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Trigonalisation


Trigonalisation : encyclopédie mathématiques

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En algèbre linéaire, trigonaliser (on dit aussi triangulariser) une matrice consiste à réduire celle-ci sous la forme d'une matrice triangulaire supérieure, ou inférieure. Ceci n'est possible que sous certaines conditions.

Une matrice pouvant se réduire sous cette forme est dite trigonalisable (ou triangularisable).

Dans la suite, on se donne un entier n>0 et K un corps commutatif. M_n(K) désignera l'algèbre des matrices à n lignes et n colonnes à coefficients dans K.

Sommaire

[modifier] Matrices triangulaires

Article dĂ©taillĂ© : matrice triangulaire.

Une matrice triangulaire supérieure est une matrice dont tous les coefficients situés strictement en dessous de la diagonale principale sont nuls. En général, on note \scriptstyle T_n^+(K) l'ensemble des matrices triangulaires supérieures. C'est un sous-espace vectoriel stable par produit, donc une sous-algèbre de M_n(K).

Une matrice triangulaire supĂ©rieure  T est donc de la forme :

 T= \begin{pmatrix} a_{1,1} & \cdots & \cdots & a_{1,n} \\ 0 & \ddots & \ddots & a_{2,n}\\ \vdots & \ddots & \ddots & \vdots \\ 0 & \cdots & 0 & a_{n,n} \end{pmatrix}.

Remarque : de la mĂŞme manière, une matrice triangulaire infĂ©rieure est une matrice dont tous les coefficients situĂ©s strictement au-dessus de la diagonale sont nuls.

[modifier] Endomorphismes et matrices trigonalisables

  • Soit \scriptstyle M\in M_n(K), on dit que M est une matrice trigonalisable s'il existe une matrice inversible \scriptstyle P\in GL_n(K) et une matrice triangulaire \scriptstyle T\in T_n^+(K) telles que :
     M= PTP^{-1} (ou, ce qui est Ă©quivalent :  T= P^{-1}MP ).
    Cela revient à dire que  M est semblable dans M_n(K) à une matrice triangulaire supérieure (ou à une matrice triangulaire inférieure, ce qui est équivalent puisque M est semblable à sa transposée).
    En particulier, toute matrice triangulaire supérieure est trigonalisable (il suffit de choisir  P = I_n où  I_n est la matrice identité de dimension n).
  • Soient E un K-espace vectoriel de dimension finie et u un endomorphisme de E. On dit que u est un endomorphisme trigonalisable s'il existe une base de E dans laquelle la matrice de u est triangulaire supĂ©rieure.
  • Ces deux dĂ©finitions sont reliĂ©es par le fait qu'un endomorphisme est trigonalisable si et seulement si sa matrice dans au moins une base de  E est trigonalisable ; dans ce cas, sa matrice dans n'importe quelle base de E est trigonalisable.

[modifier] Conditions de trigonalisation

Il existe plusieurs critères pour savoir si une matrice ou un endomorphisme sont trigonalisables :

  • Toute matrice diagonalisable est a fortiori trigonalisable (car une matrice diagonale est un cas particulier de matrice triangulaire).
  • Une matrice est trigonalisable si et seulement si son polynĂ´me caractĂ©ristique est scindĂ© dans K[X].
    En particulier, si K est algébriquement clos, toute matrice carrée à coefficients dans K est trigonalisable et donc aussi tout endomorphisme d'un K-espace vectoriel de dimension finie.
    Sur le corps des nombres complexes (algĂ©briquement clos d'après le thĂ©orème de d'Alembert-Gauss), Issai Schur a dĂ©montrĂ© un rĂ©sultat plus prĂ©cis :

ThĂ©orème de dĂ©composition de Schur (en) â€” Toute matrice carrĂ©e complexe est trigonalisable dans une base orthonormale.

  • Un endomorphisme est trigonalisable s'il existe un drapeau de  E stable par cet endomorphisme.

[modifier] Exemples de trigonalisation

[modifier] Matrices carrées d'ordre 2 à coefficients réels

Soit M=\begin{pmatrix}
1 & 3\\
-\frac{3}{4} & -2
\end{pmatrix} une matrice, son polynôme caractéristique est P_M(X)=\left(X+\frac{1}{2}\right)^2 qui a comme unique racine \frac{-1}{2} qui est donc l'unique valeur propre de M. L'espace propre associé à la valeur propre \frac{-1}{2} est E_{\frac{-1}{2}}=\left\{\begin{pmatrix}x\\ y\end{pmatrix}\in\mathbb{R}^2\;;\;M\begin{pmatrix}x\\ y\end{pmatrix}=\frac{-1}{2}\begin{pmatrix}x\\ y\end{pmatrix}\right\}=\left\{\begin{pmatrix}2x\\ -x\end{pmatrix}\;;\;x\in\mathbb{R}\right\}, E_{\frac{-1}{2}} est donc un sous espace vectoriel de dimension 1 qui a pour base le vecteur e_1^'=\begin{pmatrix}2\\ -1\end{pmatrix}. On peut alors compléter e_1^' avec par exemple le vecteur e_2^'=\begin{pmatrix}0\\ 1\end{pmatrix} de manière à ce que \mathfrak{B}'=(e_1^',e_2^') forme une base de l'espace \mathbb{R}^2 tout entier. On sait déjà que Me_1^'=\frac{-1}{2}e_1^' et on a facilement Me_2^'=\begin{pmatrix}3\\ -2\end{pmatrix}=\frac{3}{2}e_1^'-\frac{1}{2}e_2^', la matrice M dans la base \mathfrak{B}' s'écrit donc T=\begin{pmatrix}\frac{-1}{2} & \frac{3}{2}\\ 0 & \frac{-1}{2}\end{pmatrix}. On remarquera que la dimension de l'espace propre ne permettait pas ici de diagonaliser la matrice M. La matrice P telle que M=PTP^{-1} n'est autre que la matrice de passage de la base canonique \mathfrak{B}=(e_1,e_2) à la base \mathfrak{B}', P est donc constituée des vecteurs de \mathfrak{B}' exprimés dans la base \mathfrak{B} donc P=\begin{pmatrix}2 & 0\\ -1 & 1\end{pmatrix}. De même, pour avoir la matrice P^{-1} il suffit d'exprimer les vecteurs de \mathfrak{B} dans la base \mathfrak{B}', on a facilement e_1=\frac{1}{2}e_1^'+\frac{1}{2}e_2^' et e_2=e_2^' et donc P^{-1}=\begin{pmatrix}\frac{1}{2} & 0\\ \frac{1}{2} & 1\end{pmatrix}.

[modifier] Exemple de trigonalisation d'une matrice carrée d'ordre 3

Soit M=\begin{pmatrix}i & 2 & -1\\0 & i & 0\\0 & -1 & 2\end{pmatrix}\in M_3(\mathbb{C}) son polynĂ´me caractĂ©ristique est P_M(X)=\left(X-i\right)^2(X-2). Comme dans l'exemple prĂ©cĂ©dent on a après calculs : e_1^'=\begin{pmatrix}1\\0\\0\end{pmatrix}\in E_{i} et e_2^'=\begin{pmatrix}1\\0\\i-2\end{pmatrix}\in E_{2} que l'on complète avec e_3^'=\begin{pmatrix}0\\1\\0\end{pmatrix} pour former une base \mathfrak{B'}=(e_1^',e_2^',e_3^') de â„‚3. On remarque que Me_3^'=\frac{8-i}{5}e_1^'+\frac{2+i}{5}e_2^'+ie_3^'. La matrice M dans la base \mathfrak{B'} est donc T=\begin{pmatrix}i & 0 & \frac{8-i}{5}\\0 & 2 & \frac{2+i}{5}\\0 & 0 & i\end{pmatrix} et l'on a M=PTP^{-1} avec P la matrice de passage de la base canonique \mathfrak{B} Ă  la base \mathfrak{B}', P est donc constituĂ©e des vecteurs de \mathfrak{B'} exprimĂ©s dans la base \mathfrak{B} d'oĂą P=\begin{pmatrix}1 & 1 & 0\\0 & 0 & 1\\0 & i-2 & 0\end{pmatrix} et P^{-1}=\begin{pmatrix}1 & 0 & \frac{2+i}{5}\\0 & 0 & \frac{-2-i}{5}\\0 & 1 & 0\end{pmatrix}.

[modifier] Articles connexes

  • Diagonalisation
  • RĂ©duction d'endomorphisme
  • Bloc de Jordan
  • ThĂ©orème de McCoy
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