Soit une partie non vide de ou Si est une suite de fonctions de dans ou on lui associe une nouvelle suite définie en posant pour chaque ; on appelle série de fonctions de terme général et on note le couple On dit qu'une série de fonctions est simplement convergente sur si et seulement si la série est convergente c'est-à-dire si et seulement si la suite admet une limite pour tout . Si c'est le cas, on définit une nouvelle fonction sur en posant La fonction notée est la somme de la série Pour toute fonction qui est bornée sur on pose Le nombre est la norme de la convergence uniforme de sur S'il n'y a pas de risque de confusion, on note simplement On dit qu'une série est uniformément convergente sur s'il existe une fonction telle que
Soit une série de fonctions.
On dit qu'une série à termes positifs est une série majorante de sur si et seulement si ou encore si et seulement si On dit qu'une série de fonctions est normalement convergente sur si et seulement si elle admet une série majorante convergente, ou encore si et seulement si la série est convergente.
Une série entière est une série de fonctions de la forme où est une suite de nombres réels ou complexes et où Si est une fonction réelle indéfiniment dérivable définie sur un intervalle ouvert contenant un point on appelle série de Taylor de au point la série de fonctions Si on parle de la série de Mac-Laurin de
II. Propriétés générales
Soit une série de fonctions définie sur une partie de ou Si converge normalement sur alors pour tout la série est absolument convergente, d'où l'on voit que la série converge simplement sur et, pour tout on a Si converge normalement sur alors converge uniformément sur et si converge uniformément sur , alors converge simplement sur Voici un schéma décrivant les rapports entre les différents modes de convergence d'une série de fonctions sur un ensemble
Théorème d'interversion du passage à la limite. Soit une série de fonctions normalement convergente sur et soit . Soit un point tel que chacune des fonctions admette une limite au point On pose Alors la série est convergente, la fonction admet une limite au point et on a ou encore
On déduit de ce théorème que si les fonctions sont toutes continues sur et si converge normalement sur alors la fonction est continue sur
Supposons que soit une partie non majorée de par exemple un intervalle de la forme . Soit une série de fonctions qui converge normalement sur et telle que pour chaque la fonction admette une limite lorsque tend vers Alors Bien entendu, on a un résultat analogue pour tendant vers .
Dans la suite, est un intervalle de et est une suite de fonctions de dans
Théorème d'interversion des intégrales. Soient et des réels tels que Si la série converge normalement sur la série est convergente et on a
Soit En appliquant le théorème ci-dessus, on voit que si les sont toutes continues, la série des primitives des qui s'annulent en est simplement convergente et a pour somme la primitive de qui s'annule en
Dérivabilité. On suppose que les fonctions sont toutes dérivables sur que la série des dérivées est normalement convergente sur et qu'il existe tel que la série numérique soit convergente.
Alors la série converge simplement sur sa somme est une fonction dérivable et on a
III. Séries entières
Théorème. Soit une série entière.
Alors une et une seule des trois conditions suivantes est satisfaite :
(i) la série numérique est divergente pour tout (ii) il existe un réel strictement positif tel que la série soit divergente si et absolument convergente si (iii) la série est absolument convergente pour tout
Le rayon de convergence de la série est défini par dans le cas (i) , dans le cas (ii) et dans le cas (iii) . Dans tous les cas est absolument convergente pour et divergente pour
Pour on note et ; on pose et ainsi que On appelle disque de convergence de la série de rayon de convergence l'ensemble La somme de la série est donc définie sur par .
Proposition. Soit le rayon de convergence de et soit .
La série converge normalement sur .
De cette proposition on déduit immédiatement que la somme est continue sur le disque de convergence.
Proposition. Les séries et ont le même rayon de convergence.
Dans le reste de ce paragraphe on considère une série entière où est une suite de nombres réels. On suppose que le rayon de convergence de cette série est strictement positif. On peut alors définir une fonction en posant .
Proposition. La fonction ainsi définie est indéfiniment dérivable et on a pour et pour
On remarque que ce qui montre que dans ce cas pour on a et coïncide avec la somme de sa série de Mac-Laurin.
On peut aussi s'intéresser au problème suivant. Si est une fonction réelle définie sur un intervalle ouvert et si existe-t-il une série entière de rayon de convergence telle que pour on ait ? Compte tenu des résultats précedents, si la réponse est oui, la fonction est forcément indéfiniment dérivable et donc la seule série qui peut convenir est la série de Taylor de au point Malheureusement cette série peut avoir un rayon de convergence nul, ou avoir une somme différente de Pour montrer qu'une fonction est égale à la somme de sa série de Taylor, on peut utiliser le résultat suivant.
Formule de Taylor avec reste intégral. Si est indéfiniment dérivable, pour tout tout et tout dans on a
IV. Exemples et contrexemples
Une suite de fonctions simplement, mais pas uniformément convergente.
Pour soit la fonction définie sur par
La suite converge simplement vers la fonction nulle sur [0,1], notée Comme la convergence n'est pas uniforme. Remarquons que et que donc
Continuité et dérivabilité.
Considérons la série définie sur par On a pour tout et pour donc cette série converge simplement sur elle est même absolument convergente en chaque point de Mais on voit que .
Comme la série est de même nature que la série c'est-à-dire divergente. Par conséquent, n'est pas normalement convergente. La fonction est définie par et pour Comme la fonction n'est pas continue en 0, bien que toutes les fonctions le soient.
La série de fonctions définie sur par admet la série pour série majorante, donc elle converge normalement sur Mais et la série ne converge même pas simplement (par exemple diverge puisque pour tout
Une série uniformément, mais pas normalement convergente.
Soit la fonction définie pour sur par
Comme pour fixé il y a un seul entier pour lequel la série converge simplement sur Comme , elle converge même absolument en chaque point.
Les sommes partielles sont définies par
et la somme est définie par pour tout .
Comme on a et la série converge uniformément sur . Mais donc la série diverge et n'est pas normalement convergente.
La fonction de Riemann.
On considère la série de fonctions (définies pour et ). Cette série diverge pour converge simplement sur et normalement sur tout intervalle de la forme où La fonction somme, est continue et indéfiniment dérivable sur . Pour tout on a .
Comportement d'une série entière sur le bord du disque de convergence.
Les séries entières , et ont toutes trois le rayon de convergence La première est divergente pour tout tel que la seconde est divergente pour et semi-convergente pour tel que et et la troisième est absolument convergente pour tout tel que
Fonction qui ne coïncide pas avec la somme de sa série de Mac-Laurin.
Soit définie par et si . On démontre que est indéfiniment dérivable au point et que pour tout La série de Mac-Laurin de est donc de rayon de convergence infini et sa somme est la fonction nulle. Or dès que
Fonctions de Legendre.
Il s'agit de fonctions définies sur un intervalle contenant 0, qui sont somme d'une série entière et qui vérifient l'équation différentielle
où est un nombre réel fixé.
Si vérifie cette équation, on voit que pour tout on a ce qui montre que et déterminent tous les coefficients.
On remarque que si il existe des solutions qui sont des polynômes de degré c'est-à-dire des séries entières de rayon de convergence infini. Les solutions qui ne sont pas des polynômes, ont un rayon de convergence égal à 1.
Développements en série entière des fonctions élémentaires.
Pour finir, voici un récapitulatif des développements en série entière des fonctions usuelles avec leurs domaines de validité.
Remarquons que si le développement ci-dessus de se réduit à la formule du binôme, donc il reste vrai, mais pour tout puisque dans ce cas le rayon de convergence est infini.
Merci à Camélia (Correcteur) pour avoir contribué à l'élaboration de cette fiche