mai 1597, 13 mois et demi après sa naissance[4], quelques jours après la naissance d'un autre garçon qui ne survivra pas. Descartes est Ă©levĂ© par sa grand-mère, son père et sa nourrice. Son père l'appelle son petit philosophe, car RenĂ© ne cesse de poser des questions [5]. Vers 1600, Joachim Descartes se remarie avec Anne Morin, fille du propriĂ©taire du château de Chavagne Ă  SucĂ© près de Nantes ; la signature de Descartes apparaĂ®t Ă  plusieurs reprises sur les registres paroissiaux de SucĂ© (1617, 1644)[6].

Ă€ onze ans, Descartes entre au Collège royal Henri-le-Grand de la Flèche, oĂą enseignent les JĂ©suites dont le Père François Fournet, docteur en philosophie issu de l'UniversitĂ© de Douai[7] et le père Jean François, qui l'initiera aux mathĂ©matiques pendant un an. Il y reste jusqu'en 1614 [8]. Il y a droit Ă  un traitement de faveur, sans cours le matin en raison de sa santĂ© fragile [9], et de ses dons intellectuels prĂ©coces [10]. Il y apprend la physique et la philosophie scolastique et Ă©tudie avec intĂ©rĂŞt les mathĂ©matiques ; il ne cesse de rĂ©pĂ©ter, en particulier dans son Discours de la mĂ©thode combien ces Ă©tudes lui paraissent incohĂ©rentes et fort impropres Ă  la bonne conduite de la raison. De cette pĂ©riode, nous ne conservons qu'une lettre d'authenticitĂ© douteuse (peut-ĂŞtre est-elle de l'un de ses frères), lettre que Descartes aurait Ă©crite Ă  sa grand-mère.

[modifier] Jeunesse et études

En 1616, il obtient son baccalaurĂ©at et sa licence de droit Ă  l'universitĂ© de Poitiers. Après ses Ă©tudes, il part vivre Ă  Paris. De cette Ă©poque date un probable traitĂ© d'escrime. Il finit par se retirer en solitaire dans un quartier de la ville pour se consacrer Ă  l'Ă©tude pendant deux annĂ©es de vie cachĂ©e : Heureux qui a vĂ©cu cachĂ© est alors sa devise, il aura coutume d'affirmer, rejetant les artefacts et les prĂ©tentions de la reconnaissance sociale ou de la cĂ©lĂ©britĂ©, qu'il prĂ©fère en toute chose avancer masquĂ©. Il a dĂ©jĂ  entrepris d'Ă©tudier le grand livre du monde.

Souhaitant voir du pays pendant sa jeunesse, l'excitĂ© entraĂ®nĂ© par un « coup de folie Â», comme il se dĂ©crit plus tard, s'engage en 1618 en Hollande Ă  l'Ă©cole de guerre de Maurice de Nassau, prince d'Orange. Il fait la mĂŞme annĂ©e la connaissance du physicien Beeckman. Ce savant, apothicaire, avait coutume de cerner des problèmes non rĂ©solus de mathĂ©matiques et de physique, avec son cercle d'amis, et d'afficher les questions en souffrance sous forme de concours en des lieux de passage, proposant une rĂ©compense Ă  celui qui ajouterait une voie vers une solution valable. Alors que maintes questions n'avaient trouvĂ© aucun penseur et encore moins de rĂ©ponse, un jeune cavalier français inconnu planche sur les problèmes des affichettes et rafle les rĂ©compenses avec brio, les solutions simples fascinent le cercle flamand et ainsi naĂ®t une amitiĂ© scientifique. Le jeune Descartes sort de l'ombre et adresse les premières lettres que nous avons conservĂ©es, ainsi qu'un compendium Ă©rudit sur la musique baroque, l'AbrĂ©gĂ© de musique, objet de sa fascination du moment, Ă  son aĂ®nĂ© Isaac Beeckman. Le physicien Beeckman, promu en vĂ©ritable dĂ©tecteur de talent, tient un journal de recherches, il y relate les idĂ©es sur les mathĂ©matiques, la physique, la logique, la chimie etc. que Descartes lui communique au grĂ© de leurs discussions Ă  bâton rompu ou de leurs Ă©changes Ă©pistolaires ; Descartes consacre ses heures de loisir, mais aussi de veille imposĂ©e au corps de garde, Ă  la lecture et Ă  la rĂ©flexion, Ă  l'Ă©tude des mathĂ©matiques et des phĂ©nomènes physiques.

René Descartes.

En 1619, Descartes quitte la Hollande pour le Danemark, puis l'Allemagne, où la guerre de Trente Ans éclate, et assiste au couronnement de l'Empereur Ferdinand à Francfort. Il s'engage alors dans l'armée du duc Maximilien de Bavière.

Cette annĂ©e-lĂ , Descartes s'intĂ©resse Ă  l'ordre lĂ©gendaire de la Rose-Croix dont il ne trouvera jamais aucun membre. Son appartenance Ă  cette fraternitĂ©, de mĂŞme que l'existence mĂŞme de cette fraternitĂ© Ă  cette Ă©poque, est contestĂ©e. Toujours est-il que dans le contexte qui suivit la condamnation des Ă©crits favorables Ă  l'hĂ©liocentrisme (1616), en France et en Allemagne, on parlait beaucoup des idĂ©es de cette prĂ©tendue fraternitĂ©. Il nia y avoir appartenu. Il Ă©met un projet, Le trĂ©sor mathĂ©matique de Polybe le Cosmopolite, dĂ©diĂ© « aux Ă©rudits du monde entier, et spĂ©cialement aux F.R.C. [Frères Rose-Croix], très cĂ©lèbres en G. [Germanie] Â» [11]

C'est pendant ses quartiers d'hiver (1619 - 1620) Ă  Neubourg que se rĂ©vèle Ă  lui une pensĂ©e dĂ©cisive pour sa vie. Le 10 novembre 1619, il fait en effet trois songes exaltants qui l'Ă©clairent sur sa vocation :

« Le 10 novembre 1619 lorsque rempli d'enthousiasme je trouvai le fondement d'une science admirable… Â» (Olympiques, fragment)

Baillet en a fait le rĂ©cit, dont voici le dĂ©but :

« La recherche qu'il voulut faire de ces moyens, jeta son esprit dans de violentes agitations, qui augmentèrent de plus en plus par une contention continuelle oĂą il le tenait, sans souffrir que la promenade ni les compagnies y fissent diversion. Il le fatigua de telle sorte que le feu lui prĂ®t au cerveau, et qu'il tomba dans une espèce d'enthousiasme, qui disposa de telle manière son esprit dĂ©jĂ  abattu, qu'il le mit en Ă©tat de recevoir les impressions des songes et des visions.
Il nous apprend que le dixième de novembre mille six cent dix-neuf, s'Ă©tant couchĂ© tout rempli de son enthousiasme, et tout occupĂ© de la pensĂ©e d'avoir trouvĂ© ce jour-lĂ  les fondements de la science admirable, il eut trois songes consĂ©cutifs en une seule nuit, qu'il s'imagina ne pouvoir ĂŞtre venus que d'en haut. Â»

Il raconte alors comment il s'enferme dans son poêle [12] et conçoit sa méthode. La légende raconte que, alité, il regarde le plafond au plâtre fissuré et imagine un système de coordonnées, permettant de décrire lignes, courbes et figures géométriques par des couples de nombres arithmétiques, dont il ne reste qu'à analyser les propriétés.

Il fait alors vœu d'un pèlerinage à Notre-Dame de Lorette à Loreto (accompli finalement en 1623), renonça à la vie militaire et, de 1620 à 1622, il voyage en Allemagne et en Hollande, puis revient en France. Ce qu'il a écrit pendant cette période se trouve dans un petit registre mentionné dans l'inventaire fait à Stockholm après sa mort, mais il est aujourd'hui perdu. Il nous est néanmoins connu par Baillet et par Leibniz qui en avait fait des copies. Ces copies furent retrouvées par Foucher de Careil et publiées en 1859 sous le titre Cogitationes Privatae. Mais il se trouve qu'elles ont depuis de nouveau disparu. De cette époque nous possédons également un De Solidorum elementis.

En 1622, il liquide l'hĂ©ritage de sa mère et bĂ©nĂ©ficie alors de 6 000 livres de rente, ce qui le dispense de travailler[13] ; il règle ses affaires de famille et recommence Ă  voyager, visitant l'Italie. De l'Ă©tĂ© 1625 Ă  l'automne 1627, Descartes est de nouveau en France. Il rencontre le père Marin Mersenne Ă  Paris et commence Ă  ĂŞtre connu pour ses inventions en mathĂ©matiques. Il frĂ©quente le monde, cherche la compagnie des savants et se bat en duel. Mais, Ă  l'automne 1627, chez le nonce du pape, le cardinal de BĂ©rulle lui fait obligation de conscience d'Ă©tudier la philosophie. Il part alors Ă  la campagne, en Bretagne, pendant l'hiver 1627 - 1628.

C'est de cette époque (1622 - 1629) que datent divers traités de mathématiques (sur l'algèbre, l'hyperbole, l'ellipse, la parabole) connus par le journal de Beeckman, et d'autres petits traités qui sont perdus. L'œuvre la plus importante de cette période s'intitule les Règles pour la direction de l'esprit.

[modifier] Les Provinces-Unies

Buste René Descartes - sculpté par Joseph Silvestre Brun - Château de Versailles

Cherchant la solitude, il dĂ©cide de s'installer dans les Provinces-Unies ; il y fait d'abord un bref sĂ©jour Ă  l'occasion duquel il va voir Beeckman, mais il revient probablement Ă  Paris pendant l'hiver 1628, puis s'installe dĂ©finitivement en Hollande au printemps 1629. Sa vie est entièrement consacrĂ©e Ă  l'Ă©tude. Il s'inscrit Ă  l'UniversitĂ© de Franeker. Il continue pourtant de se dĂ©placer (de 1629 Ă  1633 : Amsterdam, Leyde, Utrecht, Deventer, Egmond). Souhaitant ne pas ĂŞtre dĂ©rangĂ©, il n'indique jamais sur ses lettres le vrai lieu oĂą il se trouve, mais donne le nom de quelques villes.

Ă€ Amsterdam, Descartes vit au centre de la ville, dans la Kalverstraat, le quartier des bouchers, ce qui lui permet de faire de nombreuses dissections. Il rencontre des savants : Hendricus Reneri, Hortensius, Vopiscus Fortunatus Plempius, Schooten, etc. Ses rencontres, comme sa volontĂ© de vivre solitaire, sont ainsi toujours subordonnĂ©es Ă  sa passion de la recherche. Il commence en 1629 un TraitĂ© de mĂ©taphysique (aujourd'hui perdu), mais il ne semble pas que ses pensĂ©es se soient encore dirigĂ©es vers les thèses des MĂ©ditations mĂ©taphysiques. S'il formule nĂ©anmoins le 15 avril 1630 sa thĂ©orie de la crĂ©ation des vĂ©ritĂ©s Ă©ternelles, c'est qu'il s'interroge sur la place de la science ; sa mĂ©taphysique se dĂ©veloppe ainsi d'après ses rĂ©flexions de physique, et il ne tire pas encore au clair tous les fondements qui seront exprimĂ©s dans ses ouvrages ultĂ©rieurs.

Mais Descartes s'occupe Ă©galement de mathĂ©matiques : il en rĂ©forme le système de notation, introduisant Ă  la suite de Viète et d'Harriot, l'usage des lettres de l'alphabet latin pour dĂ©signer des grandeurs mesurables. C'est en 1631, quand Jacob Golius lui proposa le problème de Pappus, qu'il dĂ©couvre les principes de la gĂ©omĂ©trie analytique. Il commence les MĂ©tĂ©ores Ă  l'occasion de l'observation des parhĂ©lies (observations faites Ă  Rome, en 1629). Il Ă©tudie l'optique, redĂ©couvre les lois de la rĂ©fraction, et achève la rĂ©daction de la Dioptrique. Enfin, Descartes veut expliquer tous les phĂ©nomènes de la nature : il Ă©tudie les ĂŞtres vivants et fait de nombreuses dissections Ă  Amsterdam pendant l'hiver 1631 - 1632. De lĂ  viendront le Monde et le TraitĂ© de l'homme. Les observations anatomiques de Descartes nous sont connues par les copies de Leibniz et des fragments (Excerpta anatomica, Primae cogitaniones circa generationem animalium, Partes similares et excrementa et morbi, ce dernier datĂ© de 1631). Mais les dates de certains textes sont incertaines (pour certains jusqu'Ă  1648 peut-ĂŞtre).

Les lettres de cette pĂ©riode le montrent tout occupĂ© de science ; on trouve nĂ©anmoins quelques remarques d'esthĂ©tique sur la musique. Elles nous renseignent Ă©galement sur son caractère susceptible et exigent, mĂ©prisant l'irrĂ©solution. Dans sa lettre Ă  Mersenne du 4 novembre 1630, Descartes dit songer Ă  faire un traitĂ© de morale. L'infatigable père Mersenne se trouve au centre d'un rĂ©seau de mathĂ©maticiens et de scientifiques de nombreux pays. La biographie du religieux Mersenne montre qu'il est l'animateur incontournable de la vie scientifique Ă  Paris et un des premiers vigoureux partisans de la pensĂ©e de Descartes en France, alors que ce dernier voyageur n'a publiĂ© aucun ouvrage phare.

[modifier] Condamnation de Galilée

En novembre 1633, Descartes apprend que Galilée a été condamné. Il renonce par prudence à publier le Traité du monde et de la lumière qui ne paraîtra qu'en 1664.

Le Saint-Office, le 24 fĂ©vrier 1616, avait condamnĂ© les propositions : Sol est centrum mundi et omnino immobilis motu ; en 1620, un dĂ©cret de la CongrĂ©gation des cardinaux avait autorisĂ© de supposer le mouvement de la Terre par hypothèse. Mais l'ouvrage de GalilĂ©e, Dialogo sopra i due massimi sistemi del mondo (le dialogue sur les deux grands systèmes du monde), fut condamnĂ© le 22 juin 1633. L'hypothèse du mouvement de la Terre selon le modèle copernicien (hĂ©liocentrisme) ne pouvait ĂŞtre prise en compte que s'il Ă©tait clair que l’analyse Ă©tait effectuĂ©e dans une perspective purement mathĂ©matique.

Descartes reçoit de Beeckman l'annĂ©e suivante (1634) le livre de GalilĂ©e qui lui valut cette condamnation. Il dĂ©cide alors de donner une autre orientation Ă  son Ĺ“uvre : ce sera le Discours de la mĂ©thode (en 1637) et les essais qui le suivent, en particulier les MĂ©ditations mĂ©taphysiques (1641) et les Principes de la philosophie (1644).

Ă€ la fin de 1633, Descartes quitte Deventer pour Amsterdam ; en 1635, il est Ă  Utrecht. Il passe ensuite Ă  Leyde (oĂą il avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© en 1630) et s'arrĂŞte Ă  Santpoort en 1637.

Descartes et la reine Christine.

De 1637 Ă  1641, Descartes vit principalement Ă  Santpoort. PĂ©riode heureuse, il publie en français le Discours de la mĂ©thode et polĂ©mique avec ses contradicteurs, Jean de Beaugrand, Pierre de Fermat, Gilles Personne de Roberval, Plempius et Jan Stampioen ; il fait venir auprès de lui HĂ©lène Jans, une simple servante devenue compagne et amie. En aoĂ»t 1635, il a et reconnaĂ®t avec HĂ©lène une fille baptisĂ©e, Francine. Mais la fillette Francine meurt en septembre 1640 de fièvres Ă©ruptives, laissant un Descartes Ă©plorĂ©, montrant sans fausse pudeur des larmes Ă  ses amis. Un mois plus tard, il perd son père, âgĂ© de soixante-dix-huit ans et doyen du Parlement de Bretagne. Ces disparitions rapprochĂ©es sont Ă  l'origine du « plus grand regret qu'il eĂ»t jamais senti de sa vie Â». Le 31 mars 1641, l'auteur reconnu s'installe dans le petit château d'Endegeest, agrĂ©mentĂ© d'un beau jardin, de vergers et de prairies. C'est lĂ  qu'il reçoit l'abbĂ© Picot, l'abbĂ© de Touchelaye, le conseiller Jacques VallĂ©e Desbarreaux et de nombreux amis. Vers 1640, d'après le De metallorum transmutatione de Daniel Morhof (1637), il fait quelques expĂ©riences d'alchimie (ou chimie) avec son ami Cornelis Van Hogelande[14], mais il rejette la thĂ©orie des trois Substances (Soufre, Sel, Mercure) de Paracelse[15]

En 1641, il répond aux objections de Hobbes contre ses Méditations métaphysiques, publiées en latin, et il doit subir les premiers feux d'une longue controverse, dite querelle d'Utrecht, lancée par le prédicateur Voetius. Les partisans de Voetius, en particulier son élève et prête-nom Schoock, accusent publiquement Descartes et son correspondant d'Utrecht, Henricus Regius de soutenir Copernic, de nommer l'âme un "accident". Ils l'accusent également d'athéisme [16] et ils n'hésitent pas à pourfendre en chaire le philosophe, à réclamer qu'il subisse le sort réservé à Toulouse en 1619 à Giulio Cesare Vanini. Descartes fait alors intervenir l’université de Groningue et l’ambassadeur de France afin que cessent ces menaces.

Article dĂ©taillĂ© : Les controverses du cartĂ©sianisme.

[modifier] Suède et fin de vie

Il rencontre Élisabeth de Bohême, fille de l'électeur Palatin détrôné en exil en Hollande, en 1643, et commence une abondante correspondance avec la jeune femme, traitant notamment d'éthique.

En 1646, alors que se poursuit la querelle d'Utrecht, il se fâche avec son correspondant, Henricus Regius, qui offre une alternative matérialiste à la métaphysique et à l'épistémologie cartésienne. Il charge un de ses élèves, Tobias Andreœ, de développer ses arguments contre Regius. Deux ans plus tard, il publie contre Regius Notes sur un Certain Manifeste.

L'intérêt et les incessantes interrogations pertinentes de la princesse Elizabeth stimulent le penseur qui s'attèle à la rédaction du Traité des Passions (1649). Faisant trois séjours en France (1644, 1647 et 1648), il rencontre au cours du second, Pascal, et prétendra lui avoir inspiré ses expériences du Puy-de-Dôme sur le vide.

En septembre 1649, il accepte l'invitation de la reine Christine Ă  Stockholm, rĂ©sidant chez l'ambassadeur de France, Pierre Chanut. Dès cette Ă©poque naĂ®t la rumeur qu'elle a une liaison avec le philosophe, mĂŞme si cette liaison est peu crĂ©dible[17]. La rigueur du climat et l'horaire matinal de ses entretiens avec la reine avant 5 heures du matin sont inhabituels au penseur et auraient eu raison, selon la version officielle [18], de sa santĂ©. Il n'a hâte que de partir au retour du printemps, mais serait mort d'une pneumonie le 11 fĂ©vrier 1650[19].

Toute une mythologie sur les circonstances de sa mort voit le jour dès son dĂ©cès. L'hypothèse d'un empoisonnement Ă  l'arsenic est notamment Ă©voquĂ©e dès cette Ă©poque. Cette thèse est Ă  nouveau dĂ©veloppĂ©e par Eike Pies dans son livre Der Mordfall Descartes (« L'Affaire Descartes Â»), paru en 1996 puis dans La Mort mystĂ©rieuse de RenĂ© Descartes (« Der rätselhafte Tod des RenĂ© Descartes Â», non traduit en français) de Theodor Ebert. Selon cette version, il aurait Ă©tĂ© empoisonnĂ© par une hostie, contenant une dose mortelle d'arsenic, donnĂ©e par l'aumĂ´nier François VioguĂ© (père catholique et missionnaire apostolique de la Propaganda Fide, attachĂ© Ă  l'ambassade de France Ă  Stockholm), qui aurait craint que l'influence cartĂ©sienne (notamment son refus du dogme de la transsubstantiation) ne dissuade la reine Christine luthĂ©rienne de se convertir au catholicisme : Christine de Suède envoie au chevet du philosophie le mĂ©decin Van Wullen qui note les symtĂ´mes suivants dans son compte-rendu : coliques, frissons, vomissements, sang dans l'urine. Descartes se fait prĂ©parer un Ă©mĂ©tique Ă  base de vin et de tabac, ce qui laisse penser qu'il suspectait lui-mĂŞme l'empoisonnement[20]. En 1666, l'ambassadeur en Suède Hugues de Terlon est missionnĂ© par Louis XIV pour rapatrier sa dĂ©pouille : constatant lors de l'exhumation le 1er mai que le corps est en Ă©tat de dĂ©composition avancĂ©e, il transfère les restes dans une boĂ®te de cuivre de 80 cm de longueur. Au passage, l'ambassadeur prĂ©lève, pour lui-mĂŞme, l'index droit du philosophe qui « avait servi d'instrument aux Ă©crits universels du dĂ©funt Â»[21]. Le 24 juin 1667 le cercueil en cuivre de Descartes fut dĂ©posĂ© sous un monument de marbre[22] en l'Ă©glise de l'Abbaye Sainte-Geneviève de Paris qui tombe en ruines au fil des dĂ©cennies. En 1790, l'AssemblĂ©e nationale constituante charge Alexandre Lenoir de choisir les tombeaux et sculptures qui mĂ©ritent d'ĂŞtre conservĂ©s dans l'ancien couvent des Petits-Augustins. En 1792, l’abbĂ© de Sainte-Geneviève lui demande de sauver les biens de son Ă©glise. Ă€ part le crâne de Descartes qui manque, le Conservateur du Patrimoine rĂ©cupère dans un « coffre de bois Â» les ossements attribuĂ©s[23] Ă  Descartes (fragment de tibia et de fĂ©mur, de radius et de cubitus, les autres os Ă©tant rĂ©duits en poussière) qui sont transfĂ©rĂ©s dans un sarcophage en porphyre dans l'ancien couvent, devenu dĂ©pĂ´t des monuments ; au passage il rĂ©cupère un os plat, afin d'y faire des bagues pour ses amis[24]. Sous la Restauration, les ossements sont conservĂ©s au couvent des Bernardins, puis rĂ©inhumĂ©s Ă  l'Ă©glise Saint-Germain-des-PrĂ©s oĂą ils reposent depuis le 26 fĂ©vrier 1819. Mais son crâne supposĂ© a connu de nombreuses vicissitudes : a-t-il Ă©tĂ© volĂ© par Isaac Planström, un officier des gardes de la ville de Stockholm chargĂ© de son exhumation en 1666 [25]?A-t-il Ă©tĂ© rachetĂ© lors d'une vente aux enchères et ramenĂ© en France par le chimiste suĂ©dois BerzĂ©lius en 1821 ? Ce prĂ©tendu crâne de Descartes, sur lequel est gravĂ© un poème en latin[26] et le nom de ses neuf propriĂ©taires successifs, est remis par BerzĂ©lius Ă  Georges Cuvier qui le confie Ă  la collection anatomique du Jardin des plantes, puis celle du MusĂ©e de l'Homme en 1931. PrĂ©tendu car il existe cinq autres crânes attribuĂ©s au philosophe[27]. Bien que la Convention nationale, en 1792, ait projetĂ© de transfĂ©rer ses cendres au PanthĂ©on de Paris avec les honneurs dus aux grands hommes, ses restes sont, deux siècles plus tard, toujours « coincĂ©s Â» entre deux autres pierres tombales - celles de Jean Mabillon et de Bernard de Montfaucon - dans une chapelle abbatiale de l'Ă©glise Saint-Germain-des-PrĂ©s, Ă  Paris. L'arrĂŞtĂ© de la Convention n'a toujours pas Ă©tĂ© appliquĂ©, de mĂŞme que le projet en 1996 de François Fillon de transfĂ©rer le prĂ©tendu crâne au Collège royal de La Flèche oĂą Descartes a Ă©tĂ© pensionnaire ou celui de la panthonĂ©isation de ce crâne en 2010[28], ce qui peut ĂŞtre expliquĂ© par les doutes sur l'authenticitĂ© mĂŞme des ossements et du crâne du philosophe[29].

[modifier] Le projet cartĂ©sien : la recherche d’une science universelle

Descartes par Moncornet.

La philosophie en France pendant la Renaissance est encore assez mal connue, et il est donc difficile de connaître avec précision les influences philosophiques qu'a reçues Descartes. On trouvera ci-dessous quelques éléments de contexte permettant d'explorer des pistes.

Quand Descartes commence à s'intéresser aux sciences, la domination de l'aristotélisme et de la métaphysique scolastique commence à être discutée. Nous savons par exemple que Descartes a été influencé par la méthode du doute du théologien Pierre Charron, qui s'est démarqué de la métaphysique qu'il jugeait trop spéculative[30].

Il y a au XVIIe siècle une influence des courants philosophiques du stoĂŻcisme, de l'augustinisme et du scepticisme – plus particulièrement en ce qui a trait Ă  l'influence de Montaigne, qui constitue Ă  cet Ă©gard une figure reprĂ©sentative du doute et du scepticisme qui anime l'Ă©poque. Le doute sceptique est une question qui intĂ©resse son siècle : on a conscience de ne pas possĂ©der une vĂ©ritĂ© indubitable, surtout dans le domaine des mĹ“urs et des opinions, mais on la cherche : le cheminement vers le doute s'oriente vers la vĂ©ritĂ©. Les idĂ©es de la fraternitĂ© de Rose-Croix Ă©taient aussi très rĂ©pandues en Allemagne et en France autour des annĂ©es 1620.

Par ailleurs, la controverse ptolĂ©mĂ©o-copernicienne sur les deux systèmes du monde (gĂ©ocentrisme vs hĂ©liocentrisme) fait rage dans le milieu scientifique et religieux (voir rĂ©volution copernicienne). Les thèses hĂ©liocentriques font leur chemin. Elles remettent en cause certains fondements de la religion chrĂ©tienne : en effet quelques passages cosmologiques de la Bible, interprĂ©tĂ©s littĂ©ralement, laissent entendre que la Terre est immobile. Les systèmes d'Aristote et de PtolĂ©mĂ©e dĂ©crivaient aussi la Terre fixe au centre de l'univers. Il n'est pas possible de dĂ©battre tout-Ă -fait librement de l'hĂ©liocentrisme depuis l'interdiction de 1616 par l'Église. GalilĂ©e, cĂ©lèbre partisan de la doctrine hĂ©liocentrique, après avoir convaincu une partie des autoritĂ©s de l'Église, est finalement condamnĂ© Ă  l'emprisonnement en 1633 par un tribunal ecclĂ©siastique. Son ami le pape Urbain VIII commue sa peine en assignation Ă  rĂ©sidence.

Descartes avait écrit en 1632-1633 un traité du monde et de la lumière, dans lequel il défendait la thèse de l'héliocentrisme[31]. Descartes apprit en 1633 la condamnation de Galilée, puis il reçut en 1634 de son ami Beeckman le dialogue sur les deux grands systèmes du monde, le livre qui valut à Galilée sa condamnation. C'est la raison pour laquelle, par sincère soumission aux autorités ecclésiastiques, il renonça à publier son traité du monde et de la lumière. Pensant que Galilée avait manqué de méthode pour défendre la thèse de l'héliocentrisme, il préféra s'orienter vers une carrière philosophique:

Avec Descartes, les outils mathématiques permettent le développement d'une science nouvelle, la dynamique, issue de l'astronomie et de la physique. Les sciences deviennent des disciplines autonomes qui se passent de la métaphysique. L'école scolastique a manqué sur les questions d'observation, elle est discréditée. C'est la révolution copernicienne.

Descartes, avide de connaissances, s'interrogea sur la place de la science dans la connaissance humaine. Il approuvait le projet de Galilée de rendre compte de la nature en langage mathématique, mais il lui reprochait son manque de méthode, d'ordre, et d'unité. Toute la philosophie cartésienne aura pour préoccupation constante de ramener l'étude d'objets particuliers à quelques principes premiers, dont le fameux cogito ergo sum.

Dans son ouvrage sur les Règles pour la direction de l'esprit (1629), Descartes avait fait l'inventaire de nos moyens de connaître, et avait privilégié l'intuition et la déduction, sans négliger l'imagination et la mémoire (règle douzième).

Après le procès de GalilĂ©e, le projet philosophique de Descartes se prĂ©sente alors en trois Ă©tapes principales correspondant aux trois Ĺ“uvres suivantes :

Le discours de la méthode (1637)

Descartes commença donc par Ă©laborer une mĂ©thode qu'il voulait universelle, aspirant Ă  Ă©tendre la certitude mathĂ©matique Ă  l'ensemble du savoir, et espĂ©rant ainsi fonder une mathesis universalis, une science universelle. C'est l'objet du Discours de la mĂ©thode (1637). Il affirme ainsi que l'univers dans son ensemble (mis Ă  part l'esprit qui est d'une autre nature que le corps) est susceptible d'une interprĂ©tation mathĂ©matique. Tous les phĂ©nomènes doivent pouvoir s'expliquer par des raisons mathĂ©matiques, c'est-Ă -dire par des figures et des mouvements conformĂ©ment Ă  des « lois Â».

Descartes juge la mĂ©thode scolastique, inspirĂ©e de l'AntiquitĂ© et de la tradition judĂ©o-chrĂ©tienne, comme trop « spĂ©culative Â», dĂ©clarant dans le discours de la mĂ©thode (sixième partie) :

« Au lieu de cette philosophie spĂ©culative qu'on enseigne dans les Ă©coles, on en peut trouver une pratique, par laquelle, connoissant la force et les actions du feu, de l'eau, de l'air, des astres, des cieux, et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connoissons les divers mĂ©tiers de nos artisans, nous les pourrions employer en mĂŞme façon Ă  tous les usages auxquels ils sont propres, et ainsi nous rendre comme maĂ®tres et possesseurs de la nature. Â»

Les méditations sur la philosophie première (1641)

Mais il sentira la nĂ©cessitĂ© d'un fondement mĂ©taphysique pour la connaissance, fondement liĂ© Ă  la thĂ©ologie qui permettrait d'affermir la religion. La mĂ©taphysique cartĂ©sienne, qu'il expose dans les mĂ©ditations sur la philosophie première (1641), a ainsi une double fonction, et le but serait atteint si l'on mettait en Ă©vidence les principes premiers dont on peut dĂ©duire tout le reste : le cogito.

Toutefois, dans les méditations, Descartes semble montrer des réticences à s'étendre complètement sur la notion scolastique de substance, qui se trouve, pourtant, au cœur de la métaphysique. Cette notion ne sera vraiment abordée par Descartes que dans les Principes de la philosophie[32].

Les Principes de la philosophie (1644)

La mĂ©taphysique cartĂ©sienne devient dans ce texte le point de dĂ©part de toutes les connaissances jusqu'Ă  la morale qui en est le fruit. Dans les Principes de la philosophie (1644), Descartes compare la philosophie Ă  « un arbre, dont les racines sont la mĂ©taphysique, le tronc la physique, et les branches toutes les autres sciences, les principales Ă©tant la mĂ©canique, la mĂ©decine et la morale… Â»

Le projet cartĂ©sien s'inscrit donc dans une conception "morale" de la recherche de la vĂ©ritĂ© :

« C'est proprement avoir les yeux fermĂ©s, sans tâcher jamais de les ouvrir, que de vivre sans philosopher ; et le plaisir de voir toutes les choses que notre vue dĂ©couvre n'est point comparable Ă  la satisfaction que donne la connaissance de celles qu'on trouve par la philosophie ; et, enfin, cette Ă©tude est plus nĂ©cessaire pour rĂ©gler nos mĹ“urs et nous conduire en cette vie, que n'est l'usage de nos yeux pour guider nos pas. Les bĂŞtes brutes, qui n'ont que leur corps Ă  conserver, s'occupent continuellement Ă  chercher de quoi le nourrir ; mais les hommes, dont la principale partie est l'esprit, devraient employer leurs principaux soins Ă  la recherche de la sagesse, qui en est la vraie nourriture ; et je m'assure aussi qu'il y en a plusieurs qui n'y manqueraient pas, s'ils avaient espĂ©rance d'y rĂ©ussir, et qu'ils sussent combien ils en sont capables. Il n'y a point d'âme tant soit peu noble qui demeure si fort attachĂ©e aux objets des sens qu'elle ne s'en dĂ©tourne quelquefois pour souhaiter quelque autre plus grand bien, nonobstant qu'elle ignore souvent en quoi il consiste. Ceux que la fortune favorise le plus, qui ont abondance de santĂ©, d'honneurs, de richesses, ne sont pas plus exempts de ce dĂ©sir que les autres ; au contraire, je me persuade que ce sont eux qui soupirent avec le plus d'ardeur après un autre bien, plus souverain que tous ceux qu'ils possèdent. Or, ce souverain bien considĂ©rĂ© par la raison naturelle sans la lumière de la foi, n'est autre chose que la connaissance de la vĂ©ritĂ© par ses premières causes, c'est-Ă -dire la sagesse, dont la philosophie est l'Ă©tude. Et, parce que toutes ces choses sont entièrement vraies, elles ne seraient pas difficiles Ă  persuader si elles Ă©taient bien dĂ©duites. Â» (les Principes de la philosophie, lettre-prĂ©face de l'Ă©dition française des Principes)

[modifier] La notion de méthode chez Descartes

[modifier] Règles pour la direction de l'esprit

Dans les Règles pour la direction de l'esprit (1629), Descartes expose son intention d'orienter les Ă©tudes de façon que l'esprit porte des « jugements solides et vrais Â» (première règle).

Il y a nĂ©cessitĂ© d'Ă©laborer une mĂ©thode pour parvenir Ă  la recherche de la vĂ©ritĂ©, car la mĂ©thode est « la voie que l'esprit doit suivre pour atteindre la vĂ©ritĂ©. Â» (règle quatrième). Les principes de la mĂ©thode sont innĂ©s en nous, et valables pour conduire sa raison en ordre vers la vĂ©ritĂ©, et cela dans toutes les sciences.

Descartes revient sur ce qui est immĂ©diatement Ă©vident, Ă  savoir la condition de la certitude de la connaissance. Il existe donc, pour Descartes, des propositions simples qui, dès qu'elles sont pensĂ©es, sont tenues pour vraies : rien ne produit rien, une seule et mĂŞme chose ne peut Ă  la fois ĂŞtre et ne pas ĂŞtre, etc [33]. Ces propositions ne sont pourtant pas "donnĂ©es", elles s'appuient sur des cas gĂ©nĂ©raux, mais sont comprises en tant que telle par la seule pensĂ©e. C'est au moyen d'une intuition que la pensĂ©e saisit de façon Ă©vidente les Ă©lĂ©ments les plus simples, c'est-Ă -dire les principes (règle cinquième).

Descartes passe en revue les moyens d’accès Ă  la connaissance, indiquant dans la huitième règle :

« Et d’abord nous remarquerons qu’en nous l’intelligence seule est capable de connaĂ®tre, mais qu’elle peut ĂŞtre ou empĂŞchĂ©e ou aidĂ©e par trois autres facultĂ©s, c’est Ă  savoir, l’imagination, les sens, et la mĂ©moire. Â»

Pour parvenir Ă  la certitude, tout doit ĂŞtre "reconstruit" ; Descartes va ainsi s'efforcer de bâtir la science sur un fonds qui soit tout Ă  lui. Mais la première condition pour bâtir l'Ă©difice des sciences certaines, c'est que l'esprit se crĂ©e ses propres instruments, au lieu d'emprunter Ă  autrui des outils dont il n'a pas Ă©prouvĂ© la rigueur. Quelqu'un qui veut exercer l'art de forgeron sans encore en avoir les outils, devra se forger pour son usage avec les moyens de la nature les outils dont il a besoin[34]. Cet instrument que se forge lui-mĂŞme l'esprit, ce sont les règles de la mĂ©thode.

Il faut se servir de « toutes les ressources de l’intelligence, de l’imagination, des sens, de la mĂ©moire, pour avoir une intuition distincte des propositions simples Â» (règle douzième).

La mĂ©thode sera pour Descartes le point de dĂ©part de toute philosophie, car elle « prĂ©pare notre entendement pour juger en perfection de la vĂ©ritĂ© et nous apprend Ă  rĂ©gler nos volontĂ©s en distinguant les choses bonnes d'avec les mauvaises. Â»[35]. La grande prĂ©occupation de Descartes est ainsi d'atteindre la certitude. C'est pourquoi il se mĂ©fie des connaissances qui viennent des sens et des livres, car ce ne sont lĂ  que des certitudes paresseuses, quand il ne s'agit pas seulement de probabilitĂ©, et, par ce moyen, nous ne pouvons trouver la vĂ©ritĂ© que par hasard et non par mĂ©thode.

[modifier] Le Discours de la méthode (1637)

Article dĂ©taillĂ© : Discours de la mĂ©thode.

Descartes publia des extraits du Traité du monde et de la lumière (la Dioptrique, les Météores, la Géométrie) et y introduisit une préface, intitulée discours de la méthode, pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences, qui est restée célèbre.

[modifier] Intuition et déduction

C'est à partir des intuitions des principes que Descartes propose de raisonner, c'est-à-dire de nous avancer dans la connaissance au moyen de la déduction. La déduction est ainsi un mouvement de la pensée, consistant en une série d'intuitions enchaînées, mises en relation par ce mouvement continu de l'esprit. Par ces séries d'intuitions reliées par le raisonnement, nous ramenons ce qui est inconnu aux principes, c'est-à-dire à ce qui est connu. Ainsi, en raisonnant sur la base de l'évidence, la pensée étend son domaine de connaissance au-delà des principes.

La méthode de Descartes ne prétend pas déduire a priori les phénomènes. Mais c'est toujours l'expérience des cas particuliers qui met la pensée en mouvement, et cette pensée déduit et trouve de nouvelles connaissances. Néanmoins, si ce ne sont pas les causes qui prouvent les effets, il reste que la vérité est établie par des déductions à partir de principes, plutôt que par l'accord avec l'expérience. Ainsi Descartes est-il "rationaliste" quand il estime que la déduction est, par elle-même, suffisante pour valider la connaissance, et que ce sont les causes prouvées par l'expérience qui expliquent l'expérience. Cependant, lorsque l'expérience n'est pas conforme à ses principes, Descartes préférera privilégier les principes plutôt que de se plier à la réalité des résultats expérimentaux, parfois à l'excès. Sur ce point, Newton s'opposera au cartésianisme,en attribuant la plus grande importance à l'adéquation entre les théories scientifiques et les faits expérimentaux, quitte pour cela à ne pas former d'hypothèses (par exemple, sur la nature de la force gravitationnelle). La science est certes pour Descartes un système hypothético-déductif s'appuyant sur l'expérience, mais il reste que, pour lui, il devrait être possible de comprendre le monde physique par une théorie explicative complète prenant la forme d'une démonstration algébrique universelle.

Cette mĂ©thode scientifique Ă©tant Ă©tablie, se pose alors la question de savoir quels sont les premiers principes : sur quoi notre pensĂ©e peut-elle se fonder pour s'assurer la certitude de ses connaissances ? Nous pouvons en effet douter de toutes nos connaissances.

Dans la sixième partie du discours de la mĂ©thode, Descartes indique qu'il a cherchĂ© Ă  trouver les « principes ou premières causes de tout ce qui est ou qui peut ĂŞtre dans le monde, sans rien considĂ©rer pour cet effet que Dieu seul qui l'a créé Â».

La certitude que Descartes se propose de trouver est, au contraire de la certitude seulement expĂ©rimentale, absolue, et c'est une certitude analogue Ă  celle des dĂ©monstrations mathĂ©matiques qui nous font voir avec Ă©vidence que la chose ne saurait ĂŞtre autrement que nous la jugeons et qui ne donne pas prise au scepticisme :

« Ces longues chaĂ®nes de raisons, toutes simples et faciles, dont les gĂ©omètres ont coutume de se servir pour parvenir Ă  leurs plus difficiles dĂ©monstrations, m'avaient donnĂ© occasion de m'imaginer que toutes les choses qui peuvent tomber sous la connaissance des hommes s'entresuivent en mĂŞme façon, et que, pourvu seulement qu'on s'abstienne d'en recevoir aucune pour vraie qui ne le soit, et qu'on garde toujours l'ordre qu'il faut pour les dĂ©duire les unes des autres, il n'y en peut avoir de si Ă©loignĂ©es auxquelles enfin on ne parvienne, ni de si cachĂ©es qu'on ne dĂ©couvre. Â»

Ainsi, par le nom de science, Descartes n'entend-il rien d'autre qu'une connaissance claire et distincte. Le point de dĂ©part de la thĂ©orie de la connaissance, ce qui sera retenu tout particulièrement par un cartĂ©sien comme Nicolas Malebranche, c'est la simplicitĂ© et la clartĂ© des premiers Ă©lĂ©ments. Mais cette pensĂ©e de l'Ă©vidence serait vide si elle ne prenait pour matière l'expĂ©rience, et ne procĂ©dait par induction, c'est-Ă -dire par l'Ă©numĂ©ration des Ă©lĂ©ments d'une question Ă  rĂ©soudre. Seule une telle connaissance, en augmentant notre savoir, « en formant notre esprit Ă  porter des jugements solides et vrais sur tout ce qui se prĂ©sente Ă  lui Â» (Règles, I) peut nous permettre de possĂ©der toute la certitude et la vĂ©ritĂ© dont notre esprit est capable.

C'est pourquoi il faut dire Ă©galement que toutes nos connaissances dĂ©pendent de notre entendement, et que ce dernier procède de la mĂŞme manière dans toutes les sciences. Il y a ainsi pour Descartes une unitĂ© de la mĂ©thode, et il ne peut y avoir qu'une mĂ©thode vraie qui exprime l'unitĂ© et la simplicitĂ© essentielle de l'intelligence : la mĂ©thode en est la manifestation ordonnĂ©e.

[modifier] Préceptes de la méthode

Les règles de la mĂ©thode sont ainsi prĂ©sentĂ©es par Descartes dans le Discours de la mĂ©thode :

«[…] comme la multitude des lois fournit souvent des excuses aux vices, en sorte qu'un Ă©tat est bien mieux rĂ©glĂ© lorsque, n'en ayant que fort peu, elles y sont fort Ă©troitement observĂ©es ; ainsi, au lieu de ce grand nombre de prĂ©ceptes dont la logique est composĂ©e, je crus que j'aurais assez des quatre suivants, pourvu que je prisse une ferme et constante rĂ©solution de ne pas manquer une seule fois Ă  les observer. Â»
  • l'Ă©vidence :
« Le premier Ă©tait de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse Ă©videmment ĂŞtre telle ; c'est-Ă -dire, d'Ă©viter soigneusement la prĂ©cipitation et la prĂ©vention, et de ne comprendre rien de plus en mes jugements que ce qui se prĂ©senterait si clairement et si distinctement Ă  mon esprit, que je n'eusse aucune occasion de le mettre en doute. Â»
  • l'analyse :
« Le second, de diviser chacune des difficultĂ©s que j'examinerais, en autant de parcelles qu'il se pourrait, et qu'il serait requis pour les mieux rĂ©soudre. Â»
  • la synthèse et le raisonnement :
« Le troisième, de conduire par ordre mes pensĂ©es, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisĂ©s Ă  connaĂ®tre, pour monter peu Ă  peu comme par degrĂ©s jusques Ă  la connaissance des plus composĂ©s, et supposant mĂŞme de l'ordre entre ceux qui ne se prĂ©cèdent point naturellement les uns les autres. Â»
  • le dĂ©nombrement :
« Et le dernier, de faire partout des dĂ©nombrements si entiers et des revues si gĂ©nĂ©rales, que je fusse assurĂ© de ne rien omettre. Â»

[modifier] Les Méditations métaphysiques (1641)

Article dĂ©taillĂ© : MĂ©ditations sur la philosophie première.

Le doute méthodique et le cogito avaient été esquissés dans le Discours de la méthode. Les contemporains demandèrent à Descartes de plus amples explications sur sa métaphysique. Descartes aborde ces sujets dans les Méditations sur la philosophie première. Avant la publication, il demanda à son correspondant, Marin Mersenne (qui avait écrit les Questions sur la Genèse, 1623), de recueillir les objections des plus grands esprits de l'époque (1640).

[modifier] Le doute méthodique

Article dĂ©taillĂ© : Doute cartĂ©sien.
Meditationes.

Pour s'assurer de la solidité de nos connaissances, il nous faut trouver, une bonne fois pour toutes, un fondement inébranlable à partir duquel nous pourrions déduire tout le reste. Ainsi peut-on dire que la méthode cartésienne commence en réalité par la mise en doute systématique de toutes les connaissances qui nous semblent évidentes.

Mais il faut tout d'abord faire quelques remarques sur l'exposition de la pensĂ©e cartĂ©sienne. Bien que Descartes Ă©crive le Discours de la MĂ©thode en français pour avoir une plus large audience (il s'agit du tout premier ouvrage philosophique Ă  ĂŞtre Ă©crit en français, le latin Ă©tant alors utilisĂ© comme langue de la science), il ne conseille pas de le suivre dans les voies qu'il a explorĂ©es :

  • parce qu'il faut faire, par soi-mĂŞme, l'Ă©preuve de nos connaissances pour parvenir Ă  la certitude ; Descartes ne peut ĂŞtre certain pour son lecteur. Le doute et la mĂ©thode ont donc des aspects singuliers très marquĂ©s, alors mĂŞme que Descartes espère fonder universellement (rationnellement) les sciences.
  • parce que certains esprits n'en sont pas capables, par prĂ©cipitation ou modestie il faut cependant dĂ©conseiller le doute Ă  la plupart des hommes parce que le risque est trop grand qu'ils ne s'Ă©garent pour toute leur vie [36]

Parmi les connaissances que nous avons dans notre esprit, Descartes distingue celles que nous avons reçues dès le plus jeune âge et celle que l'on apprend dans les livres ou par des maîtres (Principes de la philosophie, I, 1).

Le préjugé et la précipitation nous empêchent de bien juger. Nous devons donc suspendre notre jugement. Inspiré du concept sceptique d'épochè, la suspension de jugement cartésienne diffère néanmoins de celle des sceptiques, qui provient de l'équilibre des raisons instauré par des raisons contradictoires de croire en telle ou telle chose. Le doute conduit alors chez les sceptiques à l'apathie, condition, selon eux, du bonheur. Au contraire, chez Descartes, le doute n'est qu'un moment, fondateur, dans le cheminement de la connaissance.

Il faut douter non seulement de nos prĂ©jugĂ©s acquis par l'Ă©ducation, mais aussi de ce que nous apprennent les sens, car ceux-lĂ  peuvent ĂŞtre quelquefois trompeurs, comme le montre l'exemple des illusions d'optique. Radicalisant cette expĂ©rience commune (l'image du bâton brisĂ© dans l'eau), Descartes arrive, dans la Première mĂ©ditation mĂ©taphysique, au « doute hyperbolique Â»: ne se pourrait-il pas que nos sens nous trompent tout le temps, comme dans le rĂŞve ou la folie?

Le doute cartĂ©sien est dit « hyperbolique Â». Il se distingue du doute des sceptiques ou de celui de Montaigne, et il ne repose pas sur la mise en question de l'objet lui-mĂŞme (de son existence) mais du rapport du sujet Ă  l'objet. Chez Descartes, le doute ne consiste donc pas en la seule suspension du jugement, mais il consiste, au contraire, Ă  dĂ©cider de juger comme faux ce qui apparaĂ®t comme seulement probable. L'argument du rĂŞve permet Ă  Descartes de rejeter comme faux toutes les perceptions sensibles, puisque, comme l'expĂ©rience en atteste, nos sens peuvent parfois se rĂ©vĂ©ler trompeurs. Mais il reste encore quelques vĂ©ritĂ©s qui nous semblent très Ă©videntes, parce qu'elles portent sur les Ă©lĂ©ments les plus simples : il en est ainsi des vĂ©ritĂ©s et surtout des idĂ©es mathĂ©matiques. NĂ©anmoins, il arrive que nous nous trompions aussi en calculant ; mais ce n'est pas encore lĂ  le doute le plus radical que nous puissions concevoir, car nous pouvons faire l'hypothèse d'un « dieu trompeur Â», d'un « malin gĂ©nie Â» qui nous aurait créés tels que nous nous trompions toujours (Première MĂ©ditations mĂ©taphysiques).

Le doute devient alors hyperbolique, et son caractère volontaire fait mĂŞme de lui un doute mĂ©taphysique, car il ne concerne plus seulement les sens et les jugements que nous pouvons formuler Ă  partir de leurs tĂ©moignages ; ce doute est la formulation de l'hypothèse que l'erreur et l'illusion sont ontologiquement liĂ©es Ă  notre esprit (dont les modes principaux sont l'entendement et la volontĂ©) et qu'elles peuvent donc ĂŞtre radicales et insurmontables ; rien alors ne semble plus pouvoir ĂŞtre tenu pour absolument certain. Et mĂŞme les mathĂ©matiques, aussi Ă©videntes soient-elles pour notre entendement, pourraient bien n'ĂŞtre que le rĂ©sultat d'une tromperie dont nous sommes les victimes.

Par l'exercice méthodique de ce doute hyperbolique, nous pouvons en arriver à ne plus pouvoir rien juger comme absolument certain, à ne plus pouvoir rien tenir ni pour vrai ni pour faux, à ne plus tenir aucun être comme réel.

Dans la deuxième MĂ©ditation mĂ©taphysique, Descartes montre, par l'exemple du morceau de cire, que ce ne sont pas tant nos sens qui nous trompent, mais bien plutĂ´t le jugement que nous formulons sur leurs tĂ©moignages. C'est l'entendement qui conçoit le morceau de cire en tant que substance Ă©tendue, au-delĂ  des figures, des couleurs, des odeurs, etc. que nous pouvons lui prĂŞter. Ainsi, s'il y a erreur, elle ne peut venir que de la prĂ©cipitation de notre volontĂ© Ă  juger de ce que nous recevons par le moyen de la perception ; c'est, pour nous, une marque d'imperfection et une source intarissable d'erreurs.

[modifier] Le cogito

Mais il reste, dans ce nĂ©ant universel ou nous nous sommes placĂ©s en doutant mĂ©thodiquement, quelque chose dont nous ne saurions jamais douter : nous savons que nous doutons, et le sachant, nous avons l'intuition immĂ©diate et claire que nous ne sommes pas rien : tandis que je doute, je sais que j'existe, car s'il y a un doute, c'est qu'il y a nĂ©cessairement quelqu'un qui est lĂ  pour douter : cogito, ergo sum, « je pense donc je suis Â» (Les Principes de la philosophie, §7). Cette intuition n'est pas conçue comme un raisonnement (penser est ici davantage une intuition, une expĂ©rience) ; le cogito ne doit pas ĂŞtre confondu avec un syllogisme incomplet auquel manquerait la majeure (par exemple : « Tout ce qui pense existe/or je pense/Donc je suis Â»). Le « donc Â» (ergo) disparaĂ®t d'ailleurs du texte des mĂ©ditations, lequel insiste d'abord sur le « je suis, j'existe Â» (ego sum, ego existo). Le sum prĂ©cède le cogito, nous sommes d'abord dans une mĂ©taphysique du sujet :

« Après y avoir bien pensĂ©, et avoir soigneusement examinĂ© toutes choses, enfin il faut conclure, et tenir pour constant que cette proposition : « Je suis, j'existe Â», est nĂ©cessairement vraie, toutes les fois que je la prononce, ou que je la conçois en mon esprit. […] Je ne suis donc, prĂ©cisĂ©ment parlant, qu'une chose qui pense […] C'est-Ă -dire une chose qui doute, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi et qui sent.»

Cette certitude Ă©tant mise au jour, il apparaĂ®t nĂ©anmoins qu'elle n'est pas une connaissance comme les autres. En effet, savoir et conscience ne sont pas exactement la mĂŞme chose : je sais que j'existe, mais je ne sais pas ce que je suis. Je sais seulement que je pense, i.e. que je doute, que je sens, que je veux, etc. Je suis donc une chose qui pense, c'est-Ă -dire une rĂ©alitĂ© pensante (ou une substance mais, cette notion de substance sera introduite par Descartes dans les Principes de la philosophie). Tout part donc pour moi de ma pensĂ©e : ma rĂ©alitĂ© la plus certaine et la plus immĂ©diate consiste dans cette conscience de ma rĂ©alitĂ© pensante.

Par cette remarque d'apparence anodine, Descartes Ă©vacue "l'essentialisme" traditionnel de la nature humaine : il est faux d'affirmer que je suis un animal rationale (un animal raisonnable), comme le dit une dĂ©finition classique de l'homme, car je ne sais ni ce qu'est un animal, ni ce qu'est la raison, ni encore moins comment elle se trouve en l'homme.

Descartes est donc parvenu Ă  une certitude première, mais il apparaĂ®t pour le moins difficile d'en dĂ©duire une connaissance quelconque. Descartes semble maintenant s'ĂŞtre enfermĂ© dans ce que l'on nomme le « solipsisme Â». La question est alors de savoir si nous pouvons donner un fondement rĂ©el, objectif Ă  notre connaissance, ce que Descartes affirme :

« PrĂŞtez-moi seulement votre attention ; je vais vous conduire plus loin que vous ne pensez. En effet, c'est de ce doute universel que, comme d'un point fixe et immuable, j'ai rĂ©solu de dĂ©river la connaissance de Dieu, de vous-mĂŞme, et de tout ce que renferme le monde. Â» (Recherche de la vĂ©ritĂ© par les lumières naturelles)

[modifier] Les idées

Descartes analyse alors les idĂ©es que nous avons, indĂ©pendamment de leur vĂ©ritĂ© ou de leur faussetĂ© ; il les examine ainsi en tant qu'elles sont dans la pensĂ©e, en tant que reprĂ©sentation (c'est-Ă -dire en tant qu'elles ont un esse objectivum). Descartes se place ainsi "en deçà" du vrai et du faux par une distinction radicale et anti scolastique de l’esse objectivum et de l’esse formale. Il analyse les idĂ©es qui sont en son esprit Ă  la lumière des principes que nous concevons intuitivement comme Ă©vidents. Or, certaines de nos idĂ©es semblent venir de l'extĂ©rieur de nous ; d'autres semblent ĂŞtre de notre propre fait. Toutes ces idĂ©es doivent avoir une cause, car c'est un principe postulĂ© comme intuitif par Descartes que tout effet doit avoir une cause (principe de causalitĂ©) ; nous allons voir qu'il utilise Ă©galement ce principe "ontologique" suivant lequel un effet ne renferme pas plus de rĂ©alitĂ© que sa cause.

Nous avons en nous, selon Descartes, l'idée d'un être infini, somme de toutes perfections et de toutes réalités. Mais nous ne pouvons manifestement pas en être les auteurs.

La notion de l'infini ne peut venir d'un ĂŞtre imparfait : un ĂŞtre imparfait, c'est-Ă -dire cette substance pensante qui doute et qui dĂ©sire. Cette idĂ©e n'est donc ni une construction de notre esprit Ă  partir d'Ă©lĂ©ments de l'expĂ©rience (oĂą trouverions-nous donc cette idĂ©e dans les choses particulières ? Toute cause extĂ©rieure est finie, limitĂ©e), ni une crĂ©ation indĂ©pendante de notre raison imparfaite.

Le raisonnement de Descartes postule alors certains axiomes, et peut se formuler ainsi :

  • Puisque tout effet a une cause,
  • et que la cause n'a pas moins de rĂ©alitĂ© que l'effet,
  • il faut que cette idĂ©e de l'infini soit causĂ©e par quelque ĂŞtre parfait qui en est le vĂ©ritable auteur ;
  • donc Dieu existe.

Dieu existe, et l'idĂ©e que j'ai de l'infini est la marque qu'il a laissĂ© sur son ouvrage ; c'est la marque du crĂ©ateur dans sa crĂ©ature. D'après Descartes, cette idĂ©e nous est donc innĂ©e : dès que je pense, la clartĂ© et l'Ă©vidence de ma facultĂ© de penser me font concevoir que Dieu existe. Malebranche sera plus direct encore : je pense, donc Dieu existe.

NĂ©anmoins, l'innĂ©itĂ© de l'idĂ©e ne veut pas dire qu'elle me soit donnĂ©e immĂ©diatement : elle se dĂ©veloppe en nous avec notre pensĂ©e, pour devenir une intuition :

« Les idĂ©es innĂ©es proviennent de notre facultĂ© de penser elle-mĂŞme. Â»

L'existence de Dieu étant assurée, Descartes pense posséder maintenant une certitude solide pour fonder nos connaissances. Remarquons toutefois que le fondement de ce raisonnement est le principe de causalité. On peut donc se demander avec Pascal si Descartes avait réellement besoin de Dieu pour fonder la science.

Mais il faut à présent comprendre comment la connaissance devient possible par la certitude de cette idée innée qu'est l'infini. Un être imparfait se trompe et peut être trompé. Un être parfait ne trompe pas, car la tromperie participe du défaut, et on ne peut l'attribuer à Dieu sans contradiction. Si donc Dieu existe et que par des idées innées je "participe" à sa perfection, alors l'erreur n'est plus le résultat d'un défaut ontologique (le malin génie, l'impossibilité radicale de toutes connaissances) mais elle provient uniquement de la finitude de mes facultés.

Cette perfection de Dieu que nous concevons de manière innĂ©e explique Ă©galement que nous nous concevions imparfaits : c'est parce que nous avons l'idĂ©e de la perfection que nous pouvons reconnaĂ®tre notre imperfection. L'imperfection subjective (celle du sujet, de la substance pensante) suppose la perfection objective, ontologique, en un mot, l'existence de Dieu.

Le rĂ©sultat de cette recherche des premiers fondements aboutit donc Ă  introduire Dieu dans la thĂ©orie de la connaissance. L'idĂ©e mĂŞme de la nature (de ce que les sciences Ă©tudient) va s'en trouver modifiĂ©e :

« Par la nature considĂ©rĂ©e en gĂ©nĂ©ral, je n'entends maintenant autre chose que Dieu mĂŞme, ou bien l'ordre et la disposition que Dieu a Ă©tablie dans les choses crĂ©es. Â»

Qu'est-ce donc que la connaissance ? C'est connaĂ®tre l'ordre et les lois de la nature par notre participation Ă  la perfection divine. Malebranche, souvent plus Ă©conome que Descartes, dira que nous nous voyons en Dieu. Ce que nous connaissons, ce sont donc les vĂ©ritĂ©s Ă©ternelles instituĂ©es par la volontĂ© immuable et absolue de Dieu.

[modifier] Les différentes preuves de l’existence de Dieu

On peut distinguer quatre preuves de l'existence de Dieu donnĂ©es par Descartes : trois dans la mĂ©ditation troisième et une dans la mĂ©ditation cinquième.

  • La première preuve repose sur deux principes : d'abord, il faut distinguer dans une idĂ©e sa "rĂ©alitĂ© formelle" de sa "rĂ©alitĂ© objective". La rĂ©alitĂ© formelle d'une idĂ©e est sa rĂ©alitĂ© "effective", c'est-Ă -dire ce qui existe effectivement. La rĂ©alitĂ© objective est le pouvoir de l'idĂ©e elle-mĂŞme de reprĂ©senter une rĂ©alitĂ©. Ensuite, il faut admettre comme second principe qu'il ne peut pas y avoir plus de rĂ©alitĂ© dans l'effet "objectif" que dans la cause "formelle". Cette première preuve suit donc l'examen des idĂ©es qui sont en moi : dans toutes ces idĂ©es, je trouve celle d'un ĂŞtre absolument infini, possĂ©dant toutes les perfections : c'est l'idĂ©e de Dieu. Or, en tant qu'ĂŞtre fini, aussi bien "physiquement" qu'au point de vue de l'entendement, je ne peux pas ĂŞtre moi-mĂŞme l'auteur de cette idĂ©e, car elle possède plus de rĂ©alitĂ© objective que mon entendement n'en peut comprendre. Il doit donc exister un ĂŞtre suprĂŞme ayant placĂ© cette idĂ©e dans mon entendement fini : c'est Dieu. L'argument est donc que moi, qui suis un ĂŞtre fini, ne peut pas ĂŞtre Ă  l'origine de l'idĂ©e de l'infini (« Dieu est infiniment incomprĂ©hensible Â» comme l'Ă©crit Pascal).
  • La deuxième preuve invoque non plus la cause de mes idĂ©es, mais celle de mon moi lui-mĂŞme, c'est-Ă -dire qu'elle est Ă  la recherche de l'auteur de mon ĂŞtre. Après avoir examinĂ© plusieurs possibilitĂ©s (je suis moi-mĂŞme le crĂ©ateur de mon ĂŞtre, je suis incréé...) Descartes en arrive Ă  la conclusion que seul Dieu peut ĂŞtre Ă  l'origine de la crĂ©ation de mon ĂŞtre. En consĂ©quence, « il faut nĂ©cessairement conclure de cela seul que j'existe, et que l'idĂ©e d'un ĂŞtre souverainement parfait (c'est-Ă -dire de Dieu) est en moi, l'existence de Dieu est Ă©videmment dĂ©montrĂ©e Â».
  • La troisième preuve donnĂ©e par Descartes est le corrĂ©lat de la doctrine de la "crĂ©ation continuĂ©e" : non seulement Dieu est Ă  l'origine de mon ĂŞtre, mais qui plus est, il le crĂ©e Ă  chaque instant, tout comme il crĂ©e Ă  chaque instant toute chose existante. Je ne peux me maintenir dans l'ĂŞtre Ă  chaque instant qu'avec le concours de Dieu.
  • Enfin, la quatrième preuve est celle que Kant rebaptisera dans sa Critique de la Raison Pure la « preuve ontologique Â» de l'existence de Dieu. Cette preuve, dĂ©jĂ  prĂ©sente chez Saint Anselme, s'appuie sur la dĂ©finition mĂŞme de Dieu : l'idĂ©e de Dieu est celle d'un ĂŞtre absolument parfait; il ne peut donc pas ĂŞtre privĂ© de l'existence car sinon, il lui manquerait une perfection (l'existence) ce qui serait contradictoire avec sa dĂ©finition. Descartes a une conception quasi mathĂ©matique de cette preuve : de mĂŞme qu'un triangle ne peut pas ĂŞtre donnĂ© sans que la somme de ses angles vaille nĂ©cessairement deux droits, l'idĂ©e de Dieu ne peut ĂŞtre donnĂ©e sans qu'en dĂ©coule nĂ©cessairement l'existence. Cette preuve semble ĂŞtre la plus forte des quatre, puisqu'elle conduit Ă  une contradiction logique interne si l'on pose la non-existence de Dieu.

Kant s'attachera, dans la critique de la raison pure, Ă  dĂ©montrer l'impossibilitĂ© d'une preuve seulement "logique" ou "formelle" de l'existence de Dieu. Son raisonnement consiste d'abord Ă  montrer que la preuve ontologique est un paralogisme (un raisonnement faux donnĂ© sous une apparence logique) : l'existence n'Ă©tant pas un prĂ©dicat rĂ©el, l'existence nĂ©cessaire que l'on pense dĂ©duire de la dĂ©finition de Dieu n'est qu'idĂ©elle, et l'IdĂ©e de Dieu n'implique pas nĂ©cessairement l'existence rĂ©elle de son objet (Dieu). De mĂŞme que, si un triangle n'est pas donnĂ©, alors ses angles ne sont pas donnĂ©s Ă  l'intuition non plus (ce qui supprime toute nĂ©cessitĂ© quant Ă  leur valeur) l'existence nĂ©cessaire de Dieu n'est pas donnĂ©e si Dieu lui-mĂŞme n'est pas donnĂ©. Si j'Ă´te un prĂ©dicat au sujet, la contradiction est manifeste, mais, en Ă´tant l'existence, on Ă´te Ă  la fois le sujet et ses prĂ©dicats et donc toute contradiction disparaĂ®t... Il ne reste plus alors Ă  Kant qu'Ă  montrer que toutes les autres preuves de l'existence de Dieu peuvent se ramener Ă  cette preuve ontologique. La preuve ontologique une fois tombĂ©e, toutes les autres sont entrainĂ©es par sa "chute". La croyance peut alors retrouver sa place : « Je dus donc abolir le savoir afin d'obtenir une place pour la croyance Â» (Critique de la Raison Pure, prĂ©face de la seconde Ă©dition).

[modifier] La causalité

Une autre difficultĂ© de la mĂ©taphysique cartĂ©sienne est l'emploi de la causalitĂ© dans la preuve de l'existence de Dieu. En effet, un tel principe menace de dĂ©passer l'idĂ©e mĂŞme de Dieu, car ne faut-il pas en vertu du principe de causalitĂ© que Dieu ait Ă©galement une cause ? Pour rĂ©soudre cette difficultĂ©, Descartes distingue entre ce qui a une cause hors de soi (substance au sens large) et ce qui a sa cause en soi (la substance per se). Il faut que Dieu soit Ă  lui-mĂŞme sa propre cause ; le rapport de Dieu Ă  Dieu, pour ainsi dire, est un rapport de cause Ă  effet. On nomme causa sui ce rapport de causalitĂ© exclusivement propre Ă  l'ĂŞtre suprĂŞme. Ce rapport s'explique, selon Descartes, par l'idĂ©e de toute-puissance : la puissance infinie de Dieu lui permet d'exister par lui-mĂŞme. Descartes opère ainsi la synthèse entre la notion de substance et celle de cause de soi-mĂŞme. L'objection classique (formulĂ©e par Antoine Arnauld) contre cette idĂ©e de la substance est que l'on ne peut donner ce que l'on n'a pas : la cause prĂ©cède l'effet, et il faut donc que Dieu existât dĂ©jĂ  avant que d'ĂŞtre son propre... effet ! On voit que cette idĂ©e implique Ă©galement que l'on distingue en Dieu passĂ©, prĂ©sent et futur, et que l'on y associe d'abord la simple possibilitĂ© de l'existence, ce qui serait une imperfection de son ĂŞtre.

La rĂ©ponse de Descartes est que l'on ne peut pas ne pas appliquer le principe de causalitĂ© Ă  Dieu. Mais cette causalitĂ©, dans le cas de Dieu, ne peut ĂŞtre conçue par nous que par analogie, car nos facultĂ©s sont trop imparfaites pour le comprendre.( en rĂ©alitĂ©, pour Descartes on peut concevoir clairement Dieu comme cause de et par soi mais, ce n'est pas parce qu'on peut le concevoir ainsi que l'on peut comprendre Dieu) Il suit donc de la limitation de notre entendement que nous concevons Dieu (sans le comprendre) comme une cause de soi, et que seul Dieu peut ĂŞtre conçu comme la cause de Dieu, car autrement il serait l'effet d'un autre ĂŞtre et ne serait pas parfait. Pour ce qui est de la relation de temps qu'implique la causalitĂ©, elle n'est pas valable pour Dieu : Dieu est Ă©ternel, immuable.

Une dernière difficultĂ© qui a Ă©tĂ© soulevĂ©e contre le système cartĂ©sien est que l'on ne comprend pas comment, d'un ĂŞtre absolument parfait sous tous rapports, ont pu naĂ®tre des ĂŞtres finis et donc aussi partiellement imparfaits. Le fond de toutes choses est parfait, et cependant l'imperfection subsiste dans ces choses. Pour Descartes, cette objection ne tient pas compte du fait que toute finitude n'est qu'une limitation, une nĂ©gation : un nĂ©ant d'ĂŞtre. Il y a lĂ  une thĂ©odicĂ©e implicite : les choses créées sont nĂ©cessairement finies, et leur finitude est nĂ©anmoins une source de perfection pour le monde si nous le considĂ©rons dans son ensemble.

[modifier] Les Principes de la philosophie (1644)

Article dĂ©taillĂ© : Les Principes de la philosophie.

Descartes Ă©tablit une classification des connaissances en comparant la connaissance Ă  un arbre :

« Ainsi toute la philosophie est comme un arbre, dont les racines sont la mĂ©taphysique, le tronc est la physique et les branches qui sortent de ce tronc sont toutes les autres sciences qui se rĂ©duisent Ă  trois principales, Ă  savoir la mĂ©decine, la mĂ©canique et la morale, j’entends la plus haute et la plus parfaite morale, qui, prĂ©supposant une entière connaissance des autres sciences, est le dernier degrĂ© de la sagesse. Or comme ce n’est pas des racines, ni du tronc des arbres, qu’on cueille les fruits, mais seulement des extrĂ©mitĂ©s de leurs branches, ainsi la principale utilitĂ© de la philosophie dĂ©pend de celles de ses parties qu’on ne peut apprendre que les dernières. Â»

[modifier] La substance dans les Principes de la philosophie

Le concept scolastique de substance avait été peu abordé dans les méditations sur la philosophie première. Descartes aborde plus longuement ce point dans les Principes de la philosophie (1644).

L'idée que Descartes se fait de Dieu n'est guère comparable à celle que peuvent s'en faire les hommes qui ne font pas de philosophie. En effet, pour Descartes, Dieu est la substance absolue qui renferme en elle-même toute la réalité, toutes les perfections possibles et toutes les qualités possibles. Être une substance, cela signifie exister par soi-même (per se), sans le concours d'un autre être (Principes de la philosophie, I, 51).

A proprement parler, seul Dieu est donc une substance: tous les ĂŞtres créés par Dieu sont en effet finis, et dĂ©pendent de lui. C'est pourquoi Descartes affirme que la notion de substance n'est pas univoque [37]: seul Dieu est, Ă  proprement parler, substance. Toutefois, pour les choses créées, on parle de substance lorsqu'elles n'ont besoin que du concours ordinaire de Dieu pour continuer Ă  subsister; les autres choses sont des « qualitĂ©s ou des attributs de ces substances Â» (Principes..., I, 51). Ainsi, la pensĂ©e est un attribut de la substance pensante (res cogitans), tandis que l'Ă©tendue est un attribut de la substance corporelle.

Pour Descartes, la seule pensée ne peut être la cause de mon existence en tant que chose pensante: il faut un acte qui me crée, en tant que substance pensante, et me maintienne dans l'existence. Je ne me sors pas moi-même du néant, et je n'ai pas le pouvoir de me maintenir par moi-même. Il y a donc un être dont l'acte est de maintenir la création en l'état: c'est la théorie de la création continuée.

Une objection fut formulĂ©e par Hobbes et par Gassendi [rĂ©f. nĂ©cessaire] : nous ne connaissons que des qualitĂ©s (des attributs, des phĂ©nomènes) : nous n'avons aucune perception immĂ©diate de la substance. Descartes accorde toutefois que nous ne percevons, en tant que tel, aucune substance; il soutient que nous pouvons nĂ©anmoins la penser (plus exactement la concevoir clairement et distinctement), et que nous pouvons la connaĂ®tre (plus exactement la comprendre que par ses attributs (Principes..., I, 52). Ainsi, c'est parce que j'ai conscience de penser, que je peux infĂ©rer l'existence d'une substance pensante: cogito, ergo sum. Je m'aperçois moi-mĂŞme penser; or la pensĂ©e est un attribut de la substance pensante; donc je suis une substance pensante. Il n'y a pas d'attribut sans substance chez Descartes: « le nĂ©ant ne peut avoir aucuns attributs, ni propriĂ©tĂ©s ou qualitĂ©s: c'est pourquoi, lorsqu'on en rencontre quelqu'un, on a raison de conclure qu'il est l'attribut de quelque substance, et que cette substance existe Â» (ibid.): autrement dit, il ne peut y avoir de pensĂ©e sans sujet pensant. Nietzsche critiquera prĂ©cisĂ©ment ce point-ci, refusant la possibilitĂ© d'infĂ©rer de la pensĂ©e un sujet pensant.

Spinoza, quant à lui, refusait le dualisme de substance cartésien, élaborant un monisme de la substance: seul Dieu peut être dit substance.

[modifier] L’union de l’âme et du corps

De Homine.

Voir aussi problème corps-esprit.

L'âme est pour Descartes une substance indĂ©pendante, et seul les ĂŞtres pensants ont une âme. Il y a pour Descartes une grande diffĂ©rence entre l'âme et le corps : l'âme est une substance pensante (res cogitans ou « chose qui pense Â»), la matière est une substance Ă©tendue (res extensa ou « chose Ă©tendue Â»).

En raison de cette distinction entre substance pensante et substance étendue, soit donc aussi entre l'âme et le corps, on parle souvent d'un dualisme cartésien.

En partant du cogito, Descartes fait de la conscience de soi un fait primitif. Par cette "conscience", je peux penser l'âme, en tant que substance pensante, d'une manière entièrement indĂ©pendante du corps. Nous pouvons avoir, dit-il, une connaissance claire et distincte de l'âme, indĂ©pendamment du corps: cela en fait donc une substance « rĂ©ellement distincte Â» (Principes de la philosophie, I, 60).

L'homme est donc un composĂ© de deux substances. Cela soulève une autre difficultĂ© (posĂ©e par exemple par la princesse Élisabeth de BohĂŞme, princesse Palatine, lors de leurs Ă©changes Ă©pistolaires) : comment comprendre l'union de l'âme et du corps ?

D'une part, une telle notion de l'âme provoque une violation Ă©vidente des principes de la physique cartĂ©sienne : en effet, l'âme produit des mouvements sans compensation "Ă©tendue" : elle modifie le mouvement des esprits animaux, et est mĂŞme aussi modifiĂ©e elle-mĂŞme par ce mouvement, et pourtant elle demeure un principe spirituel irrĂ©ductible aux mĂ©canismes de la nature. L'idĂ©e de l'âme est ainsi contraire au principe de l'inertie [rĂ©f. nĂ©cessaire].

D'autre part, si l'âme agit sur le corps et inversement, ces deux substances ne peuvent ĂŞtre "absolument" indĂ©pendantes l'une de l'autre : la causalitĂ© implique un rapport de dĂ©pendance. L'âme et le corps sont donc dans une certaine communautĂ©, et leur indĂ©pendance rĂ©ciproque, affirmĂ©e par Descartes, rend cette union "relativement" inintelligible [rĂ©f. nĂ©cessaire].

Descartes admet ces difficultĂ©s : en effet, dit-il [rĂ©f. nĂ©cessaire], nous ne pouvons comprendre cette union, mais nous en avons nĂ©anmoins, l'expĂ©rience tout au long de notre vie.

Cette distinction dite "rĂ©elle" du corps et de l'âme ne s'oppose donc pas Ă  leur union: le « dualisme Â» cartĂ©sien ne signifie pas qu'âme et corps soient complètement sĂ©parĂ©s: il y a ainsi « certaines choses que nous expĂ©rimentons en nous-mĂŞmes, qui ne doivent pas ĂŞtre attribuĂ©es Ă  l'âme seule, ni aussi au corps seul, mais Ă  l'Ă©troite union qui est entre eux (...): tels sont les appĂ©tits de boire, de manger, et les Ă©motions ou passions de l'âme, qui ne dĂ©pendent pas de la pensĂ©e seule, comme l'Ă©motion de la colère, de la joie, de la tristesse, de l'amour, etc. tels sont tous les sentiments, comme la lumière, les couleurs, les sons, les odeurs, le goĂ»t, la chaleur, la duretĂ©, et toutes les autres qualitĂ©s qui ne tombent que sous le sens de l'attouchement. Â» (Principes de la philosophie, I, 48).

[modifier] Mécanismes psychologiques de base

Quelles sont les consĂ©quences de ce dualisme pour la constitution d'une psychologie cartĂ©sienne ? Et principalement par la distinction opĂ©rĂ©e par Descartes entre les phĂ©nomènes purement spirituels et les phĂ©nomènes qui rĂ©sultent de l'influence du corps sur l'âme. Ainsi, la perception sensible est-elle l'effet des esprits animaux sur l'âme par le moyen de la glande pinĂ©ale. On a alors un mĂ©canisme analysĂ© ainsi par Descartes :

  • des mouvements provoquĂ©s dans le cerveau ;
  • l'action de ces mouvements dans le cerveau sur l'âme par l'intermĂ©diaire de la glande pinĂ©ale ;
  • les jugements que nous portons sur les choses extĂ©rieures Ă  partir de ces mouvements.

Ce troisième moment est exclusivement le fait de l'âme, et c'est par là que nous sommes portés à juger presque involontairement de l'existence des choses extérieures.

[modifier] Les facultés de l’homme

Cette description des mécanismes psychologiques permet de définir certaines de nos facultés.

Ainsi le souvenir des choses matĂ©rielles est-il la conservation de certaines traces des mouvements provoquĂ©s dans notre cerveau. De mĂŞme, l'imagination ne s'explique que par des mouvements corporels joints Ă  une certaine activitĂ© de l'âme. Seule la pensĂ©e est active, en ce sens qu'elle n'a pas besoin de mouvements matĂ©riels : selon Descartes, la pensĂ©e est possible sans la perception et sans l'imagination.

Descartes opère une distinction semblable en ce qui concerne nos actions : l'appĂ©tition est un mouvement produit par le corps, alors que la volontĂ© appartient Ă  l'âme seule. Notre volontĂ© est donc indĂ©pendante de toute influence sensible, bien plus, la causalitĂ© naturelle n'affecte pas notre volontĂ©.

[modifier] L'erreur est privation et non négation

Cette indĂ©pendance de la volontĂ© est d'ailleurs un signe de notre perfection relative : alors que notre entendement est imparfait (nous ne comprenons pas tout ; voir ce qui a Ă©tĂ© dit dans la section sur la thĂ©ologie), notre volontĂ© est illimitĂ©e, et elle s'Ă©tend plus loin que l'entendement.

Cette diffĂ©rence de perfection entre la volontĂ© et l'entendement permet Ă  Descartes de faire une « psychologie de l'erreur Â» : l'erreur se produit lorsque nous donnons notre assentiment Ă  quelque chose que notre entendement ne comprend pas clairement et distinctement. La cause de l'erreur n'est ni dans la volontĂ© (perfection qui nous rapproche le plus de Dieu) ni dans l'entendement (nous pouvons prendre conscience de son imperfection), mais dans la conjonction des deux, lorsque nous jugeons avec prĂ©cipitation et sur la base de nos prĂ©jugĂ©s.

Dieu, qui est parfait, ne peut pas ĂŞtre cause de l'erreur [38]: nous sommes donc responsables de nos erreurs, qui rĂ©sultent de ce que nous ne maintenons pas notre volontĂ© dans les limites de notre entendement. L'erreur n' est que de notre point de vue, c'est-Ă -dire qu'elle est un signe de notre imperfection; mais elle n'est rien du point de vue de Dieu, c'est-Ă -dire nĂ©gation, car l'erreur n'a pas d'existence substantielle et ne rĂ©sulte que du fait que « Dieu nous a pas donnĂ© tout ce qu'il pouvait nous donner, et (...) qu'il n'Ă©tait point tenu de nous donner Â» [39]. Mais puisque l'erreur n'affecte pas notre nature elle-mĂŞme, ce sont donc seulement des « dĂ©fauts de notre façon d'agir Â» [40]. Par lĂ  Descartes s'oppose Ă  une conception augustinienne et pessimiste de la nature humaine.

[modifier] La morale cartésienne

Article dĂ©taillĂ© : Philosophie morale cartĂ©sienne.

Descartes n'a pas souhaitĂ© Ă©crire de traitĂ© de morale :

« Il est vrai que j'ai coutume de refuser d'Ă©crire mes pensĂ©es touchant la morale, et cela pour deux raisons : l'une, qu'il n'y a point de matière d'oĂą les malins puissent plus aisĂ©ment tirer des prĂ©textes pour calomnier ; l'autre, que je crois qu'il n'appartient qu'aux souverains, ou Ă  ceux qui sont autorisĂ©s par eux, de se mĂŞler de rĂ©gler les mĹ“urs des autres. Â» (Lettre Ă  Pierre Chanut, 20 novembre 1647)

Néanmoins, il s'empresse de faire part de ses idées touchant la morale quand il s'agit de les communiquer à la princesse Élisabeth, puis à la reine Christine de Suède. C'est donc, outre le Traité des passions et quelques passages du Discours de la méthode, essentiellement dans sa correspondance que l'on trouvera la philosophie morale cartésienne.

Si le doute mĂ©thodique est bĂ©nĂ©fique pour ce qui regarde la connaissance thĂ©orique, l'extension de ce doute Ă  la pratique nous paralyserait. Or il faut agir, mĂŞme dans l'incertitude. Descartes propose donc dans le Discours de la mĂ©thode une « morale par provision Â», en attendant de trouver mieux. Il Ă©nonce ainsi les trois maximes provisoires suivantes :

  • première maxime : la coutume, observer la religion et les mĹ“urs de son pays ; rĂ©sumĂ©e sous cette forme, cette maxime, qui rappelle les conseils de Montaigne, montrerait le conformisme de Descartes et expliquerait l'absence de philosophie politique chez lui. Descartes distingue pourtant, dans cette maxime, entre plusieurs types d'opinions Ă  l'intĂ©rieur mĂŞme du pays: il ne s'agit pas de suivre toutes les opinions, mais seulement certaines d'entre elles ;
  • deuxième maxime : la rĂ©solution, exĂ©cuter avec fermetĂ© le parti une fois pris ;
  • troisième maxime : la maĂ®trise de soi, chercher plutĂ´t Ă  se vaincre que la fortune.

Dans sa correspondance, il s'efforce de formuler une mĂ©thode pour atteindre le souverain bien, i.e. les jouissances intĂ©rieures de l'âme, qui seules sont Ă©ternelles et fondĂ©es sur la vĂ©ritĂ©. Pour cela, il Ă©nonce les moyens suivants :

  • avoir clairement connaissance du bien, i.e. en premier lieu, connaĂ®tre Dieu, ce qui nous fait Ă©prouver envers lui un amour intellectuel ;
  • maintenir sa volontĂ© fermement et rĂ©solument. Si nous perdons notre temps Ă  nous interroger sur tous les Ă©lĂ©ments de notre vie quotidienne, nous n'arriverons jamais Ă  rien. Il nous faut donc souvent trancher des problèmes, sans en avoir une connaissance complète. Mais, une fois la dĂ©cision prise, il faut se maintenir fermement en son jugement, tant que les Ă©vĂ©nements ne nous prouvent pas notre erreur ;
  • maĂ®triser ses passions, et laisser ce qui n'est pas en notre pouvoir, i.e. savoir distinguer entre ce qui n'est pas en notre pouvoir de ce qui est en notre pouvoir. Seule la volontĂ© est en notre pouvoir, Ă  strictement parler. Cette vertu est la vertu cardinale du cartĂ©sianisme, c'est la gĂ©nĂ©rositĂ© :
« Ceux qui sont gĂ©nĂ©reux en cette façon sont naturellement portĂ©s Ă  faire de grandes choses, et toutefois Ă  ne rien entreprendre dont ils ne se sentent capables. Et parce qu'ils n'estiment rien de plus grand que de faire du bien aux autres hommes et de mĂ©priser son propre intĂ©rĂŞt, pour ce sujet ils sont parfaitement courtois, affables et officieux envers chacun. Et avec cela ils sont entièrement maĂ®tres de leurs passions, particulièrement des dĂ©sirs, de la jalousie et de l'envie, Ă  cause qu'il n'y a aucune chose dont l'acquisition ne dĂ©pendent pas d'eux qu'ils pensent valoir assez pour mĂ©riter d'ĂŞtre beaucoup souhaitĂ©e ; […] Â» (Passions de l'âme, art. 156).

[modifier] Les sciences

Article dĂ©taillĂ© : ThĂ©ories scientifiques de Descartes.

Science et philosophie agissent constamment l'une sur l'autre dans la pensée de Descartes, puisque sa méthode vise à permettre à l'homme de bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences, à nous rendre plus sages et plus habiles et à nous assurer non seulement la connaissance, mais, d'une certaine manière, la maîtrise et possession de la nature aussi bien que de nous-mêmes. Telle est la finalité de son système, finalité à laquelle se subordonnent tous les moyens mis en œuvre.

La mĂ©taphysique est pour Descartes le fondement de toutes les sciences. Il illustre sa conception du rapport entre les connaissances humaines par cette image :

« Ainsi toute la philosophie est comme un arbre, dont les racines sont la mĂ©taphysique, le tronc est la physique et les branches qui sortent de ce tronc sont toutes les autres sciences qui se rĂ©duisent Ă  trois principales, Ă  savoir la mĂ©decine, la mĂ©canique et la morale, j'entends la plus haute et la plus parfaite morale, qui, prĂ©supposant une entière connaissance des autres sciences, est le dernier degrĂ© de la sagesse. Or comme ce n'est pas des racines, ni du tronc des arbres, qu'on cueille les fruits, mais seulement des extrĂ©mitĂ©s de leurs branches, ainsi la principale utilitĂ© de la philosophie dĂ©pend de celles de ses parties qu'on ne peut apprendre que les dernières. Â»

Les Principes de la philosophie, lettre-préface de l'auteur

Descartes souligne par là l'importance qu'il accorde à la métaphysique, mais il s'agit d'une métaphysique "subjective" reposant sur des objets qui ne sont des idées claires et distinctes que pour autant qu'ils sont "abstraitement" conçus. Elle mélange philosophie et sciences, et structure les connaissances d'une manière radicalement différente du découpage de la philosophie que l'on connaissait à son époque.

[modifier] Postérité

[modifier] Postérité philosophique

Descartes ne se destinait pas à une carrière philosophique. Ce furent surtout la controverse ptoléméo-copernicienne et le procès de Galilée (1633) qui orientèrent sa carrière vers la philosophie.

Quelques philosophes aux Pays-Bas puis en France ont suivi Descartes (voir cartĂ©sianisme). UltĂ©rieurement, la confirmation Ă  la fin du XVIIe siècle des hypothèses hĂ©liocentriques grâce au formalisme mathĂ©matique Ă©laborĂ© conjointement par Newton et Leibniz a popularisĂ© la philosophie de Descartes, engendrant une philosophie mĂ©caniste.

Le dualisme de substance développé par Descartes, a posé des difficultés à ses successeurs. Spinoza explicita une théorie de la substance, tandis que Malebranche développa une philosophie originale sur le problème corps-esprit, l'occasionalisme, dans lequel intervient la foi.

Au XVIIIe siècle, La Mettrie Ă©tend le concept d'animal-machine de Descartes Ă  l'homme, mais se faisant,il s'oppose au dualisme de Descartes. Ă€ la mĂŞme Ă©poque, l'Église catholique qui jusque lĂ  se mĂ©fiait de son rationalisme, manque de grands philosophes pour soutenir sa cause et elle fait appel aux mĂ©ditations sur la philosophie première (1641) de Descartes pour donner un fondement mĂ©taphysique Ă  la religion.

Au XIXe siècle, au sortir de la RĂ©volution française, les idĂ©ologies saint-simonienne et positiviste se sont directement inspirĂ©es des principes cartĂ©siens. En France, le discours de la mĂ©thode est devenu l'ouvrage philosophique le plus Ă©tudiĂ©. Condorcet avait fait remonter jusqu’à Descartes les origines de la RĂ©volution française, en crĂ©ant la "mythologie" selon laquelle il est le fondateur de l'Ă©galitĂ© dĂ©mocratique[41] tandis que Louis-SĂ©bastien Mercier le rend coupable de la terreur, alimentant les deux grands courants de ce siècle, gauche et droite orlĂ©anistes et l'ultramontanisme contre-rĂ©volutionnaire ultra-catholique. Ă€ la fin de ce siècle, il entre dans les manuels de littĂ©rature au titre de reprĂ©sentant de la grande prose française (comme en tĂ©moigne sa correspondance avec Jean-Louis Guez de Balzac[42]).

La philosophie de Descartes continue d'alimenter les dĂ©bats au XIXe siècle. Les auteurs de la troisième rĂ©publique comme Maurice Barrès opposent Pascal qui incarne la sociĂ©tĂ© de l'ordre Ă  Descartes, vilipendĂ© comme fondateur d'une sociĂ©tĂ© rĂ©volutionnaire source d'instabilitĂ©s[43]. Seul Charles PĂ©guy parvient Ă  rĂ©concilier le Descartes rationaliste, ce « cavalier français parti un jour de si bon pas Â», et le Descartes profondĂ©ment enracinĂ© dans le sol français incarnant la « race française Â». Dans l'Entre-deux-guerres, Hippolyte Taine voit en Descartes un penseur mondain incarnant l'intarissable bavardage parlementaire. Pour Alain le philosophe du radicalisme, Descartes incarne la libertĂ© de penser, la vigilance de l'esprit et le progrès, considĂ©rant que « l’esprit maĂ®tre de l’ordre a trouvĂ© sa place dans le cartĂ©sianisme Â». Dans les annĂ©es 1960-1996, on compte 4 402 publications sur Descartes, dont 1745 dans le monde anglo-saxon, et 1334 francophones[44]. Dans le monde anglo-saxon, les questions qui se posent portent sur le dualisme de substance, le langage, le statut des idĂ©es. Les dĂ©bats français seraient trop Ă©troitement centrĂ©s sur la mĂ©thode, la systĂ©maticitĂ© des arguments, et la metaphysica specialis des trois preuves d'existence[45]. AndrĂ© Glucksmann publie Descartes, c’est la France en 1987 Ă  l’occasion du 350e anniversaire de la parution du Discours de la mĂ©thode et analyse en quoi sa philosophie devrait ĂŞtre considĂ©rĂ©e comme reprĂ©sentant de l'esprit national français[46].

John Cottingham note que « la division cartĂ©sienne dualiste de la rĂ©alitĂ© en deux sortes d'entitĂ©s fondamentalement distinctes (choses pensantes et choses Ă©tendues) a lĂ©guĂ© Ă  la philosophie une Ă©nigme majeure Ă  laquelle nous sommes toujours confrontĂ©s aujourd'hui : en quoi la conscience consiste-t-elle exactement, et quels rapports entretient-elle avec le monde physique ? [...] [Tous les philosophes modernes] conviennent que le problème des relations entre l'esprit et le corps, est un casse-tĂŞte philosophico-scientifique d'une importance Ă©norme, et que les idĂ©es Ă©mises par Descartes ont influĂ© d'une façon extraordinaire sur les approches ultĂ©rieures de ce problème, pour le meilleur et pour le pire. Â»[47]

Selon Jean Bastaire, Descartes, par des formules telles que «Nous rendre comme Maîtres et Possesseurs de la nature» (Discours de la méthode, sixième partie) aurait incité les hommes en occident à se comporter avec une mentalité d'exploitant, et non d'intendant, de gérant. L'homme se serait ainsi fait démiurge, et aurait adopté une attitude prométhéenne[48], le conduisant à une surexploitation des ressources naturelles.

[modifier] Postérité scientifique

Sur le plan scientifique, Descartes est vu d'abord comme un savant (physicien, mathĂ©maticien, physiologiste) au XVIIe siècle : Le discours de la mĂ©thode n'est, Ă  ce titre, qu'une introduction Ă  une sĂ©rie de traitĂ©s scientifiques qui affranchissent l'esprit humain du joug scolastique et religieux. Il contribue Ă  une Ă©volution importante en mathĂ©matiques, par l'unification entre le domaine gĂ©omĂ©trique et le domaine numĂ©rique, et il parachève le formalisme symbolique engagĂ© par François Viète dans son algèbre nouvelle. En introduisant un caractère opĂ©ratoire au calcul sur les grandeurs gĂ©omĂ©triques, il participe Ă  l'Ă©mergence de l'idĂ©e que le nombre peut ĂŞtre autre chose qu'un entier. Le XVIIe verra la naissance de l'analyse moderne, et du calcul diffĂ©rentiel et intĂ©gral. En physique, le bilan est plus rĂ©servĂ©. Ă€ peu près toutes les thĂ©ories de Descartes se sont rĂ©vĂ©lĂ©es fausses et les cartĂ©siens, se basant sur ces principes, se sont opposĂ©s Ă  l'introduction de la mĂ©canique newtonienne en France. On retiendra nĂ©anmoins la gĂ©nĂ©ralisation qu'il donne au principe d'inertie de GalilĂ©e, et la loi de la rĂ©fraction, mĂŞme s'il fait reposer cette dernière sur des principes erronĂ©s. Sa thĂ©orie de la conservation de la quantitĂ© de mouvement, fausse, doit ĂŞtre rectifiĂ©e par ses successeurs, tels que Huygens. Au XVIIIe siècle, les encyclopĂ©distes font un bilan contrastĂ© : ils lui reconnaissent le fait qu'il a bouleversĂ© les connaissances de son Ă©poque par l'intermĂ©diaire des sciences mais considèrent qu'Isaac Newton (notamment dans son texte De Gravitatione) a pĂ©rimĂ© la science de Descartes.

[modifier] Ĺ’uvres

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Compendium musicae (datĂ© du 31 dĂ©cembre 1618)
  • Cogitationes Privatae :
    • Parnassus
    • Democritica
    • PrĂ©ambules (Praeambula. Initium sapientae Timor Domini)
    • Experimenta
    • Olympica
  • Aquae comprimentis in vase ratio reddita a D. Descartes
  • De Solidorum elementis
  • Excerpta mathematica (dont Ovales opticae quatuor)
  • Thaumantis Regia
  • Studium bonae mentis
  • TraitĂ© de la divinitĂ©
  • TraitĂ© d'escrime : Ĺ“uvre perdue, probablement uniquement manuscrite, Ă©crite vers 1613, citĂ©e par Adrien Baillet
  • Règles pour la direction de l'esprit, Ĺ“uvre inachevĂ©e, en latin (Regulae ad directionem ingenii), vers 1628
  • TraitĂ© du monde et de la lumière, 1632-1633, publication posthume, notamment en 1664
  • Explication des engins par l'aide desquels on peut avec une petite force lever un fardeau fort pesant, 1637
  • Le Discours de la mĂ©thode pour bien conduire sa raison et chercher la vĂ©ritĂ© dans les sciences, 1637, prĂ©face Ă 
  • MĂ©ditations mĂ©taphysiques (traduction littĂ©rale du latin : MĂ©ditations sur la philosophie première, 1641, avec six sĂ©ries d'Objections)
  • Correspondance avec Elisabeth, 1643 Ă  1649
  • Les Principes de la philosophie, 1644, Ă©dition latine, 1647, traduction française, revue par Descartes, avec Lettre-PrĂ©face Ă  l'Ă©dition française
  • Les Passions de l'âme, 1649
  • Recherche de la vĂ©ritĂ© par les lumières naturelles, texte inachevĂ©, publiĂ© pour la première fois dans les Opuscula posthuma, 1701

[modifier] Éditions

[modifier] Hommages

La commune de La Haye de Touraine a été rebaptisée successivement La Haye-Descartes, puis Descartes.

L'université Paris-V porte le nom de René Descartes.

La promotion 2012 de l'ENSPS porte son nom également.

Voies
  • Rue Descartes : Paris, Aix-en-Provence, Clermont-Ferrand, Strasbourg
  • Avenue Descartes : Evry, Beauvais, Saint-MĂ©dard-en-Jalles, Artigues[Laquelle ?], Le Blanc-Mesnil,...
  • Place Descartes : Alençon, Cholet, Goussainville, Availles-en-Châtellerault, Chambly

[modifier] Épitaphe de Descartes

Chapelle Saint-Benoît, Saint-Germain-des-Prés.
Épitaphe Latine Traduction partielle

MEMORIAE
RENATI DESCARTES
RECONDITIORIS DOCTRINAE
LAVDE
ET INGENII SVBTILITATE
PRAECELLENTISSIMI
QVI PRIMVS
A RENOVATIS IN EVROPA
BONARVM LITTERARVM STVDIIS
RATIONIS HVMANAE
IVRA
SALVA FIDEI CHRISTIANAE
AVTORITATE
VINDICAVIT ET ASSERVIT
NVNC
VERITATIS
QVAM VNICE COLVIT
CONSPECTV
FRVITVR

À la mémoire de René Descartes, plus secret que ses doctrines, prononce en l'éloge; ainsi que de la subtilité de son esprit très exceptionnel qui le premier, depuis la renaissance des Belles Lettres en Europe, gardant son serment intact à la fidélité sous l'autorité du christianisme, a revendiqué et défendu la raison humaine. Maintenant il est fait un usage remarquable de la vérité qu'il a honorée par-dessus tout.

[modifier] Notes et références

  1. ↑ Historique de la ville sur le site officiel, consulté le 23 janvier 2012.
  2. ↑ Cf. Nicolas Poussin, Lettres et propos sur l'art, Hermann, 1994.
  3. ↑ Georges Chapouthier, Le respect de l’animal dans ses racines historiques : de l’animal-objet Ă  l’animal sensible, Bull. Acad. Vet. France, 2009, 162 (1), pp 5-12
  4. ↑ Cf. le commentaire d’AndrĂ© Bridoux au sujet de l’imprĂ©cision de la durĂ©e dans la lettre Ă  Élisabeth de BohĂŞme de mai ou juin 1645, dans « Descartes, Ĺ’uvres et lettres Â» aux Ă©ditions « Bibliothèque de la PlĂ©iade Â».
  5. ↑ Adrien Baillet, Vie de Monsieur Descartes (1re Ă©d., 2 tomes, Paris, chez Daniel Horthemels, 1691), rĂ©impressions : Olms, New York, 1972 ; La Table Ronde, collection La Petite Vermillon, 1992.
  6. ↑ Le Patrimoine des communes de Loire-Atlantique, Flohic Editions, 1999.
  7. ↑ Marie ThĂ©rèse Pourprix, « L’UniversitĂ© de Douai (1562-1793), quelques hommes, quelques conflits Â» sur asa-2.univ-lille1.fr, UniversitĂ© Lille I, 2006. ConsultĂ© le 5 avril 2010
  8. ↑ Voir “Descartes, Œuvres et lettres”, Bibliothèque de la Pléiade, présenté par A. Bridoux et revu par Charles Adam pour ce détail.
  9. ↑ Steven Shapin Descartes médecin et les thérapies de la raison sur la recherche.fr
  10. ↑ "Le Père Charlet recteur de la maison qui étoit son directeur perpétuel, luy avoit pratiqué entre autres priviléges celuy de demeurer long-têms au lit les matins, tant à cause de sa santé infirme, que parce qu'il remarquoit en luy un esprit porté naturellement à la méditation." s:La Vie de M. Descartes/Livre 1/Chapitre 6
  11. ↑ Descartes, Œuvres, édition Charles Adam et Paul Tannery, t. X, p. 214. Sophie Jama, La nuit des songes de René Descartes, Aubier, 1998, p. 195.
  12. ↑ C'est ainsi que l'on appelait une chambre chauffĂ©e en hiver, elle l'Ă©tait soit par un poĂŞle en cĂ©ramique soit par une taque en mĂ©tal apportant Ă  cette pièce en gĂ©nĂ©ral surĂ©levĂ©e et attenante, la chaleur du fourneau ou de la cheminĂ©e. Le vieux monde rural, en particulier lorrain, a gardĂ© l'expression le « poĂŞle devant Â» ou « poĂŞle derrière Â» pour dĂ©signer les deux chambres chauffĂ©es entre une cuisine en position centrale.
  13. ↑ Il le mentionne dans son discours de la mĂ©thode : « Je ne me sentais point, grâce Ă  dieu, de condition qui m'obligeât Ă  faire un mĂ©tier de la science, pour le soulagement de ma fortune. Â»
  14. ↑ Jean-François Maillard, « Descartes et l'alchimie : une tentation conjurĂ©e ? Â», in Frank Greiner (Ă©d.), Aspects de la tradition alchimique au XVIIe s. Actes du colloque international de l'UniversitĂ© de Reims-Champagne-Ardenne. 28-29 novembre 1996., Paris, Archè, 1998. Sylvain Matton, « CartĂ©sianisme et alchimie : Ă  propos d'un tĂ©moignage ignorĂ© sur les travaux alchimiques de Descartes. Avec une note sur Descartes et GĂłmez Pereira Â», dans : Aspects de la tradition alchimique au XVIIe siècle, Paris - ArchĂ© : Milan, 1998, pp. 111-184.
  15. ↑ Descartes, lettre à Mersenne, juillet 1640.
  16. ↑ Gisbertus Voetius : page dĂ©taillĂ©e de la FacultĂ© Libre de ThĂ©ologie RĂ©formĂ©e
  17. ↑ 6 juin 1654, Abdication de Christine de Suède sur herodote.net
  18. ↑ Version rapportée par Pierre Chanut dans sa lettre du 19 février 1650 à la princesse Élisabeth de Bohême
  19. ↑ Oeuvres philosophiques de Descartes : Notes de l'Ă©diteur, Louis-AimĂ© Martin, 1838 [lire en ligne], p. 32 
  20. ↑ « Il y a des preuves que RenĂ© Descartes a Ă©tĂ© assassinĂ© Â», entretien avec Theodor Ebert sur Rue 89, 12 fĂ©vrier 2010
  21. ↑ (en) Robert Shorto, Descartes’ Bones : A Skeletal History of the Conflict Between Faith and Reason, New York, Doubleday, 2008, 320 p. (ISBN 0-385-51753-X) 
  22. ↑ page 32 de Oeuvre philosophique par Louis Aimé Martin, 1838, Auguste Desrez éditeur
  23. ↑ En effet, il y a un doute Ă  ce sujet, le philosophe y ayant Ă©tĂ© inhumĂ© dans « coffre en cuivre Â».
  24. ↑ Alexandre Lenoir, Le Musée des monuments français ou Description historique et chronologique des statues en marbre et en bronze, bas-reliefs et tombeaux des hommes et des femmes célèbres pour servir à l’histoire de France et à celle de l’art, Imprimerie de Guilleminet, 3e édition en 1801
  25. ↑ Johan Arckenholtz, MĂ©moires concernant Christine reine de Suède : pour servir d'Ă©claircissement Ă  l'histoire de son règne et principalement de sa vie privĂ©e, et aux Ă©vènemens de l'histoire de son temps civil et littĂ©raire, Pierre Mortier, 1751 [lire en ligne], p. 228 
  26. ↑ « Ce petit crâne fut celui du grand Descartes, ses autres restes se trouvent cachĂ©s loin, quelque part en France, mais son gĂ©nie est louĂ© partout dans le monde, et son esprit pieux, mĂŞlĂ© aux ĂŞtres cĂ©lestes, triomphe Â». Une autre inscription en suĂ©dois y est gravĂ©e : « Le crâne de Descartes, prĂ©levĂ© par J. Fr. Planström, en l’an 1666, au moment oĂą le corps a Ă©tĂ© rapportĂ© en France. Â»
  27. ↑ Philippe Comar, Mémoires de mon crâne - René Descartes, Gallimard, 1997
  28. ↑ Proposition de rĂ©solution n° 3031 des trois dĂ©putĂ©s divers gauche GĂ©rard Charasse, Annick Girardin et Apeleto Albert Likuvalu ayant pour objet « le transfert solennel au PanthĂ©on du crâne de RenĂ© Descartes Â», 13 dĂ©cembre 2010
  29. ↑ ClĂ©mentine Portier-Kaltenbach, Histoires d'os et autres illustres abattis : Morceaux choisis de l'Histoire de France, Jean-Claude Lattès, 4 avril 2007, 264 p. (ISBN 2-7096-2830-9) 
  30. ↑ Emmanuel Faye, Descartes et les philosophes français de la Renaissance, p. 6
  31. ↑ Voir ce lien
  32. ↑ Voir Descartes face à Leibniz
  33. ↑ Ces propositions simples sont plus communément appelées axiomes ou principes philosophiques.
  34. ↑ Règles pour la direction de l'esprit, VIII, X
  35. ↑ Recherche de la vérité par les lumières naturelles, X
  36. ↑ Recherche de la vérité par les lumières naturelles
  37. ↑ Principes de la philosophie, I, 51
  38. ↑ Principes de la philosophie, I, 29
  39. ↑ Principes de la philosophie, I, §31
  40. ↑ Principes de la philosophie, I, §38
  41. ↑ Dans son Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain, il fait l'Ă©loge de Descartes ainsi : « Il agita les esprits, que la sagesse de ses rivaux n’avait pu rĂ©veiller. Il dit aux hommes de secouer le joug de l’autoritĂ©, de ne plus reconnaĂ®tre que celle qui serait avouĂ©e par leur raison ; et il fut obĂ©i, parce qu’il subjuguait par sa hardiesse, qu’il entraĂ®nait par son enthousiasme. L’esprit humain ne fut pas libre encore, mais il sut qu’il Ă©tait formĂ© pour l’être. Â»
  42. ↑ Lettres de Descartes à Guez de Balzac (1634), Œuvres de Descartes, publiées par Victor Cousin, Paris, 1824.
  43. ↑ Henri Massis, La pensée de Barrès, Paris, éd. Mercure de France, 1909
  44. ↑ François Azouvi, Descartes, symbole national et mythe universel, dans l'émission Concordance des temps, 14 mai 2011
  45. ↑ Descartes, sous la direction de Jean-Luc Marion. Bayard
  46. ↑ AndrĂ© Glucksmann, Descartes, c’est la France, Flammarion, 1987, 295 p. (ISBN 2080649906) 
  47. ↑ Descartes, John Cottingham. Points.
  48. ↑ Conférence Christianisme et environnement à la Maison des Polytechniciens. 13 juin 2007.

[modifier] Voir aussi

Sur les autres projets Wikimedia :

[modifier] Articles connexes

  • RĂ©volution copernicienne
  • Cogito ergo sum
  • CartĂ©sianisme

[modifier] Bibliographie

Voir la bibliographie dĂ©taillĂ©e sur wikisource : RenĂ© Descartes.
  • Alain (1928), Descartes, in Les Passions et la Sagesse, La PlĂ©iade, 1960, pp. 923–995.
  • Ferdinand AlquiĂ© (1950), Descartes. L'homme et l'oeuvre, PUF (rééd. 1987) [lire en ligne]. Une brève introduction Ă  Descartes, très accessible.
  • François Azouvi (2006), Descartes et la France : histoire d'une passion nationale, Éd. Fayard , 2002 ; rééd. Hachette, Pluriel-poche, 2006, (ISBN 2-01-279124-7)
  • Yvon Belaval, Leibniz critique de Descartes, Gallimard, coll. « Tel Â», 1997 ;
  • Jean-Marie Beyssade, La Philosophie première de Descartes. Le Temps et la cohĂ©rence de la mĂ©taphysique, Flammarion, coll. « Nouvelle bibliothèque scientifique Â», 1979 ;
  • Alban Bouvier, L'argumentation philosophique. Étude de sociologie cognitive, Paris, Presses Universitaires de France, 1995.
  • Philippe Comar, MĂ©moire de mon crâne - RenĂ© Descartes, Paris, Gallimard, coll. « L'Un et l'Autre" Â», 1997.
  • Emmanuel Faye, Philosophie et perfection de l'homme. De la Renaissance Ă  Descartes, Paris, Librairie J. Vrin, 1998.
  • Pierre Guenancia, Descartes et l'ordre politique, PUF, 1983, et Descartes, bien conduire sa raison, DĂ©couvertes Gallimard, Philosophie, 1996 (une introduction Ă  Descartes).
  • Martial GuĂ©roult (1953), Descartes selon l'ordre des raisons, 2 vol. (commentaire classique, contemporain de ceux de Ferdinand AlquiĂ©)
  • Anthony Grayling, Descartes: entre rĂ©volution scientifique et rĂ©volution spirituelle, entre JĂ©suites et Rose-croix, Paris: Ă©ditions Aletheia, 2008. Traduit de l'anglais par Claude Lepasseur. 368p. Illust., bibliographie, index.
  • Françoise Hildesheimer, Monsieur Descartes. La fable de la raison, Paris, Flammarion, 2010, 506 p.
  • Patricia Janody, Constructions schizophrènes, constructions cartĂ©siennes , 1998, Érès, Paris
  • Denis Kambouchner, L'homme des passions. Commentaires sur Descartes. Albin Michel, 1995. 2 vol. 501p. chacun. Une somme sur le TraitĂ© des Passions.
    • Descartes et la philosophie morale, 2008, Hermann.
  • Roger Lefèvre, La pensĂ©e existentielle de Descartes, Bordas, Collection Pour connaĂ®tre, 1965.
  • Jean LĂ©vĂŞque, Le Retrait et la Nuit dans la Tradition philosophique, Bordeaux, Osiris, 1994.
  • Jean-Luc Marion, Sur l’ontologie grise de Descartes. Science cartĂ©sienne et savoir aristotĂ©licien dans les Regulae, Librairie Philosophique J.Vrin, 1975, et Sur la thĂ©ologie blanche de Descartes. Analogie, crĂ©ation des vĂ©ritĂ©s Ă©ternelles, fondement, PUF, 1981 (des commentaires classiques, mais pour lecteur confirmĂ©).
  • Geneviève Rodis-Lewis :
    • Descartes, Calmann-LĂ©vy, 1995
    • La Morale de Descartes, PUF, 1957, nouvelle Ă©d., collection Quadrige, 1998,
    • Descartes et le rationalisme, PUF, collection Que sais-je ?, 1966, 7e Ă©d. corrigĂ©e, 1996,
    • L'Ĺ’uvre de Descartes, 2 vol., Vrin, 1971.
  • Samuel S. de Sacy, Descartes, Seuil, rééditĂ© en 1996 ;
  • Anne Staquet, Descartes et le libertinage, Éditions Hermann, Paris, 2009;
  • Martin Steffens, MĂ©ditations mĂ©taphysiques 1, 2 et 3, Folio plus philosophie, 2006. Dossier et notes de M. Steffens, lecture d’image de Seloua Louste-Boulbina (ISBN 2-07-033836-3);
  • Tony James, Le Songe et la Raison. Essai sur Descartes, Éditions Hermann, Paris, 2010

[modifier] Liens externes

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