J'étais étudiant en DEA à Orsay en 70-71 et j'ai suivi des cours d'enseignants de l'école de Grothendieck. J'ai été assez découragé par ces abstractions et le fait que personne ne prenne la peine d'en expliquer les tenants et aboutissants. Des facteurs personnels et dus à l'époque sont aussi entrés en jeu. Grothendieck aimait construire des théories (il a écrit des milliers de pages que peu de gens arrivent actuellement à comprendre), mais ces théories ont-elles conduit à beaucoup de résultats ? Le résultat essentiel de ces dernières années, le théorème de Fermat, a été obtenu par des voies relativement plus classiques, à coup de fonctions modulaires et d'ingénieuses combinaisons de différents domaines des mathématiques. Le grand problème non résolu actuel, l'hypothèse de Riemann, ne semble pas être approché par les voies de la géométrie algébrique, les progrès les plus récents semblent être du domaine de l'analyse. Grothendieck lui même s'est perdu dans la nature. C'était son choix, et je suis pas loin d'avoir fait un chemin voisin. Son parcours reste étonnant et remarquable. Mais les enseignements que je tire de l'histoire des mathématiques depuis le milieu du 20 ème siècle sont que les mathématiciens devraient se soucier davantage d'analyser et d'expliquer les origines et les objectifs de leurs recherches, travailler en équipes (l'individualisme et le désir forcené d'être le premier à démontrer tel résultat semblent hélas rester la règle dans le domaine de la recherche) et mettre l'accent sur les connexions possibles et les synergies entre les différents domaines mathématiques, qui ont été la clef des récents succès. Cela veut dire encore apprendre à travailler en équipe. On peut m'objecter l'exemple de Grigori Perelman, mais qu'a-t-il partagé ? qu'est-il devenu depuis ? En résumé, exprimer les choses dans un langage moderne ne saurait être une fin en soi. Il s'agit que cette expression prouve son caractère opérationnel. Il s'agit également de ne pas oublier que tout progression ne peut ignorer ses bases. Grothendieck les possédait sans doute. Combien de mathématiciens à l'heure actuelle ont la capacité d'assimiler à la fois ces bases et ce langage moderne en le rendant opérationnel ?
L'immense majorité du moins de ceux qui font de la géométrie algébrique, de la géométrie arithmétique et de la théorie des nombres.
comme je le disais un jour à une de mes prof de licence alors que je lisais les sujets de DEA et autres thèses affichés sur un tableau dans un couloir : pourrait-on avoir une traduction en français ? ...
(c'était "déjà" en français)
si l'on parle de langage mathématique ce n'est pas pour rien : plus on avance plus il faut apprendre une langue (et même différentes langues suivant les mathématiciens à qui on s'adresse)
enfin n'oublions pas que la théorie de Galois, la théorie de Fourier ou celle de la relativité était totalement incomprises à leur sortie ... et pourtant que d'applications maintenant
(sans Fourier par exemple nous n'aurions pas tous les appareils de musique et autres traitements de signal)
boninmi : tu as évidemment raison sur certains points mais tout comme mokassin et derrière vos deux propos il y a en fait toute une philosophie du travail scientifique, de la recherche, de l'acquisition ou production de nouveaux savoirs ... et de ce que l'on en fait ou peut en faire
malheureusement notre système politico-économique pousse souvent à aller du côté obscurs de la force !!!
et
... si je peux me permettre ...modestement de donner mon point de vue 
Mais les théories de Grothendieck ne sont pas du tout "incomprises", elles sont utilisées tout le temps et partout, et sont totalement "mainstream".
Peut etre peut on revenir à l'exercice de départ? Et déplacer les messages afférant à l'oeuvre de Grothendieck dans une discussion annexe?
Bonjour
Je soutiens mokassin. J'ai suivi dans une autre vie un séminaire dont le but était de travailler les théories de Grothendieck très peu de temps après leur parution. Pour les matheux de l'époque sa manière de voir les choses était extra-ordinaire, totalement novatrice. En effet, avec le temps on s'habitue et on utilise des choses sans savoir d'où et comment elle viennent. Et c'est très bien ainsi. On n'a pas à refaire l'histoire à chaque fois!


. Revenons à nos moutons, comme disait M. Coissard, prof de spé au lycée du Parc. 
à approfondir je l'admets....
(le mot "extrême" était sans doute mal choisi
Mais tel quel, ces indicateurs à eux seuls ne sont pas vraiment suffisants...un autre indicateur en plus, donnant une meilleure idée (bien qu'imparfaite) aidant à mieux voir, serait éventuellement le nombre de publications par "domaine")


Bon finalement...
J'ajoute que de toute façon ce genre de "classement" est un peu arbitraire et a pu conduire à ce que certaines branches des maths soit un peu injustement delaissées (comme les probabilités par exemple).
Mais tout ca pour dire que ce genre d'idées se portent très bien et ne conduiront pas ceux qui les étudient dans des tours d'ivoire stériles et deconnectées
Pour la notion d'objets injectifs et pourquoi ce sont des objets fondamentaux on peut regarder du coté catégorique avec l'excellent bouquin de MacLane Categories for the Woking mathematician ou alors pour leur application dans un contexte plus homologique il y a introduction to homological algebra de Weibel
http://math.columbia.edu/~ltruong/weibel-homological-algebra.pdf
Ces notes de cours de Schapira sont pas mal aussi
https://webusers.imj-prg.fr/~pierre.schapira/lectnotes/AlTo.pdf
La théorie des faisceaux est très bien expliquée dans l'ouvrage de Godement Théorie des faisceaux ou dans celui de Voisin Théorie de Hodge et Géométrie algébrique complexe.
Comprendre pourquoi la théorie des faisceaux unifie toutes les théories cohomologiques classiques (à la Eilenberg Steenrod) est à mon avis ultra satisfaisant.
Pour la notion de site, et de topologie de Grothendieck.
Il y a énormément de choses sur le stack project bien sur, avec les défauts associés (c'est simplement un catalogue de preuves et de résultats)
https://stacks.math.columbia.edu/download/sites.pdf
Je pense aussi à sheaves in geometry and logic, qui est à mon avis la meilleure référence pour la notion de site et de topologie de Grothendieck. Pour ma part j'ai appris ça dans le contexte de la géométrie algébrique directement (mais c'est tres loin de se limiter à ca), dans le bouquin de Milne (et dans... SGA 4,5
), les notes sont dispo en ligne (https://www.jmilne.org/math/CourseNotes/LEC.pdf), mais à mon avis c'est pas une bonne référence (c'est trop orienté topologie étale).
Y a un excellent papier de Mumford aussi qui doit traîner sur mon DDE où il construit les espaces de modules des courbes de genre g à n points marqués et où il explique ça très bien (Mumford explique tout très bien
).
Mais à mon avis ces choses ne sont intéressantes que dans un second temps, les notions de topologie de Grothendieck et de sites ne sont pas dures en soit, ce sont essentiellement des définitions et des généralités, mais il faut avoir de la matière à quoi les appliquer.
Typiquement l'exemple que j'ai donné plus haut est intéressant et très simple, on a un objet à un seul "point" et sur lequel on a pourtant une notion de faisceau non triviale, cela permet de faire "sentir" ce qu'est une topologie de Grothendieck, qui en soi est un petit gadget assez simple, ça coûte pas beaucoup cher de développer la cohomologie des faisceaux sur un site, que sur un espace topologique.
Mais tout ceci n'est qu'une ouverture, l'exo de base reste... tres simple
boninmi, je viens de réactiver mes notifications pour voir;..à cette heure ça a l'air de passer...mais Sylvieg me dit qu'elle ne les a pas reçues cette AM...
on va continuer à observer
Peut etre, peut on scinder cette discussion, et laisser uniquement les messages se rapportant à l'exo inital dedans, et les considérations sur la recherche etc... dans un autre fil?
Juste une suggestion, pour améliorer la lisibilité de celui-ci.
Je ne sais quasiment rien de ses travaux, donc je serai bien curieux de découvrir tout ça.
(je me trompe peut être)

(je me trompe peut être)

Apres tout dépend ce qu'on appelle "généraliser pour généraliser", étendre la théorie du corps de classe aux extensions non abéliennes, c'est une généralisation qui ne se fixe pas un problème précis, mais c'est une question tellement naturelle et fondamentale (et feconde!!), que je ne le classe bien évidement pas dans ce contexte.
Ce que je veux dire c'est que developper des généralités sur une composante connexe etrangère aux autres maths me semble d'un interet douteux.
A la base y a tjs un point de départ, et des retombées au moins potentielles.
La recherche n'a pas nécessairement à se soucier de retombées potentielles.
D'une certaine façon, c'est un jeu de l'esprit. Par contre, il y a toujours, au moins dans l'esprit du chercheur, un point de départ. Généralisation, abstraction de plus en plus poussées, sont en ce sens inévitables. Mais pour ne pas se retrouver perdu dans une tour d'ivoire, il faut être capable de faire le lien avec la communauté, d'expliquer. Cela m'a manqué. Et je crois utile de garder les problèmes non encore résolus comme points de repères. La recherche se situe dans un processus historique. Cela ne peut qu'aider d'en tenir compte. Les applications, les retombées, ont souvent un caractère inattendu (d'où l'intérêt de ne pas tout axer sur cet objectif). J'aime prendre l'exemple des nombres complexes: qui aurait pu s'attendre à l'application à l'électricité d'un concept qu'on pouvait a priori considérer comme absurde ?

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