Fonction holomorphe : encyclopédie mathématiques
Cet article est issu de l'encyclopédie libre Wikipedia.En analyse complexe, une fonction holomorphe est une fonction à valeurs dans , définie et dérivable en tout point d'un sous-ensemble ouvert du plan complexe
.
Cette condition est beaucoup plus forte que la dérivabilité réelle. Elle entraîne (via la théorie de Cauchy) que la fonction est analytique : elle est indéfiniment dérivable et est égale au voisinage de tout point de l'ouvert à la somme de sa série de Taylor. Un fait remarquable en découle : les notions de fonction analytique complexe et de fonction holomorphe coïncident. Pour cette raison, les fonctions holomorphes constituent le pilier central de l'analyse complexe.
Définition — Soient U un sous-ensemble ouvert (non vide) de l'ensemble des nombres complexes et une fonction
.
La limite est prise ici sur toutes les suites de nombres complexes tendant vers z0, et pour toutes ces suites le quotient doit tendre vers un même nombre f '(z0). Intuitivement, si f est dérivable au sens complexe en z0, et si l'on approche le point z0 dans la direction d'un vecteur u, alors (pourvu que f '(z0) ≠0) les images approchent le point f(z0) dans la direction du vecteur f '(z0) u (produit des nombres complexes f '(z0) et u).
Parce que la dérivation complexe est linéaire et qu'elle obéit aux règles classiques de dérivation, les sommes, produits ou composées de fonctions holomorphes sont holomorphes, et le quotient de deux fonctions holomorphes est holomorphe sur tout ouvert où le dénominateur ne s'annule pas.
Les règles de calcul des dérivées au sens complexe sont identiques à celles des dérivées des fonctions d'une variable réelle : linéarité, dérivée d'un produit, d'un quotient, d'une fonction composée.
Une fonction holomorphe en un point est bien évidemment continue en ce point.
Près d'un point z0 où la dérivée d'une fonction holomorphe f est non nulle, f est une transformation conforme, c'est-à -dire qu'elle préserve les angles (orientés) et les formes de petites figures (mais pas les longueurs, en général).
En effet, sa différentielle au point z0 est l'application -linéaire
, où A = f'(z0) : la différentielle s'identifie donc à une similitude directe du plan, sous réserve que A soit non nul.
Si l'on identifie Ã
, alors les fonctions holomorphes sur un ouvert de
coïncident avec les fonctions de deux variables réelles qui sont
-différentiables sur cet ouvert et y vérifient les équations de Cauchy-Riemann, un système de deux équations aux dérivées partielles :
On considère une fonction d'une variable complexe, où U est un ouvert du plan complexe
. On utilise ici les notations suivantes :
Équations de Cauchy-Riemann — Les quatre propositions suivantes sont équivalentes :
Remarque, toujours avec f holomorphe en zo : où l'opérateur différentiel
est, par définition, égal Ã
.
Conséquences des équations de Cauchy Riemann : avec les notations ci dessus, les laplaciens de la partie réelle et de la partie imaginaire de f sont nuls :
P et Q sont dits harmoniques conjuguées, ce sont des fonctions harmoniques.
(plus loin le caractère des fonctions holomorphes est montré (voir formule intégrale de Cauchy), d'où l'existence des laplaciens.)
On a également :
Inversement, soit P une fonction harmonique. Alors on peut construire une fonction holomorphe f telle que P soit la partie réelle de f (ou indifféremment sa partie imaginaire), il suffit pour cela de construire la partie imaginaire Q (ou réelle si on veut P comme partie imaginaire) grâce aux équations de Cauchy-Riemann, par équivalence avec l'holomorphie.
Quel que soit un chemin homotope continu et continument dérivable par morceaux dans un ouvert reliant deux points de cet ouvert, la valeur de l'intégrale curviligne sur ce chemin d'une fonction qui est holomorphe sur ce même ouvert, est toujours la même, elle ne dépend pas du chemin entre ces deux points. Autrement dit :
Propriété — Soit f une fonction holomorphe sur un ouvert U du plan complexe .
Quels que soient γ et Γ deux chemins de U strictement homotopes dans U, et qui sont de plus continument dérivable par morceaux, on a :
Rappel : deux chemins sont dits strictement homotopes dans U s'ils sont homotopes dans U et de mêmes extrémités.
Cette propriété peut se démontrer de deux manières :
Soit , continu et continument dérivable. C'est donc un chemin de U. Soit
, un chemin strictement homotope à Γ dans U. Grâce à un changement de variable C1 difféomorphisme adapté à chaque intervalle de départ, on peut ramener ces deux intervalles à [0;1] (un changement de variable affine convient). Par exemple, pour Γ, soit le changement de variable adapté Φ :
Le paramétrage du chemin change (de Ã
) mais pas la valeur de l'intégrale. Donc pour simplifier, dans la suite a et c vaudront zéro et b et d vaudront 1.
Par définition de l'homotopie stricte, il existe une application continue. Avec, pour tout t dans [0,1], H(0,t) = Γ(t) et H(1,t) = γ(t), et pour tout s dans [0;1]:H(s,0) = H(0,0) et H(s,1) = H(0,1) (extrémités fixes).
Le but de la démonstration est donc de montrer que l'intégrale , fonction de s est constante, ce qui implique en particulier l'égalité entre l'intégrale le long de γ (en s=1) et celle le long de Γ (en s=0), prouvant ainsi le résultat.
A priori H n'est pas C2 mais ceci sera supposé dans un premier temps. Puis le cas général H continue sera ramené grâce à la densité de l'espace des fonctions continues sur [0;1]x[0;1] dans l'espace des fonctions C2.
L'égalité qui suit fait appel au théorème de Leibniz, en effet les conditions sont vérifiées :
L'égalité qui suit fait, quant à elle, appel au caractère holomorphe de f :
Le premier terme de l'intégrande est la dérivée par rapport à t de f(H(s,.)), multiplié par la dérivée partielle par rapport às de H. Donc en l'intégrant par parties, puis en simplifiant (grâce au théorème de Schwarz, qui s'applique car H est C2) avec le second terme de l'intégrande ci-dessus :
Comme les extrémités sont fixes : , donc on a g'(s) = 0.
Retour au cas H continue : la densité de l'ensemble des fonctions continues dans l'ensemble des fonctions C2 permet d'affirmer qu'il existe une suite (Hn) de fonctions de C2, convergeant uniformément vers H. À chaque fonction Hn on associe la fonction . Pour ces fonctions, le résultat ci dessus s'applique, et donc pour tout n, gn(0) = gn(1).
Pour pouvoir passer à la limite et ainsi conclure, il faut maintenant prouver que gn converge uniformément vers g.
Où est la norme infinie définie dans l'espace des fonctions continues sur [0;1], auxquelles appartiennent les gn ainsi que g.
Comme converge uniformément vers
et
converge uniformément vers
, l'intégrande à droite tend vers zéro, donc gn converge uniformément sur [0;1] vers g, en particulier comme gn(0) = gn(1) alors par passage à la limite g(0) = g(1), ce qui prouve le résultat.
Énoncé du lemme de Goursat pour les rectangles — Si f est une fonction d'une variable complexe définie et dérivable (holomorphe) sur un voisinage ouvert d'un rectangle R, alors l'intégrale curviligne de f sur le contour de R est nulle :
Ce résultat reste vrai si n'est pas holomorphe sur un nombre fini de points de l'ouvert considéré, tout en y restant continue.
Énoncé du lemme de Goursat pour les triangles — Si est une fonction d'une variable complexe définie et dérivable (holomorphe) sur un voisinage ouvert d'un triangle
, alors l'intégrale curviligne de
sur le contour
de
est nulle :
Ce résultat reste vrai si n'est pas holomorphe sur un nombre fini de points de l'ouvert considéré, tout en y restant continue.
Ces lemmes peuvent se démontrer de deux manières :
propriété — Soit une fonction holomorphe sur un ouvert
simplement connexe. Soit la fonction
, où
est un point de
et
est un chemin de
entre
et
.
Alors est une primitive de
sur
.
Il est important que le connexe soit simple, ainsi l'intégrale entre deux points de ne dépend pas du chemin entre ces deux points.
Par exemple, la fonction est holomorphe sur
qui est connexe mais pas simplement connexe. L'intégrale de
sur le cercle de centre 0 et de rayon 1 (parcouru dans le sens trigonométrique), vaut 2πi, mais vaut 0 sur un chemin fermé joignant 1 à lui-même en n'entourant pas 0. On peut en revanche définir une primitive de
sur n'importe quel ensemble du type
où
est une demi-droite de
d'extrémité 0 ; un tel ensemble est en effet connexe, et une primitive est une détermination du logarithme sur cet ensemble, à une constante additive près.
La démonstration proposée ici se déroule en deux temps : tout d'abord l'existence de primitives dans le cas d'une fonction holomorphe sur un ouvert convexe est prouvée, puis ce résultat est utilisé pour généraliser au cas d'une fonction holomorphe sur un ouvert simplement connexe.
Soit une fonction holomorphe sur
un ouvert convexe et
un point de
. La convexité permet d'affirmer que quels que soient
de
, les segments
sont inclus dans
, ainsi que le triangle de sommets
.
Soit la fonction sur
, l'intégrale curviligne de
sur le triangle de sommets
est nulle (lemme de Goursat énoncé pour les triangles), et donc
Soit est continue et tend vers 0 lorsque | h | tend vers 0 :
Donc est holomorphe en
avec
Deuxième partie
Soit une fonction holomorphe sur
un ouvert simplement connexe et
un point de
.
Pour tout dans
, par définition de la connexité simple, tous les chemins de
entre
et
sont homotopes, ce qui permet (car la valeur de l'intégrale d'une fonction holomorphe entre deux points ne dépend pas du chemin) de définir
, la fonction qui à un point de
associe la valeur de l'intégrale entre ce point et
:
Pour tout de
, comme
est ouvert, par définition il existe un réel
tel que le disque
soit dans
(sur l'illustration à droite, z n'est pas le centre du disque mais cela n'a pas d'importance). Un disque étant convexe, le problème va se ramener au cas précédent : la fonction
admet une primitive
sur le disque
.
tel que
, comme l'intégrale entre z0 et z + h ne dépend pas du chemin, on choisit la réunion d'un chemin (quelconque) entre z0 et z (à droite, en jaune) et du segment [z;z + h] (à droite en blanc), ce qui permet d'écrire :
Donc admet une limite lorsque | h | tend vers 0.
Conclusion : est holomorphe sur
et
.
Théorème intégral de Cauchy — Soit Γ un lacet de , ce lacet est le bord d'une partie compacte connexe
de
. Soit
une fonction holomorphe sur un ouvert
contenant
, alors :
Ce résultat reste valable si la fonction n'est pas holomorphe mais continue sur un nombre fini de points de l'ouvert
Ce théorème peut se démontrer de plusieurs manières :
Ce théorème est généralisé aux fonctions holomorphes sur un ouvert possédant des singularités par le théorème des résidus.
Théorème — Soit une fonction holomorphe sur un ouvert
de
, et
une distance de
.
Alors est analytique sur
, et
, en notant
Par conséquent, est indéfiniment dérivable sur
, avec
Remarques :
L'usage particulier de la formule ci dessus en z0 donne, suite à un changement de paramètre w = z0 + reiθ :
Soit une fonction holomorphe sur un ouvert connexe
.
Si admet un maximum local en un point de
, alors
est constante.
Si admet un maximum local en un point z0 de
, et
supposée non constante, alors, avec les notations précédentes :
, tel que
tel que
Avec la propriété de la moyenne :
Ce qui est absurde, donc est constante.
Théorème — Soit une fonction holomorphe sur U − A avec U un ouvert connexe de
et A l'ensemble des singularités isolées de
dans U
Alors, en chaque point de A,
admet,
, un développement de Laurent sur une couronne C(z0,R1,R2), où R2 > R1 > | z1 − z0 | et
(d désignant une distance de
) :
Remarques :
Applications :
Représentations graphiques de fonctions holomorphes, par Mikaël Mayer.
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