Léonard de Vinci : encyclopédie mathématiques
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| Nom de naissance | Leonardo di ser Piero da Vinci |
|---|---|
| Naissance | 15 avril 1452 Vinci, Toscane (Italie) |
| DécÚs | 2 mai 1519 |
| Nationalité | Florentin (Italien) |
| MaĂźtre | Andrea del Verrocchio |
| ĂlĂšves | Salai, Francesco Melzi⊠|
| Mouvement artistique | Haute Renaissance |
| Ćuvres rĂ©putĂ©es | La Joconde, La CĂšne, LâHomme de Vitruve⊠|
| MécÚnes | Laurent de Médicis, Ludovic Sforza, François Ier de France⊠|
| Illustration : Léonard de Vinci, autoportrait fait entre 1512 et 1515[Note 1]. |
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Léonard de Vinci (Leonardo di ser Piero da Vinci
écouter, dit Leonardo da Vinci[Note 2]), né à Vinci le 15 avril 1452 et mort à Amboise le 2 mai 1519, est un peintre florentin, qui fut un homme d'esprit universel, à la fois artiste, scientifique, ingénieur, inventeur, anatomiste, peintre, sculpteur, architecte, urbaniste, botaniste, musicien, poÚte, philosophe et écrivain.
AprĂšs son enfance Ă Vinci, LĂ©onard est Ă©lĂšve auprĂšs du cĂ©lĂšbre peintre florentin Andrea del Verrocchio. Ses premiers travaux importants sont rĂ©alisĂ©s au service du duc Ludovic Sforza Ă Milan. Il Ćuvre ensuite Ă Rome, Bologne et Venise et passe les derniĂšres annĂ©es de sa vie en France, Ă l'invitation du roi François Ier.
LĂ©onard de Vinci est souvent dĂ©crit comme l'archĂ©type et le symbole de l'homme de la Renaissance, un gĂ©nie universel et un philosophe humaniste dont la curiositĂ© infinie est seulement Ă©galĂ©e par la force d'invention[1]. Il est considĂ©rĂ© comme un des plus grands peintres de tous les temps et peut-ĂȘtre la personne la plus talentueuse dans le plus grand nombre de domaines diffĂ©rents ayant jamais vĂ©cu[2].
C'est d'abord comme peintre que LĂ©onard de Vinci est reconnu. Deux de ses Ćuvres, La Joconde et La CĂšne sont des peintures trĂšs cĂ©lĂšbres, souvent copiĂ©es et parodiĂ©es[1] et son dessin de lâHomme de Vitruve est Ă©galement repris dans de nombreux travaux dĂ©rivĂ©s. Seules une quinzaine d'Ćuvres sont parvenues jusqu'Ă nous, ce petit nombre est dĂ» Ă ses expĂ©rimentations constantes et parfois dĂ©sastreuses de nouvelles techniques et Ă sa procrastination chronique[Note 3]. NĂ©anmoins, ces quelques Ćuvres, jointes Ă ses carnets qui contiennent des dessins, des diagrammes scientifiques et des rĂ©flexions sur la nature de la peinture, sont un legs aux gĂ©nĂ©rations suivantes d'artistes seulement Ă©galĂ© par Michel-Ange.
Comme ingĂ©nieur et inventeur, LĂ©onard dĂ©veloppe des idĂ©es trĂšs en avance sur son temps, depuis l'hĂ©licoptĂšre, le char de combat, le sous-marin jusqu'Ă l'automobile. TrĂšs peu de ses projets sont construits, ni mĂȘme seulement rĂ©alisables de son vivant[Note 4], mais certaines de ses plus petites inventions comme une machine pour mesurer la limite Ă©lastique d'un cĂąble entrent dans le monde de la manufacture[Note 5]. En tant que scientifique, LĂ©onard de Vinci a beaucoup fait progresser la connaissance dans les domaines de l'anatomie, du gĂ©nie civil, de l'optique et de l'hydrodynamique.
LĂ©onard de Vinci est nĂ© le samedi 15 avril 1452 « Ă la troisiĂšme heure de la nuit », c'est-Ă -dire trois heures aprĂšs l'Ave Maria, soit 22 h 30[3], au chĂąteau de Vinci prĂšs de Florence, dâune relation amoureuse illĂ©gitime entre son pĂšre, Messer Piero Fruosino di Antonio da Vinci, notaire, chancelier et ambassadeur de la RĂ©publique florentine et descendant dâune riche famille de notables italiens, et sa mĂšre, Caterina, une humble fille de paysans, dans le petit village toscan dâAnchiano, un village situĂ© Ă deux kilomĂštres de Vinci[Note 6], sur le territoire de Florence en Italie[4],[5]. Une Ă©tude en 2006 note qu'il semble probable que Caterina soit une esclave venue du Moyen-Orient[6]. LĂ©onard, ou plutĂŽt Lionardo selon son nom de baptĂȘme[3], est baptisĂ© puis passe ses cinq premiĂšres annĂ©es chez son pĂšre Ă Vinci[3], oĂč il est traitĂ© comme un enfant lĂ©gitime[7]. Il a cinq marraines et cinq parrains, tous habitant le village[3]. Il reçoit une instruction et acquiert ainsi la lecture, l'Ă©criture et l'arithmĂ©tique. NĂ©anmoins, il n'Ă©tudie pas sĂ©rieusement le latin, base de l'enseignement traditionnel et une orthographe chaotique montre que cette instruction n'est pas sans lacunes : en tout cas elle ne fut pas celle d'un universitaire[8].
Ă cette Ă©poque, les conventions dâappellation modernes ne se sont pas encore dĂ©veloppĂ©es en Europe. Seules les grandes familles font usage du nom de leur appartenance patronymique. Lâhomme du peuple est dĂ©signĂ© par son prĂ©nom auquel on adjoint toute prĂ©cision utile : le nom du pĂšre, le lieu dâorigine, un surnom, le nom du maĂźtre pour un artisan, etc. Par consĂ©quent, le nom de lâartiste est Leonardo di ser Piero Da Vinci, ce qui signifie Leonardo, fils de maĂźtre Piero De Vinci ; nĂ©anmoins le « Da » porte une majuscule afin de distinguer qu'il s'agit d'un patronyme[3]. LĂ©onard lui-mĂȘme signe simplement ses travaux Leonardo ou Io, Leonardo (« Moi, LĂ©onard »). La plupart des autoritĂ©s rapportent donc ses travaux Ă Leonardo sans le da Vinci. Vraisemblablement, il nâemploie pas le nom de son pĂšre parce quâil est un enfant illĂ©gitime. « Vinci » provient du nom des « vinchi », plantes assimilables Ă des joncs, utilisĂ©es dans l'artisanat toscan et poussant prĂšs du ruisseau Vincio[3].
En 1457, il a 5 ans quand sa mĂšre se marie avec Antonio di Piero Buti del Vacca da Vinci, un paysan de la ville, avec lequel elle aura cinq enfants[3]. Il est alors admis dans la maison de la famille de son pĂšre, du village de Vinci, qui, entre-temps, a Ă©pousĂ© une jeune fille d'une riche famille de Florence, ĂągĂ©e de 16 ans, Albiera degli Amadori[3]. Celle-ci, sans enfants, reporte toute son affection sur LĂ©onard, mais elle meurt trĂšs jeune en couches en 1464[3]. ConsidĂ©rĂ© dĂšs sa naissance comme un fils Ă part entiĂšre par son pĂšre, il ne fut cependant jamais lĂ©gitimĂ©. Son pĂšre se maria quatre fois et lui donna dix frĂšres et deux sĆurs lĂ©gitimes venus aprĂšs LĂ©onard. Il aura de bons rapports avec la derniĂšre femme de son pĂšre, Lucrezia Guglielmo Cortigiani, et laissera une note l'appelant « chĂšre et douce mĂšre »[3].
Sa grand-mĂšre paternelle, Lucia di ser Piero di Zoso, cĂ©ramiste et proche de LĂ©onard, est peut-ĂȘtre la personne qui l'initia aux arts[3]. Un prĂ©sage connu rapporte qu'un milan venu du ciel aurait fait un vol stationnaire au-dessus de son berceau, la queue de l'oiseau le touchant au visage[9],[10].
Giorgio Vasari, le biographe du XVIe siĂšcle des peintres de la Renaissance, raconte, dans Le Vite (1568), l'histoire d'un paysan local qui demanda Ă ser Piero[Note 7] que son talentueux fils peigne une image sur une plaque. LĂ©onard peignit une image reprĂ©sentant un dragon crachant du feu, si rĂ©ussie que ser Piero la vendit Ă un marchand d'art florentin, qui lui-mĂȘme la revendit au duc de Milan. Entre-temps, aprĂšs avoir rĂ©alisĂ© un bĂ©nĂ©fice, ser Piero acheta une plaque dĂ©corĂ©e d'un cĆur transpercĂ© d'une flĂšche, qu'il donna au paysan[11].
Le jeune LĂ©onard est proche de la nature, quâil observe avec une vive curiositĂ© et sâintĂ©resse Ă tout. Il dessine dĂ©jĂ des caricatures et pratique l'Ă©criture spĂ©culaire en dialecte toscan. Giorgio Vasari, dans sa biographie de LĂ©onard, raconte une anecdote sur les premiers pas dans la carriĂšre artistique de celui qui allait devenir un des plus grands peintres de la Renaissance. Un jour, le pĂšre de LĂ©onard, ser Piero, « prit plusieurs de ses dessins et les soumit Ă son ami Andrea del Verrocchio quâil pria instamment de lui dire si LĂ©onard devait se consacrer Ă lâart du dessin et sâil pourrait parvenir Ă quelque chose en cette matiĂšre. Andrea sâĂ©tonna fort des dĂ©buts extraordinaires de LĂ©onard et exhorta ser Piero Ă lui permettre de choisir ce mĂ©tier, sur quoi, ser Piero rĂ©solut que LĂ©onard entrerait Ă lâatelier dâAndrea. LĂ©onard ne se fit pas prier ; non content dâexercer ce mĂ©tier, il exerça ensuite tous ceux qui se rattachent Ă lâart du dessin. » Câest ainsi que LĂ©onard est placĂ© comme Ă©lĂšve apprenti Ă partir de 1469 dans un des plus prestigieux ateliers dâart de la Renaissance de Florence sous le patronage dâAndrea del Verrocchio Ă qui il doit sa formation multidisciplinaire dâexcellence, oĂč il cĂŽtoie dâautres artistes comme Sandro Botticelli, Le PĂ©rugin et Domenico Ghirlandaio[9],[12]. En effet, jusqu'en 1468, LĂ©onard est recensĂ© comme rĂ©sident de la commune de Vinci mais il est trĂšs souvent Ă Florence oĂč son pĂšre travaille[3].
Verrocchio est un artiste renommĂ©[Note 8] trĂšs Ă©clectique : orfĂšvre et forgeron de formation[12], peintre, sculpteur et fondeur qui travaille notamment pour le riche mĂ©cĂšne Laurent de MĂ©dicis. Les commandes principales sont des retables et des statues commĂ©moratives pour les Ă©glises. Cependant, les plus grandes commandes sont des fresques pour les chapelles, comme celles créées par Domenico Ghirlandaio et son atelier pour la Chapelle Tornabuoni et de grandes statues telles que les statues Ă©questres de Gattamelata par Donatello et Bartolomeo Colleoni de Verrocchio[13]. LĂ©onard travaille Ă©galement avec Antonio Pollaiuolo dont lâatelier est proche de celui de Verrocchio.
AprĂšs un an passĂ© au nettoyage des pinceaux et autres petits travaux dâapprenti, LĂ©onard est initiĂ© par Verrocchio aux nombreuses techniques pratiquĂ©es dans un atelier traditionnel, malgrĂ© le fait que certains artisans sont spĂ©cialisĂ©s dans certaines tĂąches telles que lâencadrement, les dorures et le travail du bronze. Il a donc eu lâoccasion dâapprendre notamment des bases de la chimie, de la mĂ©tallurgie, du travail du cuir et du plĂątre, de la mĂ©canique et de la menuiserie, ainsi que des techniques artistiques de dessin, de peinture et de sculpture sur marbre et sur bronze[14],[15]. Il est Ă©galement initiĂ© Ă la prĂ©paration des couleurs, Ă la gravure et Ă la peinture des fresques. Par la suite, Verrocchio confie Ă son Ă©lĂšve, quâil trouve exceptionnel, le soin privilĂ©giĂ© de terminer ses tableaux. Mais la formation reçue lors de son apprentissage Ă l'atelier Verrochio semble plus large encore. LĂ©onard acquiert la connaissance du calcul algorithmique et il cite les deux abacistes florentins les plus en vue, Paolo Toscanelli del Pazzo et LĂ©onardo Chernionese[8]. Plus tard LĂ©onard paraĂźt bien faire allusion Ă la Nobel opera de arithmĂ©tica, de Piero Borgi, imprimĂ© Ă Venise en 1484, et qui reprĂ©sente bien la science de ces Ă©coles d'abaques[8].
Il nây a pas dâĆuvre de LĂ©onard connue pendant cette pĂ©riode mais, selon Vasari, il aurait collaborĂ© Ă une peinture nommĂ©e Le BaptĂȘme du Christ (1472â1475)[11]. Câest dâailleurs, selon la lĂ©gende, Ă cause de la qualitĂ© du petit ange peint par Vinci pour ce tableau que Verrocchio, se sentant surpassĂ© par son jeune assistant, dĂ©cide de ne plus peindre[7]. Selon la tradition qui veut que ce soit lâapprenti qui prenne la pose[4], LĂ©onard aurait servi de modĂšle Ă la statue en bronze de David de Verrocchio. Il est Ă©galement supposĂ© que lâArchange Michel dans lâĆuvre Tobie et lâAnge de Verrocchio est le portrait de LĂ©onard[4].
En 1472, Ă lâĂąge de 20 ans, il est enregistrĂ© dans le « Livre rouge » de la guilde de saint Luc, cĂ©lĂšbre guilde des artistes peintres et des docteurs en mĂ©decine de Florence, le Campagnia de Pittori. Il y a quelques traces de cette pĂ©riode de la vie de LĂ©onard dont la date dâun de ses premiers travaux, un dessin fait Ă la plume et Ă lâencre, Paysage de Santa Maria della neve (1473). Par la suite, sa carriĂšre de peintre dĂ©bute par des Ćuvres immĂ©diatement remarquables telles que LâAnnonciation (1472â1475). Il amĂ©liore la technique du sfumato (impression de brume) Ă un point de raffinement jamais atteint avant lui.
Il est toujours mentionnĂ© en 1476 comme assistant de Verrocchio, car, mĂȘme aprĂšs que son pĂšre lui ait mis en place son propre atelier, son attachement Ă Verrocchio est tel quâil a continuĂ© Ă collaborer avec lui[9]. Pendant cette pĂ©riode, il reçoit des commandes personnelles et peint son premier tableau, La Madone Ă lâĆillet (1476).
Léonard s'affirme presque tout de suite comme un ingénieur : en 1478, il offre de soulever, sans en causer la ruine, l'église octogone de Saint-Jean de Florence, le baptistÚre actuel, pour y ajouter un soubassement[8].
Les archives judiciaires de 1476 montrent que, avec trois autres hommes, il a Ă©tĂ© accusĂ© de sodomie, pratique Ă lâĂ©poque illĂ©gale Ă Florence, mais tous ont Ă©tĂ© acquittĂ©s des charges retenues[16]. Ce document partant dâune accusation anonyme ne permet cependant pas d'affirmer si LĂ©onard Ă©tait homosexuel[16].
Deux années plus tard, à 26 ans, il quitte son maßtre aprÚs l'avoir brillamment dépassé dans toutes les disciplines. Léonard de Vinci devient alors maßtre peintre indépendant.
En 1481, le monastĂšre de San Donato lui commande LâAdoration des mages (1481), mais LĂ©onard ne terminera jamais ce tableau, probablement déçu ou vexĂ© de ne pas ĂȘtre choisi par le pape Sixte IV pour la dĂ©coration de la chapelle Sixtine du Vatican Ă Rome oĂč il est en concurrence avec plusieurs peintres[17]. Le nĂ©oplatonisme en vogue Ă lâĂ©poque Ă Florence joue peut-ĂȘtre Ă©galement un rĂŽle dans son dĂ©part vers une ville plus acadĂ©mique et pragmatique comme Milan[17]. Cela est probablement plus en phase avec son esprit, basĂ© sur un dĂ©veloppement empirique grĂące Ă ses multiples expĂ©riences.
Vinci peint La Vierge aux rochers (1483-1486) pour la confraternitĂ© de lâImmaculĂ©e Conception Ă la chapelle San Francesco Grande de Milan, mais ce tableau sera au centre dâun conflit entre lâauteur et ses commanditaires pendant plusieurs annĂ©es[17]. En effet, LĂ©onard s'engage avec le droit de pouvoir copier l'Ćuvre mais cela lui est refusĂ© par la suite, il est donc contraint de stopper son travail, provoquant du retard. Le problĂšme ne sera rĂ©solu que par des dĂ©cisions de justice et les interventions d'amis.
Ă Florence, le travail de LĂ©onard ne passe pas inaperçu. Laurent de MĂ©dicis apprend que LĂ©onard a créé une lyre argentĂ©e en forme de tĂȘte de cheval. ImpressionnĂ© par son travail, il envoie LĂ©onard Ă Milan comme Ă©missaire et pour qu'il travaille pour le mĂ©cĂšne et duc de Milan, Ludovic Sforza. Le but de cette manĆuvre est de rester en bonnes relations avec ce rival important[18]. Il est trĂšs probablement accompagnĂ© par le musicien Atalante Migliorotti[17]. Il Ă©crit Ă©galement une lettre Ă Ludovic, lettre qui figure dans le codex Atlantico, qui dĂ©crit les nombreuses et diverses choses merveilleuses quâil pourrait faire dans le domaine de lâingĂ©nierie et informe le seigneur quâil peut aussi peindre[19],[12]. Ce texte est bien dans la tradition des ingĂ©nieurs qui l'ont prĂ©cĂ©dĂ©, il reprend le mĂȘme programme, les mĂȘme curiositĂ©s et les mĂȘme recherches : dĂ©sormais, c'est bien en ingĂ©nieur que LĂ©onard va vivre et travailler[8]. Sforza lâemploie Ă des tĂąches diverses sous le titre mythique dâ« Apelle florentin », rĂ©servĂ© aux grands peintres[17] Lâartiste est ainsi « ordonnateur de fĂȘtes et spectacles aux dĂ©cors somptueux » du palais et invente des machines de théùtre qui Ă©merveillent le public, il peint plusieurs portraits de la cour milanaise. LĂ©onard de Vinci est portĂ© sur la liste des ingĂ©nieurs des Sforza et lorsqu'on l'envoie Ă Pavie il est qualifiĂ© d' « ingĂ©niarius ducalis »[8]. Mais des contacts avec les cercles Ă©clairĂ©s de Milan lui montrent Ă©galement toutes les lacunes de sa formation[8].
Il sâoccupe Ă©galement de lâĂ©tude pour le dĂŽme de la cathĂ©drale de Milan et dâune version en argile pour faire un moule pour le « Gran Cavallo » (« Il Cavallo », le cheval de LĂ©onard), une imposante statue Ă©questre en lâhonneur de François Sforza, le pĂšre et prĂ©dĂ©cesseur de Ludovic, faite de soixante-dix tonnes de bronze, ce qui constitue une vĂ©ritable prouesse technique pour lâĂ©poque. Cette statue reste inachevĂ©e plusieurs annĂ©es, Michel-Ange reconnaissant lui-mĂȘme quâil est incapable de la fondre[9]. Lorsque LĂ©onard finit la version en argile pour le moule et ses plans pour le processus de fonte, le bronze prĂ©vu pour la statue est utilisĂ© Ă la crĂ©ation de canons pour dĂ©fendre la ville de lâinvasion de Charles VIII de France[12].
En 1490, il participe Ă une sorte de congrĂšs d'architectes et d'ingĂ©nieurs, rĂ©unis pour l'achĂšvement du DĂŽme de Milan et fait la connaissance d'un autre ingĂ©nieur dont la renommĂ© Ă©tait bien Ă©tablie, Francesco di Giorgio Martini. Ce dernier l'emmĂšne Ă Parme, avec Giovanni Antonio Amadeo et Luca Fancelli, oĂč on lui a demandĂ© une autre consultation pour la construction de la cathĂ©drale[8].
Câest Ă cette Ă©poque que LĂ©onard rĂ©flĂ©chit Ă des projets techniques et militaires. Il amĂ©liore les horloges, le mĂ©tier Ă tisser, les grues et de nombreux autres outils. Il Ă©tudie aussi lâurbanisme et propose des plans de citĂ©s idĂ©ales. Il s'intĂ©resse Ă l'amĂ©nagement hydraulique et un document de 1498 le cite comme ingĂ©nieur et chargĂ© des travaux sur les fleuves et les canaux [8]. Bien que vivant Ă Milan entre 1493 et 1495, LĂ©onard a notĂ© dans ses documents dâimposition quâil a, Ă sa charge, une femme appelĂ©e Caterina. Ă la mort de celle-ci, en 1495, la liste dĂ©taillĂ©e des dĂ©penses relatives Ă ses funĂ©railles laisse Ă penser que câĂ©tait sa mĂšre plutĂŽt quâune servante[20],[9].
Vers 1490, il crĂ©e une acadĂ©mie portant son nom oĂč il enseigne pendant quelques annĂ©es son savoir tout en notant ses recherches dans de petits traitĂ©s. La fresque La CĂšne (1494-1498) est peinte pour le couvent dominicain de Santa Maria delle Grazie[9]. En 1496, Luca Pacioli arrive Ă Milan ; LĂ©onard de Vinci se lie tout de suite d'amitiĂ© et rĂ©alise pour lui les planches gravĂ©es de la Divina proportione[8]. Un peu plus tard, en 1498, il rĂ©alise le plafond du chĂąteau des Sforza[17].
En 1499, lorsque les troupes de Louis XII de France prennent le DuchĂ© de Milan et destituent Ludovic Sforza qui sâenfuit en Allemagne chez son neveu Maximilien Ier du Saint Empire[21], sa statue Ă©questre en argile est dĂ©truite par les Français qui lâutilisent comme cible dâentraĂźnement[Note 9]. Louis XII revendique ses droits Ă la succession des Visconti[21]. Louis XII envisage de dĂ©couper le mur reprĂ©sentant La CĂšne pour lâemporter en France, comme lâimaginera Ă©galement NapolĂ©on Ier quelques siĂšcles plus tard[17]. Avec la chute de Sforza, LĂ©onard entre au service du comte de Ligny, Louis de Luxembourg, qui lui demande de prĂ©parer un rapport sur l'Ă©tat de la dĂ©fense militaire de la Toscane[8]. Le retour inopinĂ© de Ludovic Sforza modifie ses projets et, avec son assistant Salai, il fuit Milan en fĂ©vrier 1499 pour Mantoue puis Venise.
En mars 1499, Léonard de Vinci est alors employé comme architecte et ingénieur militaire[9],[4] par les Vénitiens qui cherchent à protéger leur cité. Il élabore des méthodes pour défendre la ville d'une attaque navale des Turcs avec, notamment, l'invention d'un scaphandre à casque rudimentaire. Les Turcs n'attaquant pas, l'invention ne sera jamais utilisée et, fin avril, il est de retour à Florence. Il étudie les cours d'eau du Frioul et propose un relÚvement du cours de l'Isonzo par des écluses, de façon à pouvoir inonder toute une région qui couvrait les approches de Venise[8]
En avril 1500, il revient Ă Venise pour deux mois aprĂšs avoir sĂ©journĂ© Ă Mantoue en compagnie du moine mathĂ©maticien Luca Pacioli oĂč il fut fortement remarquĂ© pour un portrait dâIsabelle d'Este. Une lettre du 4 avril 1501 par laquelle Pierre de Nuvolaria rĂ©pond Ă la duchesse de Mantoue, indique que « Ses Ă©tudes mathĂ©matiques l'ont dĂ©goĂ»tĂ© de la peinture » : ainsi LĂ©onard de Vinci poursuivait bien des recherches plus larges[8]. Il sĂ©journe dans le couvent de la Santissima Annunziata en 1501 et reçoit la consĂ©cration pour lâesquisse prĂ©paratoire La Vierge, l'Enfant JĂ©sus avec sainte Anne et saint Jean Baptiste, une Ćuvre qui provoque une telle admiration que « hommes et femmes, jeunes et vieux » viennent la voir « comme sâils participaient Ă un grand festival »[11],[Note 10]. Il fait un bref sĂ©jour Ă Rome Ă la villa d'Hadrien Ă Tivoli[21]. Il travaille La Madone aux fuseaux pour Florimond Robertet, le secrĂ©taire dâĂtat de Louis XII de France[21].
En 1502, il est appelé par le prince César Borgia, duc de Valentinois et fils du pape Alexandre VI, avec le titre de « capitaine et ingénieur général »[4]. Il séjourne dans les Marches et la Romagne pour inspecter les forteresses et les territoires nouvellement conquis, remplissant ses carnets de ses multiples observations, cartes, croquis de travail et copies d'ouvrages consultés dans les bibliothÚques des villes qu'il traverse[8]. Il rencontre Nicolas Machiavel, « espion » de Florence au service de Borgia.
Le 18 octobre 1503, il retourne Ă Florence oĂč il remplit les fonctions d'architecte et d'ingĂ©nieur hydraulicien[8]. Il se rĂ©inscript Ă la guilde de saint Luc et passe deux annĂ©es Ă prĂ©parer et faire La bataille d'Anghiari (1503-1505), une fresque murale imposante[4] de sept mĂštres sur dix-sept[21], avec Michel-Ange faisant La bataille de Cascina sur la paroi opposĂ©e[21]. Les deux Ćuvres seront perdues, la peinture de Michel-Ange est connue Ă partir d'une copie d'Aristotole da Sangallo en 1542[22] et la peinture de LĂ©onard est connue uniquement Ă partir de croquis prĂ©paratoires et de plusieurs copies de la section centrale, dont la plus connue est probablement celle de Pierre Paul Rubens[4]. Un feu utilisĂ© pour sĂ©cher plus rapidement la peinture ou la qualitĂ© du matĂ©riel semblent ĂȘtre Ă l'origine de lâaltĂ©ration de l'Ćuvre, laquelle a par la suite probablement Ă©tĂ© recouverte par une fresque de Giorgio Vasari[21].
LĂ©onard est consultĂ© Ă plusieurs reprises comme expert, notamment pour Ă©tudier la stabilitĂ© du campanile de San Miniato al Monte et lors du choix de lâemplacement du David de Michel-Ange[21] oĂč son avis sâoppose Ă celui de Michel-Ange. C'est Ă cette pĂ©riode qu'il prĂ©sente Ă la citĂ© de Florence son projet de dĂ©viation de l'Arno destinĂ© Ă crĂ©er une voie navigable capable de relier Florence Ă la mer avec la maĂźtrise des terribles inondations[8]. Cette pĂ©riode est importante pour la formation scientifique de LĂ©onard qui, dans ses recherches hydrauliques, pratique l'expĂ©rience. En 1504, il revient travailler Ă Milan qui est dĂ©sormais sous le contrĂŽle de Maximilien Sforza grĂące au soutien des mercenaires suisses. Beaucoup des Ă©lĂšves et des adeptes les plus en vue dans la peinture connaissent ou travaillent avec LĂ©onard Ă Milan[9], y compris Bernardino Luini, Giovanni Antonio Boltraffio et Marco d'Oggiono[Note 11]. Son pĂšre meurt le 9 juillet et LĂ©onard est Ă©cartĂ© de lâhĂ©ritage en raison de son illĂ©gitimitĂ©, mais son oncle fera plus tard de lui son lĂ©gataire universel[21]. La mĂȘme annĂ©e, Vinci rĂ©alise des Ă©tudes anatomiques et tente de classer ses innombrables notes. LĂ©onard commence Ă travailler La Joconde (1503-1506 puis 1510-1515) qui est habituellement considĂ©rĂ© comme un portrait de Mona Lisa del Giocondo nĂ©e Lisa Maria Gherardini. Cependant, de nombreuses interprĂ©tations au sujet de ce tableau sont encore discutĂ©es.
En 1505, il Ă©tudie le vol des oiseaux et rĂ©dige le codex de Turin. DĂ©sormais observations, expĂ©riences et reconstructions a posteriori se succĂšdent[8]. Une annĂ©e plus tard, le gouvernement de Florence lui permet de rejoindre le gouverneur français de Milan Charles dâAmboise, qui le retient auprĂšs de lui malgrĂ© les protestations de la seigneurie. LĂ©onard est tiraillĂ© entre Français et Toscans, il est pressĂ© par le tribunal de finir La Vierge aux rochers avec son Ă©lĂšve Ambrogio de Predis alors qu'il travaille sur La bataille d'Anghiari[21].
Le peintre devient lâunique hĂ©ritier de son oncle Francesco en 1507, mais les frĂšres de LĂ©onard entament une procĂ©dure pour casser le testament[21]. LĂ©onard fait appel Ă Charles dâAmboise et Florimond Robertet pour qu'ils interviennent en sa faveur[21]. Louis XII de France est Ă Milan et LĂ©onard est de nouveau lâordonnateur des fĂȘtes donnĂ©es dans la capitale lombarde.
En 1508, il vit dans la maison de Piero di Braccio Martelli avec le sculpteur Giovanni Francesco Rustici Ă Florence[23] mais part habiter Ă Milan, Ă la Porta Orientale dans la paroisse de Santa Babila[4]. Louis XII revient bientĂŽt en Italie et entre Ă Milan en mai 1509. Presque aussitĂŽt il dirige ses armĂ©es contre Venise et LĂ©onard suit le roi en qualitĂ© d'ingĂ©nieur militaire, il assiste Ă la bataille d'Agnadel[8]. Ă la mort du gouverneur Charles dâAmboise en 1511 et aprĂšs la bataille de Ravenne en 1512, la France quitte le Milanais. Cette seconde pĂ©riode milanaise permet Ă LĂ©onard de Vinci d'approfondir ses recherches en science pure. La parution en 1509 du De expendentis et fugiendis rebus de Giorgio Valla eu certainement une grande influence sur lui[8].
En septembre 1513, LĂ©onard de Vinci part pour Rome travailler pour le pape LĂ©on X, membre de la riche et puissante famille des MĂ©dicis. Au Vatican, RaphaĂ«l et Michel-Ange sont tous deux trĂšs actifs Ă ce moment[4]. Devant le succĂšs des Sangallo, LĂ©onard ne se voit confier que de modestes missions et semble n'avoir participĂ© ni Ă la construction des nombreuses forteresses romaines qui marqueront l'Ă©volution de la poliorcĂ©tique, ni Ă l'embellissement de la capitale. Pire sa peinture elle-mĂȘme ne semble plus de mise et il se rĂ©fugie dans une autre spĂ©cialitĂ©, peut-ĂȘtre sa prĂ©fĂ©rĂ©e[8], l'hydraulique, avec un projet dâassĂšchement des marais pontins, appartenant au duc Julien de MĂ©dicis[8]. LĂ©onard exĂ©cute, en 1514, la sĂ©rie des « DĂ©luges » qui est une rĂ©ponse partielle Ă la version offerte par Michel-Ange, dans la chapelle Sixtine.
« Les Médicis m'ont créé, les Médicis m'ont détruit » écrivit Léonard de Vinci, sans doute pour souligner les déceptions de son séjour romain. Sans doute pensait-il que jamais on ne lui laisserait donner sa mesure sur un chantier important. Sans doute connaissait-on aussi son instabilité, son découragement rapide, sa difficulté à terminer ce qu'il avait entrepris[8]
En septembre 1515, le nouveau roi de France François Ier reconquiert le Milanais par la bataille de Marignan[24]. En novembre 1515, LĂ©onard se penche sur un nouveau projet dâamĂ©nagement du quartier MĂ©dicis Ă Florence. Le 19 dĂ©cembre, il est prĂ©sent Ă Bologne pour la rĂ©union entre François Ier et le pape LĂ©on X[9],[25],[26]. Francois Ier charge LĂ©onard de concevoir un lion mĂ©canique pouvant marcher et dont la poitrine s'ouvre pour rĂ©vĂ©ler des lys[11]. On ne sait pas pour quelle occasion ce lion a Ă©tĂ© conçu, mais il peut avoir Ă©tĂ© liĂ© Ă l'arrivĂ©e du roi Ă Lyon ou aux pourparlers de paix entre le roi et le pape[Note 12].
Il part travailler en France en 1516 avec son assistant artiste peintre Francesco Melzi et peut-ĂȘtre mĂȘme Salai[23] oĂč son nouveau mĂ©cĂšne et protecteur, le roi de France François Ier lâinstalle au manoir de son enfance, le clos LucĂ©, Ă proximitĂ© du chĂąteau d'Amboise, la demeure de l'Ă©poque du roi, en tant que « premier peintre, premier ingĂ©nieur et premier architecte du roi »[7] avec une pension totalisant 10 000 scudi[4]. Peut-ĂȘtre Ă la cour de France, s'intĂ©ressait-on plus au peintre, Ă l'artiste qu'Ă l'ingĂ©nieur et, jusque lĂ , seuls des Français s'Ă©taient attachĂ©s l'illustre Florentin en qualitĂ© d'artiste : en Italie il n'avait jamais Ă©tĂ© engagĂ© que comme ingĂ©nieur[8]. En lui donnant le clos LucĂ© François Ier dit Ă LĂ©onard « Fais ce que tu veux ». Il n'est pas le premier artiste Ă recevoir cet honneur, Andrea Solario et Fra Giovanni Giocondo l'avaient prĂ©cĂ©dĂ© quelques annĂ©es avant[23]. François Ier est fascinĂ© par LĂ©onard de Vinci et le considĂšre comme un pĂšre. Le manoir et le chĂąteau d'Amboise Ă©taient d'ailleurs reliĂ©s par un souterrain permettant au souverain de rendre visite Ă lâhomme de science en toute discrĂ©tion. LĂ©onard projette la construction dâun nouveau palais Ă Romorantin avec le dĂ©tournement dâun fleuve dans la Sauldre. Il esquisse un projet de canal entre la Loire et la SaĂŽne et organise des fĂȘtes comme celle que le roi donne au chĂąteau d'Argenton en octobre 1517 en l'honneur de sa sĆur.[8]
Le 23 avril 1519, LĂ©onard de Vinci, malade depuis de longs mois, rĂ©dige son testament devant un notaire dâAmboise. Il demande un prĂȘtre pour recevoir sa confession et lui donner l'extrĂȘme onction[11]. Il est emportĂ© par la maladie le 2 mai 1519[23], au Clos LucĂ©, Ă lâĂąge de 67 ans. La tradition selon laquelle il mourut dans les bras de François Ier repose peut-ĂȘtre sur une interprĂ©tation erronĂ©ment littĂ©rale d'une Ă©pitaphe rapportĂ©e par Giorgio Vasari[27]. Cette Ă©pitaphe qui n'a jamais Ă©tĂ© vue sur aucun monument, contient les mots « Sinu Regio », qui peuvent signifier, au sens propre sur la poitrine d'un roi, mais aussi, dans un sens mĂ©taphorique, dans l'affection d'un roi, et peuvent n'ĂȘtre qu'une allusion Ă la mort de LĂ©onard dans un chĂąteau royal[28]. De plus, Ă cette Ă©poque, la cour est au chĂąteau de Saint-Germain-en-Laye, oĂč la reine accouche du roi Henri II de France, le 31 mars, et les ordonnances royales donnĂ©es le 1er mai sont datĂ©es de cet endroit. Le journal de François Ier ne signale d'ailleurs aucun voyage du roi jusquâau mois de juillet. Pour finir, lâĂ©lĂšve de LĂ©onard de Vinci, Francesco Melzi, auquel il lĂšgue ses livres et ses pinceaux et qui est dĂ©positaire de son testament, Ă©crit au frĂšre du grand peintre une lettre oĂč il raconte la mort de son maĂźtre. Pas un mot nây fait allusion Ă la circonstance mentionnĂ©e plus haut et qui, si elle avait Ă©tĂ© avĂ©rĂ©e, nâaurait certainement pas Ă©tĂ© oubliĂ©e[29].
Selon ses derniĂšres volontĂ©s, soixante mendiants suivent son cortĂšge et il est enterrĂ© Ă la chapelle Saint-Hubert, dans lâenceinte du chĂąteau d'Amboise.
LĂ©onard de Vinci, toute sa vie cĂ©libataire et nâayant jamais eu ni femme ni enfants, lĂšgue lâensemble de son Ćuvre considĂ©rable pour la faire publier Ă son disciple prĂ©fĂ©rĂ© et Ă©lĂšve depuis ses 10 ans, Francesco Melzi. Il lui offre notamment ses manuscrits, carnets, documents et instruments. AprĂšs lâavoir accompagnĂ© en France, il reste prĂšs de LĂ©onard de Vinci jusquâĂ sa mort et gĂšre son hĂ©ritage pendant les cinquante annĂ©es suivant la mort de son maĂźtre. Cependant, il ne publiera rien de l'Ćuvre de LĂ©onard et de nombreuses peintures, dont la Joconde, se trouvaient encore en sa possession dans son atelier. Les vignes de LĂ©onard seront divisĂ©es entre Salai, un autre Ă©lĂšve et disciple trĂšs apprĂ©ciĂ© par LĂ©onard et entrĂ© Ă son service Ă lâĂąge de 15 ans, et son servant Battista di Vilussis. Le terrain sera lĂ©guĂ© aux frĂšres de LĂ©onard et sa servante reçut un manteau noir Ă bords de fourrure[30].
C'est le dĂ©but de la dispersion et la perte des deux tiers des cinquante mille documents originaux multidisciplinaires rĂ©digĂ©s en vieux toscan et cryptĂ©s par LĂ©onard de Vinci. Chaque carnet, manuscrit, page, croquis, dessin, texte et note est considĂ©rĂ© comme une Ćuvre dâart Ă part entiĂšre. Il ne resterait que treize mille documents environ, dont une majeure partie est conservĂ©e dans des archives du Vatican.
Vingt ans aprÚs la mort de Léonard, François Ier dira au sculpteur Benvenuto Cellini :
« Il n'y a jamais eu un autre homme né au monde qui en savait autant que Léonard, pas autant en peinture, sculpture et architecture, comme il était un grand philosophe[31]. »
LĂ©onard commence son apprentissage avec Andrea del Verrocchio en 1466, annĂ©e oĂč le maĂźtre de Verrocchio, le grand sculpteur Donatello, meurt. Le peintre Paolo Uccello, dont les premiĂšres expĂ©riences avec la perspective influencĂšrent le dĂ©veloppement de la peinture des paysages, est alors trĂšs ĂągĂ©. De mĂȘme, les peintres Piero della Francesca et Fra Filippo Lippi, le sculpteur Luca della Robbia et de l'architecte et Ă©crivain Leon Battista Alberti ont environ 60 ans. Les artistes les plus renommĂ©s de la gĂ©nĂ©ration suivante sont le maĂźtre de LĂ©onard : Andrea del Verrocchio, Antonio Pollaiuolo et le sculpteur Mino da Fiesole.
La jeunesse de LĂ©onard se dĂ©roule dans une maison de Florence ornĂ©e des Ćuvres de ces artistes et par les contemporains de Donatello, Masaccio dont les fresques figuratives et rĂ©alistes sont imprĂ©gnĂ©es d'Ă©motion, et Lorenzo Ghiberti, dont les Portes du Paradis montrent la complexitĂ© des compositions, alliant travaux architecturaux et soin des dĂ©tails. Piero della Francesca a fait une Ă©tude dĂ©taillĂ©e de la perspective et est le premier peintre Ă faire une Ă©tude scientifique de la lumiĂšre. Ces Ă©tudes et les traitĂ©s de Leone Battista Alberti doivent avoir un profond effet sur les jeunes artistes, et en particulier sur les propres observations de LĂ©onard et ses Ćuvres d'art[32],[33],[34].
La reprĂ©sentation du nu de Masaccio montrant Adam et Ăve quittant le paradis, avec Adam sans ses organes gĂ©nitaux masquĂ©s par une feuille de vigne, crĂ©e une image trĂšs expressive des formes humaines qui influencera beaucoup la peinture, notamment parce qu'elles sont exprimĂ©es en trois dimensions par une utilisation novatrice de la lumiĂšre et de l'ombre, que LĂ©onard dĂ©veloppera dans ses propres Ćuvres. L'humanisme de la Renaissance influençant le David de Donatello peut ĂȘtre vu dans les peintures les plus tardives de LĂ©onard, en particulier Saint Jean Baptiste[32].
Florence est dirigĂ©e Ă l'Ă©poque par Laurent de MĂ©dicis et son jeune frĂšre Julien, tuĂ© par la conjuration des Pazzi en 1478. Ludovic Sforza, qui gouverne Milan entre 1479 et 1499 et chez qui LĂ©onard a Ă©tĂ© envoyĂ© comme ambassadeur de la cour des MĂ©dicis, est aussi son comptemporain[32],[33]. C'est Ă©galement par l'intermĂ©diaire des MĂ©dicis que LĂ©onard fait la connaissance d'anciens philosophes humanistes dont Marsile Ficin, partisan du nĂ©oplatonisme, et Cristoforo Landino, auteur de commentaires sur les Ă©crits classiques. Jean Pic de la Mirandole est Ă©galement associĂ© Ă l'acadĂ©mie des MĂ©dicis[34],[35]. LĂ©onard Ă©crit plus tard dans la marge d'un journal « Les MĂ©dicis mâont fait et les MĂ©dicis mâont dĂ©truit » ; mais le sens de ce commentaire reste discutĂ©[9].
Bien que l'on cite ensemble les trois « gĂ©ants » de la haute Renaissance, LĂ©onard de Vinci, Michel-Ange et RaphaĂ«l ne sont pas de la mĂȘme gĂ©nĂ©ration. LĂ©onard a 23 ans quand Michel-Ange est nĂ© et 31 ans Ă la naissance de RaphaĂ«l. RaphaĂ«l mourra en 1520, une annĂ©e aprĂšs de Vinci et Michel-Ange vivra encore quarante-cinq ans[33],[34].
Gian Giacomo Caprotti da Oreno[36], dit « il Salaino » (« le petit diable ») ou Salai, a Ă©tĂ© dĂ©crit par Giorgio Vasari comme « un gracieux et beau jeune homme avec des cheveux fins et bouclĂ©s, en lequel LĂ©onard Ă©tait grandement ravi »[11]. Salai entre au service de LĂ©onard en 1490 Ă l'Ăąge de 10 ans. Leur relation n'est pas facile. Un an plus tard, LĂ©onard fait une liste des dĂ©lits du garçon, le qualifiant de « voleur », « menteur », « tĂȘtu » et de « glouton ». Le « petit diable » avait volĂ© de l'argent et des objets de valeur Ă au moins cinq reprises, et avait dĂ©pensĂ© une fortune en vĂȘtements, dont vingt-quatre paires de chaussures[37]. NĂ©anmoins, les carnets de LĂ©onard des premiĂšres annĂ©es de leur relation contiennent beaucoup d'images de l'adolescent. Salai est restĂ© son compagnon, son serviteur et son assistant durant les trente annĂ©es suivantes[4].
En 1506, Léonard prend comme élÚve Francesco Melzi, ùgé de 15 ans, fils d'un aristocrate Lombard. Melzi devient le compagnon de vie de Léonard et il est considéré comme son élÚve favori. Il se rend en France avec Léonard et Salai, et reste avec lui jusqu'à sa mort[9]. Salai quitte cependant la France en 1518 pour retourner à Milan. Il y construit une maison dans le vignoble de la propriété de Léonard qu'il s'est finalement vu léguer. En 1525, Salai meurt d'une mort violente, soit assassiné, soit à la suite d'un duel[38].
Salai exécute un certain nombre de tableaux sous le nom d'« Andrea Salai », mais, bien que Giorgio Vasari prétend que Léonard « lui a appris beaucoup de choses sur la peinture »[11], son travail est généralement considéré comme étant de moindre valeur artistique que celui des autres élÚves de Léonard comme Marco d'Oggiono ou Giovanni Antonio Boltraffio. En 1515, il peint une version nue de La Joconde, dite « Monna Vanna »[39]. à sa mort en 1525, la Joconde appartenant à Salai a été évaluée à cinq cent cinq lires, ce qui est une valeur exceptionnellement élevée pour un portrait de petite taille[38].
Giovanni Antonio Boltraffio et Marco d'Oggiono rejoignent l'atelier de Léonard lorsqu'il est de retour à Milan, mais de nombreux autres élÚves moins connus tels que Ambrogio de Predis, Bernardino dei Conti, Francesco Napoletano, Giovanni Antonio Boltraffio ou encore Andrea Solario sont aussi présents.
Léonard de Vinci a eu beaucoup d'amis qui sont reconnus dans leurs domaines respectifs ou ont eu une influence importante sur l'Histoire. Il s'agit notamment du mathématicien Luca Pacioli avec qui il a collaboré pour un livre, César Borgia au service duquel il a passé deux années, Laurent de Médicis et le médecin Marcantonio della Torre. Il a rencontré Nicolas Machiavel, avec qui il développera plus tard une étroite amitié, et Michel-Ange avec qui il a été rival. Parmi ses amis, se trouvent également Franchini Gaffurio et Isabelle d'Este. Léonard semble ne pas avoir eu d'étroites relations avec les femmes, sauf avec Isabelle. Il a fait un portrait d'elle, au cours d'un voyage qui le mena à Mantoue, qui semble avoir été utilisé pour créer une peinture, aujourd'hui perdue[9]. Il était également ami à l'architecte Jacopo Andrea da Ferrara jusqu'à son assassinat[21].
Au-delà de l'amitié, Léonard garde sa vie privée secrÚte. De son vivant, ses capacités extraordinaires d'invention, son « exceptionnelle beauté physique », sa « grùce infinie », sa « grande force et générosité », la « formidable ampleur de son esprit » telles que décrite par Vasari[11] ont attisé la curiosité. De nombreux auteurs ont spéculé sur les différents aspects de la personnalité de Léonard. Sa sexualité a souvent été l'objet d'études, d'analyses et de spéculations. Cette tendance a commencé au milieu du XVIe siÚcle et a été relancée au cours des XIXe et XXe siÚcles, notamment par Sigmund Freud[40].
Les relations les plus intimes de Léonard sont avec ses élÚves : Salai et Francesco Melzi. Melzi a écrit que les sentiments de Léonard étaient un mélange d'amour et de passion. Il a été décrit depuis le XVIe siÚcle que ces relations étaient d'un caractÚre érotique. Depuis cette date, on a beaucoup écrit au sujet de son homosexualité présumée et du rÎle de cette sexualité dans son art, en particulier dans l'impression androgyne et érotique qui se manifeste dans Bacchus et plus explicitement dans un certain nombre de ses dessins[41].
LĂ©onard est passionnĂ© par la nature et les animaux au point dâen devenir vĂ©gĂ©tarien[42] et dâacheter des oiseaux en cage pour leur rendre leur libertĂ©[43]. Il est Ă©galement trĂšs bon musicien. Il est admis que LĂ©onard Ă©tait gaucher et ambidextre, ce qui expliquerait son utilisation de l'Ă©criture spĂ©culaire[3].
MalgrĂ© la relative rĂ©cente prise de conscience et l'admiration vouĂ©e Ă LĂ©onard comme scientifique et inventeur, son immense renommĂ©e de la plus grande partie de ces quatre cents derniĂšres annĂ©es a reposĂ© sur ses rĂ©alisations en tant que peintre et sur une poignĂ©e d'Ćuvres, authentifiĂ©es ou lui Ă©tant attribuĂ©es qui ont Ă©tĂ© considĂ©rĂ©es comme faisant partie des plus beaux chefs-d'Ćuvre jamais créés[Note 13].
Ces peintures sont cĂ©lĂšbres pour de nombreuses raisons et qualitĂ©s qui ont Ă©tĂ© beaucoup imitĂ©es par les Ă©tudiants et discutĂ©es trĂšs longuement par les connaisseurs et les critiques. Parmi les qualitĂ©s qui font des travaux de LĂ©onard des piĂšces uniques sont souvent citĂ©es les techniques novatrices qu'il a utilisĂ©es dans l'application de la peinture, sa connaissance approfondie de l'anatomie humaine et animale, de la botanique et la gĂ©ologie mais aussi son utilisation de la lumiĂšre, son intĂ©rĂȘt pour la physiognomonie et la façon dont les humains utilisent le registre des Ă©motions et les expressions gestuelles, son sens de la composition et son sens subtil des dĂ©gradĂ©s de couleurs. Il maĂźtrisait notamment la technique du « sfumato » et le rendu des ombres et des lumiĂšres. Toutes ces qualitĂ©s sont rĂ©unies dans ses tableaux les plus connus, La Joconde, La CĂšne et La Vierge aux rochers[44].
LĂ©onard a rĂ©alisĂ© de trĂšs nombreux portraits de femmes, mais un seul portrait dâhomme, celui dâun musicien, a Ă©tĂ© retrouvĂ© Ă ce jour. On lui prĂȘte souvent la phrase suivante : « Le personnage le plus digne dâĂ©loges est celui qui, par son mouvement, traduit le mieux les passions de lâĂąme », qui explique bien sa pensĂ©e de peintre. Cependant, il a aussi dessinĂ© des croquis caricaturaux de ses contemporains dans la mode du grotesque.
LĂ©onard est cĂ©lĂšbre pour ses dessins et ses peintures dans lesquels il introduit une conception innovante[45] de la perspective. Vinci estimait que les arts picturaux forment une science[46]. Mais l'utilisation, souvent supposĂ©e, du nombre dâor dans son Ćuvre n'est pas avĂ©rĂ©e[47]. Son travail sur les proportions, Ă l'image de lâHomme de Vitruve, se limite Ă l'usage de fractions d'entiers.
Les premiers travaux de LĂ©onard de Vinci commencent avec Le BaptĂȘme du Christ peint avec Andrea del Verrocchio, Ă qui il est attribuĂ©, et ses autres Ă©lĂšves. Deux autres peintures semblent dater de cette pĂ©riode Ă l'atelier, qui sont tous les deux des « Annonciations ». L'un est petit, large de cinquante-neuf centimĂštres pour seulement quatorze de haut. Il s'agit d'une prĂ©delle se plaçant Ă la base d'une composition plus large, et, dans ce cas, pour un tableau de Lorenzo di Credi duquel il fut sĂ©parĂ©. L'autre est un travail beaucoup plus important, de deux cent dix-sept centimĂštres de large[4].
Dans ces deux annonciations, LĂ©onard a dĂ©peint la Vierge Marie assise ou agenouillĂ©e Ă la droite de l'image, et un ange de profil s'approchant d'elle par la gauche. Un gros travail est fait sur les mouvements des vĂȘtements et les ailes de l'ange. Bien que prĂ©cĂ©demment attribuĂ©e Ă Domenico Ghirlandaio, l'Ćuvre est dĂ©sormais presque universellement attribuĂ©e Ă de Vinci[48].
Dans le tableau le plus petit, Marie dĂ©tourne ses yeux et plie ses mains dans un geste qui symbolise la soumission Ă la volontĂ© de Dieu. Dans le tableau le plus grand cependant, Marie ne semble pas aussi docile. La jeune femme, interrompue dans sa lecture par ce messager inattendu qu'est l'ange, place son doigt dans livre saint pour repĂ©rer lĂ oĂč elle en est et lĂšve la main dans un geste de salutation ou de surprise[32]. Son calme semble montrer qu'elle accepte son rĂŽle de mĂšre de Dieu, non pas avec rĂ©signation mais avec confiance. Dans ce tableau, le jeune LĂ©onard prĂ©sente le visage humaniste de la Vierge Marie, reconnaissant le rĂŽle de l'humanitĂ© dans l'incarnation de Dieu[Note 14]. Ce dernier tableau a visiblement Ă©tĂ© travaillĂ© par plusieurs personnes, puisque certaines discontinuitĂ©s de style sont perceptibles, comme une « erreur » de perspective sur le bras droit de Marie, le prĂ© fleuri comme une broderie ou bien les ailes de rapace de l'ange[16]. Le style du lutrin du tableau pourrait ĂȘtre un clin d'Ćil au style du tombeau de Pierre de MĂ©dicis rĂ©alisĂ© par Verrochio en 1472[16].
Dans les annĂ©es 1480, Vinci reçoit deux trĂšs importantes commandes et commence Ă travailler Ă une autre Ćuvre qui est Ă©galement d'une grande importance en termes de composition. Malheureusement, deux des trois Ćuvres n'ont jamais Ă©tĂ© terminĂ©es et la troisiĂšme a Ă©tĂ© si longue Ă crĂ©er qu'elle fut soumise Ă de longues nĂ©gociations sur son achĂšvement et son paiement. L'un de ces tableaux est Saint JĂ©rĂŽme. Liana Bortolon, dans son livre The Life and Times of Leonardo (1967), associe ce tableau Ă une pĂ©riode difficile de la vie de LĂ©onard. Les signes de la mĂ©lancolie peuvent se lire dans son journal : « Je pensais que j'apprenais Ă vivre ; j'apprenais seulement Ă mourir. »[9].
La composition du tableau est trĂšs inhabituelle, mĂȘme s'il est vrai que certaines parties de celui-ci furent dĂ©coupĂ©es[Note 15]. Le tableau dĂ©peint la pĂ©nitence de JĂ©rĂŽme de Stridon dans le dĂ©sert. PĂ©nitent, JĂ©rĂŽme occupe le milieu de l'image, le corps lĂ©gĂšrement en diagonale. Sa posture agenouillĂ©e prend une forme trapĂ©zoĂŻdale, avec un bras tendu vers le bord extĂ©rieur de la peinture et son regard allant dans la direction opposĂ©e. Jack Wasserman souligne le lien entre cette peinture et les Ă©tudes anatomiques de LĂ©onard[24]. Au premier plan de l'ensemble s'Ă©tend son symbole, un grand lion, dont le corps et la queue effectuent une double courbe Ă travers la base de l'image. L'autre caractĂ©ristique intĂ©ressante est l'aspect superficiel du paysage de pierres rocailleuses oĂč se trouve le personnage.
L'affichage audacieux et novateur de la composition, avec les Ă©lĂ©ments du paysage et le drame personnel, apparaĂźt Ă©galement dans le grand chef-d'Ćuvre inachevĂ© qu'est L'Adoration des mages, une commande des moines de San Donato Ă Scopeto. C'est un tableau Ă la composition trĂšs complexe, et LĂ©onard a fait de nombreux dessins et Ă©tudes prĂ©paratoires, y compris une trĂšs dĂ©taillĂ©e pour la perspective linĂ©aire d'une ruine d'architecture classique qui sert de toile de fond Ă la scĂšne. Mais, en 1482, LĂ©onard part Ă Milan, Ă la demande de Laurent de MĂ©dicis, afin de gagner les bonnes grĂąces de Ludovic Sforza. Il abandonne donc son tableau[48],[4].
Le troisiĂšme travail important de cette pĂ©riode est La Vierge aux rochers qui a Ă©tĂ© commandĂ©e Ă Milan pour la confrĂ©rie de l'ImmaculĂ©e Conception. La peinture, faite avec l'assistance des frĂšres, devait combler un grand retable, dĂ©jĂ construit[24]. LĂ©onard a choisi de peindre un passage de l'enfance du Christ tirĂ© des Ă©vangiles apocryphes, lorsque le petit Jean le Baptiste, sous la protection d'un ange, a rencontrĂ© la sainte Famille sur la route de l'Ăgypte. Dans cette scĂšne, telle qu'elle a Ă©tĂ© peinte par LĂ©onard de Vinci, Jean reconnaĂźt et vĂ©nĂšre JĂ©sus comme le Christ. Le tableau montre des personnages gracieux s'agenouillant en adoration devant le Christ dans un environnement sauvage et un paysage rocheux[49]. Le tableau est quasiment aussi complexe que la peinture commandĂ©e par les moines de San Donato, mĂȘme s'il a seulement quatre personnages et non cinquante et s'il dĂ©peint un paysage plutĂŽt qu'un fond architectural. Le tableau a Ă©tĂ© achevĂ© mais, en fait, deux versions de la peinture ont Ă©tĂ© faites, celle qui est restĂ©e Ă la chapelle de la confrĂ©rie, et l'autre qu'a emportĂ©e LĂ©onard en France. Mais les frĂšres n'ont pas eu leur peinture avant le siĂšcle suivant[4],[12]. Une seconde version de ce tableau, avec l'ajout des aurĂ©oles et du bĂąton de Jean le Baptiste sera faite quelques annĂ©es plus tard.
La plus cĂ©lĂšbre peinture de LĂ©onard pour la pĂ©riode des annĂ©es 1490 est La CĂšne. Elle est peinte directement sur un mur du couvent Santa Maria delle Grazie Ă Milan. La peinture reprĂ©sente le dernier repas partagĂ© par JĂ©sus et ses disciples avant sa capture et sa mort. Il montre prĂ©cisĂ©ment le moment oĂč JĂ©sus dĂ©clare : « l'un de vous va me trahir ». LĂ©onard dĂ©peint la consternation que cette dĂ©claration a causĂ© Ă l'ensemble des douze disciples de JĂ©sus[12].
Le romancier Mathieu Bandello a observĂ© LĂ©onard au travail et Ă©crit que, certains jours, il peint de l'aube au crĂ©puscule sans mĂȘme s'arrĂȘter pour manger, et puis ne peint plus les trois ou quatre jours suivants[24]. Selon Vasari, cela provoque l'incomprĂ©hension du pĂšre supĂ©rieur, le prieur, qui chasse le peintre, jusqu'Ă ce que LĂ©onard demande au duc de Milan Ludovic Sforza d'intervenir. Vasari dĂ©crit Ă©galement comment Vinci doute de sa capacitĂ© Ă peindre proprement les visages de JĂ©sus et de Judas, disant au duc qu'il a peut-ĂȘtre utilisĂ© le moine pour modĂšle[11].
Lorsque le tableau est terminĂ©, il est saluĂ© comme un chef-d'Ćuvre de conception et de caractĂ©risation[11], obtenant mĂȘme plus tard l'admiration de Pierre Paul Rubens et de Rembrandt[17]. L'Ćuvre a Ă©tĂ© restaurĂ©e sans cesse, la peinture se dĂ©tachant du support en plĂątre[7]. La peinture s'est dĂ©tĂ©riorĂ©e rapidement, de telle sorte qu'avant mĂȘme le centiĂšme anniversaire de sa crĂ©ation, elle a Ă©tĂ© dĂ©crite par un tĂ©moin comme « totalement dĂ©vastĂ©e »[4]. LĂ©onard, au lieu d'utiliser la technique Ă©prouvĂ©e de la fresque, a utilisĂ© la « technique de la tempera », un procĂ©dĂ© de peinture utilisant le jaune d'Ćuf comme mĂ©dium pour lier les pigments, alors que le support est principalement « gesso », un type de craie fait de carbonate de calcium minĂ©ral, ce qui a produit une surface sujette Ă la moisissure et Ă l'Ă©caillage[4]. MalgrĂ© ces dĂ©boires, le tableau est restĂ© l'une des Ćuvres d'art les plus reproduites.
Parmi les Ćuvres créées par LĂ©onard dans les annĂ©es 1500 se trouve un petit portrait connu sous le nom de La Joconde (1503-1506) ou de, notamment pour les anglophones, « Mona Lisa ». Le tableau est connu, en particulier, pour l'insaisissable sourire sur le visage de la femme, dont les experts s'accordent Ă dire qu'il s'agit de Lisa Gherardini. La qualitĂ© de la peinture est peut-ĂȘtre liĂ©e au fait que l'artiste a subtilement ombrĂ© les coins de la bouche et les yeux, afin que la nature exacte du sourire ne puisse ĂȘtre dĂ©terminĂ©e. La qualitĂ© des ombres pour lesquelles le travail est rĂ©putĂ© a Ă©tĂ© appelĂ© « sfumato » ou « la fumĂ©e de LĂ©onard