L'île des mathématiques propose des cours et des exercices de maths et de physique.

L'île des Mathématiques

Gottfried Wilhelm Leibniz

Recherche :   encyclopédie Encyclopédie     toutes les définitions Les définitions     définitions Top définitions     nouveau Nouveautés
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z       toutes les définitions

Gottfried Wilhelm Leibniz : encyclopédie mathématique

wikipediaCet article est issu de l'encyclopédie libre Wikipedia.
Vous pouvez consulter l'article ici ainsi que son historique.
Les textes et les images sont disponibles sous les termes de la Licence de documentation libre GNU.
Aller Ă  : Navigation, Rechercher
Pour les articles homonymes, voir Leibniz (homonymie).
Gottfried Wilhelm von Leibniz
Philosophe et Scientifique
Époque Moderne

Naissance : 1er juillet 1646 (Leipzig)
DĂ©cès : 14 novembre 1716 (Hanovre)
Principaux intĂ©rĂŞts : Physique, MathĂ©matiques, MĂ©taphysique, ThĂ©ologie
IdĂ©es remarquables : Monade, Harmonie préétablie, Langage binaire, CaractĂ©ristique, thĂ©odicĂ©e
InfluencĂ© par : Aristote, Thomas d'Aquin, Descartes
A influencĂ© : Kant, Russell, Deleuze

Gottfried Wilhelm von Leibniz (Leipzig, 1er juillet 1646 - Hanovre, 14 novembre 1716) est un philosophe, scientifique, mathĂ©maticien, diplomate, bibliothĂ©caire et homme de loi allemand qui a Ă©crit en latin, français et allemand.

Sommaire

[modifier] Biographie

Statue de Gottfried Wilhelm Leibniz Ă  Leipzig (Allemagne)
Statue de Gottfried Wilhelm Leibniz Ă  Leipzig (Allemagne)

Orphelin de mère à 6 ans, il est élevé par son père, professeur de philosophie morale à l’Université de Leipzig. Celui-ci lui apprend à lire, mais Leibniz, enfant précoce, affirma avoir appris par lui-même le latin. En 1663, il obtient son baccalauréat en philosophie ancienne, puis entre à l’université de droit de Leipzig. En 1666, il devient docteur en droit à Nuremberg et refuse peu après un poste de professeur. Il s’affilie à une société de la Rose Croix, dont il sera secrétaire pendant deux ans.

En 1669, il devient conseiller à la Chancellerie de Mayence, auprès du baron Johann Christian von Boyneburg. Il travaille alors sur plusieurs ouvrages sur des thèmes politiques (Modèle de démonstrations politiques pour l’élection du roi de Pologne) ou scientifiques (Nouvelles Hypothèse physiques, 1671).

Il est envoyĂ© en 1672 Ă  Paris, en mission diplomatique dit-on, pour convaincre Louis XIV de porter ses conquĂŞtes vers l’Égypte plutĂ´t que l’Allemagne. Il y reste jusqu’en 1676 et y rencontre les grands savants de l’époque : Huygens et Malebranche, entre autres. Il se consacre aux mathĂ©matiques et laisse Ă  Paris son manuscrit sur la quadrature arithmĂ©tique du cercle. Il travaille Ă©galement sur ce qui sera le calcul infinitĂ©simal. Il conçoit en 1673 une machine Ă  calculer qui permet d'effectuer les quatre opĂ©rations, et qui inspirera bien des machines Ă  calculer du XIXe et XXe siècle (Thomas de Colmar, Curta). Avant de rejoindre Hanovre, il se rend Ă  Londres Ă©tudier certains Ă©crits d’Isaac Newton, jetant, tous les deux, les bases du calcul intĂ©gral et diffĂ©rentiel. Il passe Ă©galement par La Haye oĂą il rencontre Baruch Spinoza.

En 1676, à la mort de son protecteur, le baron von Boyneburg, le duc de Brunswick le nomme bibliothécaire du Hanovre. Il reste à ce poste au service des ducs de Hanovre pendant près de 40 ans. Il s’occupe aussi de mathématique, de physique, de religion et de diplomatie. En 1684, il publie dans les Acta Eruditorum son article sur les différentielles et en 1686 celui sur les intégrales. En 1686, il publie en français ses Discours de métaphysique. En 1687, il se lance dans une Histoire de la maison de Brunswick, pour lequel il parcourt l’Italie en quête de documentations. En 1691, il publie à Paris, dans le Journal des savants, un Essai de dynamique qui définit l’énergie et l’action. En 1700, il crée une Académie à Berlin qui ne sera inaugurée qu’en 1711. En 1710, il publie ses Essais de Théodicée, résultats de discussions avec le philosophe Pierre Bayle.

Reconnu comme le plus grand intellectuel d’Europe, et pensionnĂ© par plusieurs grandes cours (Pierre Le Grand en Russie, Charles VI en Autriche qui le fait Baron), il meurt le 14 novembre 1716.

Comme philosophe, il s’est intĂ©ressĂ© fort tĂ´t Ă  la scolastique et Ă  la syllogistique. Il a conçu le projet d’une encyclopĂ©die ou « bibliothèque universelle Â» :

« Il importe Ă  la fĂ©licitĂ© du genre humain que soit fondĂ©e une EncyclopĂ©die, c’est-Ă -dire une collection ordonnĂ©e de vĂ©ritĂ©s suffisant, autant que faire se peut, Ă  la dĂ©duction de toutes choses utiles. Â» Initia et specimina scientiae generalis, 1679-1680.

Comme mathématicien, il a fait entrer les sciences dans la nouvelle ère de l’analyse integro-differentielle.


[modifier] Philosophie

[modifier] La monadologie

Page manuscritede la Monadologie
Page manuscrite
de la Monadologie

Rédigée en 1714 et non publiée du vivant de l’auteur, la Monadologie représente une des dernières étapes de la pensée de Leibniz. En dépit de ressemblances apparentes avec des textes antérieurs, la Monadologie se distingue fortement d’ouvrages comme le Discours de métaphysique ou le Système nouveau de la nature et de la communication des substances. La notion de substance individuelle présente dans le Discours de métaphysique ne doit pas être confondue avec celle de monade.

[modifier] La force

Pour Leibniz, la physique a sa raison dans la mĂ©taphysique. Si la physique Ă©tudie les mouvements de la nature, quelle rĂ©alitĂ© est ce mouvement, quelle cause a-t-il ? Le mouvement est relatif, c.-Ă -d. une chose se meut selon la perspective d’oĂą nous la regardons. Le mouvement n’est donc pas la rĂ©alitĂ© elle-mĂŞme ; la rĂ©alitĂ© est la force qui subsiste en dehors de tout mouvement et qui en est la cause : la force subsiste, le repos et mouvement Ă©tant des diffĂ©rences phĂ©nomĂ©nales relatives.

Leibniz dĂ©finit la force comme « ce qu’il y a dans l’état prĂ©sent, qui porte avec soi un changement pour l’avenir. Â» Cette thĂ©orie est un rejet de l’atomisme ; en effet, si l’atome est une rĂ©alitĂ© absolument rigide, il ne peut perdre de force dans les chocs. Il faut donc que ce que l’on nomme atome soit en rĂ©alitĂ© composĂ© et Ă©lastique. L’idĂ©e d’atome absolu est contradictoire :

« Les atomes ne sont que l’effet de la faiblesse de notre imagination, qui aime Ă  se reposer et Ă  se hâter Ă  venir dans les sous divisions ou analyses. Â»

Ainsi la force est-elle la rĂ©alitĂ© : la force est substance, toute substance est force. La force est dans un Ă©tat, et se modifie suivant des lois du changement. Cette succession d’états changeants possède un ordre rĂ©gulier, c.-Ă -d. chaque Ă©tat a une raison (cf. principe de raison suffisante) : chaque Ă©tat s’explique par celui qui prĂ©cède, il y trouve sa raison. Ă€ cette notion de loi se rattache Ă©galement l’idĂ©e d’individualitĂ© : l’individualitĂ© est pour Leibniz une sĂ©rie de changements, sĂ©rie qui se prĂ©sente comme une formule :

« La loi du changement fait l’individualitĂ© de chaque substance particulière. Â»

[modifier] La monade

Toute substance se dĂ©veloppe ainsi suivant des lois intĂ©rieures, suivant sa propre tendance : chacune a sa loi propre. Ainsi, si nous connaissons la nature de l’individu, pouvons-nous en dĂ©river tous les Ă©tats changeants. Cette loi de l’individualitĂ© implique des passages Ă  des Ă©tats non seulement nouveaux, mais plus parfaits.

Ce qui existe est donc pour Leibniz l’individuel ; il n’existe que des unitĂ©s. Ni les mouvements, ni mĂŞme les corps n’ont cette substantialitĂ© : la substance Ă©tendue cartĂ©sienne suppose en effet quelque chose d’étendu, elle est un composĂ©, un agrĂ©gat qui ne possède pas par lui-mĂŞme la rĂ©alitĂ©. Ainsi, sans substance absolument simple et indivisible, n’y aurait-il aucune rĂ©alitĂ©. Leibniz nomme monade cette rĂ©alitĂ©. La monade est conçue selon le modèle de notre âme :

« l’unitĂ© substantielle demande un ĂŞtre accompli, indivisible et naturellement indestructible, puisque sa notion enveloppe tout ce qui lui doit arriver, ce qu’on ne saurait trouver ni dans la figure ni dans le mouvement… Mais bien dans une âme ou forme substantielle, Ă  l’exemple de ce que l’on appelle moi. Â»

Nous faisons l’observation de nos Ă©tats internes, et ces Ă©tats (sensations, pensĂ©es, sentiments) sont en un perpĂ©tuel changement : notre âme est une monade, et c’est d’après elle que nous pouvons concevoir la rĂ©alitĂ© des choses, car il y a sans doute dans la nature d’autres monades qui nous sont analogues. Par la loi de l’analogie (loi qui se formule « tout comme ceci Â»), nous concevons toute existence comme n’étant qu’une diffĂ©rence de degrĂ© relativement Ă  nous. Ainsi, par exemple, il y a des degrĂ©s infĂ©rieurs de conscience, des formes obscures de la vie psychique : il y a des monades Ă  tous les degrĂ©s de clartĂ© et d’obscuritĂ©. Il y a une continuitĂ© de toutes les existences, continuitĂ© qui trouve son fondement dans le principe de raison.

Dès lors, puisqu’il n’existe que des être doués de représentations plus ou moins claires, dont l’essence est dans cette activité représentative, la matière se trouve réduite à l’état de phénomène. La naissance et la mort sont également des phénomènes dans lesquels les monades s’obscurcissent ou s’éclaircissent. Ces phénomènes ont de la réalité dans la mesure où ils sont reliés par des lois, mais le monde, d’une manière générale, n’existe qu’en tant que représentation.

Ces monades, en se dĂ©veloppant selon une loi interne, ne reçoivent aucune influence de l’extĂ©rieur :

« 7. II n’y a pas moyen aussi d’expliquer comment une Monade puisse ĂŞtre altĂ©rĂ©e ou changĂ©e dans son intĂ©rieur par quelque autre crĂ©ature, puisqu’on n’y saurait rien transposer, ni concevoir en elle aucun mouvement interne qui puisse ĂŞtre excitĂ©, dirigĂ©, augmentĂ© ou diminuĂ© lĂ -dedans, comme cela se peut dans les composĂ©s ou il y a du changement entre les parties. Les Monades n’ont point de fenĂŞtres par lesquelles quelque chose y puisse entrer ou sortir. Â» (Monadologie)

Ajoutons que le concept de monade a été influencé par la philosophie de Pierre Gassendi [1], lequel reprend la tradition atomiste incarnée par Démocrite, Epicure et Lucrèce. En effet l'atome, du grec "atomon" (indivisible) est l'élément simple dont tout est composé. La différence majeure avec la monade étant que celle-ci est d'essence spirituelle alors que l'atome est d'essence matérielle, et donc l'âme, qui est une monade chez Leibniz, est composée d'atomes chez Lucrèce.

[modifier] L’harmonie préétablie

Dès lors, comment expliquer que tout se passe dans le monde comme si les monades s’influençaient rĂ©ellement mutuellement ? Leibniz explique cette concordance par une harmonie universelle entre tous les ĂŞtres, et par un crĂ©ateur commun de cette harmonie :

« Aussi Dieu seul fait la liaison et la communication des substances, et c’est par lui que les phĂ©nomènes des uns se rencontrent et s’accordent avec ceux des autres, et par consĂ©quent qu’il y a de la rĂ©alitĂ© dans nos perceptions. Â» (Discours de mĂ©taphysique)

Si les monades semblent tenir compte les unes des autres, c’est parce que Dieu les a créées pour qu’il en soit ainsi. C’est de Dieu que les monades sont créées d’un coup par fulguration, à l’état d’individualité qui les fait comme de petits dieux. Chacune possède un point de vue sur le monde, une vue de l’univers en miniature, et toutes ses perspectives ont ensemble une cohérence interne, tandis que Dieu possède l’infinité des points de vue qu’il crée sous la forme de ces substances individuelles. La force et la pensée intimes des monades sont donc une force et une pensée divines. Et l’harmonie est dès l’origine dans l’esprit de Dieu, c.-à-d. elle est préétablie.

Il ressort enfin de cette idée de la monade que l’univers n’existe pas en dehors de la monade, mais qu’il est l’ensemble de toutes les perspectives. Ces perspectives naissent de Dieu. Tous les problèmes de la philosophie sont ainsi déplacés dans la théologie.

Cette transposition pose des problèmes qui ne sont pas vraiment rĂ©solus par Leibniz :

Malebranche rĂ©sumera tout cela en une formule : Dieu ne crĂ©e pas des dieux. Ce qui signifie aussi que Spinoza Ă©tait plus consĂ©quent lorsqu’il n’admettait l’existence que d’une seule substance.

[modifier] L’union de l’âme et du corps

Sa thĂ©orie de l’union de l’âme et du corps suit naturellement son idĂ©e de la monade. Le corps est un agrĂ©gat de monades, dont les rapports avec l’âme sont rĂ©glĂ©s dès le dĂ©part comme deux horloges que l’on aurait synchronisĂ©es. Leibniz dĂ©crit ainsi la reprĂ©sentation du corps (c.-Ă -d. du multiple) par l’âme :

« Les âmes sont des unitĂ©s et les corps sont des multitudes. Mais les unitĂ©s, quoiqu’elles soient indivisibles, et sans partie, ne laissent de reprĂ©senter des multitudes, Ă  peu près comme toutes les lignes de la circonfĂ©rence se rĂ©unissent dans le centre. Â»

[modifier] Théodicée

Le terme de « thĂ©odicĂ©e Â» signifie Ă©tymologiquement « justification de Dieu Â» (du grec thĂ©os, Dieu, et dikè, justification), c’est en d’autres termes un discours se proposant de prendre la dĂ©fense de Dieu, face notamment Ă  la question de sa responsabilitĂ© concernant l’existence du mal en ce monde. Il est essentiel de souligner le principal enjeu de la thĂ©odicĂ©e leibnizienne. La question est d’abord : comment accorder l’existence du mal avec l’idĂ©e de la perfection gĂ©nĂ©rale de l’univers ? Mais, par delĂ  les difficultĂ©s internes Ă  la mĂ©taphysique leibnizienne, on trouve le problème suivant : comment accorder l’idĂ©e de la responsabilitĂ© ou de la culpabilitĂ© de l’homme dans le mal avec le sentiment que cet homme agit de la seule manière dont il Ă©tait possible qu’il agĂ®t. La rĂ©ponse de Leibniz au conflit entre nĂ©cessitĂ© et libertĂ© est originale.

L’exemple de Judas le traĂ®tre, tel qu’il est analysĂ© dans la section 30 du Discours de MĂ©taphysique est Ă©clairant : certes, il Ă©tait prĂ©visible de toute Ă©ternitĂ© que ce Judas-lĂ  dont Dieu a laissĂ© l’essence venir Ă  l’existence, pècherait comme il a pĂ©chĂ©, mais il n’empĂŞche que c’est bien lui qui pèche. Le fait que cet ĂŞtre limitĂ©, imparfait (comme toute crĂ©ature) entre dans le plan gĂ©nĂ©ral de la crĂ©ation, et donc tire en un sens son existence de Dieu, ne le lave pas en lui-mĂŞme de son imperfection. C’est bien lui qui est imparfait, de mĂŞme que la roue dentĂ©e, dans une montre, n’est rien d’autre qu’une roue dentĂ©e : le fait que l’horloger l’utilise pour fabriquer une montre ne rend pas cet horloger responsable du fait que cette roue dentĂ©e n’est rien d’autre, rien de mieux qu’une roue dentĂ©e.

La raison suffisante, parfois nommĂ©e « la raison dĂ©terminante Â» ou le « grand principe du pourquoi Â», est le principe qui a guidĂ© Leibniz dans ses recherches : rien n’est sans une raison qui explique pourquoi il est plutĂ´t qu’il n’est pas, et pourquoi il est ainsi plutĂ´t qu’autrement. Leibniz ne nie pas que le mal existe. Il affirme toutefois que tous les maux ne peuvent pas ĂŞtre moindres : ils trouvent leur explication et leur justification dans l’ensemble, dans l’harmonie du tableau de l’univers. « Les dĂ©fauts apparents du monde entier, ces taches d’un soleil dont le nĂ´tre n’est qu’un rayon, relèvent sa beautĂ© bien loin de la diminuer Â». (ThĂ©odicĂ©e, 1710 - parution en 1747).

RĂ©pondant Ă  Bayle, il Ă©tablit la dĂ©monstration suivante: si Dieu existe, il est parfait et unique. Or, si Dieu est parfait, il est « nĂ©cessairement Â» tout-puissant, toute bontĂ© et toute justice, toute sagesse. Ainsi, si Dieu existe, il a, par nĂ©cessitĂ©, pu, voulu et su crĂ©er le moins imparfait de tous les mondes imparfaits; le monde le mieux adaptĂ© aux fins suprĂŞmes.

En 1759, dans le conte philosophique Candide, Voltaire fait de son personnage Pangloss le porte-parole du providentialisme de Leibniz. Il y dĂ©forme volontairement sa doctrine en la rĂ©duisant Ă  la formule: « tout est au mieux dans le meilleur des mondes possibles Â».

Il est Ă  noter que cette formule ne se trouve pas dans l’œuvre leibnizienne. Jean-Jacques Rousseau rappellera Ă  Voltaire l’aspect contraignant de la dĂ©monstration de Leibniz : « Ces questions se rapportent toutes Ă  l’existence de Dieu. (…) Si l’on m’accorde la première proposition, jamais on n’ébranlera les suivantes; si on la nie, il ne faut pas discuter sur ses consĂ©quences. Â» (Lettre du 18 aoĂ»t 1756)

La critique voltairienne de Leibniz repose sur un contresens, confondant les notions de perfection et d’optimum. D’après Leibniz, tout ne va pas Ă  merveille et tout n’est pas parfait en ce monde. Ce philosophe sait bien que l’univers n’est pas l’Eldorado ni une des « utopies Â» de « roman Â», mais l’univers rĂ©el, avec son cortège de maux et d’imperfections. L’erreur de Voltaire, rĂ©futĂ©e Ă  l’avance par Leibniz, est de distribuer la perfection de l’ensemble de l’univers Ă  chacun de ses Ă©lĂ©ments. Si le plus grand ensemble est celui qui comporte le plus grand nombre d’élĂ©ments, le plus bel ensemble n’est pas toujours celui dont chaque Ă©lĂ©ment, envisagĂ© sĂ©parĂ©ment, est le plus beau. Pour reprendre ses mots, « la partie du meilleur tout n’est pas nĂ©cessairement le meilleur qu’on pouvait faire de cette partie, puisque la partie d’une belle chose n’est pas toujours belle Â» ; souvent, en effet, « ce sont quelques dĂ©sordres dans les parties qui relèvent merveilleusement la beautĂ© du tout Â». Pour mettre en valeur un diamant dans une parure, il faut justement que le fond ne soit pas lui-mĂŞme en diamant. Quel mĂ©rite y aurait-il Ă  ĂŞtre vertueux dans un monde oĂą il serait impossible de faire le mal ? La vertu n’a de valeur qu’en tant qu’elle doit rĂ©sister au mal moral. Quoi qu’en ait dit Voltaire, le meilleur des mondes n’est pas le monde parfait, puisque c’est en raison mĂŞme de ses harmonieuses imperfections qu’il est optimal.

[modifier] Nouveaux Essais sur l’entendement humain

Les Nouveaux Essais sur l'entendement humain sont la rĂ©ponse de Leibniz Ă  l’Essai sur l’entendement humain de John Locke. Le philosophe anglais dĂ©fend une position empiriste, selon laquelle toutes nos idĂ©es nous viennent de l’expĂ©rience. Leibniz, sous la forme d’un dialogue imaginaire entre Philalèthe, qui cite les passages du livre de Locke, et ThĂ©ophile, qui lui oppose les arguments leibniziens, dĂ©fend une position innĂ©iste : certaines idĂ©es sont en notre esprit dès la naissance. Ce sont les idĂ©es qui sont constitutives de notre entendement mĂŞme, comme celle de causalitĂ©. Or on peut admettre que tout ce qui est dans notre entendement vient de l’expĂ©rience, exceptĂ© l’entendement lui-mĂŞme. Quant aux idĂ©es innĂ©es comme celle de causalitĂ©, c’est l’expĂ©rience qui permet de les activer certes, mais il a fallu pour cela qu’elles existent d’abord potentiellement dans notre entendement.

Les Nouveaux essais sont terminés en 1705. Mais la mort de Locke convainc Leibniz de reporter à plus tard leur publication. Ils ne paraîtront finalement qu’en 1765.

[modifier] Mathématiques

Les travaux mathématiques de Leibniz se trouvent dans le Journal des savants de Paris, les Acta Eruditorum de Leipzig (qu’il a contribué à fonder) ainsi que dans son abondante correspondance avec Huygens, les frères Bernoulli, l’Hospital, Varignon, etc.

[modifier] Le « nouveau calcul Â»

L’algorithme diffĂ©rentio-intĂ©gral achève une recherche dĂ©butĂ©e avec la codification de l’algèbre par Viète et l’algĂ©brisation de la gĂ©omĂ©trie par Descartes. Tout le XVIIe siècle Ă©tudie l’indivisible et l’infiniment petit. Comme Newton, Leibniz domine tĂ´t les indĂ©terminations dans le calcul des dĂ©rivĂ©s. De plus il dĂ©veloppe un algorithme qui est l’outil majeur pour l’analyse d’un tout et de ses parties, fondĂ© sur l’idĂ©e que toute chose intègre des petits Ă©lĂ©ments dont les variations concourent Ă  l’unitĂ©. Ses travaux sur ce qu’il appelait la « spĂ©cieuse supĂ©rieure Â» seront poursuivis par les frères Bernoulli, le marquis de l’Hospital, Euler et Lagrange.

[modifier] Notation de Leibniz

IcĂ´ne de dĂ©tail Article dĂ©taillĂ© : notation de Leibniz.

Leibniz développe une symbolique mathématique qu’il tente d’intégrer dans une notion plus générale qu’il appelle sa caractéristique universelle qu’il voulait pouvoir appliquer à tous les domaines.

Il est Ă  l’origine du terme de « fonction Â» (1692, de functio : exĂ©cution), de celui de « coordonnĂ©es Â», de la notation du produit de a par b sous la forme a.b ou ab, d’une dĂ©finition logique de l’égalitĂ©, du terme de « diffĂ©rentielle Â» (qu’Isaac Newton appelle « fluxion Â»), de la notation diffĂ©rentielle \partial{x}\ , du symbole \int_{t=x_0}^{x}f(t).\partial{t} pour l’intĂ©grale.

[modifier] Calcul infinitĂ©simal : Newton ou Leibniz ?

Dans l’histoire du calcul infinitĂ©simal, le procès de Newton contre Leibniz est restĂ© cĂ©lèbre. Newton et Leibniz avaient trouvĂ© l’art de lever les indĂ©terminations dans le calcul des tangentes ou dĂ©rivĂ©es. Mais Newton a publiĂ© tard (son procès intervient en 1713, presque 30 ans après les publications de Leibniz: 1684 et 1686) et, surtout, Newton n’a ni l’algorithme diffĂ©rentio-intĂ©gral fondĂ© sur l’idĂ©e que les choses sont constituĂ©es de petits Ă©lĂ©ments, ni l’approche arithmĂ©tique nĂ©cessaire Ă  des diffĂ©rentielles conçues comme « petites diffĂ©rences finies Â».

[modifier] Autres travaux

Leibniz s’intéresse aux systèmes d’équations et pressent l’usage des déterminants. Dans son traité sur l’art combinatoire, science générale de la forme et des formules, il développe des techniques de substitution pour la résolution d’équation. Il travaille sur la convergence des séries, le développement en série entière des fonctions comme l’exponentielle, le logarithme, les fonctions trigonométriques (1673). Il découvre la courbe brachistochrone et s’intéresse à la rectification des courbes (calcul de leur longueur). Il a étudié le traité des coniques de Pascal et écrit sur le sujet. Il est le premier à créer la fonction x \mapsto a^x (conspectus calculi). Il étudie les enveloppes de courbes et la recherche d’extremum pour une fonction (Nova methodus pro maximis et minimis 1684). Il conçoit une machine arithmétique inspiré de la Pascaline. Il tente aussi une incursion dans la théorie des graphes et la topologie (analysis situs).

Pour l’anecdote, on trouve dans le Compte Rendu de l’AcadĂ©mie des Sciences (Paris, 1703, pp. 85-89 des MĂ©moires) un article de Leibniz intitulĂ© Explication de l’arithmĂ©tique binaire, qui se sert des seuls caractères 0 & 1, (…). Reconnaissant cette manière de reprĂ©senter les nombres comme Ă©tant un hĂ©ritage très lointain du fondateur de l’Empire Chinois « Fohy Â», Leibniz s’interroge longuement sur l’utilitĂ© des concepts qu’il vient de prĂ©senter, notamment en ce qui concerne les règles arithmĂ©tiques qu’il dĂ©veloppe. Finalement il semble conclure que la seule utilitĂ© qu’il voit dans tout ceci est une sorte de beautĂ© essentielle, qui rĂ©vèle la nature intrinsèque des nombres et de leurs liens mutuels. C’est un quart de millĂ©naire avant l’apparition de l’informatique…

[modifier] Physique

Leibniz était aussi physicien comme tous les mathématiciens de son temps. Ses apports en physique sont considérables.

Concept Apports de Leibniz
Énergie CinĂ©tique (1/2)mv² Invention du concept. L’énergie potentielle comme diffĂ©rentielle de l’énergie cinĂ©tique. ThĂ©orème des forces vives. — A l’origine est la grande idĂ©e de Descartes, que quelque chose se conserve dans les chocs. Mais Leibniz : « Il se trouve par la raison et par l’expĂ©rience que c’est la Force vive absolue [mv²] qui se conserve et nullement la quantitĂ© de mouvement Â» (Essai de dynamique, 1691).
Loi de conservation A enrichi la notion de conservation introduite par Descartes de plusieurs lois de conservation.
Action DĂ©finition de cette dimension qui est celle des quanta de matière : « l’Action… est comme le produit de la masse par l’espace et la vitesse, ou du temps par l’énergie Â». — L’énergie est une diffĂ©rentielle par le temps de la grandeur universelle existante qui est l’action : « au fond l’exercice de l’énergie ou l’énergie appliquĂ©e pendant une durĂ©e est l’action, parce que la nature abstraite de l’énergie ne consiste qu’en cela Â».
Principe de la moindre action Le principe de la moindre action a Ă©tĂ© inventĂ© non par Maupertuis mais par Leibniz, comme König et Voltaire l’ont dit. — La loi d’économie de la nature, ou de parcimonie, caractĂ©ristique du 17° sc., Leibniz trouve son fondement dans l’action : « J’ai remarquĂ© que, dans les modifications de mouvement, elle devient ordinairement un maximum ou un minimum Â» — Euler dès 1744 apportait plus que Maupertuis et tous sauf Maupertuis, jusqu’à de Broglie, y voient un principe extrĂ©mal : recherche de minima ou maxima. Chemin « le plus aisĂ© Â» pour la lumière, ou « le moindre ou le plus simple ou le mieux dĂ©terminĂ© Â» ou « remarquable Â» – et non moindre mathĂ©matiquement absolu (souvent hors d’atteinte).
Loi de continuitĂ© Sa loi de continuitĂ© est la bonne, car elle s’accommode de la discontinuitĂ© fondamentale. Le principe de correspondance de Bohr en est une rĂ©actualisation. — La continuitĂ© n’est que limite, la tendance des choses Ă  changer par petites diffĂ©rences finies (diffĂ©rentielles), aussi petites que possibles (en physique) ou aussi petites qu’on voudra (en mathĂ©matique) mais variables et non nulles. Étant multiples d’un entier, « les grandeurs croissent par saut Â» (et en microphysique, comme Planck l’a montrĂ©, par sauts au moins Ă©gal Ă  un quantum Ă©lĂ©mentaire d’action).
DĂ©finitions de l’espace et du temps « J’ai marquĂ© plus d’une fois que je tenais l’espace pour quelque chose de purement relatif, comme le temps ; pour un ordre de coexistences comme le temps est un ordre de successions… Je ne crois pas qu’il y ait aucun espace sans matière. Les expĂ©riences qu’on appelle du vide, n’excluent qu’une matière grossière Â». — Ces dĂ©finitions affirment la relativitĂ© et la RelativitĂ© gĂ©nĂ©rale conclut aussi Ă  l’impossibilitĂ© du vide.
DualitĂ© onde-corpuscule « Il y a deux règnes dans la nature corporelle mĂŞme qui se pĂ©nètrent sans se confondre et sans s’empĂŞcher : le règne ses causes mĂ©caniques, et le règne architectonique Â» que dĂ©terminent alĂ©atoirement les finales sĂ©rielles (très proche de celui que de Broglie appelle Thermodynamique). - Les Ă©lĂ©ments sont masse-Ă©nergie comme ses corps sont durs-Ă©lastiques, acquĂ©rant unitĂ© dans la durĂ©e par les suites indĂ©finies qui lient leurs Ă©lĂ©ments.
Principe d’indĂ©termination Le contenu de ce que Heisenberg renomme incertitude se trouve chez Leibniz, car ses diffĂ©rentielles sont variables et alĂ©atoires. Il propose mĂŞme une cause aux Ă©carts et Ă  leurs variations : dans les suites sĂ©rielles, ne pouvant durer indĂ©finiment, la progression rĂ©troagit et passe outre quand l’incrĂ©ment « entre inutilement en ligne de compte Â».

[modifier] Logique

La logique que développa Leibniz fut sans doute une des plus importantes depuis l’invention de la syllogistique aristotélicienne.

Les deux grandes caractéristiques de la logique de Leibniz consistent d’une part dans le fait qu’il a voulu constituer un langage universel (la lingua caracteristica universalis) prenant en compte non seulement les connaissances mathématiques, mais aussi la jurisprudence, l’ontologie (Leibniz critiqua la définition que René Descartes donnait de la substance) voire la musique.

A côté de cette langue universelle, Leibniz a rêvé d’une logique qui serait calcul algorithmique et donc mécaniquement décidable (calculus ratiocinator). Leibniz annonce ainsi la langue artificielle et purement formelle développée par Frege.

[modifier] Voir aussi

En philosophie

En mathématiques

En biscuiterie

Communauté scientique Leibniz, WGL

[modifier] Ĺ’uvres

s:Accueil

Voir sur Wikisource : Gottfried Wilhelm von Leibniz.

L’œuvre de Leibniz a été écrite pour moitié en latin et pour un tiers en français.

Traductions en français d’œuvres mathĂ©matiques :

[modifier] Bibliographie

[modifier] Liens externes

commons:Accueil

Wikimedia Commons propose des documents multimédia libres sur Gottfried Wilhelm von Leibniz.

[modifier] Notes et références

  1. ↑ Michel Fichant « La rĂ©ception de Gassendi dans l’œuvre de la maturitĂ© de Leibniz Â», dans Gassendi et l’Europe Vrin, Paris, 1996 [1]


Les principaux philosophes

Présocratiques · Socrate · Platon · Aristote · Épicure · Cicéron · Sénèque · Plotin · Al-Farabi · Avicenne · Averroès · Maïmonide · Thomas d'Aquin · Guillaume d'Occam · Machiavel · Montaigne · Giordano Bruno · Bacon · Hobbes · Descartes · Locke · Spinoza · Malebranche · Leibniz · Berkeley · Montesquieu · Hume · Rousseau · Kant · Hegel · Schopenhauer · Kierkegaard · Marx · James · Nietzsche · Husserl · Bergson · Whitehead · Russell · Moore · Heidegger · Wittgenstein · Carnap · Popper · Sartre · Quine · Merleau-Ponty · Rawls · Deleuze · Foucault · Derrida · Searle · Kripke ·

wikipediaCet article est issu de l'encyclopédie libre Wikipedia.
Vous pouvez consulter l'article ici ainsi que son historique.
Les textes et les images sont disponibles sous les termes de la Licence de documentation libre GNU.

Recherche :   encyclopédie Encyclopédie     toutes les définitions Les définitions     définitions Top définitions     nouveau Nouveautés
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z       toutes les définitions

cours particuliers - cours de maths

Menu

Membres



page d'accueil.    favoris    imprimer