Dernier théorème de Fermat : encyclopédie mathématiques
Cet article est issu de l'encyclopédie libre Wikipedia.En mathématiques, le dernier théorème de Fermat, ou théorème de Fermat-Wiles, est un théorème de la théorie des nombres qui s'énonce comme suit :
Théorème — Il n'existe pas de nombres entiers non nuls ,
et
tels que :
dès que est un entier strictement supérieur à 2.
Conjecturé sans démonstration par Pierre de Fermat, il a été démontré par Andrew Wiles en 1994.
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Le théorème doit son nom à Pierre de Fermat, qui l'énonça en marge d'une traduction[1] de l'Arithmetica de Diophante et ajouta :
« … J’ai trouvé une merveilleuse démonstration de cette proposition. Mais la marge est trop étroite pour la contenir. »
Après avoir été l'objet de fiévreuses recherches pendant près de 350 ans, n'aboutissant qu'à des résultats partiels, le théorème a finalement été démontré par le mathématicien Andrew Wiles[2]. La démonstration, publiée en 1995, recourt à des outils très puissants de théorie des nombres : Wiles a prouvé un cas particulier de la conjecture de Shimura-Taniyama-Weil, dont on savait depuis quelque temps déjà , via les travaux de Yves Hellegouarch, Gerhard Frey, Jean-Pierre Serre et Ken Ribet, qu'elle impliquait le théorème. La démonstration fait appel aux formes modulaires, aux représentations galoisiennes, à la cohomologie galoisienne, aux représentations automorphes, à la formule des traces…
La présentation de la démonstration par Andrew Wiles s'est faite en deux temps[3] :
Le théorème de Fermat n'apparaît sous sa main que dans une note manuscrite en marge d'un ouvrage d'arithmétique de Diophante, édité par Bachet de Méziriac, et cette note n'a été publiée qu'après la mort de Fermat. Celui-ci n'a jamais fait part de cette découverte à qui que ce soit de son vivant. Par ailleurs, les démonstrations partielles au cours des siècles qui ont suivi ont nécessité des outils mathématiques qui n'existaient pas au temps de Fermat. La plupart des mathématiciens estiment donc aujourd'hui que Fermat a cru avoir montré le résultat général avant sans doute de se rendre compte d'une erreur. Par ailleurs, il semble qu'au moins une fois, Fermat se soit mépris sur la valeur d'une de ses démonstrations : après avoir dit à plus d'une reprise qu'il n'avait pas encore trouvé de démonstration de sa conjecture sur les nombres de Fermat, il s'exprima, dans une lettre de 1659 à Carcavi[5], en des termes qui, selon certains auteurs, impliquent qu'il estimait avoir démontré[6] cette conjecture, pourtant erronée.
La démonstration d'Andrew Wiles s'appuie sur de nombreux travaux antérieurs et peut se résumer comme suit :
La contradiction qui en résulte montre que l'équation de Fermat ne peut avoir de solutions.
Une courbe elliptique est une courbe d'équation de la forme :
Les coefficients a, b, c, d et e sont des éléments du corps sur lequel est définie la courbe. Pour qu'une telle courbe soit effectivement une courbe elliptique, il faut que la courbe ainsi définie ne soit pas singulière, c’est-à -dire qu'elle n'ait ni point de rebroussement, ni point double. Cette dernière condition s'exprime par le fait qu'un certain polynôme sur les coefficients, analogue à un discriminant, ne s'annule pas.
Si l'on prend l'exemple du corps des réels, alors l'équation d'une courbe elliptique définie sur le corps des nombres réels peut être mise sous une forme plus simple (dite équation de Weierstrass) :
Le discriminant de cette courbe est . S'il est non nul, la courbe est non-singulière, et donc est vraiment une courbe elliptique.
En 1984, Gerhard Frey, en reprenant des idées plus anciennes de Yves Hellegouarch, démontra que les solutions de l'équation de Fermat pour , permettaient de définir des courbes elliptiques semi-stables aux propriétés étranges ; ce sont les courbes d'équation :
où est un contre-exemple au théorème de Fermat.
Pour conclure, il suffit de montrer que la courbe elliptique ainsi définie a des propriétés trop merveilleuses pour pouvoir exister.
Comme dans d'autres situations en mathématiques, le fait d'intégrer le problème de Fermat dans un cadre plus général et apparemment beaucoup plus difficile a permis de grandes avancées, parce que l'on dispose alors de tout un outillage développé pour ce cadre.
En 1986, après pratiquement deux ans d'effort, l'Américain Ken Ribet réussit à démontrer une grande partie de la conjecture epsilon de Jean-Pierre Serre, dont une des conséquences est que la courbe de Frey-Hellegouarch n'est pas paramétrable par des fonctions modulaires.
Il ne restait plus qu'à démontrer la conjecture de Shimura-Taniyama-Weil : « Toute courbe elliptique est paramétrable par des fonctions modulaires. »
La conjecture de Shimura-Taniyama-Weil précise que les courbes elliptiques sur peuvent toujours être associées (ou paramétrées) à des fonctions spéciales dites modulaires (généralisation des fonctions trigonométriques).
Pour démontrer cette conjecture, Andrew Wiles utilisa entre autres les notions mathématiques suivantes :
La démonstration complète pour les courbes elliptiques semi-stables a été publiée en 1995 dans Annals of Mathematics.
Ce théorème n'a aucune application en soi : c'est par les idées qu'il a fallu mettre en œuvre pour le démontrer, par les outils qui ont été mis en place pour ce faire, qu'il prend une telle valeur. L'article Démonstrations du dernier théorème de Fermat montre quelques exemples d'outils découverts et utilisés pour la résolution de ce problème.
On peut également comprendre ce théorème graphiquement en considérant la courbe d'équation : . Si
, alors cette courbe ne passe par aucun point à coordonnées rationnelles non nulles.
L'usage voulant qu'on donne à un théorème le nom de celui qui en a apporté la démonstration, l'appellation de « théorème de Fermat » ne se justifie pas à proprement parler. Il faudrait parler soit d'une « conjecture de Fermat », soit du « théorème de Wiles ».
Ce théorème n'a pas vraiment de relation avec le théorème de Pythagore. L'objet du théorème de Pythagore est de donner une caractérisation géométrique des triangles pythagoriciens, c'est-à -dire dont les longueurs des côtés forment un triplet pythagoricien, ces triplets étant eux-mêmes les solutions de l'équation de Fermat dans le cas n = 2. L'analogie avec le théorème de Fermat est donc la question de l'existence de triplets pythagoriciens, et la question de leur interprétation géométrique est nettement une autre question. Néanmoins, Fermat s'est évidemment inspiré de la notion de triplet pythagoricien : sa conjecture est en effet notée en marge d'un exposé de Diophante sur les triplets pythagoriciens.
Démonstrations du dernier théorème de Fermat (pour n = 3, 4 et 5).
Un documentaire télévisé de vulgarisation de Simon Singh
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